Ghost : rencontre avec Tobias Forge (2/2)

Grosse actualité pour Ghost cette semaine, avec la sortie de son tout nouvel EP de reprises, Phantomime, ce vendredi 19 mai, et deux jours plus tard, le lancement d’une tournée française de huit dates. Dans cette seconde partie d’entretien, le leader Tobias Forge nous en dit plus sur la création de ce disque, tout en évoquant ses projets futurs et les quelques imprévus venus se placer sur sa route …

J’imagine que tu dois être bien occupé par la promo de Ghost ces quelques jours ici à Paris, mais as-tu prévu des moments pour toi, comme une session de shopping de vinyles par exemple ?

Effectivement, c’est prévu, mais c’est vraiment du loisir pour moi : dès que je me rends quelque part je vais dans des magasins de disques, c’est un peu ma relaxation à moi. Pour ce qui est de la promo, ces quelques jours sont effectivement bien productifs avec un emploi du temps chargé, mais en fait, c’est assez agréable d’être assis ici, à regarder ce qui se passe autour de moi, en tout cas c’est plus plaisant que de faire une journée d’interviews enfermé entre quatre murs. Je suis plutôt du genre à avoir besoin de stimuli : quand j’ai un rendez-vous téléphonique avec quelqu’un, je joue à la Playstation en même temps, ça me permet de me concentrer sur quelque chose en même temps que je parle. Toute ma vie a toujours été un peu comme ça, à écouter un disque à la maison tout en ayant la télé allumée.

 

Aujourd’hui sort Phantomime, un EP de cinq covers, sur lequel tu reprends Television, The Stranglers, Genesis, Iron Maiden et même Tina Turner. Comment choisis-tu les titres pour les reprises sur tes EP ? S’agit-il de morceaux qui ont compté pour toi, que tu as beaucoup écouté dans ta jeunesse, ou cherches-tu plutôt des paroles ou une thématique correspondant à l’univers Ghost avec des références à la religion par exemple ?

C’est un peu tout cela à la fois ! Mais le critère principal, ce qui compte le plus pour moi, c’est vraiment les paroles. Ça va des rimes utilisées aux thèmes existentiels, philosophiques ou bibliques. Bien sûr, on pourrait s’amuser à reprendre "Disco Inferno" [du groupe The Trammps, NDLR] et à essayer de le mettre à notre sauce, mais je pense qu’il faut qu’on puisse apporter un petit quelque chose en plus. En fait, j’aime reprendre des morceaux écrits d’une manière différente de la mienne, c’est pour ça que j’essaie toujours de trouver des morceaux que je n’aurais pas pu composer moi-même. Si j’ouvrais un restaurant demain, il faudrait que je trouve des plats différents pour enrichir et diversifier ma carte. C’est aussi une façon pour moi d’apprendre, d’expérimenter. D’ailleurs, l’exercice des reprises est toujours intéressant, et parfois ça marche, d’autres fois ça ne fonctionne pas.

Est-ce que cela veut dire que tu as envisagé d’autres reprises que ces cinq titres ?

Oui, tout à fait. Et les reprises qui n’ont pas fonctionné n’apparaissent tout simplement pas sur ce disque ! Mon idée d’origine, c’était de faire un album entier de reprises. Et j’ai finalement dû retirer la moitié des morceaux, car cinq d’entre eux ne collaient pas trop avec ce qu’on voulait en faire, ou alors donnaient l’impression de ne pas être aboutis.

Par exemple, j’ai enregistré un titre de Rush, mais j’ai eu le sentiment de ne rien apporter au morceau. Sans vouloir dire que les autres groupes sont imparfaits, je pense tout simplement que la musique de Rush est trop parfaite. Il n’y a rien à améliorer, rien à souligner ou à accentuer, pas de nuance sur laquelle on pourrait venir ajouter tel ou tel contraste. J’avais l’impression de jouer du Rush exactement comme le font plein de garçons à l’adolescence, et rien de plus. Je ne sous-entends pas que les filles n’aiment pas Rush, bien sûr, mais tu sais, il y a cette vieille blague qui dit que Rush est un groupe pour adolescents. [Rires] Dans tous les cas, j’avais le sentiment que ma version allait être un peu trop redondante par rapport au morceau d’origine.

Après, il y a d’autres morceaux qui se sont qualifiés pour les quarts de finale, si je puis dire [rires], que nous avons abandonnés parce qu’il y avait trop de choses à améliorer, ou la qualité d’ensemble laissait à désirer. Ça peut m’arriver d’avoir une très bonne idée sur le papier, et par la suite d’écouter le morceau et de me dire que ça ne fonctionne pas très bien, ou que ce n’est pas assez divertissant.

Comment s’est passé l’enregistrement de l’EP ?

Les démos de toutes ces reprises ont été faites en même temps que l’enregistrement d’Impera. Le producteur de l’album nous a dit qu’il ne voulait pas s’occuper de reprises. Très bien, et puis c’est vrai que ça ne paie pas de faire des reprises. On sortait juste de la session d’enregistrement d’Impera, et on était épuisés. Ça a été éprouvant, après tout on dit souvent que le cinquième album est particulièrement difficile. On avait pas mal d’ambitions pour ce disque, ça nous a pris beaucoup de temps et d’énergie, et quand il a été terminé, mon ingénieur Martin [Eriksson, ndlr] et moi sommes repartis en studio, avec l’idée d’enregistrer un autre album.

Mais une fois ces démos enregistrées, je me suis rendu compte qu’il y avait des choses qui étaient un peu moins bien et qu’il fallait retirer. On a gardé ces cinq morceaux. Cinq morceaux de rock, point. Que les choses restent simples, faciles, et même pour l’enregistrement : ça nous a fait du bien de nous rappeler que tout n’est pas forcément aussi difficile que pour l’album qu’on venait juste de finir. Cet EP est finalement quelque chose de spontané, de simple, et le fait d’avoir déjà les démos nous a facilité la tâche. En tout cas je me suis amusé à le concevoir, de l’enregistrement jusqu’au mix, l’ambiance était plutôt joyeuse.

 

On ressent ça sur l’EP, cette légèreté et une impression de fluidité. Sans pour autant que ce soit trop basique, car il y a un sérieux travail sur les arrangements et les ambiances, qui sonnent très Ghost d’ailleurs.

Ça me fait plaisir d’entendre ça, car c’est exactement ce que je cherchais : transcrire cette légèreté sans que le produit final ne semble à moitié cuit, si je peux dire ! [Rires] Ce que je veux dire, c’est que quand on entre en studio pour un album, on est à 110 %, alors que pour un EP, avec uniquement des reprises, il est normal de n’être qu'à 100 %. Mais je ne voulais pas que la différence se ressente entre les deux, comme par exemple entre le premier Star Wars et le téléfilm Star Wars Christmas Special de 1978 ! [Rires]

Cela fait un an jour pour jour que l’album Impera est sorti. Quel regard portes-tu sur ce cinquième album qui a marqué un tournant dans l’ascension de Ghost ?

D’une certaine façon je ressens du soulagement, car cet album a rempli sa mission, celle qu’il était censé remplir. Je ne veux pas leurrer les fans en leur disant que ce n’est qu’une histoire de magie, et d’y croire, etc. Il faut être pragmatique et penser aux résultats que l’on a obtenus avec l’album. Évidemment, à chaque nouvel album, tu es convaincu que c’est le meilleur, mais après la sortie, il faut aussi voir ce qu’il donne sur scène. Ce n’est qu’en observant si cette performance a bien fonctionné que l’on peut dire si cet album est bon ou non, finalement. Aujourd’hui, un an après la sortie, je peux dire qu’Impera tient la route. Ce qui a un peu faussé notre perception, c’est ce qui s’est passé en marge de tout ça.

 

Tu veux parler de ce qui s’est passé avec "Mary On A Cross", morceau sorti sur un EP 2 titres en 2019 mais devenu viral l’an dernier sur Tik Tok via des fans de Stranger Things ?

Oui, quand c’est sorti, ça a un peu fichu en l’air notre cycle d’album. Ça n’a pas été un problème en soi, mais c’est juste qu’on n’avait pas du tout prévu ça, ça nous a un peu mis des bâtons dans les roues. Et le label a paniqué en disant "Mais qu’est-ce qu’on va faire ?"!  Je leur ai dit qu’on n’allait rien faire du tout. C’était déjà hors de notre contrôle, déjà présent naturellement sur TikTok, qu’est-ce qu’il y avait à faire ? Comme on ne voulait pas nuire à la promo d’Impera, mais on ne voulait pas non plus perdre la chanson "Mary On A Cross", on a fait le strict minimum [une vidéo live, ndlr], mais notre priorité était vraiment de revenir à notre obejctif le plus vite possible à ce moment-là, c’est-à dire nous concentrer sur notre Impera. Et puis, d’un point de vue pragmatique et un peu cynique, on ne voulait pas que nos fans historiques pensent qu’on allait tout stopper pour plaire à ces nouveaux arrivants qui ont découvert le groupe via TikTok.

Pour ce qui est d’Impera, je ne me suis rendu compte qu’aujourd’hui de cet anniversaire. Avec le recul, je vois bien que le cycle entamé avec cet album, de sa sortie aux tournées, a été l’un des plus importants dans l’histoire de Ghost, et c’est vraiment super. Maintenant, on est sur la préparation de la prochaine tournée, qui commencera chez vous d’ailleurs [coup d’envoi du Re-Imperatour ce dimanche 21 mai à Rouen, ndlr], et il y a les projets futurs sur lesquels on s’efforce de travailler. Cela fait un an que le disque est sorti, mais en réalité cela fait deux ans déjà que l’enregistrement a eu lieu, et il est temps maintenant de passer à la suite… les choses se feront à l’automne, je l’espère.

 

Tu parles du sixième album de Ghost ?

Oui, ce fameux sixième album, aussi difficile à faire que le cinquième ! J’ai déjà commencé à travailler dessus, et après les tournées de cette année il sera temps de passer en studio pour ça.

Donc pour moi, l’objectif c’est de gérer toutes ces choses en simultané sans perdre de vue ces objectifs et ces prochaines étapes. Alors bien sûr, je suis content qu’il y ait plein de nouveaux fans arrivés grâce à TikTok. Et je souhaite aussi la bienvenue à ceux qui n’aiment pas le morceau de TikTok mais qui découvrent le reste de notre discographie et nous rejoignent. Mais le plus important c’est vraiment de rester sur notre trajectoire, et de ne pas s’éloigner du chemin qu’on s’est tracé. Il faut s’assurer de ne pas oublier notre mission, sous prétexte que quelqu’un nous dit qu’il aime mieux les putains de gnocchis alors qu’on sert des sushis. [Rires]

 

Ce que tu dis là rejoint un peu ce que tu nous expliquais plus tôt, quand tu nous parlais de ton soin à planifier les choses et à avoir une vision pour le groupe.

Exactement, c’est très important pour moi. Le métier d’artiste, ça n’est pas que de l’esthétique, c’est beaucoup d’autres choses. J’ai toujours été intéressé par l’approche holistique, par cette vision plus globale des choses. Pour reprendre l’image de la restauration que j’ai utilisée tout à l’heure : j’aime faire la cuisine, mais j’aime aussi les livres, les gens, la décoration intérieure. En fait c’est un ensemble de plein de choses, et elles sont toutes importantes, presque à part égale. Certains artistes rock, pop, ou même des acteurs ont pu percer presque par accident, mais généralement ça n’est pas comme ça que ça fonctionne. Il faut beaucoup travailler, mais surtout prendre pas mal de décisions soi-même, sinon d’autres les prendront pour toi, et ça sera fait de façon irréfléchie, sans vision à long terme. Impossible d’envisager ça pour le control freak que je suis ! [Rires]

Entretien réalisé à Paris en mars 2023. Merci à Olivier de Replica Promotion et à Adeline de Gerard Drouot Productions.  

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