Il aura fallu sept ans pour que Parkway Drive revienne jouer à Lyon, cette fois dans une Halle Tony Garnier pleine à craquer (à l’exception des gradins latéraux fermés). Après avoir retourné le Hellfest en 2023, puis entamé une ambitieuse tournée anniversaire, le groupe australien fête cette année ses 20 ans de carrière avec un show pensé comme une célébration totale : communion avec les fans, effets visuels à couper le souffle, et un set qui fait la part belle à toutes les époques. Mais avant le feu, place à deux premières parties, elles aussi 100 % australiennes.
The Amity Affliction
The Amity Affliction ouvre la soirée à 18h dans une ambiance encore tamisée. Le groupe de post-hardcore mené par Joel Birch fait forte impression, même si l’éclairage très sombre limite l’impact visuel. Leur backdrop géant “Amity” trône majestueusement derrière eux, tandis que quelques fans brandissent des pancartes à leur effigie au premier rang. Le nouveau venu Jonathan Reeves, désormais confirmé comme chanteur clair et bassiste, se distingue par une voix maîtrisée. Leur set mêle des titres récents et incontournables comme “Pittsburgh”, “Like Love”, “Drag the Lake” ou encore “All My Friends Are Dead”, en passant par le single tout frais “All That I Remember”. Le public adhère progressivement, et même si les musiciens restent assez statiques, The Amity Affliction pose les bases d’une soirée à haute intensité.
Thy Art Is Murder
Place ensuite à Thy Art Is Murder, autre figure majeure de la scène australienne, déjà aperçue en première partie de Parkway Drive au Transbordeur en 2016 et au Radiant-Bellevue en 2018. Leur deathcore ne fait pas dans la dentelle. Dès “Blood Throne”, la fosse est percutée par une déferlante de riffs tranchants, blasts et growls maîtrisés de Tyler Miller (au chant depuis 2023), successeur affirmé de CJ McMahon. Le chanteur chauffe la salle en réclamant un cri collectif de “death metal!”, tandis que les panneaux lumineux installés sur scène diffusent une lumière néon agressive et hypnotique. Le public s’enflamme sur “Slaves Beyond Death”, “Keres” ou “Puppet Master”, et les circle pits se multiplient. Une démonstration sans fioritures, brutale et convaincante.
Parkway Drive
À 20h15, la salle est plongée dans le noir. De gigantesques drapeaux circulent au-dessus du public, et les membres de Parkway Drive apparaissent au fond de la salle, tels des boxeurs entrant sur un ring. Winston McCall, vêtu tout de blanc, salue les fans le long des barrières, jusqu’à rejoindre la scène carrée avancée pour lancer les hostilités avec “Carrion”, puis “Prey”. Une entrée spectaculaire, pensée pour la proximité, et qui met immédiatement le feu à la fosse.
Dès le troisième titre, “Glitch”, quatre danseurs investissent la scène principale et donnent le ton d’une scénographie spectaculaire : flammes, feux d’artifice, jeux de lumière soignés. Le gros logo du groupe surplombe la scène. “Sacred”, leur dernier single, résonne avec puissance et précède une setlist qui pioche dans toute leur discographie, avec une dominance d’extraits des albums Ire, Reverence et Horizons. Mention spéciale pour le mashup de morceaux issus de Killing With A Smile, leur tout premier opus, que Winston introduit en expliquant qu’ils ont décidé de fusionner les passages les plus violents en un medley furieux.
La scénographie, si elle impressionne toujours autant, n’est pas leur plus poussée à ce jour : certaines dates européennes ont vu une structure centrale plus massive, notamment pour “Crushed”. Cela n’empêche pas Parkway Drive de proposer un show millimétré. “Wishing Wells” marque l’un des moments forts : Winston, seul sous une pluie artificielle, hurle les paroles dans une lumière sombre, armé de son pied de micro tordu par ses frappes rageuses. Le moment est viscéral. À l’inverse, “Darker Still” vient calmer le jeu, porté par les arrangements orchestraux, mais le chant clair se révèle légèrement faux ce soir-là. Un accroc vite oublié tant l’émotion est présente.
Côté mise en scène, difficile de passer à côté des violonistes qui viennent magnifier des passages comme “Chronos”, ou de la fameuse batterie montée sur une structure circulaire, où Ben Gordon effectue une rotation vertigineuse durant “Bottom Feeder” et “Crushed”. Le guitariste Jeff Ling, en état de grâce, est mis en avant à plusieurs reprises pour des solos d’une grande élégance, tandis que Luke Kilpatrick apporte sa rythmique solide et intense, toujours en parfaite synergie.
Comme au Hellfest en 2023, Winston descend dans la fosse pour créer un circle pit tout autour de lui, sur “Idols and Anchors”, un moment très attendu du public. Quant au bouquet final, il arrive avec “Crushed” en rappel : le charismatique chanteur s’élève sur une plateforme pour dominer la salle dans une pluie de flammes et d’explosions. Un instant de pure démesure, avant que “Wild Eyes” ne vienne conclure la soirée, jouée simplement sur la scène centrale, au plus près de leurs fans, qui chantent en chœur le fameux riff de guitare.
À noter également : Jeff Ling et Luke Kilpatrick, les deux guitaristes, étaient présents à 16h pour une séance de dédicace gratuite à Stars Music, offrant aux fans l’occasion de faire signer vinyles et guitares. Une preuve supplémentaire de leur accessibilité et de leur générosité.
Ce concert à Lyon restera sans conteste l’un des shows les plus marquants de cette tournée anniversaire. Si ce n’était pas leur scénographie la plus grandiloquente (tout est relatif), Parkway Drive a compensé par une intensité scénique rare, une proximité sincère et un set construit comme un cadeau pour leurs fans. Une claque de deux heures sans temps mort, comme un rappel vibrant que le metalcore peut encore faire rêver. Plus de 20 ans de carrière célébrés comme il se doit et de la plus belle des manières.
Photos : Florentine Pautet, toute reproduction interdite sans l’accord de la photographe

















































