Empire State Bastard, l’interview !

Simon Neil (Biffy Clyro) et Mike Vennart (guitariste live de Biffy Clyro et ex-Oceansize) nous ont accordé un peu de temps après leur prestation au Hellfest 2023, sur la nouvelle scène de la Valley. Le duo, qui a levé le voile sur ce projet nommé Empire State Bastard il y a quelques mois seulement, nous raconte comment va sonner son premier album Rivers Of Heresy, enregistré en compagnie de Dave Lombardo (ex-Slayer) à la batterie.

Crédits photo : Gavin Smart

Parlons d'Empire State Bastard. Cela fait quelques années qu’on entend parler de ce projet, alors ça fait plaisir d’enfin vous voir à l’oeuvre !

Simon Neil : En fait, le nom est venu en premier, ce qui est assez inhabituel pour tous les projets musicaux auxquels nous avons participé. Le nom Empire State Bastard exigeait un certain type de musique, une certaine attitude, mais nous ne savions pas exactement laquelle, et Mike a ruminé ça pendant quelques années.

Mike Vennart : Oui, pendant longtemps, je me suis demandé comment je pouvais servir ce nom de manière adéquate. Et cela a pris beaucoup de temps avant d'arriver à "évidemment, ça doit être un groupe de heavy metal vraiment horrible". C'était censé être de plus en plus lourd. C'était ça le truc.

Simon : Je pense que si ça n'était pas arrivé après la pandémie, ça aurait pu être un peu différent, mais le Covid et tout le reste nous ont confortés dans l'idée qu'il fallait que ce soit brutal. Nous ne voulions pas que ce soit une hybridation croisée entre Biffy Clyro, Vennart ou Oceansize, il fallait que le groupe ait sa propre forme et c'est certainement le cas.

Le groupe, c’est seulement vous deux mais vous avez engagé à la batterie… Dave Lombardo !

Simon : Oui, je sais, c’est un peu comme si j’étais allé sur louezdavelombardo.com ! (rires)

Mike : En fait, au début, il n'y avait que nous deux et nous ne savions même pas si nous allions faire des concerts.

Simon : Et on s’est demandé qui on allait prendre comme musiciens. Parce que quand j'écrivais les chansons et les riffs, et que je programmais mes fausses batteries sur les morceaux, c’est comme si c’était écrit " Lombardo " dessus. Je me disais : « Fais en sorte que ça sonne comme Dave ». Et puis je me suis dit : "Allez, maintenant je vais vraiment le faire pour de vrai. Quel batteur allons-nous prendre ?"

Mike : Nous n'avons trouvé personne qui puisse le faire. Je me suis dit : « Il n'y a qu'un seul gars. Demandons-lui, putain ! » Il se trouve que c'est un type très, très sympa, et qu'il était partant, il n'avait rien de prévu à ce moment.

Simon : Tout le monde lui demande de jouer sur des albums tous les jours, et il a décidé que la porte était fermée, mais son manager lui a dit : "Non, il faut que tu entendes ça". Et il s'est dit : « Okay, allons-y ».

Vous devez être tellement honorés de pouvoir jouer avec lui !

Simon : Oh, c’est magnifique.

Mike : C'est un véritable héros. Il est incroyable.

Simon : Quand on se parlait au téléphone et qu'on n'arrivait pas à y croire, on n'arrêtait pas de se dire : " Est-ce que c'est réel ? ". Parce que ça validait instantanément tout le projet, et ça nous a donné envie de rendre l'album encore meilleur parce que Dave Lombardo allait jouer dessus.

Mike : Mais honnêtement, c’est comme si tu étais encore ado et que ton idole te disait bonjour, comme si tu attendais à l'arrière d'une salle de concert et que ton chanteur préféré te faisait coucou. C’est aussi spécial que ça. J'ai l'impression que c’est la première fois que ça m’arrive !

Simon : Et aujourd’hui on n’en revient toujours pas !

Mike : Ce n'est que notre sixième concert ensemble, et je regarde toujours autour de moi en me disant "Putain, il est là quoi"!

Simon : C'est un vrai plaisir de jouer avec lui. Pour moi, c’est le Jimi Hendrix de la batterie. Il est vraiment au sommet.

Vous avez fait une tournée au Royaume-Uni il y a quelques semaines, et tous les billets se sont vendus très rapidement. Vous attendiez-vous à un tel engouement ?

Simon : Non. Nous étions un peu inquiets parce que nous n'avions pas sorti beaucoup de morceaux. On pensait que la musique était un peu trop intense. Tu sais, je suis sûr que ce n'était pas tout à fait dans les cordes de tout le monde. Mais je dirais qu'environ 80 ou 90 % du public est venu et nous a donné la permission de jouer notre musique. C'est inhabituel de jouer un concert à guichets fermés alors que personne n'en connaît le moindre morceau.

Mike : Nous étions conscients de la bizarrerie de la situation. Mais il y avait une belle énergie dans les salles. Sans vouloir paraître hippie, il y avait vraiment du respect pour notre musique.

Simon : C’était très positif et il y avait de l’attente dans l’air parce que c'est un groupe un peu « mythique », qui n'a existé que dans l'esprit des gens. Nous l'avions mentionné plusieurs fois dans des interviews, en en parlant comme si nous avions déjà écrit des chansons, mais je pense que le fait que les gens voient un mythe prendre vie était vraiment excitant pour tout le monde. Le public a l’air très favorable pour l'album à venir, Rivers Of Heresy.

Naomi Macleod (ndlr : de Bitch Falcon), qui vous accompagne pendant les concerts, a-t-elle participé à l’album ou va-t-elle le faire dans le futur ?

Simon : Pour l’instant, elle est seulement là pour les concerts, mais quand nous ferons de la nouvelle musique, je pense qu’elle en fera partie aussi. Avec Naomi et Dave, on a vraiment l'impression qu'il se passe quelque chose d’unique. Vu que je ne suis que le chanteur, je peux m'asseoir, écouter et regarder ce qu’ils font, et il se passe quelque chose de spécial dans la pièce.

Mike : C'est ce qu'on ressent maintenant, on a fait ces six concerts et une session radio, et on a vraiment l'impression d'être un groupe. C’est plus qu’un projet maintenant, on se sent comme un vrai groupe, on a vraiment fusionné et on traîne beaucoup ensemble, c'est juste génial. Ça fait tellement de bien, vraiment.

Crédits photo : Florentine Pautet

Les chansons sont très variées. Il y a beaucoup de sons éclectiques. C'est comme de la musique punk extrême mélangée à du grindcore moderne. Comment avez-vous réussi à obtenir une telle diversité tout en conservant un son cohérent ?

Simon : Merci beaucoup de dire ça ! C'est dû en grande partie à Mike. Chaque chanson apportée par Mike avait une personnalité et une culture qui lui était propre, donc j'ai trouvé qu'il était très facile d'être attiré par les chansons. Elles me disaient ce que je devais faire. On sait aussi que beaucoup d’albums de heavy peuvent sonner très bi-dimensionnels. Nous ne voulions pas faire quelque chose qui ne soit qu'un album de chansons, il y a ce vrai côté psychédélique sur l'album et il y a des moments de beauté que nous voulions vraiment cultiver, donc oui c'était grâce à la magie de Mike pour être honnête.

Mike : Merci ! En fait, c’est juste que j’écoute du heavy metal ! Il y a beaucoup de couleurs différentes dedans, beaucoup de rythmes différents, et je voulais juste que nous puissions avoir un pied dans tout ça, parce que j'écoute pas mal de groupes qui ne font qu’un seul type de musique. J'aime Napalm Death et Slayer, mais je voulais que nous soyons capables de faire toutes ces choses. Heureusement ça marche ! Tu sais, c'est la façon dont les guitares sont accordées et les tonalités de tous les instruments, la façon dont Dave joue, ça donne vraiment ce genre de recette. Il est évident que Simon crie beaucoup, mais il peut aussi chanter, c'est son travail de tous les jours. Et c'était vraiment amusant de se défier mutuellement pour essayer de le faire. Certains riffs sont si rapides et si furieux, c'est assez drôle.

Simon : Il y a des parties de "Palms of Hands" qui sont clairement ridicules, mais c'est pour ça qu'on voit le public réagir en mode "Putain, ces mecs sont en feu". Le groupe est toujours sur le fil, même lorsqu’on est très lent, on se bat pour ne pas accélérer et nous envoler. On est un groupe « urgent », je pense.

Vous êtes un groupe engagé également. Les paroles et les thèmes que vous abordez dans vos morceaux découlent-ils de la société dans laquelle nous vivons aujourd'hui ?

Simon : Depuis le Brexit, la Grande-Bretagne est juste sur une pente descendante et tu vois, c’est comme votre gouvernement en France qui n'écoute pas le peuple non plus, et je pense que tout le monde en a juste marre. Il y a encore une poignée de personnes qui prennent des décisions pour nous tous et je ne sais pas si c'est à cause de la pandémie, mais c’est vraiment difficile à gérer ces jours-ci, et surtout au Royaume-Uni. Le gouvernement a été dénoncé. Ils sont au pouvoir depuis 13 ans et ils sont constamment pointés du doigt pour profiter des gens grâce à leur position de pouvoir. Pourtant rien ne change, donc nous avons beaucoup canalisé cette frustration et cette colère en essayant de le faire de manière saine.

Mike : Faire notre musique est la façon la plus saine de procéder, sinon nous serions probablement en prison. Tu vois, c’est terrifiant. Ce gouvernement est le plus corrompu de l'histoire du Royaume-Uni et nous le vivons actuellement. Et ça semble aller de pire en pire sans qu'il y ait de véritable fin en vue. Et même l'opposition ne sert à rien. Donc avec tout ça en tête et la pandémie, nous n'étions pas en mesure de faire un autre type de musique.

Simon : Je ne voulais pas me morfondre. Il y avait certaines émotions pour lesquelles je n'avais pas le temps. Il fallait que je garde mon énergie et mon enthousiasme pour vivre, en fait. C'était la seule façon de nous canaliser dans quelque chose d'intense et de réel.

Mike : C'est une chose dangereuse, et je ne pense pas que l'on puisse sortir d'un véritable traumatisme. Je n'ai jamais été capable de le faire, de me canaliser dans une des périodes les plus traumatisantes de ma vie. Peut-être que cela prend plus de temps que prévu.

Quels sont vos futurs projets avec Empire State Bastard ? Allez-vous continuer à faire des concerts ?

Simon : Nous allons choisir nos dates de concerts de façon plus réfléchie, donc nous espérons venir à Paris par exemple en fin d’année. Mais nous ne voulons pas partir en tournée pendant des mois. On veut que ce projet reste spécial et qu'on ne fasse que des concerts uniques, donc on espère vous revoir bientôt en France ou ailleurs !

Mike : Nous sommes un objet de luxe !

Simon : C’est exactement ça !

Rivers Of Heresy sortira le 1er septembre 2023 chez Roadrunner Records.
Propos recueillis par Florentine Pautet, le 18 juin 2023 au Hellfest.
Crédits photo : Gavin Smart (presse) et Florentine Pautet (Hellfest).



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