Entretien avec Chris Caffery de Savatage

Le premier jour du Heavy Week-End avait quelque chose de spécial : le line-up était incroyable, d'autant plus que Savatage partageait l'affiche avec Sabaton. Incroyable de penser que ce groupe, qui a tout traversé et surtout assez peu connu en France (en témoignent les ventes catastrophiques du seul concert de Trans-Siberian Orchestra en 2014 à Paris), pourrait avoir l'exposition qu'il méritait. Chris Caffery nous a notamment parlé de l'album live Madness Reigns From the Gutter qui paraîtra le 26 juin. C'est donc installés sur une mezzanine surplombant le hall du Zénith de Nancy que nous avons pu parler au guitariste avec en fond les balances et la musique du festival. 

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Bonjour Chris, merci de nous accueillir. Tout d'abord, comment vas-tu aujourd'hui ?

Vraiment bien en plus on a joué hier soir au Sweden Rock, et c'est marrant : avec les années, je crois que je suis plus nerveux pendant les répétitions que lorsque je joue sur scène. Parce que lorsqu'on fait des concerts, c'est comme si on retournait à la maison. C'était un très bon concert hier soir, même si en plein milieu de la chanson "Handful of Rain", il a commencé à pleuvoir et ça a continué pendant tout le reste de notre set, mais ça ne m'a pas dérangé. C'était super et aujourd'hui, ça devrait être aussi très sympa. J'aime beaucoup le lieu et les balances sonnaient bien.

Jon Oliva et Jeff Plate ne participent pas à cette tournée. As-tu eu des nouvelles d'eux récemment ?

J'ai parlé à Jeff hier et apparemment, son problème au nez ne semble pas d'aggraver. Donc, on croise les doigts pour qu'il puisse prendre l'avion pour les répétitions à Athènes. J'étais en tournée avec lui pour TSO (Trans-Siberian Orchestra) quand c'est arrivé pour la première fois. En fait, j'étais sur scène et j'ai remarqué quelque chose de différent dans le son de la caisse claire dans mes retours. J'allais présenter le groupe et notamment le batteur et les gens m'appelaient pour me dire que c'était son technicien qui l'avait remplacé et c'est pour ça que la caisse claire sonnait différemment. Mais ces saignements de nez étaient plutôt flippants pour lui. C'est le genre de situation où tu n'as vraiment pas envie de te retrouver en avion au-dessus de l'océan avec la nécessité de faire un atterrissage d'urgence alors qu'il n'y a pas de terre ferme. Blas Elias de Slaughter s'est proposé pour le remplacer, et non seulement il a assuré, mais c'est sympa de voir ses fans venir le saluer. Il est connu par les fans de TSO autant que nous. En ce qui concerne Jon, je lui ai parlé hier soir après le concert. Ce n'est toujours pas possible pour lui de prendre l'avion, mais il a travaillé sur les setlists et sur l'orchestration pour le concert de Pompéi le 27 juillet prochain, qui va être incroyable. C'est un set de plus de deux heures, et toute l'orchestration est prête pour l'orchestre de 40 personnes qui nous accompagne. En plus çe sera filmé, donc ça va être très cool. Et hier, je pense avoir entendu au moins 20 personnes, pendant la séance de dédicaces, me dire qu'elles allaient à Pompéi. On dirait que beaucoup de fans du monde entier vont faire le déplacement.

Justement, ça fait quoi de jouer avec Blas ?

Tu sais quoi, c'est pratiquement la même chose, mais en différent. Chaque batteur frappe certains éléments un peu différemment. Donc, je remarque des petites nuances dans mes retours, mais les chansons restaient les mêmes et le feeling était excellent. Il a un super feeling, lui et Johnny Lee Middleton se partagent super bien la section rythmique, et jouer avec lui, c'était juste génial. En plus il a dû assimiler toutes ces chansons rapidement : non seulement il a appris les 75 minutes du set qu'on joue aujourd'hui, mais il a aussi appris plus de deux heures du set qu'on joue à Pompéi. Je ne pense même pas qu'il soit déjà venu en France donc, c'est un grand moment pour lui de pouvoir voyager, il est vraiment ravi.

Tu l'évoquais à l'instant : c'était difficile d'élaborer différentes setlists ? Parce que vous faites beaucoup de types de concerts différents, beaucoup de festivals, et bien sûr, il y a cette date à Pompéi.

Je pense que pour celui-là, c'est le genre de setlist qui s'est un peu écrite toute seule, d'une certaine manière. Parce que tu sais que certains morceaux rendront mieux avec l'orchestre, mais il y a aussi des arrangements sur des choses qui vont être complètement différentes avec l'orchestre. Certaines parties de chansons vont les mettre en valeur, et ça va être amusant pour moi, parce que je meurs d'envie de regarder les musiciens sur scène, tout autant que les fans, de l'endroit où je me trouve. Ça va être tellement surréaliste d'être à cet endroit précis et d'avoir toutes ces choses qui se passent en même temps. Comme je l'ai dit juste avant, je n'ai pas le trac quand je joue, donc pour moi, ce sera plus tendu lors de la préparation avant de monter sur scène. Ensuite, tant que mes guitares sont accordées et que mon ampli fonctionne, je n'ai plus le trac. C'est bizarre. Je suis tellement heureux d'être sur scène que c'est devenu une sorte de zone de confort pour moi. Je suis nerveux avant d'arriver, puis quand je suis sur scène, je me dis : "c'est là où je dois être", et ça semble toujours passer trop vite.

Dirais-tu que le trac est devenu plus difficile à gérer avec le temps, ou est-ce qu'on s'y habitue ?

Non, je pense que ce qui m'a vraiment beaucoup aidé, c'est le fait qu'avec TSO, je suis le frontman. Après avoir passé plus de 25 ans avec un micro à la main, à monter sur scène et à parler au public, à des gens de 7 à 77 ans, venus de tous les horizons, je m'y suis habitué et tout le reste devient une seconde nature. Je continue d'utiliser ma guitare tous les jours, mais pour moi, le plus important, c'est d'être face au public. J'aime faire un show et  je pense que cette partie de moi se sent toujours plus à l'aise. Auparavant, quand je jouais devant quelqu'un dont j'étais le plus grand fan et que je savais qu'il me regardait, ça me rendait nerveux. En fait, j'étais plus impressionné par ceux qui me regardaient de derrière ou du côté de la scène. Quand je les voyais, je perdais un peu ma concentration mais maintenant je m'y suis habitué. Et puis j'ai fait pas mal de concerts (Rires).

Puisque tu parles de Trans-Siberian Orchestra, est-ce que tu ressens une différence sur scène lorsque tu joues avec TSO et Savatage ?

C'est complètement différent. C'est sûr qu'à la base, ça reste la même chose puisqu'on joue souvent avec les mêmes personnes dans les deux groupes. Mais ça n'a rien à voir, surtout au niveau de l'énergie du public. Je ne dis pas qu'il n'y a pas d'énergie avec TSO mais lorsqu'on est sur scène, le public lui est assis, il assistent plutôt à une production avec une histoire. Alors qu'avec Savatage, dès qu'on rentre sur scène, on se prend une bouffée d'énergie.

Ce qui fait que tu prends plus de plaisir avec TSO ou Savatage ?

C'est la même chose, mais différent. J'adore jouer avec Trans-Siberian Orchestra. C'est très amusant. C'est tout ce dont un enfant musicien aurait pu rêver : toutes les formes de pyrotechnie, de laser, de lumière, d'éléments mobiles, et même lorsque tu voles suspendu à travers l'arène. La production est incroyable et notre travail est de faire en sorte que ça sonne bien pendant que tous les éléments que j'ai cités plus haut se déroulent. Ce qui fait qu'on est très concentrés et on répète beaucoup pour ça. C'est grâce à TSO que j'ai appris à travailler avec des retours intra-auriculaires, à me caler au timing etc... C'est la chose la plus importante : s'assurer que ce qui sort de la sono soit la meilleure des musiques possible. Il y a beaucoup de gens qui pensent qu'avec TSO, qu'on utilise des bandes enregistrées, tellement on passe de temps à travailler sur les répétitions. Je considère toujours cela comme un compliment pour les gens qui travaillent avec nous autant que pour nous : notre ingénieur du son, Dave Whitman, et les gens qui s'occupent le système de sonorisation. Et puis quand les gens regardent les lumières de Brian Hartley et entendent l'écriture musicale de Paul O'Neill et tout le reste, c'est comme une grande famille, et ça fonctionne vraiment bien. Mais c'est un peu pareil avec Savatage. Quand on monte sur scène, on joue certains titres que je connais depuis 40 ans. D'ailleurs l'année prochaine, cela fera 40 ans que je suis monté sur scène pour la première fois pour jouer "Hall of the Mountain King". C'est donc quelque chose que je veux jouer à un autre niveau que lorsque j'avais 19 ans.

C'est pour cette raison que tu as déclaré récemment que tu avais essayé de reproduire à la perfection les soli de Criss Oliva ?

Oui, j'essaye beaucoup plus qu'avant. Et c'est un peu difficile parfois parce que, pour avoir été sur scène avec lui, je me rappelle de choses dans ma tête qui ne sont pas sur les enregistrements. Donc je glisse certains de ces éléments, et même quand j'écoute le nouvel album live Madness Reigns from the Gutter, on entend même des choses différentes. Tu sais, chaque fois qu'il jouait en live, il jouait un peu différemment. Et c'est l'une des choses qu'il aimait vraiment. Au début, il n'était pas vraiment ravi à l'idée d'avoir un autre guitariste parce qu'il était fan de Van Halen et Randy Rhoads, et pour lui, un seul guitariste, c'était tout ce qui comptait. Mais quand je suis arrivé et que j'ai commencé à jouer la rythmique derrière lui, il s'est dit : "Attends une seconde, je peux le libérer car cette partie est assurée par quelqu'un qui joue exactement comme moi". J'ai été sidéré de voir que pour le nouveau live, on n'a fait aucun overdub. Ca montre bien à quel point le groupe était déjà hyper carré à l'époque. Et si tu fais vraiment attention, Criss et moi on joue de manière tellement similaire de la guitare rythmique, que tu comprends pourquoi on m'a demandé de rejoindre Savatage. Tous les deux, on était vraiment connectés et ces chansons étaient superbes. On peut aussi mentionner Johnny, Steve Wacholz et Jon Oliva car grâce à eux aussi, cet album est incroyablement bon.

En parlant de ce nouvel album live, je l'écoute depuis une semaine et la chose qui m'a frappé c'est cette énergie, ce son brut qui transparaît de la première à la dernière seconde.

C'est moi qui présente le groupe, d'ailleurs au début en hurlant. C'est marrant de m'entendre, à l'âge de 21 ans. En fait, on a passé vraiment une époque merveilleuse sur cette tournée. On passait beaucoup sur MTV, l'album était numéro 1 sur les radios heavy metal aux USA et on a fait 5 tournées américaines. Le public était de plus en plus nombreux chaque soir. On était tellement bons sur scène que c'était que du plaisir. Et on s'amusait autant sur scène qu'en dehors. Franchement, c'est le moment de ma vie où je me suis le plus amusé. Et heureusement qu'à l'époque il n'y avait pas de téléphones portables car ça n'aurait pas été la même chose si les fans filmaient la moindre seconde de chaque concert. Au moins, on n'était pas scrutés au microscope par les smartphones.

Tu aurais des anecdotes assez drôles à nous partager de cette tournée ?

Je me rappelle qu'on avait un jour de congé avant de jouer à Las Vegas. On venait de Phoenix et je voulais aller au Grand Canyon mais personne d'autre dans le groupe ne voulait y aller. Ils voulaient juste aller à Vegas. Et à cette époque, les bus de tournée ne tractaient pas de remorque. On avait donc le bus de tournée et un camion de location avec notre matériel. Mon technicien guitare et moi, on y est allé avec ce camion. J'ai conduit la moitié du chemin et il a fait le reste puis on est arrivés à Las Vegas et on a pris nos chambres. Je m'attendais à ce que le reste du groupe soit déjà là mais non. Leur bus est tombé en panne au milieu du désert. Ils ont dû prendre une camionnette pour retourner à Phoenix, puis prendre un vol pour Vegas. Ils ont dû vider la majeure partie du bus pour la mettre dans un autre camion parce que le bus devait être réparé et on a eu un autre bus pendant une semaine. Ils ne sont arrivés que vers 2 heures du matin. Ils ont perdu ce jour congé et n'ont même pas pu visiter la ville. Ce dont je me rappelle aussi, c'est que Jon me laissait chanter "Power of the Night". Il prenait ma guitare rythmique et j'allais sur le devant de la scène pour chanter ce titre. On était un groupe de première partie redoutable aussi. Quand on ouvrait pour un groupe, celui-ci avait intérêt à être au top de sa forme après notre passage. On a fait des premières parties où les groupes changeaient leur setlist après notre passage parce que leur set n'avait pas de chansons assez populaires ou fortes pour commencer. Ils n'arrivaient pas à capter la même énergie qu'on laissait en partant avec "Hall of the Mountain King". Quand on descendait de scène, ils changeaient leurs morceaux. Ils devaient mettre leurs tubes au début sinon ça ne prenait pas. On ne voulait pas les réduire en poussière, mais on avait cette capacité à créer une énergie folle.

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Alors, quelle est l'histoire derrière la sortie de ce nouvel album qui a été enregistré en 1990 et était censé devenir votre premier album live ?

A l'époque où on l'a fait, la station de radio Westwood One nous diffusait en direct et ils avaient un camion régie mobile. Je pense que c'était un studio mobile "Record Plant", et on a enregistré beaucoup de nos disques au Record Plant à New York. Paul a décidé de l'enregistrer en multipistes et on prévoyait de faire un disque live à la fin de cette tournée. On a aussi enregistré le concert à Brooklyn. J'imagine que dans le studio en Floride, ils sont tombés par hasard sur ces bandes l'année dernière et ont commencé à les écouter. Jon et notre ingénieur se sont dit : "Wow, il faut sortir ce live en CD ! ". Il y avait un concert qu'on avait fait à Cologne en 97 ou 98 pour lequel on avait les multipistes et la vidéo. Mais Jon a dit : "Non, il faut qu'on sorte un concert complet de la tournée Gutter Ballet". Pour moi, c'était tellement important de voir un nouveau disque avec une photo de nous cinq ensemble. Pour l'album Gutter Ballet, on a tous quatre ou cinq photos individuelles. J'étais censé être sur cette photo de couverture de Streets aussi. Me voir sur la photo de la pochette arrière, réuni avec le groupe, ça me donne en fait envie de pleurer. Mon frère était très déprimé quand j'étais parti avec Savatage, et j'étais très jeune, j'aurais probablement dû rester dans le groupe et voir ce qui allait se passer avec lui. Mais on prend des décisions stupides quand on est un gamin. Donc j'ai perdu du temps avec Criss Oliva et j'ai l'impression de rattraper un peu de ce temps avec cet album. C'est comme une machine à remonter le temps. Je reviens en arrière, j'écoute ce concert et je ressens ça. Et puis voir ce disque sortir et voir ce groupe en couverture de Rock Hard Magazine en Italie, en Grèce... Ça fait vraiment du bien de revoir ça, de voir ces cinq visages ensemble. Parce que ça a été une part tellement importante de ma vie.

Tu as mentionné la machine à remonter le temps. Qu'est-ce qui a changé pour toi entre ce concert live spécifique, l'album live au moment où tu l'as enregistré, et maintenant ?

Beaucoup de choses ont changé. J'ai perdu tellement d'amis et de membres de ma famille. Ma mère est décédée l'année dernière, mais on a aussi perdu Paul O'Neill et Criss. Donc au fil du temps, on commence à apprécier la vie davantage et chaque minute dont on dispose. Et puis, je pense que je prends mon temps et mon art un peu plus au sérieux quand je monte sur scène. Je monte sur scène avec un seul but : faire du mieux que je peux et être fier du fait que je ne pense pas qu'il y ait beaucoup de gens capables de faire ce que je fais dans Savatage avec la même émotion, la même expérience. Criss m'a appris cela. C'est comme si j'avais appris à apprécier ce qui m'a été donné par Paul et Criss au fil des ans. Ma vie et ma carrière ont été complètement différentes à partir du moment où j'ai rencontré Paul.

Oui, tu as mentionné le fait que beaucoup de choses ont changé, notamment des décès, des maladies, des changements de line-up. Penses-tu que cela a ralenti le groupe, ou penses-tu que vous étiez plus forts, que vous aviez une envie plus forte de continuer ?

On ne peut pas refaire l'histoire pour savoir ce qui se serait passé si Criss ou Paul n'étaient pas morts. Donc je pense que nous tous qui sommes là maintenant, on réalise la chance qu'on a de pouvoir jouer ensemble. On a aussi eu l'opportunité de le faire pendant plus d'un quart de siècle avec TSO, donc on a beaucoup d'expérience.. On apporte juste cette expérience humaine et musicale sur scène, et c'est pour nous, comme je l'ai dit, la chose la plus importante : que les gens soient heureux de ce qu'ils voient. J'étais vraiment excité. J'ai toujours voulu rejouer, je n'ai jamais arrêté de le vouloir, mais j'étais excité de voir à quel point ça a été bien fait et bien reçu. La dernière chose que je voulais, c'était que les gens regardent ce qu'on faisait et ne soient pas emballés. Je ne serai jamais le même sur scène que lorsque j'avais 21 ans. Ça n'arrivera pas. Mais je suis aussi bien meilleur que lorsque j'avais 21 ans. Je ne serai plus jamais ce gamin surexcité qui court partout, qui plonge dans le public et je ne vais plus autant secouer la tête vu que mes vertèbres cervicales me font de plus en plus mal chaque année, mais je joue mieux en tant que musicien, et je pense que je rends plus hommage à la musique de Savatage.

En vieillissant, penses-tu que tu voudras t'arrêter à un moment donné et prendre ta retraite, ou veux-tu jouer de la musique jusqu'à ta mort ?

Je vais toujours jouer de la musique. Je pense que ce que je décide de faire dépendra beaucoup de ce que Savatage et TSO décideront de faire, parce que je ne suis pas dans une situation où j'ai l'énergie de tout faire moi-même. J'ai déjà fait des albums solo et c'était une vraie galère. Ça coûte beaucoup d'argent et c'est stressant. Si des gens me donnent la possibilité d'aller jouer quelque part, qu'ils apprécient ce que je fais et que je peux en vivre, alors je vais continuer à le faire parce que j'aime ça. Je ne vais pas le faire si c'est stressant pour moi. Je ne vais pas le faire si je perds de l'argent parce que ce serait ridicule. Je ne me vois pas prendre ma retraite de sitôt : physiquement, je touche du bois mais on ne sais jamais.

Tu disais que c'était vraiment une galère de créer des albums solo pour toi. Était-ce à cause de l'état de l'industrie ou pour une autre raison ?

Pour plusieurs raisons différentes mais je n'ai pas envie d'entrer dans les détails car il y en a des tonnes. Je pense par exemple que si j'avais été dans un projet aussi populaire que TSO en 1990, les ventes de disques au démarrage auraient été 50 fois supérieures à ce qu'elles sont aujourd'hui. Beaucoup de groupes qui vendaient cinq millions de disques en vendent aujourd'hui 50 000. Donc j'aurais probablement eu plus de succès commercial et il y aurait eu plus d'argent pour m'aider à tourner, c'est juste devenu un peu plus difficile financièrement. Il y avait quelques autres éléments, car certes c'était amusant de faire la musique, mais pas amusant de gérer les retombées après. Quand on partait en tournée, on venait me voir avec des reçus de péage à 50 centimes et des trucs comme ça. Ca ne me pose pas de problème de payer ces 50 centimes à la personne concernée mais parfois je trouvais que ça devenait mesquin. Heureusement, avec TSO, j'ai pu bien gagner ma vie en tant que guitariste. Je n'ai même jamais demandé combien je gagnais ou si je gagnais quelque chose, je m'en fichais. Mais je sais que certains musiciens n'ont pas eu la chance d'être dans cette situation. Donc chaque centime est très important. Non pas que je sois un imbécile qui jette son argent par la fenêtre, mais j'avais l'avantage d'avoir ces revenus. J'étais donc capable de faire les autres projets sans être focalisé là-dessus. Je sais qu'il n'y a pas beaucoup de musiciens qui ont cette chance. J'ai adoré faire la musique et j'ai adoré apprendre à chanter car c'est parfois plus agréable que de jouer de la guitare. Au fur et à mesure de la tournée de Savatage en tête d'affiche cet été en Europe, les gens m'entendront probablement chanter quelques trucs qu'ils ne m'ont pas entendu chanter avant.

Tu mentionnais le fait que ta mère est décédée l'année dernière. C'était clairement visible sur tes réseaux sociaux que cela t'a profondément affecté parce que tu devais t'occuper d'elle. Alors, comment as-tu trouvé la force de remonter sur scène ? Est-ce que c'est le fait d'être sur scène qui t'a donné la force de continuer ?

J'ai eu tellement de chance d'avoir Savatage l'année dernière parce qu'au lieu de me faire du mal pendant que le destin me l'enlevait, j'ai canalisé cette énergie dans ce que je faisais pour Savatage. Et je pense que le fait d'avoir un élément positif aussi fort pour combattre la pire chose possible qui me soit jamais arrivée personnellement. Ma mère était ma meilleure amie. Je me suis occupé d'elle pendant longtemps. Pendant 15 ans, je la voyais tous les jours à mon réveil quand j'étais à la maison, puis je partais en tournée. Je ne cherchais pas à faire des tournées supplémentaires parce que je lui accordais ce temps en plus. Donc ça a été vraiment difficile de voir la fin de sa vie arriver. On se sentait tellement sans défense et si impuissant. J'ai fait tout ce que j'ai pu. Mais heureusement que j'avais Savatage pour m'apporter un peu d'équilibre, parce que j'aurais probablement eu un comportement auto-destructeur et cela ne l'aurait rendue ni fière ni heureuse. Alors je me suis appuyé sur le groupe et tout au long de cette année, j'ai agi de manière plus saine au niveau du sport, de la nourriture, de l'hygiène de vie.

Et la suite des événements après cette tournée ? On sait que Jon a révélé travailler sur un album, potentiellement le dernier, de Savatage mais concernant Trans-Siberian Orchestra, il y a autre chose ?

Il y a quelques albums que Paul avait écris pour TSO qui n'ont jamais été édités. L'album Romanov par exemple est très puissant. D'ailleurs il faut que les gens comprennent que cet album a été écrit bien avant Christmas Eve and Other Stories. On avait décidé de sortir cet opus en premier car il comprenait le single "Christmas Eve/Sarajevo 12/24" qui était déjà connu puisque c'était un titre de Savatage. Pour le reste, ce n'est pas moi qui contrôle ce qui est édité ou non, c'est la famille de Paul et ils sortiront les albums quand ils estimeront que le moment sera venu. J'adorerais que les gens entendent les morceaux qu'il avait écrits et qui ne sont pas encore sortis. Mais comme je l'ai dit, ce n'est pas ma décision.

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Merci à Olivier Garnier pour cette opportunité mais surtout à Chris Caffery qui n'a pas été avare de son temps et dans ses réponses.

Crédits photos : OB Feike et Delphine Martin - Des photos au Poil. Toute reproduction interdite sans l'autorisation des photographes. 

L'album Madness Reigns from the Gutter sort le 26 juin 2026 sur le label earMusic et est déjà disponible à la précommande ici.

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