Steve Vai à  l’Olympia (19.11.2012)

Nous vous l’avions annoncé en août, puis opéré une piqûre de rappel en octobre dernier : le fabuleux Steve Vai venait nous rendre visite bientôt, pour retranscrire live sa nouvelle excentricité discographique ! Pour son unique date Française, le génie de la guitare a choisi de nous présenter son tout nouveau show dans ni plus ni moins que le plus ancien music-hall de Paris encore en activité : c’est ainsi dans un Olympia bondé que nous arrivons en ce lundi 19 novembre, en découvrant le nom « Steve Vai » écrit comme le Port-Salut sur la célèbre façade.

Dans son intérieur classieux, pas loin de 2500 personnes s’affairent, un public souvent venu de loin pour voir et entendre le maestro dans son cru 2012. En effet, une promenade à travers les rangs de fans permet de capter différents accents mais également différentes langues, et de constater à quel point le public est contrasté en terme d’âges : jeunots d’à peine la vingtaine venus s’en prendre plein les yeux et les oreilles (et prendre accessoirement un petit cours de musique) côtoient aussi bien des adultes cinquantenaires dont on se dit qu’ils ont peut-être bien eu la chance de voir le guitariste lors de son premier passage à Paris avec Frank Zappa il y a pas moins de 30 ans !

En guise de hors d’œuvre, Dave Weiner (le guitariste de Vai) vient présenter quatre chansons de sa composition, et nous présenter son nouvel album acoustique A Collection Of Short Stories : Vol.1 De relativement bonne facture (et dans un feeling plus proche de Joe Satriani que de Vai en fait), la prestation de Weiner reçoit un accueil chaleureux de la part d’un public parisien très réceptif. Et c’est normal, car tout le monde sait que ce soir se joue un concert-évènement comme il n’est pas souvent donné d’en voir – tant en terme de musicalité et de virtuosité (les cinq musiciens à l’affiche faisant autorité dans leurs domaines respectifs) qu’en terme de visuel et de show.

C’est dans ce contexte bienveillant qu’arrive l’homme que tout le monde attend : le polymorphe et insolemment talentueux Steve Vai. Le groupe all-stars de Vai, composé de Jeremy Colson à la batterie, Dave Weiner à la guitare, Philip Bynoe à la basse et Déborah Henson-Conant à la harpe électrique, ouvre le bal avec les titres « Racing The World » et « Velorum », faisant la part belle au nouvel album The Story Of Light. D’entrée de jeu, on est éblouis par la dextérité et l’homogénéité des musiciens, une scène majestueuse (avec pour tapisserie la pochette du nouvel album, présentant un demi-Vai et son œil-spotlight tournant. Kitch et génialissime), un jeu de lumières magique et un show véritablement bien orchestré. L’enjeu de la soirée est de nous faire passer à tous un bon moment, selon les dires-mêmes de Vai, qui ne lésine pas sur les moyens. Petite nouveauté de son show, la harpiste Déborah Henson-Conant et son instrument aux milles lumières (fabriqué en France d’ailleurs apparemment !) et son jeu facétieux. Contrairement à ce que l’on pourrait redouter, elle n’est pas du tout en reste par rapport aux autres musiciens, et impose son jeu de virtuose et ses mouvements majestueux. Tous impressionnent avec des présences scéniques captivantes et des jeux respectifs débordants de personnalité.

Le désormais culte « Tender Surrender » arrive très tôt dans le programme, donnant une petite bouffée d’air dans ce qui s’avère d’emblée être une soirée intense. Au bout des cinq premiers titres, Vai met à l’honneur son guitariste : Weiner se fend d’une échappée solo, extraite de son nouvel album « que l’on peut acheter au stand merchandising du groupe » ! Premier clin d’oeil dans ce qui promet d’être une longue série de boutades de la part de Vai et sa troupe. L’homme au chapeau prouve, pour ceux qui auraient manqué le début du spectacle, qu’il sait vraiment jouer. « Weeping China Doll » vient continuer dans la lancée émotionnelle du spectacle, un moment particulièrement magique et très caractéristique du panel créatif de Vai, où le toucher prend alors le pas sur la vitesse et la performance.

L’album Passion & Warfare arrive en force avec « The Animal » et son groove de folie qui permet au duo basse / batterie de secouer l’assistance. Si le jeu flamboyant de Jeremy Colson n’est plus à démontrer, certains reprocheront à Philip Bynoe d’être trop en retrait par rapport aux autres. Il est vrai que son jeu diffère énormément de celui de son prédécesseur Billy Sheehan, et cela peut laisser perplexe. Mais c’est sous-estimer le jeu tout en subtilité du bassiste, qui privilégie l’homogénéité avec ses pairs plutôt que la démonstration. Il prouve qu’il excelle tout aussi bien à la contrebasse (l’instrument de son père, par ailleurs) qu’il empoigne pour le set acoustique du programme, après un « Whispering A Prayer » très bien senti de la part de Vai et son usage intelligent du vibrato, puis le grand moment de « The Audience Is Listening ». Mais un peu avant que le groupe calme le jeu avec un set acoustique qui apporte une réelle richesse au programme, il est intéressant de faire un petit aparté sur le morceau « The Moon & I », extrait du nouvel album : Vai explique qu’il s’agit d’un épisode de sa trilogie Real Illusions, qui conte l’histoire d’un homme qui se retrouve face à un miroir, dans un monde fantasmagorique. Il s’y mire, mais son reflet va également lui permettre de réaliser une prise de conscience des plus vertigineuses : ses agissements, ses qualités, ses défauts, de quelle manière il influe sur le monde autour de lui, c’est une introspection des plus profondes qui a alors lieu. Il réalise que « l’un des plus grands problèmes de l’homme est qu’il pense que chaque individu est distinct et parfaitement séparé des autres. Or, nous sommes loin de l’être ». Un passage quasi-psychédélique à finalité didactique, des plus pertinents.

Le moment du fameux set acoustique, donc, fait retomber quelques pèlerins dans l’assistance, mais apaise le coeur d’autres. C’est Déborah Henson-Conant qui donne le ton en nous offrant un interlude à la harpe, sorti de son nouvel album solo, mélange de shred (oui oui !) et de flamenco des plus singuliers. Juste après « Rescue Me Or Bury Me », Colson s’éclipse pour laisser le reste du groupe seul sur « Sisters ». Vai en prend note et demande alors au public de scander le nom de Jeremy, si fort que si l’on parvient à ses oreilles il pourrait alors bien refaire surface. Et là, pirouette cacahuète : de derrière les fagots, nous revient un Jeremy en mode Jack, le singe de Pirate Des Caraïbes, et sa mini-batterie en strap-on ! Un interlude loufoque qui fait rire à gorge déployée tout le public, et devient le théâtre d’une grande dose d’autodérision de la part de Vai surtout : « hé mec tu me dois le respect, je suis Steve Vai quand même », ou encore « bouge un peu ton petit cul végétarien  squelettique» (sachant que Vai est un végétarien convaincu), une mise en abyme inattendue qui donne une nouvelle dimension, théâtrale cette fois-ci. S’ensuivent « Treasure Island » le bien-nommé, « Salamanders In The Sun » et « Pusa Road ». Au tour de Colson d’offrir son moment perso à l’assistance, avec un solo qui selon Vai « ne doit être raté sous aucun prétexte ».

La surenchère continue, avec le retour improbable de Vai sur scène en costume d’extra-terrestre pour lancer l’excellent « The Ultra Zone », apogée du surréalisme musical et visuel de la soirée. Après un magnifique « Frank », nouveau rebondissement dans le programme : la séquence « Build me a song » où Vai et sa troupe pêchent deux poissons frais dans l’assistance et les font monter sur scène afin d’aider le groupe à composer un morceau : nouvelle autodérision de la part de Vai, qui souhaiterait montrer au public, selon ses propres paroles, à quel point il est facile d’écrire une chanson ! Avec cette nouvelle fantaisie des plus interactives, le groupe amorce ainsi la fin du concert avec les cultes « For The Love Of God » et « Taurus Bulba » qui achèveront de conquérir le cœur d’un public aux anges.

Que dire d’un tel évènement ? Des musiciens incroyables, un show « larger than life » (dans le bon sens du terme, car là on ne parle pas de superproduction grotesque à l’américaine, mais d’un show qui relève du challenge à tous les niveaux), dans une salle cosy, classieuse et très frenchy (un aspect qui plaît tant à Vai) ; une chorégraphie et un programme très fouillés qui nous font véritablement pénétrer dans l’antre du magicien Vai. Un Vai tel un zébulon, qui évoque visuellement un croisement impie entre The Mask et le père de Marty McFly dans Retour Vers Le Futur, mais qui ne ressemble en revanche à rien musicalement. A rien de terrestre, car si le virtuose évolue dans une dimension, c’est dans celle des hautes sphères de l’Olympe. Divin et ambitieux, tout en étant incroyablement humble et terre-à-terre à la fois, le show délivré est à la hauteur de la légende. Le son dément, le toucher unique du guitariste, l’authenticité et l’originalité de la musique et du spectacle proposés sont à des années lumières de tout ce qui se fait à l’heure actuelle. Le mot « génie » est sur toutes les lèvres, et le terme est loin d’être exagéré. On ne peut que s’incliner devant la grande qualité du show proposé ce soir. Et chacun de repartir des rêves de guitare transcendantale plein la tête…

Pour visiter le site de notre photographe, un seul lien :
http://www.yog-photography.com

Photos : © 2012 Nidhal Marzouk  / Yog Photography
Toute reproduction interdite sans autorisation écrite du photographe.
 

NOTE DE L'AUTEUR : 10 / 10



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