Tarja – Frisson Noir

On avait quitté Tarja Turunen il y a quelques années avec un album metal intitulé In the Raw, qui, comme son nom l'indique était brut pour faire un parallèle avec les émotions vécues par la chanteuse. Depuis, de l'eau a coulé sous les ponts et après quelques projets, l'ex frontman de Nightwish a décidé de rempiler un album qu'elle considère comme encore plus brut que le précédent et surtout le plus heavy. 

Tarja Turunen, Frisson Noir, Nightwish, metal symphonique, Cradle of Filth, Marko Hietala

La chanteuse nous avait confirmé en interview que Frisson Noir était le plus sombre de ses albums et elle n'a pas menti. Après une petite intro atmosphérique pas vraiment intéressante, le titre éponyme commence direct avec des riffs extrêmement djent. Globalement, c'est une ambiance qui va transparaître tout au long de l'écoute grâce aux guitares extrêmement agressives d'Alex Scholpp. On sent que Tarja a voulu passer un cap dans la modernité et cela se ressent également sur "The Eternal Return" et "Blaze Forever". Ce dernier contient même un solo de guitare assez impressionnant mais également des passages très indus apportés par des claviers électro assez présents. Afin d'enfoncer le clou, la chanteuse a même décidé de se faire accompagner de Dani Filth sur "I Don't Care". Malheureusement ce dernier se contente souvent d'accompagner Tarja sur la même mélodie et cela annihile un peu sa prestation.

Néanmoins, l'album ne se résume pas à un bourrinage en règle car la Finlandaise y a amené beaucoup de contraste. Forcément, on s'attendait à ce qu'il y ait un mélange de classique et c'est bien sûr le cas. Il y a même un extrait du "Cygne" de Camille Saint-Saëns au milieu de "The Eternal Return" et l'orchestre et les chœurs sont bien présents. Malheureusement, ce contraste permanent ne fonctionne pas tant que cela. La plupart des morceaux dépassent les cinq minutes mais les transitions sont trop abruptes. Les morceaux peuvent donc passer d'un riff très intense à une partie classique au piano. Morceau typique de ce genre de construction : "At Sea" mêle début metal symphonique à la Trans-Siberian Orchestra, partie suivante ressemblant à du Nightwish puis passage au piano en mode Chopin, jusqu'à de grosses cordes Wagnériennes qui soutiennent un solo de violon plus hispanisant.

Il faut quand même noter que Tarja ne se contente pas de mettre du classique dans son metal mais va piocher diverses influences. "The Trace Outlives" permet d'entendre du shamisen, cet instrument japonais assez rare dans le metal et "Tango" apporte un côté argentin avec les violoncelles d'Apocalyptica. C'est également rare d'entendre du tango metal mais également du flamenco metal avec "Anemoia". La guitare gypsy s'intègre vraiment bien dans cette ballade espagnole. Malheureusement quelques collaborations tombent un peu à plat. Outre la prestation de Dani Filth, celle de Marko Hietala n'apporte pas grand chose non plus. Forcément il fait penser à un titre de Nightwish mais les atmosphères sont carrément les mêmes entre les chœurs et l'orchestre à la Disney/Danny Elfman. On est heureux de retrouver les deux chanteurs ensemble mais Century Child et Once sont passés par là avant. Même constat pour "Against all Odds" dont la fin fait un peu penser à "Ghost Love Score" avec son côté très orchestral. Mais le titre final est sauvé par la prestation très intéressante de Chad Smith. Le batteur des Red Hot Chili Peppers apporte un vrai groove plus rock que metal.

Il est temps d'évoquer le pilier central de cet album : Tarja Turunen elle-même. La chanteuse après une trentaine d'années de carrière reste toujours magistrale. Alors bien sûr il y a les envolées lyriques classiques mais "The Trace Outlives" apporte un côté plus jeune à sa voix et certaines mélodies lorgnent plus du côté d'Epica. "At Sea" lui permet d'aborder un registre plus medium très réussi avec des variations qui évoquent Sharon Den Adel de Within Temptation. Ce morceau fleuve est marqué par une prestation assez exceptionnelle à la batterie renforcée par un mix très moderne. La plupart du temps, on se surprend à penser que cet album aurait pu être une version moderne et plus heavy de Nightwish si Marko et Tarja étaient restés dans le groupe.

Tarja Turunen ne se repose pas sur ses lauriers et tant mieux. On aurait pu craindre qu'au cours de sa carrière solo, elle se complaise à verser dans un sous Nightwish. Alors certes, beaucoup de parties y ressemblent mais la chanteuse a décidé d'aller de l'avant et d'explorer énormément de facettes de sa personnalité : son côté sombre, son amour pour les musiques du monde. Frisson Noir n'est pas l'album parfait mais il contient beaucoup de choses très intéressantes et démontre que Tarja ce n'est pas qu'une voix magnifique, il y a une vraie réflexion et une vraie passion pour la musique en général.

Tracklist : 

  1. Frisson Noir
  2. The Eternal Return
  3. Leap Of Faith (feat. Marko Hietala)
  4. At Sea (feat. Mervi Myllyoja & Niklas Pokki)
  5. Blaze Forever
  6. The Trace Outlives (feat. Sayo Komada)
  7. Tango (feat. Apocalyptica)
  8. Anemoia (feat. Julián Bedmar & Valter Freitas)
  9. I Don't Care (feat. Dani Filth)
  10. Against The Odds (feat. Chad Smith) 

L'album Frisson Noir sort le 12 juin sur le label earMUSIC et est déjà disponible à la précommande ici.

Tarja Turunen, Frisson Noir, Nightwish, metal symphonique, Cradle of Filth, Marko Hietala

NOTE DE L'AUTEUR : 8 / 10



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