On avait quitté Evanescence en pleine forme avec The Bitter Truth qui apportait son lot de nouveautés et d'expérimentation. Comme souvent, le groupe a pris son temps pour pondre son successeur intitulé Sanctuary, influencé par l'actualité politique des Etats-Unis. Avec une actualité chargée et un énième changement de line-up, l'attente est donc grande pour savoir si l'essai est une nouvelle fois transformé.
Après plusieurs expérimentations plus pop notamment sur The Bitter Truth, on sent très clairement dès le premier titre "Beautiful Lie" que le groupe est revenu aux sources : des gros riffs très neo metal à la Fallen comme à la bonne époque de Linkin Park et des baggies. Les fans de l'album contenant "Bring Me to Life" qui avaient un peu grincé des dents sur le précédent opus seront ravis de cette nouvelle. Que ce soit le single le plus récent "Who Will You Follow" ou même le premier titre dévoilé "Afterlife", cet album s'inscrit bien plus dans le Evanescence que beaucoup d'entre vous ont découvert. La formule est relativement classique : des gros riffs avec un refrain très catchy tout en apportant un côté sexy avec des grooves bien amenés par Will Hunt à la batterie. Impossible de ne pas avoir quelques titres comme "Who Will You Follow" ou "Tell Me You've Had Enough" en tête à la fin de l'écoute. On est donc en terrain conquis notamment grâce à la voix sublime d'Amy Lee. Elle nous sort quelques notes stratosphériques dans les aigus mais fait toujours preuve d'une vulnérabilité comme sur la ballade "Forever With You". Alors bien sûr, on regrette un peu "My Immortal" mais elle apparaît comme plus fragile avec un souffle dans la voix.
Néanmoins, nous ne sommes pas face à un "Fallen 2.0" bien au contraire. Si les expérimentations sont moins présentes et moins flagrantes que sur le précédent album, le groupe a tout de même décidé de monter d'un cran, notamment dans le côté heavy avec beaucoup de passages djent, des riffs syncopés et même de l'indus avec des claviers très présents. Exit les pianos pop, les violons et les chœurs, l'album possède de vrais moments électros qui lorgnent vers le Rammstein sur "Calm Down". L'actualité brulante des Etats-Unis se ressent donc dans l'agressivité de la musique et beaucoup de morceaux sont sans concession.
Néanmoins, les Américains ont quand même fait les choses bien et ce n'est pas non plus un album de deathcore : quelques titres permettent de faire retomber la pression comme "How Do I Heal". Il laisse entendre Amy au piano avec des accords classiques et une intensité qui rappelle les "show stoppers" de Broadway, ces morceaux qui terminent le premier acte d'une comédie musicale et sont sensés mettre le spectateur dans un état d'émerveillement. Autre morceau très scénique, "Rapture" fait partie de ces titres faciles qui peuvent embarquer un stade à la Coldplay ou Imagine Dragons. Là encore Evanescence ne cède pas totalement à la facilité et construit certains morceaux de façon plus complexe voir même prog notamment avec des accords assez complexes sur "Afterlife".
Cette complexité et cette diversité, certes moins impressionnante que celle de The Bitter Truth, passe très bien sur tout un album grâce un mix extrêmement agréable qui met bien plus les guitares en avant, ce qui ancre Sanctuary dans un côté extrêmement moderne, malgré les références neo metal des années 2000. Le duo Troy McLawhorn/Tim McCord fonctionne à merveille pour apporter ce mordant qui était un peu moins présent auparavant. On peut cependant regretter que l'intensité retombe définitivement quelques morceaux avant la fin avec "Forever With You" et surtout "Wide Open Heart". Ce dernier fait figure de fin d'album assez classique sans pour autant apporter grand chose.
Ancré dans un style assez stéréotypé, Evanescence s'affranchit petit à petit des "tropes" qui ont fait son succès. On aurait pu penser qu'après un premier album aussi iconique, le groupe veuille se reposer sur ses lauriers. Finalement la pause, les changements de line-up ont fait du bien et montrent que Evanescence ne tourne pas en rond et propose des choses digne d'intérêt. On pourra reprocher un peu une prise de risque inégale mais rassurez-vous, il n'est pas aussi extrême que sur le précédent album. Il y a fort à parier qu'en live, la dimension plus heavy de "Sanctuary" aura un beau succès.
Tracklist :
01. Beautiful Lie
02. Tell Me When You’ve Had Enough
03. Who Will You Follow
04. Rapture
05. Afterlife
06. Sanctuary
07. How Do I Heal
08. About us
09. Calm Down
10. Self-Destruct
11. Forever Without You
12. Wide Open Heart
- L'album Sanctuary sort le 05 juin sur le label Sony Music et est déjà disponible à la précommande ici.






