Entretien avec Fetus d’Ultra Vomit

En pleine pause entre deux dates de sa tournée, Fetus, alias Nicolas Patra, s'est entretenu avec l'un de nos chroniqueurs. Après une minute de silence en hommage à leurs deux clubs de foot en difficulté (le FC Metz et le FC Nantes), ils ont échangé longuement sur la vie en tournée avec quelques anecdotes croustillantes.

Ultra Vomit, Fetus, Andreas & Nicholas, Le Pouvoir de la Puissance

Salut Fetus, merci de nous accorder de ton temps entre deux concerts. Puisque vous êtes en tournée, on va se concentrer sur la vie sur la route et pour faire un lien avec vos albums, chaque question sera inspirée d'une de vos chansons. On va donc commencer par la question "Une souris verte/Poil Pubien" : est-ce que vous êtes tombés sur des trucs vraiment horribles en tournée ?

Je pense plus à des trucs marrants qu'à un truc sale, par exemple le jour où notre ancien bassiste, Pierre Jacou s'est fait mordre le pied sur scène. En plein concert, il était en train de faire un riff avec le pied sur le retour et à un moment donné il sent une douleur vive au pied, alors il regarde par terre, et il y avait un mec en train de lui déchiqueter la chaussure à fond. Et après le concert quand il a enlevé sa pompe, il avait carrément le pied en sang !

Donc on peut dire que les fans sont mordus d'Ultra Vomit ! Et au niveau des salles dans lesquelles vous avez joué, vous avez eu des trucs bien crades ?

Là, on vient juste de jouer au Zénith de Dijon et on en a reparlé justement avec des gens qui étaient à une date qu'on avait faite aux Tanneries pas très loin : c'était une forme de squat autogéré ou je sais pas quoi , il y a longtemps, et il faisait hyper froid. Genre aucun chauffage. On est resté toute la journée là-dedans et au bout d'un moment, il fallait qu'on se réchauffe comme on pouvait, c'est à dire à la Russe. Donc on a pris de la vodka et on a joué complètement ivres. C'était la première fois qu'on jouait bourrés, mais aussi la dernière. C'était très mauvais, même si nous on a eu l'impression que c'était cool.

Question "Judas Prost" : tu as déjà eu des trucs marrants ou non en tour bus, des chauffeurs qui conduissent comme des malades etc...

La dernière frayeur qu'on a eue (et d'ailleurs on n'a pas trop communiqué dessus), c'est quand on a dû annuler notre  récent concert à Istres [en février dernier, à cause des intempéries ndlr]. On est restés coincés dans la tempête sur une aire d'autoroute pendant un certain temps. Ca secouait à fond pendant la nuit à cause du vent et notre chauffeur nous a même dit : "Les gars c'était chaud, j'ai évité un arbre, on a failli avoir un accident". Mais c'est le truc le plus grave qu'on ait eu récemment. On a eu plein de couilles, mais jamais de trucs hyper graves. Le plus relou, c'est quand on a mis 36 heures pour faire Valenciennes-Nantes en van. On était pris dans une tempête de neige vers Paris et comme beaucoup, on s'est retrouvé complètement arrêtés. Les dépanneuses étaient overbookées, il y avait trop de monde sur les routes donc le temps qu'on soit pris en charge, on a dormi comme on pouvait. Après, au niveau vol de matos, je n'ai pas de souvenirs. Si, juste quelqu'un qui se barre avec une guitare pendant un festival, en mode tranquille.

Question "Quand j'étais petit" : quel est LE concert qui t'a donné envie de faire de la scène ?

Alors je pense à deux concerts qui sont assez en lien avec Ultra Vomit. Le premier c'était un concert de Gronibard à Lille. Alors c'est très con mais au niveau du son et de l'exécution, c'est vraiment à ce moment que je me suis dit qu'il y avait moyen de faire des trucs marrants tout en étant carré. C'était vraiment impressionnant : le mec à la batterie, c'est une machine, ils ont du super matos. Et puis à la même période, il y a eu un concert de Gojira. D'ailleurs je ne sais pas si à l'époque, ils s'appelaient déjà comme ça, ou peut-être ils venaient juste de changer de nom. C'était dans un tout petit café concert de Nantes, une sorte de couloir et ils avaient fait sonner ça de façon incroyable alors que pour tous les groupes qui jouaient avant, ça sonnait comme un café-concert classique. Ils étaient déjà très en avance sur les autres à cette époque.

Ca me permet de rebondir sur une interview que tu avais faite pour Basique sur France 2. C'est quelque chose qui revient très souvent chez vous : ce côté bordélique mais très professionnel et carré. 

Ca me paraît important d'être le plus carré possible. Le meilleur compliment qu'on peut nous faire c'est quand on nous dit "On se marre, mais putain ça joue bien". J'ai un souvenir aussi de Fred Duquesne qui nous enregistrait pendant "Kammthar" et il nous dit : "Vous n'avez pas peur de ce que je suis en train de faire là, car je vous mets du gros son ! Vous n'avez pas peur que ça rende le truc moins marrant et que ça plombe la vanne ?". Et en fait non car il faut y aller à fond au niveau du son. Moi je me charge du côté fun avec ma voix. Par contre si tu veux faire une parodie de Rammstein, il faut que ça sonne gros. Je cite souvent les Inconnus comme référence. Alors c'est sûr, c'est pas du metal, mais quand ils parodiaient des trucs, ils y allaient vraiment à fond et ça donnait des sketchs crédibles.

A l'inverse justement voilà la question "La Flemme". Vous avez des trucs de flemmards ou que vous mettez de côté ?

Plus le temps passe et plus je me rends compte que la flemme ça n'existe pas dans un sens. Soit tu fais les choses soit tu ne les fais pas. On a souvent joué avec cette image de flemmards, mais c'est un peu mensonger. Moi quand je suis motivé par un truc, je suis tout l'inverse. Je peux devenir même très chiant en mode perfectionniste. Je n'ai pas de souvenir d'avoir reculé devant un obstacle en me disant "Ce morceau-là est trop chiant". Alors bien sûr il y a des moments de doutes comme lorsqu'on a enregistré Le Pouvoir de la Puissance car il y avait énormément de pistes et c'était une galère.

Tu évoquais ton perfectionnisme, il y a des moments où tu dis qu'il faut arrêter ou te calmer ?

Je ne me sens pas du tout concerné par ce truc qui consiste à en vouloir toujours plus. Là on est en train de faire une tournée des Zéniths, ça se passe super bien, les salles sont remplies. Mais après quoi ? Je laisse ça à mon entourage, aux tourneurs et au label. Mon but n'a jamais été de faire des salles de plus en plus grandes ou de vendre de plus en plus d'albums. Alors je ne vais pas bouder mon plaisir de faire des Zéniths, mais pour moi le plus important c'est au niveau artistique : est-ce qu'on fait des bons riffs, des bonnes vannes, est-ce qu'il y a une cohérence. Tout part de la musique et c'est pour ça qu'on a mis neuf ans entre le deuxième et le troisième album. Ce n'était pas de la flemme mais on avait l'impression d'avoir tout dit sur Objectif Thunes et on s'est dit que si on continuait dans la foulée, on allait faire la même chose mais en moins bien.

A l'époque, je n'avais pas d'inspi pour Ultra Vomit alors j'ai fait des trucs avec Andreas & Nicolas mais après l'inspiration est revenue et on a repris le chemin des studios. Les labels nous ont dit à l'époque : "Il y a une petite hype il faut battre le fer tant qu'il est chaud". C'est bien de vouloir faire des concerts ou des albums, mais si tu n'as pas d'idées, tu fais quoi ? La base pour moi c'est la musique. je ne me vois pas faire des vidéos Tik Tok en train de dire "Salut les gars, je suis en train de cuisiner". On est vraiment à l'ancienne avec le groupe : si on doit faire un album tous les sept ans, ce sera tous les sept ans. Chaque album est sacré. Alors ça ne veut pas dire qu'ils sont parfaits, mais on l'aura fait à notre manière. Bon après, on a dit après chaque album que ce serait le dernier car c'était assez chiant à faire, mais c'est un peu comme quand une femme vient d'accoucher, elle dit "plus jamais ça".

En tout cas, chez Ultra Vomit, on n'a pas la folie des grandeurs et on ne se dira jamais qu'il faut absolument faire une tournée des stades. En fait, je ne comprends même pas cette idée. Notre progression est venue naturellement, et j'ai l'impression qu'on ne l'a pas volée. Je me rappelle que lors de notre premier concert en 2001, on s'était dit : "On fait un concert et puis quoi ? Si ça se passe mal, on continuera à faire des démos et des répètes et voilà". Il y a trop de groupes qui se forment en se disant "Il faut que ça marche, on va tout faire pour".

Revenons maintenant à la tournée avec la question "Bonnes Manières". Il y a déjà des interactions avec des gens, pas forcément les fans mais des rencontres, où tu t'es dit "c'est relou" ?

Pas vraiment, en plus il y a quelque chose qu'on fait depuis le début : c'est la rencontre avec nos fans, nos "clients". A la fin du concert on va les voir. Je veux bien croire qu'à un certain point ça n'est plus possible quand tu es trop connu mais nous on a envie de s'investir, ça fait partie de l'ADN du groupe. On passe un moment avec eux, on fait des photos, et franchement si les fans étaient chiants on ne le ferait plus. Mais ça devient de plus en plus familial. Alors c'est bizarre de dire ça car au niveau musical, j'ai l'impression qu'on n'est pas du tout en mode familial, mais il y a de plus en plus de gamins et c'est cool mais quand même, la musique est assez bourrine. Mais bon ils kiffent, ils ont leur casque sur les oreilles donc tant mieux.

Alors oui, des gens pénibles, il y en a encore et puis c'est mathématique, car plus tu côtoies du monde, plus tu en as. Mais plus trop. Alors oui, lors de la sortie du premier album, qui était plus bestial et grindcore, on avait des gros bourrins. En fait on a le public qui nous ressemble : au début il y avait des gros metalleux bien arrachés mais c'est peut-être ce qu'on avait envie de faire. C'est devenu plus peinard en fait. Par contre je t'ai parlé tout à l'heure du fan qui mord le pied de Pierre, et à l'époque, s'il y avait des problèmes ça tombait tout le temps sur lui [rires]. A un moment il joue avec son manche de basse pointé vers le public et il sent qu'il y a un problème au niveau du son. Et en fait, un fan était en train de tourner les mécaniques. Bon ça nous faisait marrer ce genre de choses. Et puis bien sûr, au niveau incivilités, il y a en a sur les réseaux : des gens qui viennent nous dire "J'aime pas ce que tu fais, c'est pipi caca, y a deux trois riffs c'est tout". Mais je ne les comprends pas : si tu n'aimes pas, ne viens pas, tout simplement.

En fait vous êtes loin de l'image des rockstars à la The Who avec les scandales.

Pas du tout, tu vois là je suis tranquille chez moi avec mes chats et quand on est en tournée, on boit de moins en moins, on se fait des after avec de la musique cubaine. D'ailleurs c'est Mario de Gojira qui m'a appris ça. On n'est pas des déglingués, pas de drogue, on est chiant en fait [rires].

Belle transition pour ma question "Tikawahukwa" :  on voit de plus en plus d'artistes avoir une hygiène de vie parfaite, aller à la salle de sport etc... Vous avez des trucs pour garder cette énergie en tournée ?

Pour moi déjà le sommeil, en général c'est le plus important, même en dehors des tournées. En tant que chanteur, si je ne dors pas bien, tout de suite, ça se ressent. Après niveau sport, je vais courir de temps en temps mais sans plus. On s'est rendu compte d'un truc très con c'est que, évidemment, l'alcool avant de jouer, c'est pas ouf. Niveau alimentation aussi on s'est rendu compte qu'il fallait manger deux ou trois heures avant le concert car si tu manges une grosse tartiflette à 19h30 et que tu joues une heure après, t'es lourd et pas efficace. Mais tout ça c'est assez simple à mettre en place.

Question "Kammthar" avec la vie en tour bus, ça a dû vous changer la vie de passer des vans au tour bus.

Au niveau confort et tout ça, et sur les prestations surtout. Car à chaque moment de la journée, tu peux revenir dans ton espace perso. Moi je fais la balance et souvent je vais dormir une heure. Dans certaines petites salles avant, tu n'avais pas vraiment d'endroit au calme et tu enchaînais sur les concerts. Après les concerts aussi ça change la vie car si tu es à l'hôtel, tu es dépendant des autres au niveau des horaires. Alors que là tu peux dormir quand tu veux. Et puis par rapport au van, c'est complètement différent : avant on essayait de dormir avec la tête contre la fenêtre, le blouson sur le visage. Dans le tour bus au moins, tu as ta couchette perso.

Ce qui nous amène au "Pipi vs Caca"...

Ah forcément, c'est classique mais pas de grosse commission dans les toilettes du tour bus. Je me suis toujours demandé d'ailleurs comment ça se passerait si quelqu'un avait la gastro mais ça ne nous est jamais arrivé. Par contre, il existe une légende : on a retrouvé un jour un étron mais personne ne s'est dénoncé. Le mystère reste entier !

Il ne nous reste plus beaucoup de temps alors on va passer à la question "Mouss 2 Mass/Patatas Bravas", c'est à dire les guests et les featurings. Ton meilleur souvenir de rencontre avec une star.

Je me rappelle quand Manard a pris une photo avec Lemmy Kilmister et à la fin il lui dit "Keep on rockin' forever" et Lemmy lui répond "Oh, not forever !" [rires]. Mais ouais, on a croisé un paquet de monde. Pour l'anecdote, au Hellfest 2008, le chauffeur du bus de Motörhead était français et on lui avait filé l'album Objectif Thunes et il nous a dit "Trop bien, je ferai écouter ça à Lemmy". Puis il a retourné l'album et il avait vu "Quand j'étais petit (feat Lemmy)" et il a dit "Oula ça par contre je vais pas lui montrer car il ne va pas être content". Ça montre la naïveté du groupe : un truc comme ça, aujourd'hui on ne le ferait pas car c'est mensonger. Mais à l'époque, c'était tellement évident que ça ne pouvait pas être le vrai. Déjà, que ça puisse arriver à ses oreilles était impossible. Mais c'est là que tu te rends compte du chemin parcouru : "Kammthar" a été écouté par le chanteur de Rammstein. A l'époque on avait reçu un vocal d'une meuf qu'il connaissait et il avait même enregistré le "Kammthar".

A part ça, je ne suis plus très fan des groupes en activité. Alors j'adore plein de trucs mais être fan c'est le niveau au dessus. Quand j'était petit c'était Michael Jackson et Nirvana et là, si à l'époque j'avais pu les rencontrer, ça aurait été la folie. Par contre Fabien alias Flockos ou Jojo Framboise, a été complètement pétrifié quand il a rencontré Fat Mike de NOFX. Je ne sais pas s'il a déjà rencontré James Hetfield mais il serait pareil. Même chose car on sait qu'il est hyper fan de Stupeflip et j'avais joué avec eux, et quand il avait vu Kung Ju, il a bugué alors que c'est quelqu'un d'hyper expressif. Il ne disait plus rien et il s'est retrouvé comme un gamin.

Un grand merci à Nicolas "Fetus" Patra mais aussi à Sabrina de Verycords pour cette interview. N'oubliez pas que le groupe est encore en tournée dans toute la France, que ce soit en Zénith, en festival ou en salles plus petites. Toutes les infos ici.



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