Il y a trois ans, à l'occasion de la sortie de leur premier album intitulé Terror Management Theory, nous avions déjà eu l'occasion de nous entretenir avec Diego Tejeida, ex claviériste de Haken et maintenant officiant au sein de TEMIC. Nouveau rendez-vous avec le multi-instrumentiste, ingénieur du son, producteur, sound designer, pour évoquer ses différentes facettes artistiques, et revenir sur la sortie du deuxième opus Ceiba.

La Grosse Radio : La dernière fois que nous nous sommes parlés, c'était il y a trois ans pour la sortie du premier album de TEMIC intitulé Terror Management Theory et à l'époque, tu m'avais dit que vous aviez composé ce disque à distance à cause de la pandémie. Pour celui-ci, vous avez trouvé du temps pour vous voir. En quoi le fait de pouvoir travailler ensemble en studio a-t-il changé la dynamique de votre collaboration ?
Diego Tejeida : En fait, oui, pour le premier album, tout a été fait à distance. Pour ce nouvel album, on a travaillé ensemble sur certains morceaux, certaines idées, certaines parties se sont retrouvées sur l'album, mais une grande partie du travail s'est aussi faite à distance. De ce point de vue-là, ce n'était pas si différent. Il y a exactement trois ans, alors que nous étions ensemble en Norvège pour préparer la sortie des premiers singles, nous avons profité au maximum de ce temps passé ensemble, car nous tournions un clip et devions donc passer un peu de temps ensemble. Nous avons alors décidé de faire un peu de jam sessions, de nous réunir et de trouver de nouvelles idées. C'était très sympa. Franchement, le simple fait de se retrouver permet de voir des choses, ou d'arriver à trouver des idées beaucoup plus rapidement sur certains points, et sur d'autres non. C'est très spontané, et c'est vraiment génial. On a pu enregistrer toutes les impros qu'on avait faites et la plupart ont été utilisées, d'autres complètement jetées, et pour certaines, on n'a gardé qu'un petit bout, peut-être une ou deux sections, qui ont ensuite été réutilisées et intégrées à des compositions. A distance, Eric Gillette a composé quelques morceaux et au final, on s'est retrouvés avec une quantité incroyable de chansons. On en avait même beaucoup plus que nécessaire, ce qui nous a permis de sélectionner celles qui collaient le mieux à la trame et au concept de l'album.
Qu'avez-vous fait des chansons qui ne convenaient pas vraiment à l'album ? Les avez-vous simplement jetées ou les avez-vous gardées pour de futurs albums ?
On les a gardées : certaines ne sont pas forcément des chansons finies mais juste des improvisations. Dans certaines de ces improvisations, comme je l'ai dit, on avait déjà toutes les parties, mais c'était encore très brouillon. Si on peut les utiliser un jour, on le fera. Certaines n'étaient que de petits morceaux improvisés ou de courts extraits. Le plus chouette, c'est qu'elles sont maintenant archivées et qu'on peut les avoir à disposition. Pour la petite histoire, certaines chansons qui sont sur l'album ne m'ont pas vraiment convaincu au départ. Le dernier titre par exemple, "As Long As We Last", qui est pourtant l'un de mes préférés de l'album, était une très mauvaise démo que j'avais griffonnée à l'époque, où je jouais très mal de la guitare et chantais la mélodie. Franchement, je me disais que cette compo n'était pas super mais je me suis décidé à l'enregistrer et à l'envoyer à Fredrik Klemp, et il l'a adoré. Je suis presque sûr que certaines ébauches de chansons pourront être utilisées plus tard, ou pas, on ne sait pas encore. Tout dépendra de la direction que prendra notre prochain album, donc c'est difficile à dire pour le moment. Mais en tout cas, on ne se débarrasse jamais des démos ou des enregistrements. On les garde là, on les garde à portée de main et qui sait, peut-être qu'un jour on sortira une compilation de faces B.
C'est assez intéressant, car lorsque je pose la question à différents groupes, ils répondent souvent que ce qu'ils avaient fait pour l'album précédent était définitif et qu'ils repartent toujours de zéro pour le suivant.
C'était mon point de vue aussi auparavant mais je ne crois pas que ça fasse de mal à qui que ce soit de garder des choses. On ne sait jamais si on va s'en servir ou pas. On ne sait jamais si, plus tard, une démo fonctionnera. On ignore ce que l'avenir nous réserve : la direction que prendra le prochain album, son style, et peut-être même que finalement, aucun de ces morceaux ne sera utilisé ... ou peut-être que certains le seront.
Tu as évoqué Fredrik, Eric mais on peut aussi parler de Miguel Pereira, le nouveau bassiste... enfin pas si nouveau que ça puisqu'il avait fait la tournée pour promouvoir votre premier album.
Oui c'est vrai, Miguel n'était pas présent à nos côtés quand on a fait les jams en Norvège, il y a trois ans. C'était Fredrik qui jouait de la basse. Travailler avec Miguel a été un vrai bonheur. Il est vraiment enthousiaste et n'arrêtait pas de dire : "Oh là là, les gars, si j'étais fan, j'adorerais cet album !". Ce genre d'enthousiasme fait tellement plaisir à voir. Dès qu'on a commencé à jouer avec lui, c'était une évidence. Il a une présence scénique vraiment solide et impressionnante pour ceux qui nous ont vus en concert. Je peux te dire que sur scène, on n'est pas un groupe ennuyeux comme ceux qui sont les yeux rivés sur leurs instruments. Pour nous, l'expérience live, c'est avant tout créer un véritable moment pour le public. Il ne s'agit pas de dire : "Regardez comme je joue bien. Regardez-moi jouer." On veut juste offrir un moment de détente au public, et il est dans le même mood que nous. Pour tout vous dire, j'ai du mal à me souvenir de ce que le groupe était sans lui. Et puis, je peux lui proposer n'importe quel morceau, il le jouera. Je peux proposer n'importe quel projet complexe, lui sera toujours très enthousiaste à l'idée de s'attaquer à ce type de choses. Ce qui est génial aussi, c'est qu'on a quelques ballades sur l'album, des morceaux plus calmes, et il arrive aussi à se dire "je vais être plus en retrait ou plus délicat" et c'est assez rare ce genre de choses. Les musiciens sont parfois très "flamboyants". Ils veulent constamment prouver leur talent. Mais Miguel sait aussi prendre du recul et se dire : "Très bien, je vais juste jouer quelque chose de simple, parce que c'est ce dont la chanson a besoin."
Tu as parlé auparavant du fait d'avoir joué sur scène avec lui puisqu'il faisait partie de la première tournée. Avez-vous profité de ce temps passé sur les routes pour travailler certains titres et pour renforcer la cohésion du groupe et des morceaux ?
Je pense que ça vient tout naturellement. Vous savez, en tournée, sur scène, c'est difficile de travailler là-dessus si ça ne fait pas partie de votre personnalité. Mais lui, il l'a vraiment compris et je pense qu'il s'est bien intégré. Par contre, c'était une tournée très, très chargée et je faisais aussi office de tour manager par moments. Donc, on n'avait pas beaucoup de temps libre, pour ainsi dire donc on n'a pas pu vraiment se poser.
Intéressons-nous maintenant à l'album, et plus particulièrement à sa pochette. On y retrouve de nombreuses influences sud-américaines, du titre à l'illustration, en lien avec vos origines. Comment vous situez-vous par rapport aux principales influences que vous avez choisies pour définir la direction artistique générale de l'album ?
Influences sud-américaines mais surtout préhispaniques, car l'arbre Ceiba, qui est le titre de l'album, a un rôle très important dans la culture maya - même si ce n'est pas un arbre propre à cette région du monde. On le trouve aussi dans d'autres parties du globe. Mais il est considéré comme une chose importante dans la culture maya : un lien entre le céleste représenté par la cime de l'arbre, le terrestre, qui est le tronc, et le monde souterrain, que sont les racines : c'est un concept fascinant. Mais si on fait des recherches sur ce sujet dans d'autres cultures à travers le monde, on trouve qu'il existe la même chose. Pour revenir à ta question, étant mexicain, je suis forcément partial sur ce sujet car j'adore toutes les cultures préhispaniques. Le premier album contenait déjà une forte influence aztèque, parce que j'adore ça. À l'époque, je lisais énormément à ce sujet, je visitais des musées, c'était vraiment passionnant. Mais je n'ai absolument pas cherché à imposer une idée particulière pour cet album. En fait, c'était tout le contraire. Je crois que c'est Miguel qui a dit que c'était cool lorsque j'ai émis l'idée du titre. J'ai eu cette révélation quand j'étais en train d'écrire des paroles et je me suis dit : "Tiens, c'est une image formidable, en tant que concept, mais aussi presque comme un personnage à part entière dans l'album." J'ai mentionné cette idée comme ça, et on avait d'autres propositions, mais Miguel était très enthousiaste. Moi, j'étais un peu réticent car je ne savais pas si ça allait plaire aux autres. Après tout, on est un groupe international donc je ne savais pas si ça allait leur parler. Personnellement, j'adore l'univers visuel de l'album et la façon dont il est magnifiquement retranscrit sur la pochette créée par Hicham Hamze. Il a fait un travail absolument exceptionnel. Je pense que c'est l'un des albums de ma carrière dont je suis le plus fier. Que le public soit d'accord ou non, personnellement, j'en suis très fier.
Le thème central de l'album est la perte. As-tu utilisé des histoires personnelles ou était-ce plutôt une manière plus générale de réfléchir à cette idée de perte ?
Alors je ne peux m'exprimer que pour les paroles que j'ai écrites. Eric et Fredrik ont collaboré mais pour ma part, le processus d'écriture reflète toujours ce que je vis. Pour moi, il est très difficile d'écrire sur des sujets qui ne me touchent pas. Il m'est très difficile d'écrire sur un dragon qui tue une princesse : c'est quelque chose qui m'est totalement étranger, quelque chose pour lequel je ne peux éprouver aucune empathie. Mes paroles sont toujours le reflet de ce qui me traverse l'esprit ou de mes expériences personnelles, pas forcément d'une expérience en particulier. Je n'écris pas une sorte de journal intime public où je me livre à tout et n'importe quoi de façon complaisante. Ce sont simplement des choses qui, pour moi, ont suscité une réflexion et ont eu un impact émotionnel dans ma vie.
Donc pour être précis, voilà comment j'ai procédé pour cet album : je commence par ce que j'appelle les paroles "à la con", c'est-à-dire tout ce qui me vient à l'esprit sur le moment. Du coup, quand je fais une démo d'une chanson, je cherche d'abord une mélodie vocale. Quand j'ai la mélodie, il y a quelques paroles qui me viennent à l'esprit, mais je n'y prête pas vraiment attention. Pourtant, souvent, en chantant simplement ce qui me passe par la tête, je commence à entendre des mots intéressant et je me dis "Ah, cette chanson parle de ça !" C'est un peu comme une psychanalyse, avec le principe de l'association libre, ce principe qui consiste à dire la première chose qui vient à l'esprit. C'est un peu le même processus lorsqu'on écrit. Ce qui fait que quand j'en viens à l'écriture des paroles, j'ai déjà une idée du sujet de la chanson. Donc, grâce à ce processus, j'ai déjà une idée générale du thème abordé. Ensuite, il me suffit d'écrire, et là, je me dis : "Oh mon Dieu, oui, cette chanson parle vraiment de ça !" Personnellement, je n'aime pas trop décrire mes propres expériences parce que je ne veux pas que cela tourne autour de moi. Je veux que cela soit différent. Pour certaines personnes, ce dont je parle va les toucher directement et ça va déclencher quelque chose de fort. Ainsi, peut-être que quelqu'un d'autre que moi pourra se l'approprier, au lieu de se dire : "Cette chanson parle de ce type, Diego, qui a vécu ça", ce qui est totalement faux.
Pour revenir au thème de la perte de façon plus générale, nous avions un tableau Excel très intéressant avec toutes nos chansons, ébauches ou démos, et une brève description de leur sujet. Quand on regardait les thèmes développés par Eric, Fredrik et moi-même, on s'est rendu compte qu'elles tournaient toutes autour du même sujet. Et à ce moment-là, il ne nous restait plus qu'à relier les points et c'est là qu'on s'est dit : "OK, cet album a un thème central." Il ne nous restait plus qu'à relier les points, à en faire un véritable voyage, à choisir les chansons, leur ordre et la façon dont l'ensemble allait s'enchaîner. Mais c'était aussi une très belle prise de conscience : nous sommes sur des planètes différentes, dans des mondes différents, avec des pays et des vies différents...
C'est assez intéressant de savoir qu'il s'agit d'un album concept, thématiquement parlant, mais que ce n'était pas décidé au départ.
Oui, on ne s'est pas réunis pour discuter de ce thème commun. Je me rappelle par contre, on donnait un concert en Roumanie, je crois, et on a eu une petite discussion. J'ai mentionné l'idée d'écrire un album, sur le concept psychologique des styles d'attachement. Je trouvais ça très intéressant et ça sonnait bien, mais c'était juste une brève description. Mais il s'agissait surtout pour nous d'être en quelque sorte sur la même longueur d'onde, comme si nous réglions nos boussoles pour aller dans une certaine direction. Mais c'était assez général car personnellement, je trouve ça très difficile de contrôler mon écriture, de me dire : "Oh, il faut que j'écrive sur tel ou tel sujet", car sinon, je ne pense pas que ce soit un processus authentique, du moins pour moi. Or, c'est quand je suis le plus authentique que je suis le plus motivé. J'ai déjà testé l'autre méthode qui consiste à se poser et écrire sur un sujet très précis et je pense que le résultat était bon mais je préfère avoir cette ouverture d'esprit. Tout le processus d'écriture prend alors une dimension intéressante, presque comme un reflet de ce qui se passe vraiment en moi.
Plus tôt dans l'interview, tu as dit que tu jouais de la guitare. Est-ce que tu utilises tes connaissances de cet instrument pour adapter ton jeu aux claviers ?
Oui, absolument. Je trouve que les synthétiseurs sont de magnifiques instruments, c'est toute ma vie : j'ai commencé le piano à 5 ans et les claviers à 14. Ça fait donc 25 ans que je passe mon temps à manipuler des boutons et c'est un univers incroyable qui permet de créer tous les sons possibles. Mais cela peut aussi constituer un espace d'expression très limité. Sans entrer dans des détails trop techniques, j'aborde souvent ce sujet avec mes élèves, notamment lorsqu'on étudie le piano. C'est une évidence, mais on n'y pense pas toujours : on peut dire qu'un piano est peu expressif, car il ne permet pas de créer des émotions ou des interprétations très fortes. En revanche, une guitare est un instrument extrêmement expressif. Il en va de même pour un violon ou une flûte : on a un contrôle total sur le son car ça dépend de la force avec laquelle on pince les cordes, si on parle d'une guitare. Le violon est encore plus expressif car on peut jouer sur la force ou la vitesse avec lesquelles on déplace l'archet. Et une fois la note tenue, on peut aussi la moduler et on peut mettre du vibrato. C'est une technique qui permet de rendre le son très expressif, de baisser l'intensité et de le rendre très brillant. Alors qu'au piano, on ne peut moduler que la force avec laquelle on frappe la note. La seule expression que l'on puisse avoir au piano, c'est ce premier contact, lorsqu'on actionne une touche. Puis on est tellement déconnecté du son car, on appuie sur une touche, un morceau de bois qui s'enfonce dans un marteau, et le marteau actionne un mécanisme qui frappe une corde. Alors qu'avec n'importe quel autre instrument, tu le fais littéralement vibrer. Avec une guitare, tu touches les cordes qui vibrent au rythme de la voix. En ce sens, un clavier est assez limité.
Ma façon de programmer les sons, notamment les leads, me pousse à privilégier des instruments expressifs et réalistes pour un jeu authentique, loin de ce son mécanique et presque prévisible que je trouve kitsch pour un clavier. Mon objectif est donc d'exploiter au mieux cet instrument exceptionnel. Et la plupart du temps, il faut se battre avec ces limites. Heureusement, j'ai des compétences techniques : je suis concepteur sonore et je sais créer un son expressif grâce à cette machine. Mais je ne me base pas que sur la guitare, j'essaie d'imiter n'importe quel instrument expressif et d'adapter mes sons pour qu'ils sonnent comme un instrument acoustique, intime, avec lequel on ressent une véritable connexion ...
C'est aussi pour cette raison je suppose que tu utilises un contrôleur Seaboard, par exemple, qui est plus expressif et doté de la technologie MPE.
Oui même si en lui-même, un Seabord ne sort aucun son. Il faut aussi programmer soi-même. En général, les sons fournis avec le Seaboard sont excellents en eux-mêmes. Cependant, lorsqu'on essaie de les intégrer dans un contexte réel, c'est très difficile. Il faut donc aussi adapter les sonorités. Mais oui, tu as tout compris. C'est un super outil, un outil formidable qui peut te donner des niveaux d'expression supplémentaires pour obtenir ce son, un son plus authentique.
Au niveau de ton jeu aux clavier, je suis curieux de savoir comment tu utilises les arpégiateurs et comment tu les intègres au rythme général du morceau. Est-ce que c'est le rythme qui donne un cadre à la batterie ou est-ce Simen, le batteur qui crée l'idée de départ ?
Je n'utilise pas d'arpégiateurs (rires). Tout ce qu'on entend, c'est moi qui joue...
C'est intéressant, car je pensais que les rythmes répétitifs étaient dus à l'utilisation d'arpégiateurs. Autant pour moi.
Pas de souci, je le prends comme un véritable compliment car sans surprise, je suis un grand fan de musique électronique. Honnêtement, ces derniers temps, je n'écoute plus ni metal, ni prog, ni rock. D'ailleurs, je n'ai pas le temps d'écouter de la musique en dehors de la salle de sport. Et quand je suis à la salle de sport, j'écoute de la drum and bass parce que c'est très énergique. Mais j'écoute aussi de l'EDM, de l'indus. Pendant un temps, j'étais un grand fan de trance, de trance progressive, ce genre de musique. J'ai toujours adoré la façon dont ces instruments fonctionnent à trois niveaux différents. Le premier niveau, ce sont les synthés trance, avec le son "Supersaw" et le rythme très ample, très large, avec une sorte de séquenceur ou d'arpégiateur. Ils fonctionnent à plusieurs niveaux. C'est comme un pad et ça crée une couche sonore qui tapisse l'espace. Mais ça peut aussi créer une mélodie, car même avec un arpégiateur, il y a une ligne mélodique, un motif. Et enfin, ça peut servir de rythme. C'est quelque chose que j'essaie d'intégrer à mon jeu depuis des années, plus de vingt ans d'ailleurs. J'ai donc appris à créer des motifs similaires à partir de ce genre de musique, tout en étant capable de jouer à deux mains et de garder le rythme. Pour moi, c'est vraiment génial, car je joue pleinement le morceau, au lieu de simplement jouer une note sans y contribuer. J'ai enfin trouvé une technique pour jouer cette ligne mélodique à deux mains, en jouant la note pédale d'une seule main. C'est très syncopé, dans le sens où ce n'est pas forcément linéaire, car je joue un motif complexe à deux mains. Mais oui au final, c'est le but, obtenir ce son très carré et rythmique, et pourtant je le joue vraiment. Ca donne l'impression que c'est une machine ou un séquenceur, ou quelque chose du genre. Mais non, c'est moi qui joue.
Pour terminer j'aimerais aborder ton rôle d'ingénieur du son et de producteur. Pour ce nouvel album, tu t'es occupé notamment de la voix. Est-ce que tu avais une idée en tête quand tu as commencé à travailler avec Fredrik ?
Personnellement, je fais ça depuis longtemps et je faisais déjà la même chose lorsque je faisais partie de Haken. J'aime beaucoup car c'est très intense et très intime. Quand je travaillais en Angleterre, j'avais un chanteur différent quasiment tous les jours. Il ne suffisait pas d'être technique, il fallait aussi avoir une âme de producteur et avoir une oreille très fine pour déceler la moindre imperfection. Je devais également jouer le rôle de psychologue, car il est essentiel de trouver le moyen de ne pas blesser les artistes ou de les faire douter de leurs compétences. Quand on y pense, c'est un instrument très intime, la voix : c'est vous qui créez le son. Je me suis rendu compte, quand j'étais en studio, que c'était comme voir quelqu'un complètement nu et lui dire : "Attention, tu as pris un peu de graisse par-ci par là. » Mon rôle c'est de chercher la petite bête et si j'étais à la place du chanteur, je me sentirais agressé. C'est normal. Il faut donc trouver le moyen d'être plus subtil, plus empathique face à ces situations. Ce qui est formidable avec Fredrik, c'est que c'est un chanteur incroyable. Crois-moi, je ne le dis pas pour rien. Je pense que c'est l'un de mes chanteurs préférés du moment. C'est un musicien tellement polyvalent ! Il maîtrise parfaitement tous les aspects techniques. Mais pour moi, ce n'est pas ce qui le rend si spécial. Ce qui le rend vraiment exceptionnel, c'est sa capacité d'expression. Il possède la technique pour être efficace dès la première prise mais de temps en temps, pendant les enregistrements, il dit : "Ah oui, il nous faut une autre prise. Celle-ci est peut-être un peu plate." Il maîtrisait tellement bien tous les aspects techniques que, pour l'enregistrement, on a pu se concentrer sur son jeu et travailler dessus. Lorsqu'on avait une partie un peu longue d'un titre, on pouvait commencer en douceur puis ajouter quelques improvisations et tester des choses. Il y a un de mes passages préférés de "Casting Stone" qu'on appelle la partie "Buckley" en hommage à Jeff Buckley. Cette chanson est intense, les paroles sont intenses : c'est une chanson presque violente. Je crois que j'avais fait une démo très simple pour la mélodie vocale mais quand on a commencé à enregistrer, on a pu explorer différentes intensités, car toute cette section est une montée en puissance progressive. Et la façon dont il y parvient est tout simplement hallucinant. Bon c'est vrai que, par contre, on passe des heures et des heures à être attentif à chaque note chantée et parfois, on perd de vue l'essentiel. Alors il faut prendre l'air car c'est un travail très intense. Mais c'est comme faire un petit voyage. C'est une relation tellement intime, comme un petit vaisseau spatial qui explore une nouvelle planète. Pour revenir à ta question de base, je ne pense pas avoir eu d'idée ou d'intention personnelle. On avait la démo, donc on savait à quoi ressembleraient les chansons. Mais la magie a opéré en grande partie en studio, grâce à la magie de la voix de Fredrik, sa façon d'interpréter les petites improvisations, les petites fioritures, sa capacité à passer d'une voix douce et murmurée à une voix pleine de puissance, et toutes les nuances intermédiaires. Alors oui, c'est beaucoup de travail, mais c'est tellement amusant et j'adore ça. Et travailler avec lui est une véritable chance, car nous pouvons nous concentrer sur ces aspects plutôt que de simplement essayer d'obtenir une performance parfaite. Nous pouvons nous concentrer sur ces éléments intangibles.
Un grand merci à Diego Tejeida pour sa disponibilité et à Sébastien de Season of Mist pour l'opportunité.
Tracklist :
01. Asunder
02. Ashes
03. Beyond the Voice
04. Ceased To Be
05. Broken
06. Casting Stone
07. See Myself
08. Parting the Waves Inside
09. Night of Veils
10. Alone
11. As Long As We Last
L'album Ceiba sort le 02 octobre sur le label Seasons of Mist et est déjà disponible à la précommande ici.






