Aephanemer – Entretien avec Martin Hamiche

Pour la promotion de son tout nouvel album A Dream of Wilderness, nous avons pu discuter avec Martin Hamiche pour la première fois sur La Grosse Radio.

Bonjour Martin et merci de permettre à La Grosse Radio de te poser quelques questions. Peux-tu présenter Aephanemer en quelques mots à nos lecteurs ?

Salut et merci à toi de t’intéresser à notre travail ! J’ai fondé Aephanemer en 2014. A la base c’était un projet solo pour sortir un premier EP instrumental. Suite à cet EP, le projet est devenu un groupe avec le recrutement de Marion au chant et à la guitare rythmique, puis Mickaël à la batterie et Anthony à la basse, remplacé par Lucie en 2017. Depuis, nous avons sorti deux albums : Memento Mori en 2016, Prokopton en 2019. Le troisième arrive : A Dream of Wilderness. C’est notre première sortie sur Napalm Records.

 

Tu as composé tes premiers morceaux seul et assez jeune. Qu’est-ce qui t’a donné envie de chercher des musiciens afin de former un vrai groupe ?

Le fait d’être seul ça permet de tester des idées et de faire vraiment des choses qu’on a envie de faire. Par contre il y a des choses qu’on ne peut pas faire, notamment les concerts. Et j’avais vraiment envie de donner des concerts, je n’ai jamais été particulièrement intéressé par l’aventure solo. Le premier EP est sorti en tant que one-man band mais ça s’est fait assez rapidement. Dans ma tête il fallait qu’Aephanemer devienne un vrai groupe le plus vite possible parce que partager cette aventure avec d’autres personnes est bien plus intéressant.

 

Était-ce un désir de prendre une chanteuse ou ça s’est plutôt présenté comme ça ? 

Oui en effet j’ai pensé à une chanteuse pour plusieurs raisons. Premièrement j’étais sûr que je voulais du growl. C’est vrai que dans les groupes de death mélodique scandinave il y a notamment Arch Enemy que j’aime beaucoup.  J’aime beaucoup le chant d’Angela Gossow. Quand j’ai composé l’EP et que j’ai pensé au futur, je me suis dit assez rapidement que c’est ce type de chant qui pourrait convenir. Je n’ai même pas posté d’annonce, j’ai juste posté un article sur un site d’actu, Actu-Metal Toulouse, en disant que j’allais recruter des musiciens et Marion a tout de suite postulé et été retenue.

 

Marion a ajouté des paroles à tes compos. C’est toujours le même processus d’écriture aujourd’hui ? 

Oui tout à fait. Dans les grandes lignes le processus n’a pas beaucoup changé depuis le début. Je compose la musique puis on discute un peu avec Marion des thèmes qui seront abordés. Elle a quasiment carte blanche. Elle écrit les paroles pour chacun des morceaux. Ca arrive un peu moins maintenant mais avant j’avais déjà une idée de titre et de thème quand je composais la musique. Dans ce cas, ça apportait une contrainte à Marion.

Sur cet album nous avons choisi la plupart des titres en fonction des thèmes que Marion avait choisis. Sauf par exemple « A Dream of Wilderness » qui est le deuxième morceau que j’ai composé, le titre m’est venu comme ça, je lui ai proposé en parlant un peu du thème et ça lui convenait.

 

Et pour la composition de la batterie et de la basse, quel est le degré d’implication de Mickaël et Lucie ? 

Je compose aussi ces instruments et j’envoie les morceaux plus ou moins finis aux autres mais nous faisons toujours quelques ajustements. Plus au niveau de la batterie que de la basse parce que parfois je compose des choses qui sont impossibles à jouer, Mickaël m’en veut beaucoup. Il me dit “Eh ! Ça il va falloir changer !”. Mais aussi parce que ça permet de s’approprier le morceau, ils proposent des idées que je n’ai pas forcément eues que nous adoptons généralement. 

Aephanemer - Martin, Marion, Lucie, Mickaël

Le lineup est stable depuis 2017, vous avez rencontré un gros succès avec Prokopton. J’avais vu que vous recherchiez un claviériste, est-ce toujours d’actualité ? 

Oui et non. En effet nous recherchions un claviériste pour les concerts. Nous avions pas mal de concerts qui allaient venir, et c’est vrai qu’à l’époque nous nous étions dit qu’avoir un claviériste sur scène permettrait de produire un spectacle plus intéressant. Surtout compte tenu de la quantité d’orchestrations qu’il y a dans nos musiques. Sauf qu’il y a eu le Covid qui a complètement arrêté nos recherches. Il n’y avait plus de concerts prévus et donc la recherche d’un claviériste n’était plus à l’ordre du jour. Nous avions quelques pistes mais rien de concret. Je pense que nous relancerons les recherches quand nous serons sûrs que les concerts reprendront, probablement l’année prochaine. Nous préférons nous donner le temps de trouver la bonne personne. C’est mieux que de prendre quelqu’un en backup qui ne ferait que quelques concerts.

 

Vous cherchiez quelqu’un plutôt de Toulouse pour la facilité des répétitions entre autres, c’est toujours la même idée ? 

Encore une fois oui et non. Ce serait un atout indéniable. Être présent aux répétitions pour nous est indispensable pour être membre du groupe. Quelqu’un qui ne serait pas toulousain ou qui ne pourrait pas être présent aux répétitions pourrait nous accompagner aux concerts, dans les tournées mais humainement ce serait différent. Il/elle serait un membre du groupe mais un peu à part. La réponse n’est pas tranchée parce que ça dépend des profils et des situations. Nous ne serions pas fermés à quelqu’un qui correspond aux critères, c’est-à-dire quelqu’un intéressé par notre musique, qui voudrait rejoindre notre groupe spécifiquement, qui aurait la technique suffisante et qui aurait envie de s’investir. Même si cette personne ne vivait pas à Toulouse nous en discuterions, ce ne serait pas éliminatoire. 

 

Venons-en à l’album, A Dream of Wilderness. Peux-tu nous parler du thème de cet album et de la raison qui t’a poussé à le choisir.

Le thème, nous l’avons choisi avec Marion. C’est la philosophie morale, la partie de la philosophie qui consiste à se questionner sur comment agir au quotidien pour avoir un impact positif sur autrui, c’est-à-dire sur le reste du monde, les autres personnes, les animaux et ainsi de suite. C’est une partie de la philosophie qui est très concrète avec beaucoup de questionnements très concrets. Ce thème est décliné sur les différents morceaux de l’album. Par exemple, le dernier morceau de l’album, “A Dream of Wilderness” traite de l’application de ce thème à la nature, c’est-à-dire quelle attitude avoir à l’encontre de l’environnement, de la nature, des animaux, ça paraît un peu basique comme ça mais c’est le questionnement philosophique de l’attitude à avoir pour vivre en synergie avec la nature. Chaque morceau décline ce thème sous différents aspects.

 

Comment s’est passé l’enregistrement ? Aviez-vous carte blanche vis-à-vis de Napalm Records ou y avait-il des directives comme le choix du studio ou de la personne réalisant le mixage ? 

Nous avons complètement carte blanche pour plusieurs raisons, à commencer que c’est nous qui payons la production (rires). Et d’un point de vue contractuel c’est nous qui restons propriétaires des enregistrements. Nous cédons à Napalm le droit de les exploiter pendant un certain nombre d’années. Nous avons donc totalement carte blanche, mais j’imagine que si nous enregistrions un album qui n’était pas bon, ils ne le sortiraient simplement pas. Mais ils étaient très contents donc cette question ne se pose pas. 

 

Les clips ont été réalisés par Cédric Gleyal d’Uriprod. Il a déjà réalisé tous vos clips jusqu’ici et est connu pour avoir réalisé de nombreux clips de groupes français (Tagada Jones, Sidilarsen…). J’imagine que c’est vous qui le choisissez. Qu’aimes-tu dans son travail ? 

Nous travaillons en effet avec Cédric depuis notre tout premier clip en 2016 avec “Unstoppable”. Nous sommes très satisfaits de notre collaboration parce qu’il se débrouille super bien. Et il se débrouille notamment bien pour trouver des lieux intéressants pour chaque clip. Quand on est un groupe de metal, l’un des enjeux des clips c’est les décors. On peut faire des clips dans des pièces noires, nous l’avons fait pour “Bloodline” ou “Panta Rhei”, mais ça ne suffit pas. Il faut trouver quelque chose qui soit intéressant et qui sorte de l’ordinaire. Par exemple pour “Antigone”, il a trouvé ce lieu qui est à côté de Saintes, les Lapidiales et nous n’aurions pas pu rêver mieux pour le thème du morceau qui était Antigone et la Grèce Antique. C’est 100% notre choix, Napalm ne nous donne aucune instruction , nous envoyons juste le clip à la fin.

On retrouve beaucoup d’éléments classiques, entre les chants opératiques de Marion et la reprise d’une œuvre de Tchaikovsky. C’est un genre qui vous tient à cœur ? 

C’est un genre qui nous tient à cœur en quelque sorte. Marion est intéressée par le chant classique depuis un an ou deux. Elle prend des cours car elle apprécie cette technique qui lui a permis de développer le registre aigu. Jusqu’à présent son chant était en bonne partie du growl. Cela lui a permis pendant de nombreuses années de développer son registre grave. Mais elle avait la sensation que l’aigu était négligé.

La concordance avec la musique est assez intéressante. Je ne suis pas un expert de la musique classique, mais au fil des années j’ai écouté de plus en plus d’oeuvres de musique classique et notamment de musique baroque et je me rends compte qu’il y a toute une partie de ce genre qui est vraiment catchy, surtout dans la musique baroque, avec notamment Vivaldi ou Bach mais aussi avec Corelli ou Rameau. Assez naturellement, pendant la composition, je me suis dit que ce serait pas mal d’inclure des éléments classiques. Ça s’est fait petit à petit, ce sont des expérimentations. Et je suis assez content du résultat même si je pense qu’on peut encore faire mieux.

 

D’ailleurs Marion chante aussi en clair furtivement. Je crois savoir que c’est quelque chose que vous ne souhaitez pas spécialement faire évoluer, tu confirmes ? 

Oui tout à fait. Sauf évolution imprévisible du groupe, il n’y a aucun scénario futur dans lequel on se retrouverait à faire majoritairement du chant clair ou même à 50% du chant clair. Nous pouvons le développer mais jamais à plus de 5, 10, 20% de l’ensemble du chant. Je pense à Dimmu Borgir par exemple. C’est un groupe que j’apprécie pour ça. A une certaine époque ils avaient deux chanteurs, Shagrath au chant extrême et Vortex pour quelques apparitions au chant clean. Ces apparitions étaient rares et c’est ça qui les rendait exceptionnelles pour moi. Je pense que c’est un équilibre qui nous convient.

 

Parmi les morceaux bonus, on y retrouve « le Radeau de la Méduse » en chant français. Est-ce quelque chose que vous serez amenés à refaire ? 

C’est une expérimentation donc nous ne savons pas encore. Nous nous sommes mis à réfléchir à des choses de façon séparée avec Marion. Elle s’est dit de son côté que ça pouvait être intéressant de chanter en français, voir si ça pouvait bien sonner en terme de qualité du chant, comment placer les accents sur les différentes syllabes etc. Et moi je me suis dit que ce serait pas mal de renforcer notre identité française. Je voudrais que petit à petit nous apparaissions de moins en moins comme un groupe “scandinave” mais plus comme un groupe français avec des origines de death mélodique scandinave. Je me suis dit qu’inclure du français était une bonne solution mais on va voir comment réagit notre public. Je pense que dans le futur ça va arriver à nouveau, nous verrons pour les proportions. Je peux cependant déjà dire que nous n’allons pas faire des albums entièrement en français. A part peut-être un jour un album bonus comme ce qu’avait fait Sabaton en version anglaise et suédoise. Mais on ne va pas faire comme Rammstein

 

Ce que je trouve très bien dans ce morceau c’est la clarté des paroles. C’est quelque chose d’important. 

Oui c’est quelque chose qu’elle a justement à cœur, que les paroles soient compréhensibles. Je sais qu’elle cite souvent Johan Hegg d’Amon Amarth. On comprend très bien quand il growle. Je partage cet avis aussi. Quand on arrive à faire du growl qui est intelligible, ça permet de démocratiser cette technique. On est plus dans une technique que les personnes moins adeptes à ce chant vont prendre plus au sérieux. Ils la considèreront vraiment comme une technique vocale et pas juste du bruit. Nous avons hâte d’entendre les retours à ce sujet.

 

Quel est ton morceau préféré de cet album, et celui de votre discographie ? 

Alors ça change tous les jours. Si je devais choisir aujourd’hui je dirais “A Dream of Wilderness”. Je trouve que contrairement à l’album précédent, Prokopton, où il y avait clairement les singles et d’autres morceaux qui complétaient, celui-ci est à prendre comme un tout plutôt qu’une suite de morceaux. J’ai l’impression que pour chaque morceau pris à part, il manque quelque chose. Alors que dans l’ensemble ça fait sens. 

Pour ce qui est de la discographie, je vais procéder par élimination. D’abord je ne peux pas choisir un morceau instrumental sinon Marion ne sera pas contente (rires). Ensuite, je ne prendrais pas un morceau de Memento Mori car je trouve maintenant que la composition est un peu laborieuse. Ils sont maintenant assez loin sur mon cheminement. Cependant je ne dévalue pas la qualité de l’album. Par contre je dirais que Prokopton et A Dream of Wilderness se valent. (Il réfléchit). Honnêtement, je ne saurais pas dire. Maintenant pour le meilleur morceau de la discographie je dirais “Antigone”. Ce qui est contradictoire avec le choix précédent. Mais sur ce morceau je suis content d’avoir réussi à faire quelque chose que je n’arrive pas à faire souvent, c’est-à-dire un single, ce qui n’était pas forcément le but, un morceau pas trop long mais qui contient tout ce que je voulais y mettre, qui soit complet.

Est-ce que faire partie d’un label majeur du monde du metal te met plus de pression pour tes créations artistiques ? 

Pas du tout ! Au quotidien on n’a aucun contact avec eux, à partir du moment où Prokopton a été réédité chez eux, nous n’avions plus vraiment de contact à avoir, si ce n’est pour planifier la sortie du nouvel album. De leur côté en tout cas, il n’y a pas de pression et nous non plus nous ne nous la mettons pas. Nous ne sommes pas un gros groupe chez eux. Et que notre album marche ou pas, je pense que ça ne changera rien pour eux du coup. Ils sont assez tranquille vis-à-vis de ça et nous aussi. Pour moi, la pression arrivera plus tard, si nous nous installons, que nous en sommes à deux ou trois albums chez eux et qu’il faudra encore continuer à sortir des bons albums. Mais là pour l’instant j’ai plein d’idées, mais pas assez de temps pour composer. 

 

Est-ce que la signature chez eux a un peu boosté les ventes de Prokopton

Oui, d’un point de vue purement concret. Ils ont vendu 2500 albums quand ils l’ont réédité. Nous avons également gagné en notoriété avec eux mais indirectement, c’est-à-dire que nous avons gagné en crédibilité et certaines personnes vont s’intéresser à un groupe qui a signé chez un label comme ça. 

 

Stressé pour vendredi ? 

Non ! Peut-être un peu plus pour envoyer toutes les précommandes réalisées sur notre site Internet, nous avons des centaines et des centaines de commandes à préparer à quatre, ça fait du boulot, mais ça va le faire !

 

Qu’attends-tu de l’année 2022 ? Une tournée promotionnelle ? 

Pour l’année 2022, j’attends que les concerts reprennent, que le Covid nous laisse un peu tranquille et que les concerts que nous avons déjà annoncés et ceux qui ne l’ont pas été aient lieu. Nous sommes aussi en train de travailler sur une tournée française. Nous allons passer par Garmonbozia qui est en train de nous l’organiser. Nous n’avons aucune certitude sur la période mais on espère pour 2022. J’ai pour ma part un petit problème de santé, je ne peux actuellement pas jouer de guitare mais c’est en train de se résoudre, c’est en bonne voie. En principe 2022 devrait être une très bonne année pour nous.

 

En headlining la tournée ? Des idées de groupes ?

C’est le but, oui, si possible. Nous l’avions fait pour la tournée de notre précédent album donc ça devrait être possible. Nous espérons aussi passer par plus de villes. Pour les groupes nous ne nous en occupons pas, notre tourneur commence tout juste à travailler. Nous n’avons pas vraiment d’infos. Nous le laissons travailler comme il a l’habitude de le faire. En général c’est le groupe en tête d’affiche qui choisit les groupes avec qui il veut tourner mais le tourneur peut faire des suggestions.

 

Comme Alestorm vous a choisis en 2019 pour la tournée au Canada après l’annulation de l’autre groupe. Que retiens-tu de cette tournée ? 

Alors premièrement les tournées c’est bien, et nous avons hâte d’en refaire. Cette tournée était dans des conditions difficiles. parce que novembre au Canada c’est pas forcément facile. De plus nous étions dans notre van, pas avec Alestorm dans le tour bus. Donc les conditions étaient un peu rudes même si ça aurait pu être pire parce que les salles étaient bien et le public était super. Deuxièmement, nous avons la confirmation que notre musique peut plaire à un public assez large, parce que le public d’Alestorm n’est pas forcément un public de death mélodique. Mais du coup l’enseignement c’est que tant que le groupe avec qui nous jouons est mélodique ça passe. Nous pouvons jouer avec des groupes de power, de folk, de black mélodique, black symphonique voire même heavy et ça passerait. Et troisièmement, non des moindres, Nous avons gagné énormément de fans. Le Canada est aujourd’hui un des pays chez qui nous avons le plus de fans, le 4ème ou 5ème je crois, c’est assez dingue, ça a bien marché.

Le groupe toulousain a en effet déjà annoncé plusieurs dates l’année prochaine :

  • Ressurreição do Metal au Portugal en Avril
  • Karmøygeddon Metal Festival en Norvège en Mai
  • Z7 Wild Dayz en Suisse en Juin


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