Entretien avec Tom S Englund du groupe Evergrey

Il y a quelques semaines, Tom S. Englund nous accordait un peu de son temps pour parler du nouvel album d’Evergrey, intitulé A Heartless Portrait, sorti le 20 mai 2022 sur le label Napalm Records. L’occasion de revenir sur la composition, sa double casquette de chanteur guitariste et d’évoquer également l’actualité.

La grosse radio : C’est la première fois depuis le début des années 2000 que vous sortez un album presqu’un an après le dernier. Quelle a été la source de cette motivation ? Une créativité hors normes pendant la pandémie ? Une volonté de composer dans une période peu propice aux tournées ?

Tom S Englund : oui c’est le résultat de la pandémie même si au final en Suède, nous n’avons pas été confinés. On a pris la décision de composer très rapidement à cause du manque de tournée quelques jours après la sortie de Escape of the Phoenix. C’est une sorte de continuité même si nous avons composé l’album A Heartless Portrait après.

J’aimerais revenir sur le titre de l’album A Heartless Portrait. Quand on se concentre sur les paroles, ce n’est pas un album si « heartless » (ndlr : dénué de cœur) et au contraire, il est rempli de sentiments. Alors pourquoi avoir choisi ce titre ?

« Heartless » représente plus la somme de sujets que j’ai déjà abordés dans la discographie d’Evergrey. J’ai toujours été très direct et je parle de moi depuis le début du groupe. Le mot représente la façon que j’ai de me mettre à nu et de dire les choses cash et parfois je regrette d’être aussi direct.

Justement en parlant de sentiments, c’est un album très positif. Alors certes tu évoques des émotions négatives mais il y a toujours ce message qui pousse à s’améliorer et à devenir meilleur.

Comme je le disais, j’essaye de peindre un portrait de qui je suis, de la façon la plus humble possible. La musique que je compose est certes en mode mineur mais elle n’est pas dépressive et me donne des pensées positives. Si je compare avec ce que j’écrivais au début de ma carrière, là oui, j’étais perdu et assez confus…

… Et alors justement qu’est ce qui a changé par rapport à 25-30 ans ?

Le monde a changé tout simplement. J’ai essayé de décider de qui je voulais être et de ce que je ne voulais pas être. On vit dans un monde plus égoïste et plus hostile et je ne me sens pas à ma place dans ce monde mais j’ai la chance d’habiter dans un endroit où il y a assez d’espace pour ne pas se mélanger au monde actuel (rires).

Puisque tu évoques la situation actuelle, « Save Us », le nouveau single possède des paroles qui ont une résonance particulière, surtout maintenant. Alors bien sûr cela a été écrit bien avant ce que nous vivons maintenant. Mais tu penses que ce qu’il se passe actuellement va t’inspirer à l’avenir ?

Chaque album est une image figée de l’époque dans laquelle il a été composé. On est proche de la troisième guerre mondiale. Alors oui je n’ai pas encore écrit de musique après le début de la guerre mais je suis certain que cela va affecter mon humeur car ce qui se passe est horrible : c’est l’œuvre d’un homme qui devrait être abattu, voilà ce que je pense.  Quelqu’un doit s’en charger pour arrêter cela.

Est-ce qu’un événement comme cela déclenche une envie d’écrire ou tu le mets de côté et tu en reparles en studio ?

Je suis très structuré au niveau de l’écriture et dès que je rentre en studio, je sais quoi faire. On a essayé parfois d’avoir un environnement créatif en regardant des films de science fiction ou même lorsqu’on est allé tourner un clip en Islande pour que cela nous donne des idées. Mais la plupart du temps, je vais en studio et je compose, pas avant.

Dans les interviews précédentes faites à la grosse radio, tu avais dit que « liberté » était le mot qui convenait le mieux pour Escape of the Phoenix et « lourd » pour The Atlantic. Que dirais-tu pour cet album ?

Pour moi c’est une expérience dans la continuité de Escape of the Phoenix. Donc je dirais « encore plus de liberté ». Cet album représente ma personnalité qui essaye de s’intégrer dans ce monde. Beaucoup de gens aujourd’hui savent vraiment ce qui importe ou pas à cause du contexte : la famille et les amis.

Contrairement à beaucoup d’albums, tu n’as pas d’invités. Une raison particulière ? La difficulté de faire venir les gens à cause de la pandémie ?

On invite des gens simplement quand ils servent les morceaux. La dernière fois on avait James LaBrie car il collait bien à l’atmosphère du morceau. Donc ça dépend vraiment de la chanson. Par exemple, je n’allais pas inviter la chanteuse de Jinjer juste parce qu’elle est ukrainienne.

Enfin il y a quand même des invités : les fans !

Oui c’est vrai mais ce ne sont pas des invités, ce sont des amis ! Plusieurs centaines d’entre eux chantent sur « Save Us » même plus sur « Midwinter calls ». C’était une superbe façon d’interagir avec eux et ceux qui ont participé à « Save us » ont leur nom sur le livret.

En parlant de « guests », as-tu une liste d’invités que tu voudrais vraiment voir sur un album ?

Le roi de la Suède ça serait génial, il pourrait occire quelqu’un et on enregistrerait le son de l’épée. En fait il y a tellement de gens que je voudrais inviter mais si David Gilmour acceptait pour un solo, il aurait tout le temps du monde.

Si je ne m’abuse, tu n’as jamais composé en suédois. Pourquoi ne jamais avoir essayé puisque c’est ta langue maternelle ? C’est plus facile d’exprimer ses sentiments dans une autre langue ?

Je n’ai jamais trouvé une raison de le faire en fait. Et puis la langue du rock et du metal c’est l’anglais. Je me verrais bien faire un truc en espagnol ou en français. Le suédois c’est trop compliqué, personne ne le comprend alors que le français, je trouve que ça sonne exotique.

Mais au final, on ne perd pas une partie du message que l’on veut exprimer quand on parle une autre langue ?

Bien sûr, mais je pense avoir pratiqué l’anglais pendant un bon nombre d’années. Maintenant c’est certain qu’on ne sera jamais assez proche du sens de base et qu’il faut trouver le bon synonyme ou la bonne expression. Mais au fil du temps, comme j’écris toujours sur les mêmes sujets, j’ai développé mon propre vocabulaire.

Ou alors ça peut même être plus simple de parler une autre langue, on a moins peur d’exprimer ses sentiments.

Oui et puis ça permet d’éliminer les trucs inutiles donc c’est plus direct, on ne s’encombre pas de choses superflues.

Parlons de ton instrument de prédilection … D’ailleurs quel est ton instrument de prédilection ? le chant ou la guitare ?

Pendant des années, c’était la guitare et j’en avais même oublié que j’étais un chanteur. Mais maintenant je me considère plus comme un chanteur, même si j’ai réussi à vraiment bien exprimer mon jeu de guitare sur cet album

Tu penses que parfois tu négliges un des deux ? Que parfois tu devrais plus chanter sur un album ? Ou plus t’entraîner au quotidien ?

Oui et non : c’est clair que dans la vie réelle, je devrais en faire plus, m’entraîner plus souvent. Mais j’ai réussi à trouver un niveau technique qui me permet de m’exprimer sans ressentir de limite.

Au niveau des soli, Henrik est plus technique et toi plus dans l’émotion. Lorsque vous composez ces parties, y’a-t-il une sorte de compétition amicale ou une émulation entre vous ?

Bien sûr, ce n’est pas une compétition mais plus une inspiration. En fait, c’est comme une conversation entre nous deux : quand on joue un solo face à face, on s’imagine en train de discuter de tel ou tel sujet. Et j’adore cette façon de « parler ».

Et est-ce que chacun intervient avec des conseils ou des avis ?

Pour cet album on a fait nos parties chacun de notre côté. Sur Escape of the Phoenix on a produit les solo d’Henrik ensemble car il avait besoin d’inspiration, d’un œil neuf. Pour résumer, cela dépend des albums, parfois on peut et d’autres fois on fait cela dans nos coins.

A propos d’aide extérieure, pour les paroles, t’arrive-t-il de demander à quelqu’un d’autre ?

Parfois je demande une meilleure expression à un ami anglophone, du genre : « si je dis ça, comment pourrais-je l’exprimer ». Je prends vraiment ça au sérieux.

Au niveau projet parallèle, tu viens de sortir un nouvel album avec « Silent Skies », une envie de tournée ?

J’aimerais vraiment, c’est un de mes souhaits …

C’est prévu ou …

Déjà avec Evergrey c’est difficile de faire une tournée avec le contexte actuel. On démarre à peine en septembre donc on verra par la suite.

Lors de la dernière interview, tu ne savais pas comment tu allais enregistrer tes parties pour le prochain album de Redemption. Ca a avancé ?

Oui, je l’ai fait en juillet …

… physiquement ?

(rires) oui je le fais toujours physiquement mais si tu veux dire par là que j’étais avec eux en studio, oui c’était le cas.

Une date de sortie ?

Je ne sais pas trop, je ne suis pas vraiment impliqué dans ces choses là avec Redemption : le retard est dû au problème de fabrication du plastique. J’espère qu’il sortira rapidement car c’est vraiment un super album.

Dernière question pour finir : tu n’as jamais sorti d’album solo. Une raison particulière ?

Entre Silent Skies et Evergrey, j’ai tout ce dont j’ai besoin pour exprimer mon égo. Donc je ne vois pas pourquoi je ferai un album solo, je crois que ça suffit comme ça (rires).

 

Un grand merci à Tom S. Englund. Vous pouvez retrouver l’album A Heartless Portrait disponible à la vente sur le label Napalm Records.



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