Paris accueille en ce début décembre une affiche qui résume à elle seule l’évolution du metal moderne, entre le hardcore émotionnel de The Ghost Inside, l’hybridation décomplexée de Bilmuri, et surtout une tête d'affiche du metalcore avec Bad Omens. Une occasion parfaite de se mettre à jour, et de se faire un avis sur ce que vaut vraiment l'un des groupes les plus en vogue du moment. On vous raconte.
19h00 - The Ghost Inside
En ouverture de la soirée, The Ghost Inside revient rappeler pourquoi il demeure l’un des piliers du metalcore américain. Actif depuis 2004, le groupe a traversé deux décennies de scène, de tournées et de reconstruction, jusqu’à retrouver aujourd’hui une formation solide autour de Jonathan Vigil et de ses quatre compagnons.
En 2015, leur histoire bascule lors d’un grave accident de van qui laissera le batteur Andrew Tkaczyk amputé d’une jambe. Le voir derrière son kit aujourd’hui, après avoir réappris à jouer, reste un moment fort pour quiconque connaît le parcours du groupe. Cette trajectoire donne immédiatement une dimension supplémentaire à la présence sur scène du combo.

Setlist
Avalanche
The Outcast
Wash It Away
Light Years
Aftermath
Going Under
Engine 45
Wrath
Earn It
Death Grip
20h00 - BILMURI
Bilmuri prend ensuite possession de la scène. Le groupe américain, mené par Johnny Franck, ancien d’Attack Attack!, continue d’affirmer son identité musicale déroutante et attachante. C'est d'ailleurs la première fois que son projet est de passage à Paris. Le set vogue entre une pop acoustique évoquant Ed Sheeran et des éclats de metal moderne virtuose à la Polyphia, flirtant parfois avec le djent. Le contraste entre les deux genres est très marqué, souvent abrupt, mais bien assumé. Et ce qu'on peut dire c'est que ces musiciens savent mettre l'ambiance.

L’un des ingrédients essentiels du groupe reste l’apport instrumental. La saxophoniste Gabi ROSE, aussi flûtiste et même flûtiste de pan (même si cette dernière reste peu utilisée), apporte une palette sonore des plus originales. Le saxophone s’envole sur des harmonies aériennes, réchauffe des grooves techniques, et donne une dimension presque spatiale à certains passage. Notons aussi l'apport du guitariste qui joue tout autant dans la recette du combo, riff très moderne et maitrise parfaite du shred. Cela sonne très Polyphia, mais l'exécution technique est très maitrisée.
Le moment fort intervient sur la fin du set lors du morceau le plus heavy, "More Than Hate", avec l'arrivée sur scène de Noah Sebastian, chanteur de Bad Omens, de passage quelques secondes pour poser son "Hate" au micro. Une apparition brève et très fun, qui rappelle d'ailleurs que c'est bien ce dernier, même si non crédité, qui fait également cette réplique sur le morceau original de Bilmuri. Finalement, l'audace n'est-elle pas le meilleur moyen de conquérir une salle ?
Setlist
Setlist
21h10 - BAD OMENS
Après un passage remarqué à la Salle Pleyel l’année précédente, Noah Sebastian, Joakim “Jo” Karlsson, Nicholas Ruffilo et Nicholas Folio reviennent à Paris avec une production encore plus ambitieuse. Le concert s'ouvre sur le single de leur nouvel EP, "Specter". Et dès les premières secondes, on comprend que le concert n'est pas seulement une performance musicale mais une vraie expérience narrative. Le show se déroule comme un film divisé en chapitres, chacun introduit par des visuels et des enregistrements audio diffusées en interlude.
Le groupe parle très peu au public : l’immersion passe par les images, la lumière, la fumée, les flammes et surtout, une scénographie très millimétrée. Côté setlist, on replonge presque entièrement dans le dernier album du groupe The Death of Peace of Mind, et ses titres additionnels tirés de l’OST Concrete Jungle et du tout récent EP dark-pop metalcore Left For Good. Ce qui confirme un virage mainstream et commercial clairement assumé. Avec une musique plus accessible et des tubes de stade qui plaisent très facilement, le groupe semble avoir trouvé sa formule pour les années à venir. Dans le public, les smartphones, omniprésents, deviennent aussi une extension du spectacle, comme si Bad Omens avait intégré leur luminosité dans son show.

Noah Sebastian incarne la figure centrale du show, silhouette tendue, regard sombre, attitude légèrement désabusée voire distante. Idolâtré par une foule conquise, il se présente comme un personnage à part entière, bien plus qu’un simple chanteur. Sa prestation sur “VAN”, où il reprend avec un peu d'autotune les lignes vocales de Poppy, permet notamment de remettre en avant la facette indus-electro du groupe. Même si on regrettera que ce morceau ait eu un impact un peu moindre par rapport à leur performance en duo à la Salle Pleyel.
Les musiciens restent eux aussi très immobiles, figés dans une attitude presque cérémonielle, comme absorbés par les contrastes d’ombre et de lumière omniprésents sur scène. Toutefois, on note bien quelques moments forts du spectacle comme ce moment inattendu et presque surréaliste : la saxophoniste de Bilmuri remonte sur scène pour quelques lignes atmosphériques, ajoutant une texture spatiale sur "Impose", tiré du dernier EP. Mêlé au scream du chanteur de Bad Omens, l'usage du saxophone rappelle à quel point cet instrument est très sous-côté dans le metal. Plus tôt sur "Anything>Human", le chanteur de The Ghost Inside, Jonathan Vigil avait également fait une apparition, renforçant cette sensation de partage omniprésente ce soir.

On ne peut pas le nier. La prestation des Américains est très solide, impeccablement propre, visuellement impressionnante. Mais disons le nous : elle est aussi si lisse que la spontanéité disparaît souvent. A de nombreuses reprises, on peine à faire la différence entre ce qui est vraiment joué sur scène et ce qui provient des backtracks et des arrangements pré-mixés. L’effet numérique des simulateurs d’amplis et d’effets de type "Axe-FX"ou "Neural DSP", est particulièrement présent. Le mix sonore apparait très centré comme sur les albums, comme aplati entre deux murs virtuels. Ce qui donne une texture metalcore moderne mais ôte une partie du relief naturel qu’on attend d’un live.
Ce n’est pas que le groupe triche. C'est plutôt qu’il oriente volontairement son set vers une perfection artificielle, où le live ressemble davantage à un film qu’à une performance vivante. Bien sûr, cela correspond à la direction esthétique du groupe, mais cela crée une forme de distance émotionnelle, comme si la musique passait à travers un filtre permanent. Un choix artistique assumé, sans doute, mais qui laissera les amateurs de rugosité et d’imperfections sur leur faim.
La fin rattrapera un peu cette sensation lorsque retentira “Dethrone”, seul morceau qui rappellera pleinement les racines metalcore du groupe. L’impact est immédiat : la salle implose dans une sorte de rituel porté par un riff très martial. Un moment bref et salvateur, qu'on aurait aimé plus présent lors de ce concert. Finalement, Bad Omens a prouvé ce soir pourquoi il était un groupe très dans l'air du temps, et les fans auront sûrement beaucoup de plaisir à le réécouter. Dès cet été par un passage au Hellfest, alors qu'un prochain album semble déjà en préparation.

Setlist
Glass Houses
THE DRAIN
THE DEATH OF PEACE OF MIND
Dying to Love
CONCRETE JUNGLE
Nowhere to Go
Limits
ARTIFICIAL SUICIDE
V.A.N
Left For Good
ANYTHING > HUMAN (with Jonathan Vigil)
What Do You Want From Me?
What It Cost
Like a Villain
Just Pretend
Crédit photos : Photographe officiel de Bad Omens
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Textes : The Ghost Inside Florentine Pautet - Bilmuri et Bad Omens Antoine Donnay




