Tous fous de la messe de Ghost à l’Accor Arena de Paris (+ Twin Temple + Uncle Acid and the Deadbeats, 18 avril 2022)

L’attente était grande en ce lundi de Pâques. En effet, les fidèles avaient rendez-vous pour l’unique messe de Papa Emeritus IV sur le sol français (quoique…). C’est à l’Accor Arena (le Palais Omnisports de Paris Bercy pour les anciens) que Ghost donnait son concert, suite à la sortie du dernier album Impera, gros carton dans les charts. Un surclassement donc puisqu’après la tournée des Zénith en 2019, le groupe se produisait ce soir dans une salle prévue pour 20 000 personnes.

Les portes ayant été ouvertes à 18h, ce ne sont pas 20 000 personnes qui découvrent Twin Temple à 19h pétantes. La fosse est à moitié remplie et les gradins sont clairsemés. Même pour Ghost d’ailleurs, l’Accor Arena ne sera pas pleine à craquer : en tout, plus de 10 000 personnes sont venues voir le groupe.

Assister à un concert de Ghost, c’est comme aller à une messe : le merchandising inspiré de Kiss fait son effet et le groupe a toujours su créer une véritable image forte. Les t-shirts à l’effigie du groupe sont légion et on peut croiser quelques fans grimés en Papa Emeritus ou en nonnes (les Sisters of Sin). On pourrait penser que le groupe, souvent décrié pour mêler pop et metal, n’attire qu’un certain public et pourtant d’autres groupes sont représentés sur les habits des fans : Metallica, Pink Floyd, Opeth, Dream Theater… Bien que controversé, Ghost arrive à fédérer une grande partie de la population et c’est un public de toutes catégories d’âge qui entre dans la salle.

Pourtant, c’est une musique des années 60 qui nous accueille dans l’Arena. Du rock yéyé à la bossa nova, le choc des cultures est assez intense mais tout cela nous prépare à la prestation de Twin Temple.

Twin Temple

Le pape a dit que l’acte d’amour, sans être marié, est un péché. Cela tombe bien puisque c’est le couple Alexandra et Zachary James qui ouvre le bal. Pourtant, Twin Temple va faire une entorse à Eddy Mitchell puisque nous aurons droit à du boogie woogie avant la prière (satanique) du soir. Enfin du Doo-wap satanique pour être plus précis.

On est en droit de se demander quel lien il y a entre Twin Temple et Ghost mais dès les premières secondes, on comprend la filiation. Pour ceux qui ne connaissent pas le groupe, il faut s’imaginer simplement Papa Nihil participer à une orgie avec Sheila et Amy Winehouse. Neuf mois plus tard, une d’entre elle accoucherait de Twin Temple. Les références sataniques sont présentes dès le début du set avec « In Lvx » où le couple bénit le public en utilisant divers objets de rituel posés sur un autel et plusieurs incantations détournées du culte catholique. Alexandra captive directement par son aura et son costume aussi élaboré que ceux de Tobias.

Les compositions passent bien notamment grâce à des refrains faciles à assimiler comme ceux de « Let’s Have a Satanic Orgy » ou « Satan’s a Woman ». Malgré le décalage musical, le public adhère. Le groupe communique avec la fosse, parfois en français mais c’est le couple qui cristallise les regards grâce à un lightshow focalisé sur le duo. Cela fait partie du concept (le groupe s’appelant Twin Temple et non Band Temple) mais il aurait été intéressant de voir un peu plus les autres musiciens. Le saxophoniste, hyper présent dans les compositions du groupe, se permet quand même de voler quelques instants devant la scène tel un guitar hero.

Trente minutes pile après le début du concert, le duo quitte la scène de la même façon qu’il était arrivé : avec une cérémonie satanique. Pari réussi pour Twin Temple qui a globalement apporté l’adhésion du public malgré un rock’n’roll/doo wap light et très old school.

Setlist

In Lvx
Sex Magick
Let’s Have a Satanic Orgy
Satan’s a Woman
I’m Wicked
In Nox

Uncle Acid and the Deadbeats

Une musique plus « moderne » résonne dans l’arena mais pas de quoi vraiment se casser les cervicales puisqu’on est plus sur du Les Reed que du Slayer. Le groupe était prévu à 19h50 et encore une fois, avec une précision suisse, sa prestation démarre à l’heure dite.

On nous avait annoncé que le groupe jouerait dans le noir complet ce qui n’est finalement pas le cas mais il est vrai que le jeu de lumière d’Uncle Acid and the Deadbeats contraste avec celui de Twin Temple. Lumières tamisées vertes, projecteurs dirigés vers le public, il est difficile de discerner les musiciens en ce début de prestation. Le changement de style est radical aussi. Hommage aux années 70 et Black Sabbath avec un stoner très lourd et bien crade au niveau du son. Les craintes qu’on pouvait avoir qu’un groupe « lo-fi » joue sur une grande scène comme celle de Bercy sont un peu confirmées : le son est brouillon et le chant est clairement en arrière. Cela fait partie du concept, certes, et les riffs répétitifs permettent de bien distinguer les chansons. Néanmoins on sent que les ondes propagées par le stoner lourd du groupe se perdent un peu dans l’immensité de la salle.

Il y a quand même une évolution dans le show et dans le mix et le groupe s’améliore à partir du milieu du set. « Ritual Knife » avec ses rythmes tribaux permet de varier un peu le style, l’hommage à « Paint it Black » sur « Melody Lane » est bien accueilli par la foule et le son, enfin réglé, permet de mieux entendre les harmonies.

C’est donc un grand écart total avec la première première partie puisque le groupe ne communique que très peu, se met peu en avant et n’utilise pas un imaginaire fourni. Uncle Acid and the Deadbeats aura tout de même réussi à motiver la salle avant de quitter la scène discrètement pour laisser place aux chants liturgiques traditionnels qui annoncent la venue du Papa Emeritus.

Setlist

Mind Crawler
Shockwave City
13 Candles
Pusher Man
Ritual Knife
I’ll Cut You Down
Melody Lane

Ghost

Trente minutes de pause pour le public, le temps que la fosse se remplisse aux trois quarts et que les gradins soient un peu plus fournis. Un drapeau blanc cache la scène pour préserver le mystère, même si beaucoup de fans savent que les décors vont être grandioses.

Les traditionnels « Klara Stjärnor » et « Miserere Mei, Deus » résonnent comme toujours, annonçant le début de l’office qui s’ouvre sur l’instrumental « Imperium » joué sur bande. Dès les premières notes, le public est en délire et le restera jusqu’à la fin de la prestation.

« Kaisarion » ouvre vraiment le bal avec l’ombre d’une Nameless Ghoul « projetée » sur le drap blanc pour l’intro, puis le rideau tombe et dévoile une scène aux allures de cathédrale avec des vitraux somptueux et des feux d’artifices. La batterie surélevée domine le centre de la scène et les Ghouls claviéristes et choristes sont de chaque côté. On aurait pu craindre que le dernier album, sorti il y a à peine quelques semaines, soit mal digéré et que les fans attendent les « classiques », mais ce premier morceau montre clairement qu’Impera a été adopté par les fans. Chaque morceau va être scandé et repris avec une énergie constante tout au long du show. On découvre alors quatre morceaux du dernier album et les hypothèses formulées lors de notre chronique se confirment : ils sont taillés pour le live. « Call Me Little Sunshine » et « Hunter’s Moon » galvanisent la foule avec leurs « hooks » (leurs pré-refrains). « Spillways » parvient même à réunir « mosh pit » et fans dansant comme en boîte de nuit.

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Malheureusement, d’Impera, il n’y aura que ces quatre morceaux et Ghost capitalisera plus sur ses anciens albums (Prequelle et Meliora verront cinq de leurs morceaux joués). On aurait aimé voir la réaction de la foule sur le très reggaeton « Twenties » mais on se doute bien que le pape va refaire une tournée (les t-shirts vendus au stand de merchandising annonçaient 2022-2023). Par ailleurs, aucune surprise pour les fans qui avaient assisté au concert du Zénith de Paris en 2019 puisque tous les morceaux joués à l’Accor Arena, ne figurant pas sur Impera et Seven Inch of Satanic Panic avaient déjà été joués.

Mais le public ne fait pas la fine bouche et Ghost montre qu’en à peine cinq albums et deux EPs, il a su se constituer une setlist best-of connue sur le bout des doigts par les fans. Rien à jeter dans cette set-list de hits que le groupe nous propose avec une facilité déconcertante, chaque morceau étant reçu avec une ferveur égale, que ce soit les sexy « Rats » et « Faith » de Prequelle ou les plus sombres « Ritual » et « Year Zero » des premiers opus.

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Ce dernier sera d’ailleurs l’occasion au groupe de montrer toute la puissance de la production scénique. Lumières rouges sataniques, jets de flamme, fumigènes et une foule qui scande des « Hail Satan » et les noms du diable, « Year Zero » a tout du morceau parfait scéniquement parlant. Il faut dire que Ghost a encore passé un cap. La tournée précédente avait été l’occasion de voir une évolution dans la production mais le concert à l’Accor Arena permet de montrer à tous que le groupe est taillé pour les grandes scènes et n’a pas à rougir face aux géants de l’arena rock.

Tobias Forge a millimétré son show avec des surprises diverses. Ainsi, l’enfer visuel décrit ci-dessus fait place à l’émotion avec « He Is » et son jeu de lumière tout en douceur souligné par les lumières des téléphones portables. Le concert se finira en apothéose de confettis sur « Mummy Dust » et sur un « Dance Macabre » qui fera danser Bercy comme jamais.

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Impossible de chroniquer un concert de Ghost sans mentionner la prestation sans faute de Papa Emeritus IV. Toujours aussi dandy et sexy, il mène la danse d’une main de maître, dirigeant ses Nameless Ghouls tel un chef d’orchestre. Moins d’interventions parlées qu’auparavant, le groupe a décidé de plus centrer le show sur le spectacle musical et surtout visuel. Tobias a décidé de casser sa tirelire pour le budget costumes et se changera une demi-douzaine de fois, passant de l’uniforme de général à l’habit papal avec une mitre sublime et des détails impressionnants. S’inspirant sans doute des folies d’Elton JohnCopia s’est fait faire une veste à paillettes kitsch à souhait, dont l’ourlet est souligné de l’inscription « Fuck You », pour aller avec le tube disco « Dance Macabre ».

Entre deux morceaux, le maître de cérémonie galvanise toujours la foule avec ses intervention grivoises, mais qui manquent un peu d’originalité pour ceux qui ont déjà vu d’autres concerts. Néanmoins, il sait aussi être plus sérieux et honnête lorsqu’il remercie le public d’avoir « pris le risque de venir ce soir, dans un contexte sanitaire particulier« .

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Même si la présence scénique de Tobias suffirait à faire le show, il peut compter sur des Nameless Ghouls dont le rôle a été encore plus travaillé qu’auparavant. Leurs facéties font penser à celles des minions de Moi, Moche et Méchant, et même avec leurs masques et leur anonymat, on perçoit leur humanité et leurs différences. Ils sont mis en avant tour à tour, notamment sur le traditionnel duel de guitares en introduction de « Cirice », se concluant par un extrait de « La Marseillaise » joué par une Ghoul particulièrement joueuse. Autre moment cocasse, le problème de son sur l’intro de « From the Pinnacle to the Pit » géré avec humour par le bassiste. Que dire de l’invité surprise sur « Miasma » lors du solo de saxophone joué par Papa Nihil lors de la tournée précédente. La mort de ce dernier ne semble pas poser de problème puisque le groupe se paye le luxe de le ressusciter à coups de défibrillateur pour qu’il exécute encore une fois le thème du morceau.

Le bassiste et le batteur assurent clairement en arrière plan, également soutenus par les choristes et les claviéristes qui apportent de sublimes harmonies très pop et mélodiques. Malheureusement pour les musiciens, le son met du temps à se stabiliser et il faut attendre presque la moitié du set pour vraiment apprécier le mix, dans les gradins.

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Au bout de deux petits heures, Ghost rend sa copie avec un rappel annoncé et sans quitter la scène. Hommage à Metallica qui ont eux aussi enflammé Bercy avec la reprise d’ « Enter Sandman » extrêmement bien accueillie par la foule. Puis le groupe achève le public avec « Dance Macabre » et « Square Hammer » repris en chœur. Comme si cela ne suffisait pas, après avoir quitté la scène, le groupe diffuse une vidéo pour annoncer sa venue au Hellfest en tête d’affiche.

On quitte alors l’arène avec le sentiment que le groupe a passé encore un cap et que seize ans après sa formation, dans un contexte où le metal n’est pas forcément le bienvenu, Ghost a su s’installer durablement. Parfois critiqué, le groupe a proposé un show millimétré qui a réuni toutes les générations et styles de fans. On prie pour une deuxième tournée avec une setlist un peu plus variée, mais surtout pour retrouver cette énergie et cette cohésion qui nous ont tant manqué durant ces dernières années.

Setlist

Imperium
Kaisarion
Rats
From the Pinnacle to the Pit
Mary on a Cross
Devil Church (extrait de « La Marseillaise)
Cirice
Hunter’s Moon
Faith
Spillways
Ritual
Call Me Little Sunshine
Helvetesfönster
Year Zero
Spöksonat
He Is
Miasma
Mummy Dust
Kiss the Go-Goat
Enter Sandman (reprise de Metallica)
Dance Macabre
Square Hammer
Sorrow in the Wind

 

Crédits photos :
Twin Temple et Uncle Acid : Régis Peylet – Hard Force
Ghost : Ryan Chang.
Toute reproduction interdite sans autorisation des photographes.



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