I Prevail (+ Polaris + Gore.) au Zénith de Paris – 06.10.26

Deux ans après un passage remarqué à l’Olympia, I Prevail retrouve le public parisien dans le cadre d’une tournée européenne consacrée à son dernier opus, Violent Nature. Accompagné de ses compatriotes de Gore. et du groupe australien Polaris, le groupe américain, en pleine ascension, s’attaque à la plus grande salle française de sa carrière. Retour sur la soirée metalcore qu’il ne fallait pas rater cet automne.

Gore.

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Le Zénith est loin d’être plein pour ce début de soirée. Le groupe américain Gore. doit malheureusement composer dès les premières notes avec un son peu optimal, où la basse et la batterie prennent trop de place. Énergique et mobile, la chanteuse Hayley Roughton envoie malgré tout, headbangue et pousse des cris sur le premier breakdown de "Wrath", après de belles lignes de chant clair. Dommage que sa voix reste en retrait sous la batterie. Elle alterne entre un chant clair très pop, plutôt bien mis en valeur, des screams parfois un peu forcés et un growl impressionnant.

Un premier circle pit se lance sur "Sepsis". Derrière les fûts, Wills Weller se montre dynamique et secoue la tête, tandis qu'à l'avant le guitariste Alex Reyes et le bassiste Devin Birchfield haranguent régulièrement le public et investissent les praticables. Ce dernier, plutôt classe avec sa veste longue, joue aux doigts et démontre une belle dextérité sur les passages de metal moderne.

Plus lente et dark, "Lead Me to the Slaughter" permet à Hayley de descendre très bas. Le titre figure sur le nouvel album fraîchement sorti, … Then You Cannot Love Me, second volet d’un diptyque entamé en 2025 avec son premier opus, If You Do Not Fear Me… La vocaliste demande ensuite des torches pour "Doomsday", qui laisse place à des lignes vocales plus aiguës. C’est joli, mais un peu moins marquant, presque trop propre - en tout cas pas assez gore. Le refrain éminemment pop de "Crucified", récent single, fonctionne pourtant plutôt bien, et le contraste avec la fin bien lourde est assez appréciable. "Babylon", morceau du tout premier EP sorti en 2024, démarre de manière redoutable. Le morceau se fait puissant, le batteur se lève et le breakdown frappe fort.

De son accent texan légèrement traînant, la chanteuse sollicite la participation du public et multiplie les remerciements. Le public réserve plutôt un bon accueil à Gore., même si, on le sent bien au niveau des gradins, beaucoup attendent avec impatience la suite de la soirée.

Malgré un joli lightshow et une bonne énergie, le son peu optimal a empêché le groupe de montrer son maximum. Les Texans, encore jeunes, ne manquent pas de talent mais ont sans doute encore besoin de prendre un peu d’expérience pour ne pas se faire dévorer dans des grandes salles comme le Zénith.

Polaris 

Lumières bleues, scène dépouillée, une grosse vibration se fait sentir avant même l’arrivée de Polaris. Le groupe australien attaque fort avec "Dissipate", l’un des trois titres joués ce soir issus de Fatalism, son troisième album sorti en 2023, quelques semaines après le décès du guitariste Ryan Siew. Le son est nickel, très puissant. Les doubles blasts de Daniel Furnari fusent, tandis que les hurlements de Jamie Hails trouvent leur pendant mélodique dans les belles lignes claires assurées par le bassiste Jake Steinhauser. Sur le breakdown, l'énorme cri marque déjà le coup d'envoi du premier wall of death de la soirée. Le Zénith monte en température et ça headbangue même dans les gradins. Redoutables et rapides, les Australiens enchaînent avec leur nouveau single "Without You", dédié à la mémoire de leur ancien camarade, agrémenté d’un solo de guitare signé Rick Schneider avant un ralentissement monstrueux. Le metalcore de Polaris ne fait pas dans la dentelle : direct, lourd et fracassant dès les entames, comme sur "Landmine", qui donne lieu à un circle pit alimenté par l’énergie du vocaliste, lequel demande aux coureurs d’accélérer encore. Il prend d’ailleurs le temps, entre les morceaux, de remercier chaleureusement un public qu’il trouve incroyable et qu’il appelle « my friends ».

Le bassiste se retrouve debout au milieu à faire claquer son instrument pour l’intro de "Inhumane" - encore un titre marqué par un solo de guitare, cette fois signé Jesse Crofts, ancien guitariste de tournée désormais officiellement cinquième membre du groupe, avant qu’un nouveau wall of death ne salue sa prestation. Le public parisien est décidément très en forme ! Les refrains en chant clair et les gros shreds de l'imparable "Above My Head" sont vite suivis de l’enchaînement redoutable "Hypermania" et "Nightmare", qui déclenche une folie furieuse dans le pit. Quelle qualité sonore et quelle énergie pour ce set violent à souhait, délivré par des musiciens impeccables qui font des cœurs avec les doigts et n’en finissent plus de remercier le Zénith ! Et la tendresse ? Bordel !

I Prevail

Le décor était assez sobre pour les deux premiers groupes, mais on se doute que pour la tête d’affiche les choses vont changer … et l’atmosphère, déjà bien chauffée par le set de Polaris, va grimper sérieusement en température, si l'on en croit les nombreux boîtiers de pyro disposés de part et d’autre de l’avant-scène. Le public est plus que chaud, la fosse semble presque pleine, et les spectateurs donnent de la voix sur la playlist de l’entracte : on s’époumone sur My Chemical Romance, Linkin Park ou Limp Bizkit, et l’ambiance monte d’un cran dès que résonnent les premières notes de "Clint Eastwood" de Gorillaz, qui annonce traditionnellement le début du set de I Prevail. Des influences variées et assumées, pour un groupe qui tutoie autant le hardcore que le nu metal, le pop punk ou le rap metal, et qui s’est fait connaître du grand public en 2014 avec une reprise metalcore d’un morceau de Taylor Swift.

Les natifs du Michigan investissent la scène avec fracas, le drap tombe et dévoile de grands panneaux de décors portant le nom du groupe et les motifs du dernier album, Violent Nature, sorti l’an dernier : une fleur sombre dont la tige est enfermée dans des barbelés. La tournée est consacrée à ce dernier opus mais seuls quatre titres seront joués ce soir, I Prevail ayant plutôt choisi de gâter ses fans avec une setlist best-of qui balaye ses trois opus et autres EP. La récente "NWO", qui ouvre le concert, est un véritable coup de poing fiévreux qui met la fosse en mouvement en quelques secondes seulement. Des flammes s’élèvent, le vocaliste Eric Vanlerberghe hurle, de la folie dans le regard, en arpentant la scène de gauche à droite. Les morceaux plus récents alternent avec des tubes connus du public qui n’attend pas d’être sollicité pour donner de la voix et partir en slams ou pogoter furieusement. Le refrain en chant clair de "Bow Down" – sur lequel le guitariste Dylan Bowman assure, servi par un son aux petits oignons – est entonné par la foule, avant un énorme breakdown, premier d’une longue série dans la soirée.

Les musiciens font preuve d’une belle énergie et font signe au public, dansent ou sautent de concert, tapent des mains et la communion s’opère sans aucune difficulté entre le Zénith et le groupe. Les parties rappées ("Self-Destruction") ou les conclusions féroces, généralement accompagnées de jets de flammes, sont célébrées par des headbangs généralisés, ou des walls of death d’envergure ("There’s Fear in Letting Go"). Eric fait l’effort de communiquer souvent avec le public dans un français plus qu’honorable, entre deux petites piques d’humour grivois avec son acolyte guitariste. Comme pour Polaris, le frontman appelle le public « my friends » et l’incite à donner de la voix sur la bien-nommée "Violent Nature". C’est parti pour un déferlement d’agression, de riffs et de cris deathcore, un côté cathartique pour le public qui semble très satisfait de hurler « I’m a sick motherfucker with a violent nature ! » tout en tombant dans les bras de ses voisins de moshpit, amis ou pas d’ailleurs. Évidemment le feu est de la partie pour ce titre, avec en outre la venue de Jamie de Polaris venu soutenir Eric aux hurlements d’outre-tombe. L’ovation ne se fait pas attendre, et le groupe admet que les fans parisiens sont les « motherfuckers » les plus bruyants qu’ils ont pu entendre sur toute la tournée européenne jusque là.

On pensait la température maximale atteinte, mais c’était sans compter sur l’énergie du groupe qui demande un circle pit sur le tempo effréné de "Body Bag" – circle pit qui fait son chemin en même temps qu’un flot ininterrompu de slammeurs qui donnent fort à faire à la sécurité. Sur la version studio du récent single "Paradise", c’est la chanteuse Amira Elfeky qui assure les lignes vocales claires et scream aux côtés d’Eric, et ce soir c’est Haley Roughton de Gore. qui revient sur scène et assure de façon convaincante : les passages éthérés contrastent avec les attaques monstrueuses sur ce titre où le public semble encore euphorique de donner de la voix sur les « Fuck You » bien placés. Après son titre le plus récent, le groupe annonce son morceau le plus ancien. C’est, au choix, le moment de grâce ou le plus WTF de la soirée, des milliers de metalleux reprenant en choeur les paroles de "Blank Space" de Taylor Swift, de concert avec une belle prestation vocale de Dylan Bowman, sous un lightshow rose bonbon. Les influences pop se retrouvent également sur "Bad Things", mais cela n’empêche pas le public de se lancer dans un nouveau wall of death pour les parties plus dures où la pyro déferle de nouveau.

Petite incursion du côté des modèles, avec une version sympathique et assez fidèle (quoique raccourcie) de "Sad But True" de Metallica. La lourdeur des riffs de Dylan Bowman et Steve Menoian se mêle au chant, clair cette fois d’Eric. Le frontman reprend vite du service aux hurlements sur l’hymne metalcore "Rain", où les basses et sub montent encore d’un cran. Les musiciens quittent un moment la scène en laissant le batteur Gabe Helguera seul sur son perchoir, alors que résonne le tube house de 2003 "Satisfaction" de Benny Benassi. Le cogneur en chef se fend d’un gros solo acclamé par le Zénith, avant le retour de ses camarades pour une nouvelle débauche de violence.

Le deathcore se fait monstrueux sur "God", où s'élèvent borborygmes et breakdown d’école, et pendant la petite pause de récupération les musiciens arborent un large sourire. Le frontman demande au public de "se lever" (comprendre : sauter) pour "Choke", véritable tuerie. Le bassiste Jon Eberhard (qui s'est également chargé des claviers et des chœurs) est mis en avant par le groupe avant un break et un nouveau wall of death. Les Américains n’en finissent plus de remercier le public, toujours très bruyant, et promettent de tout donner pour la fin du concert. Les torches sont allumées pour le début de "Hurricane", et les slammeurs poursuivent leur assaut de la barrière, même sur les temps les plus calmes et mélodiques de ce titre repris à l'unisson dans la fosse, qui s’accélère vers la fin. Les musiciens sont présentés un par un avant l’ultime titre, l’énorme "Gasoline", qui finit d’embraser le Zénith. I Prevail a rempli toutes ses promesses et a fait honneur au public parisien avec ce set généreux, enflammé et fiévreux. Les corps sont fatigués, les cordes vocales endolories, mais cela en valait la peine.

Photos : Emma Forni. Toute reproduction interdite sans l'autorisation de la photographe. 



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