Pour la sortie du nouvel album de Kamelot, nous avons pu nous entretenir avec le chanteur Tommy Karevik. L'occasion de revenir sur sa tournée avec Avantasia, qui est passée par le Heavy Week-End en juin dernier, son rôle dans la composition de Dark Asylum, et bien sûr d'autres sujets.

Bonjour Tommy et merci de nous accorder un peu de ton temps. Ca fait bizarre de te voir par écran interposé alors qu'il y a quelques semaines, tu te produisais sur la scène du Heavy Week-End. Tu as d'ailleurs terminé la tournée avec Avantasia, il y a quelques jours et on sentait vraiment que c'était un peu comme une grande colonie de vacances.
Tommy Karevik : C'était génial : j'étais entouré de personnes formidables. Tu sais, je fais partie d'Avantasia depuis des années et les membres de ce groupe sont mes amis. J'ai connu Tobias Sammet grâce à Sascha Paeth, et je suis vraiment reconnaissant d'avoir participé à ce projet car c'est un super musicien et un bon ami. Et le reste du groupe est comme une grande famille qui voyage...
Sur le nouvel album de Kamelot, vous avez d'ailleurs retrouvé Tobias pour deux chansons !
Oui c'est vrai, même si nous n'avons pas enregistré ensemble. Je suis resté au Canada pour écrire et enregistrer mes parties. Quand j'ai appris qu'il allait figurer sur l'album, j'étais vraiment ravi et j'ai pu écrire spécialement un titre pour lui. Je savais à quoi ressemblerait sa voix et ce qu'il aime chanter, et j'ai essayé de fusionner ça avec le personnage que nous voulions qu'il interprète sur cet album. J'ai trouvé ça assez cool d'essayer de saisir la personnalité de Tobias et d'écrire pour lui. En plus la chanson se prête parfaitement au style de chant théâtral qui le caractérise.
Vous avez une longue tradition d'inviter des artistes sur vos albums. Procédez-vous toujours de cette manière ? Vous décidez quels invités seront conviés avant même d'écrire les chansons ou bien vous arrive-t-il de penser à un invité après avoir composé une chanson ?
Je dirais qu'il y a un peu des deux. Pour cet album en particulier, nous avions déjà les invités en tête quand nous avons commencé à écrire les chansons, ou alors nous avions peut-être déjà quelques morceaux. Mais nous savions déjà ce que nous voulions. Du coup, nous avons fait appel à Ignacia Fernández pour symboliser les moments difficiles. Même chose pour Clémentine Delaunay. Pour Tobias, nous savions qu'il interprèterait un personnage qui perd la raison dans l'asile que nous avons imaginé. Mais ce n'a pas toujours été le cas. Parfois, on écrit une chanson et on se dit : "oh mon dieu, ça serait parfait pour telle ou telle personne" et on se décide à lancer l'invitation. Mais pour Dark Asylum, on avait déjà le nom des personnes en tête au début.
Depuis 2012, tu es le chanteur principal de Kamelot, mais est-ce que c'est un travail difficile de partager certaines mélodies ou de trouver des mélodies qui conviennent mieux aux invités qu'à ta voix ? C'est une sorte de compromis qui implique de renoncer à certaines choses ou ça se fait assez facilement ?
J’avoue que j’aime beaucoup écrire pour les autres, c'est un défi différent. Et il faut imaginer toute l'étendue des possibilités. Si tu écris pour tel ou tel chanteur, il faut savoir quelle est sa tessiture, donc c'est une compétence supplémentaire à acquérir. Mais finalement j'ai toujours eu cette habitude, même avec mon ancien groupe Seventh Wonder, on faisait appel à des guests et j'ai toujours aimé faire ce genre de travail. J'aime bien repousser les limites et ajouter de nouvelles couleurs à Kamelot. Pour moi la musique, c'est avant tout une question d'émotion et trouver le moyen de retranscrire cette émotion est l'objectif ultime.
Chez Kamelot, c'est une tradition d'inviter d'autres chanteurs, mais aimeriez-vous un jour faire un album centré sur les membres de groupe uniquement ou quelque chose de plus dépouillé ?
J'ai toujours eu confiance en Kamelot et même au sein du groupe, on sait qu'il suffit qu'on soit tous les cinq pour être un excellent groupe. J'adore aussi parfois revenir à l'essentiel et faire un simple morceau acoustique. Notre force, c'est nous-mêmes, et même en enlevant plein de couches, je suis convaincu qu'on reste un excellent groupe. D'ailleurs la ballade présente sur Dark Asylum intitulée "Ivy, My Dear" est un bon exemple. Il y a juste la harpe et la voix et ça fonctionne très bien.
Passons maintenant au concept de l'album qui se déroule dans un asile de l'époque victorienne. Est-ce que vous avez fait des recherches sur cette période, ou sur la psychologie, pour les paroles ?
C'est quelque chose que nous faisons régulièrement : nous lisons tous ce genre de littérature. On a toujours voulu que les albums de Kamelot invitent au voyage et cette fois-ci, on voulait explorer l'esprit humain : l'obscurité, la lumière et ce qu'il y a entre les deux. Ces recoins cachés dans le subconscient, notre esprit conscient, et comment ils se rencontrent. On voulait évoquer le fait que nous sommes prisonniers de nos propres représentations mentales. On voulait inciter l'auditeur à se dire qu'il a peut-être une chance de se libérer. On voulait aussi parler du fait que nous pouvons trouver le chemin qui mène des ténèbres à la lumière, sans aide extérieure et qu'on peut trouver une paix à l'intérieur de nous. Je pense que c'est quelque chose qui s'est un peu perdu dans notre société actuelle. Tout le monde cherche de l'aide auprès d'autrui dès qu'il a un problème : que ce soit une puissance supérieure ou un autre être humain, alors que bien souvent, on a tout ce qu'il faut pour guérir.
C'est assez intéressant car la force de cet album justement est de transformer des concepts assez douloureux en choses positives. Finalement l'asile n'est pas forcément cet endroit malsain, la nuit n'est pas quelque chose de mauvais et le mal et la folie ne sont plus des maladies.
C'est un bon point de vue et je pense que oui, pour nous, c'est important car il y aura toujours de l'obscurité autour de nous. Il y aura toujours des défis mais le plus important reste de se focaliser sur la lumière au bout du tunnel. On veut que les gens pensent qu'il y a toujours de l'espoir et je pense que c'est ce qui nous distingue un peu en tant que groupe : nous ne sommes pas un groupe si sombre et torturé que ça.
Musicalement parlant, un album de Kamelot présente une grande variété d'ambiances : on peut passer de sonorités arabes à irlandaises, comme par exemple sur la ballade "Ivy, My Dear" que tu as mentionnée tout à l'heure. Est-ce que vous en discutez, est-ce que c'est inconscient ?
Parfois une simple image suffit pour faire naître une idée musicale. Pour "Ivy, My Dear", puisque tu en parles, on a toujours eu ces influences irlandaises avec Kamelot et on trouvait que ça collait bien avec cette idée de rester assis sur un rocher en Irlande, dans l'obscurité. J'aime beaucoup ce genre d'ambiance et ça s'y prêtait bien. Pour les sonorités arabes, je trouve les gammes créent une certaine tension et forcément une certaine atmosphère. Notre but c'est de peindre un tableau avec finesse et de susciter une émotion, et pour ça, on aime piocher dans différents univers.
En 2023, lors de la sortie de The Awakening, vous aviez dit avoir écrit plus d'une vingtaine de chansons mais que seules 13 avait été incluses dans l'album. Pour Dark Asylum, est-ce que vous êtes repartis de zéro ou alors vous avez aussi pioché dans celles que vous aviez mis de côté ?
A l'époque, nous avions quelques idées qui, selon nous, auraient pu figurer sur l'album The Awakening, mais que nous n'avons jamais complètement transformées en chansons, et c'est généralement le cas : il reste des idées de chansons. C'est également le cas pour cet album, on a mis des choses de côté. Mais pour Dark Asylum, on avait une forte idée du concept et des thèmes donc dès le début, on a mis un peu certaines choses de côté et on a composé des nouvelles chansons qui s'intégraient plus dans l'atmosphère générale. On est donc repartis de zéro et je pense que pour moi, si on veut être inspiré, il faut se saisir de l'instant présent et démarrer une nouvelle page. De façon générale, je n'aime pas vivre dans le passé : si je n'ai pas terminé quelque chose, c'est que c'était écrit et que ce n'était pas fait pour moi.
Pourquoi avoir écrit et enregistré une chanson en islandais ?
C'était quelque chose que Thomas voulait faire. Je ne sais pas, il trouvait ça romantique et mythique d'une certaine manière. J'ai adoré cette idée mais il faut rendre à Thomas Youngblood ce qui est à Thomas, c'est entièrement sa décision.
Et tu ne voulais pas chanter dans cette langue (rires) ?
Oh non. Ça n'a même jamais été prévu, tu sais. On n'a même jamais parlé de la possibilité que je la chante en islandais. La chanteuse est d'origine islandaise et connaissait Thomas, donc ça a pu se faire.
Revenons sur le concept très fourni, que ce soit sur les paroles ou visuellement. Est-ce que vous avez évoqué le fait d'élargir cet univers, d'y consacrer un autre album ?
Je pense que pour cet album, on a vraiment exploré beaucoup de choses. Donc pour le prochain album, ça sera sûrement différent même si on laisse la porte ouverte. On essaye d'avancer sans regarder en arrière, même si moi-même je suis assez fan des suites d'album. Après tout, The Awakening constituait la deuxième partie de Ghost Opera et les fans ont aimé le fait que cette histoire connaisse une fin plus heureuse.
Et pourquoi pas recréer l'ambiance victorienne sur scène ?
C'est sûr qu'on adore transposer notre univers visuel sur scène mais je ne peux pas trop m'étendre sur la mise en scène car ça gâcherait la surprise (rires). Nous avons toujours adoré l'époque victorienne et certains décors des précédentes tournées s'en inspiraient clairement. En tout cas, il faudra venir voir par vous-même en live !
Tu as mentionné le fait que Kamelot essaie toujours de se renouveler. En tant que chanteur, quel est ton état d'esprit quand tu rentres en studio ?
Je dois simplement revenir à l'essentiel, me concentrer sur le sujet que j'ai sous les yeux, faire de mon mieux pour le rendre aussi bon que possible et raconter l'histoire de la meilleure façon qui soit. Je ne pense pas vraiment à me réinventer de la même manière. J'essaie simplement de raconter l'histoire du mieux que je peux, en m'appuyant sur toute mon expérience et mes connaissances quant à la manière de communiquer avec l'auditeur. Et je suppose qu'il faut parfois faire confiance à son instinct sur le moment. Parfois on revisite des choses qu'on a déjà faites, et souvent ça t'emmène dans un nouvel endroit qu'il faut oser explorer. Il ne faut pas avoir peur de se tromper et il faut s'affranchir de l'avis des gens. Quand tu suis ton instinct, la plupart du temps, c'est le bon choix. Mais personnellement, j'essaye de développer mes compétences au niveau des paroles, des mélodies vocales et des arrangements. J'essaie d'écouter et de ressentir l'ambiance de chaque chanson, de me les approprier et de vivre un certain temps avec elles avant de décider quelle mélodie et quelles expressions je vais employer. Une fois que j'ai les paroles en main, je veux faire comme si j'étais les paroles, en quelque sorte.
Un grand merci à Tommy Karevik de Kamelot et à Anaïs de SLH Agency
Tracklist :
01. Sanctorium
02. Ashen World (feat. Ignacia Fernández)
03. Dark Asylum
04. Sanctuary (feat. Clémentine Delauney & Ignacia Fernández)
05. Nocte Veritas
06. One Last Masquerade (feat. Tobias Sammet)
07. Ivy, My Dear
08. Godlike Alchemy
09. The Sleeping Mind (Orphic Paradigm)
10. Kaleidoscope
11. Enigma (Think of Me)
12. Cassandra’s Disease
13. Beneath the Moon (Tunglið) (feat. Rannveig Sif Sigurðardóttir, Sólveig Sara Leupold, Lea-Sophie Fischer)
14. The Puppet King
15. Sanctum Requiem
- L'album Dark Asylum est sorti le 28 août 2026 sur le label Napalm Records et est disponible ici.








