LANDMVRKS (+Paleface Swiss, Stick To Your Guns, Static Dress) au Zénith de Paris, 31.01.26

Ce soir, du côté de la Villette, on se croirait presque dans les quartiers du Panier ou du Vieux-Port. La cité phocéenne est floquée sur de nombreux t-shirts de fans du groupe devenu fer de lance de la scène metalcore française, et on est loin du sempiternel esprit d’affrontement footbalistique : le Paris-Marseille prévu ce soir se joue sous le signe de la communion, de la célébration, et de l’émotion, dans un Zénith plein à craquer. On vous raconte la soirée d’exception que LANDMVRKS a réservé à ses fans à l’occasion de son dixième anniversaire.

Static Dress 

Élégance toute britannique sur scène pour le combo natif de Leeds : chemise et pull pour Vincent Weight à la guitare, chemise noire et cravate pour le batteur Sam Ogden. Le vocaliste Olli Appelyard, accent du nord bien marqué (anglais, pas ch’ti), abandonne rapidement sa veste en cuir pour révéler un crop top ultra moulant. Côté son, les breakdowns pleuvent déjà – les premiers d’une longue série – portés par une musique efficace et rythmée, entre metal alternatif moderne, élans emo et touches brit pop. C’est énergique, millimétré, plutôt bien ficelé.

George Holding (basse) assure les chœurs, en chant clair comme sur le cri, et la complémentarité des deux chants se révèle efficace. Le quatuor, qui a à son actif un album, Rouge Carpet Disaster, sorti en 2022, mais également plusieurs EP et singles, balaie sa discographie jusqu'à des morceaux très récents ("human props", sorti il y a deux semaines). Le groupe multiplie les remerciements, fait taper des mains, enchaîne les changements de rythmes et invite le Zénith au crowdsurf. Résultat : les premiers slammeurs de la soirée se lancent… avec, en ouverture, Jésus en personne. Il est encore un peu tôt pour voir une salle déchaînée – beaucoup arrivent à peine – mais mention honorable pour le groupe anglais, visiblement ému de jouer ce soir dans la plus grande salle de sa jeune carrière.

Stick To Your Guns 

Avant même l’arrivée du groupe, la salle s’échauffe sur une playlist disco grand public : Diana Ross, Elton John, a-ha et son inévitable "Take On Me". Pile à l’heure, Stick To Your Guns déboule, devant le logo et l'artwork fleuri du dernier opus Keep Planting Flowers (2025) en grand sur le backdrop — même si, paradoxe du soir, seuls deux titres de l’album figureront sur la setlist.

L'ouverture sur « Diamond », court et brut, pose d’emblée le décor punk hardcore californien du combo originaire du comté d'Orange (près de L.A., pas dans le Vaucluse). En K-Way noir, l'infatigable vocaliste Jesse Barnett arpente la scène et harangue une fosse déjà remplie, et bien chaude. « What Choice Did You Give Us? » est chanté à pleins poumons, les têtes s’agitent et les premiers slams s’envolent. L’énorme breakdown de « Such Pain », ponctué de cris rageurs et de « motherfucker », fait exploser la température : premier wall of death de la soirée, porté par les lignes de basse massives d’Andrew Rose (« Invisible Rain »).

La fosse ne redescendra plus, entre pogos et slams sur des titres aussi efficaces qu’énergiques (« Spineless »). Chris Rawson et Josh James, très en jambes, alignent riffs incisifs et groove imparable (« Amber », « Nobody »). Jesse Barnett, épaulé par Rawson aux chœurs, fait applaudir le batteur George Schmitz avant de replonger dans la lourdeur avec « Against Them All », au refrain mélodique repris en chœur par un public compact et visiblement ravi d’avoir tout donné. STYG, avec son très bon set en mode patrons, l'arrogance en moins, récolte une ovation largement méritée.

Paleface Swiss

Le combo suisse de deathcore est en pleine ascension, particulièrement depuis la sortie de son troisième opus Cursed l’an dernier, et ne laisse planer aucun doute sur ses intentions : l’énorme cri de Mark ‘Zelli’ Zellweger perce le silence en ouverture du redoutable « I Am a Cursed One », très vite les breakdowns pleuvent, et la fosse du Zénith se met en mouvement. Ça tape vite, ça va fort, la rythmique imposée par le cogneur Cassiano ‘Casi’ Toma est effrénée, et les attaques brutales au possible.

Le charismatique vocaliste parcourt la scène en imposant ses hurlements profonds et millimétrés, soutenu par des riffs meurtriers du bassiste Tommy Lee (aucun lien) et du guitariste Yannick Lehmann – également aux chœurs. Le jeune combo assure, et se donne face au public qui le lui rend bien. La salle saute et répond au quart de tour aux encouragements du frontman, qui alterne entre des cris rauques et profonds et des passages scandés ultra rapides à la limite du trap rap, ponctués d’éclats de rire sinistres et de langage fleuri. Il salue le public et parle de la longue relation des membres du groupe avec leurs amis de LANDMVRKS, avant de demander au public de se lancer dans le crowdsurf pour « Nail to the Tooth ». Un flot de slammeurs se met en mouvement, de tous les côtés, et les pogos s’enchaînent sur l’ultra rapide et entraînant « Withering Flower » issu du tout récent EP The Wilted, avant de passer en chant clair pour « Everything is Fine », soutenu par la fosse aux chœurs.

Paleface Swiss au Motocultor 2025 (photo : Lil'Goth Live Picture pour LGR)

Quelle ambiance dans la fosse : le public fiévreux répond au quart de tour, avec un clapping géant en intro de « Blood on Your Hands », et tout le monde s’accroupit avant de se relever en sautant sur l’explosif « Let Me Sleep ». La folie furieuse se poursuit avec l’arrivée de toute la bande de Stick To Your Guns, pour « instruments of war », morceau écrit sur une récente tournée commune aux États-Unis. Tout le monde saute, sur scène comme dans la fosse, le déferlement de puissance se poursuit. Quelques embrassades entre les membres des deux groupes, puis « Please End Me » clôture le set déchaîné des Helvètes, ovationnés par le Zénith. C’est de la dynamique !

Une dernière séance d’attente, avec une playlist éclectique qui fait chanter plus d’un nostalgique dans la salle (car non, il n’y a pas que des fans de la génération Z ce soir) : A Day to Remember, Prodigy, Eminem ou Alanis Morissette, pendant le changement de scène qui s’opère derrière un grand drap blanc, à l’abri des regards (même s’il suffit d’être un peu excentré pour apercevoir les deux grandes statues grises figurant sur l’artwork du dernier opus de LANDMVRKS, The Darkest Place I’ve Ever Been, aux deux extrémités de la scène. L’excitation est à son comble avant l’arrivée des maîtres de cérémonie.

LANDMVRKS

Il est loin et proche à la fois, le temps où nous écrivions sur les premiers albums prometteurs de LANDMVRKS, ce groupe marseillais qui, nous le savions déjà, allait faire grand bruit. Dix ans se sont écoulés depuis Hollow, premier disque autoproduit. Et que de chemin parcouru ! Quatre albums, le temps d’un parcours sans faute, une reconnaissance méritée pour ce groupe à l’identité marquée, fruit d’un travail acharné. Mais ce qui marque dans l’ascension fulgurante du combo, c’est cette force en live et cette véritable histoire d’amour avec son public, une fanbase loyale et fière, comme un véritable essaim ayant adopté le langage, le phrasé et le style urbain et moderne du groupe. Le rendez-vous d'aujourd'hui est plein de promesses, de fête et de célébration, et à coup sûr, celui de la consécration pour les Marseillais.

La silhouette du frontman Flo Salfati apparaît d’abord en ombre chinoise derrière un drap blanc. Les premières notes de « The Darkest Place I’ve Ever Been » s’élèvent, la tension est palpable, puis tout explose. Les blasts déchirent le silence, la scène se révèle d’un coup, et le Zénith hurle à pleins poumons. Autour du vocaliste, Nicolas Exposito et Paul Cordebard aux guitares et Rudy Purkart à la basse prennent l’avant-scène, sourires vissés au visage, avant de grimper sur les podiums latéraux. À l’arrière, Kévin D’Agostino trône derrière sa batterie, rayonnant, pendant que la fosse s’agite déjà sous ses frappes de double implacables. L’intro techno-rap de « Creature » fédère sans tarder, le refrain est repris en chœur par des milliers de fans debout dans les gradins, prêts à communier. Les jets de flammes jaillissent sur les temps forts de ce titre ultra-rythmé issu du dernier album de LANDMVRKS, solidement installé parmi les sorties majeures de 2025. Flo arpente la scène, harangue la foule, exige des voix sur « Death », et la réponse est immédiate. Animations sur l’écran géant, scénographie léchée, jets de flammes : le show impressionne. Les slams et pogos agitent la fosse, et les musiciens sont à fond, portés par cette énergie brute et communicative.

Nicolas assure les chœurs pendant que Flo mène l’assaut au cri, et appelle les slammeurs à se rapprocher sur « Blistering », extrait de Fantasy (2018). Des confettis bleus pleuvent alors sur des dizaines de corps lancés dans les airs, parmi lesquels un très jeune enfant, porté à bout de bras. Le lightshow sublime la scène. LANDMVRKS aligne ensuite les tubes, porté par cette alliance redoutable entre hardcore et refrains mélodiques en chant clair. A Line in the Dust, partagé avec Matt Welsh de While She Sleeps, premier invité à rejoindre le groupe sur scène, met tout le monde d’accord. Les clameurs montent, les sourires se croisent. Sur « Visage », les parties rap sont scandées à l’unisson, le public accompagne le flow de Flo avant de bondir quand le metal se fait plus saccadé. Un premier wall of death s’ouvre, et « Sulfur » embrase littéralement la salle, conclu par un cri monumental du frontman en état de grâce. La pression redescend avec l’interlude « Sombre 16 », diffusé sur piste, pendant que le vocaliste, seul sur scène, bombes de peinture en main, trace le "V" emblématique du groupe sur une grande toile.

« Say No Words » débute sur un débit mitraillette et déclenche un circle pit, tandis que des lasers rouges balaient la salle. Zelli de Paleface Swiss rejoint alors LANDMVRKS pour la seconde partie du morceau, avant une embrassade entre les deux vocalistes. Que d’amour ce soir ! Flo fait applaudir les groupes d’ouverture, puis demande au public de sauter sur « Scars », marqué par l'alternance de chant clair et de cris, un lancer de confettis, et un solo magistral de Florestan Durand de Novelists, chaleureusement ovationné. Le groupe quitte la scène, mais Flo revient seul, guitare à la main, pour entamer « Suffocate » en acoustique. Le Zénith s’illumine de milliers de torches de téléphones. Le groupe revient ensuite au complet, accompagné de Bertrand Poncet de Chunk! No, Captain Chunk! : pas de doute, la French metal-touch est bien là. « La Valse du Temps » offre un moment suspendu, presque poétique, avec le chant en français et les animations en noir et blanc sur l'écran, avant que les shreds monstrueux de « Lost in a Wave » et « Rainfall » ne viennent rallumer la flamme du public du Zénith dans une débauche de pyro.

Un salut, puis les stroboscopes et une sirène annoncent la suite. Kévin D’Agostino, homme-orchestre des temps modernes, livre alors un solo de batterie spectaculaire, véritable démonstration de virtuosité mêlant kit et samples, porté par un lightshow saisissant. Le public ne faiblit pas sur « Blood Red » et « Requiem », issus du dernier album largement représenté ce soir avec sept titres, contre huit pour le précédent, Lost In the Waves (2021). Voici d'ailleurs « Paralyzed » débuté au piano par le musicien et producteur Kaspar Jalily, vite rejoint par Flo, avant que la douceur ne bascule dans la violence avec le retour du groupe. Les premiers rangs brandissent des pancartes avec les paroles « I’ve never been so alive », un geste remarqué par le vocaliste, touché au moment de remercier le public, le tourneur et l’équipe technique. L’émotion est à son comble.

Il est déjà l'heure du dernier morceau, l'inquiétant « Self-Made Black Hole », qui fait résonner les riffs lourds et modernes des guitaristes, et la polyvalence du chant de Flo, entre hurlements hardcore, cris profonds d’outre-tombe, et chant clair poignant. Les jets de serpentins sonnent la fin de la messe. LANDMVRKS signe un show énorme, spectaculaire et généreux, sans tomber dans le m’as-tu-vu, et confirme son statut de patron du metal(core) français. Ce Zénith sold-out restera surtout gravé dans les mémoires comme le théâtre d'un moment de communion rare entre le groupe marseillais et son public.

Photo Paleface Swiss (Motocultor 2025) : Lil'Goth Live Picture. toute reproduction interdite sans autorisation. 



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