Dragonforce (+ Huntress et Kissin’ Dynamite) à  Strasbourg (23.11.2012)

Dragonforce, voilà une formation qui ne laisse pas indifférent. Provoquant les moqueries des uns et l’admiration des autres, ces anglais ont réussis à se bâtir, au fil des années, une image qu’ils défendent depuis quelques temps : celle d’un power metal ultra-rapide et efficace, se basant surtout sur le jeu de guitare. Et leur notoriété est assez importante pour leur permettre de s’octroyer le luxe de tournée dans toute l’Europe en tant que tête d’affiche. A leurs côtés, deux premières parties : les excentriques heavy / thrashers américains d’Huntress, et les glameux juvéniles de Kissin’ Dynamite. Qu’en est-il de ce concert à Laiterie de Strasbourg ? Réponse plus bas !

Flyer Dragonforce

KISSIN’ DYNAMITE

L’ouverture est confiée aux jeunes allemands de Kissin’ Dynamite. Très, très jeunes, même … en prenant en compte le fait qu’ils ont dans les alentours de vingt ans, voir moins, on peut dire que leur carrière semble bien partie. Surtout qu’ils défendent ici sur scène leur troisième brûlot : Money, Sex & Power.

Un look décalé, une jeunesse affichée … mais, mais : serions-nous en face de la renaissance de Tokio Hotel ? Non, et définitivement non. Heureusement, d’ailleurs. En gros, Kissin’ Dynamite, keseksé ? Du glam / hard rock / sleaze, le genre à fricoter avec Mötley Crüe très souvent, influence notable dans la musique pratiquée ce soir-là, surtout qu’ils ne tentent même pas de s’en cacher : l’un des membres porte même le t-shirt de l’album Girls Girls Girls des américains. Mais ce qui aurait pu n’être qu’une copie carbone de plus est en réalité une très bonne surprise, pour une formation idéale en ouverture, histoire de chauffer le public : ces jeunes gens maîtrisent la scène comme s’ils avaient une dizaine d’années de carrière derrière eux, et jouent très régulièrement avec les personnes présentes ce soir. A coup de « on va vous faire chanter tout de suite » ou de petits éléments de décor (bâton de majorette et cape sur « I Will Be King »), ils veulent en mettre plein la vue. Ce qui, à la longue, peut s’avérer un tantinet lassant. Chercher le public, c’est très bien. Le faire de manière un peu plus modérée, ce serait mieux.

Kissin' Dynamite

Je ressemble peut-être à un caniche, mais moi au moins je chante bien !

Tout cela n’enlève rien au talent intrinsèque du combo, qui, le temps d’une demi-heure, accouche sept morceaux tous plus tubesques les uns que les autres, immédiatement mémorisables. En gros, si t’as jamais écouté de ta vie, c’est pas très grave : les refrains sont si entêtants qu’ils se comprennent en une seule fois. Et la formation sera déchaînée ce soir : ils bougent et sautent partout, affichent une réelle complicité et un sourire qui en dit long sur leur état de bonheur (il faut dire que le public, très accueillant, a du aider à se sentir en confiance), et ce même avec une guitare en moins (l’un des membres sera absent ce soir-là, réduisant le groupe à quatre). Qu’importe : on chantera à tue-tête « Welcome to the Jungle » (non, pas celle de Guns’n’Roses mais bien une compo à eux), l’opener « Sleaze Deluxe » plonge tout de suite dans le bain, la dernière pour la route « Money, Sex & Power » est addictive à souhait … Les allemands jouent (très) bien et livrent des morceaux qui, s’ils sont faciles et immédiats, ne sont pas le genre à écouter – puis consommer – puis jeter. Typique de la formation qui a très bien compris comment faire accrocheur tout en gardant fraîcheur et simplicité, surtout dans un style surchargé.

Kissin' Dynamite

HURLEZ DONC PLUS FORT JE SUIS DUR DE LA FEUILLE !

Et puis il y a le chanteur, Hannes Braun, androgyne blond platine qui réalise une performance de haute-volée. Un chant aigu, mais maîtrisé comme il le faut, juste sans en faire des tonnes, tout en aimant jouer dans l’excès. Ce personnage a un charisme réel, et démontre qu’en dépit de son jeune âge, il semble habitué à fouler les planches. Assez fort, il faut bien le reconnaître. Sa voix est un gros point fort pour Kissin’ Dynamite, qui voit en lui un élément de charisme et d’identité. Seul petit reproche ? L’interaction parfois excessive. Bon, certes, il vaut mieux ça qu’un type aimable comme une porte de prison qui ne prend même pas la peine de regarder son public, mais il semble en faire un peu trop là-dessus.

Kissin' Dynamite

Tiens, j’ai faim …

Bon, ces détails mis à part, on se prend une belle baffe avec cette ouverture réussie. Kissin’ Dynamite a une longue carrière à venir, j’en suis presque certain. La formation est en place, livre un show à la fois carré et spontané, professionnel et enthousiaste. Bref, du positif pour ce combo allemand, à revoir au plus vite.

Setlist :

Sleaze Deluxe
Sex Is War
Addicted To Metal
Welcome To The Jungle
I Will Be King
Operation Supernova
Money, Sex & Power

HUNTRESS

Bon, après Kissin’, c’est Huntress. Et eux, ils ne font pas l’unanimité, entre adorateurs et détracteurs. Mais, même si je n’aime pas utiliser la première personne, mon expérience scénique en Juin avec les américains était loin d’être déplaisante, bien au contraire : quelques progrès restaient encore à accomplir, mais le combo avait prouvé sa valeur. Quelques mois plus tard, la formation va non seulement assurer que le talent est bel et bien là, mais que des progrès fulgurants ont été réalisés.

Huntress

OUIIII C’EST MOOOOA, LE CERF QUI CHAAAANTE !

Premier élément de différence : le set est plus long que celui des allemands de Kissin’ Dynamite, passant de 30 à 40 minutes pour une musique tout à fait différente. On passe d’un sleaze / glam enjoué et tubesque à un heavy / thrash saupoudré de riffs black qui n’est pas forcément le plus adapté au public de Dragonforce. Et le public est, au début, très étonné, lorsque le quintet arrive avec « Senicide », idéale en début de set pour faire monter l’ambiance lentement, mais sûrement. Car le combo joue énormément sur l’atmosphère qu’ils installent : celle de la sorcellerie, de l’occultisme, voyez donc se développer un aspect sombre qui contraste totalement avec les deux autres formations. Si, sur Kissin’, on chante et on reprend les refrains en chœur, avec Huntress, on plonge dans un monde plus ténébreux, où il est de mise de se laisser ensorceler par la diabolique enchanteresse Jill Janus, tantôt hystérique, tantôt sensuelle.

Car tous les regards sont tournés vers une seule et même personne : Jill Janus, chanteuse au charisme indéniable. Incarnant un véritable personnage, elle fait tout, du growl le plus guttural à des voix black ou thrashisantes, en passant par du scream suraigu, un heavy couillu ou une voix bien plus profonde (« Snow Witch » ou « The Tower », par exemple). Et le tout avec une versatilité exemplaire, d’une, et, surtout, une maîtrise impeccable. Non, Janus n’est pas un argument commercial uniquement. Elle est bel et bien une excellente chanteuse, qui divisera certainement par sa voix très particulière. Mais on ne peut lui enlever une chose, c’est qu’elle a beaucoup de talent. Juste et précise, semblant habitée, possédée, elle en éclipse presque les autres musiciens qui pourraient paraître presque en retrait !

Huntress

Z’avez vu ? Sans les mains !

Pourtant, ces cinq gens-là sont proches, et ça se sent tout de suite sur scène. La cohésion est là, le jeu est précis, et la bonne humeur également. Huntress marque des points en disposant d’une setlist variée qui laisse à Jill un vaste terrain de jeu pour exprimer pleinement son potentiel vocal. Si, au début, elle ne communiquera pas et laissera s’enchaîner d’un bloc les morceaux d’ouverture (« Senicide », puis « Sleep and Death », les deux fonctionnant très bien sur scène), elle ne tardera pas à conquérir une partie des personnes présentes par son sens de l’humour et sa joie de pouvoir partager sa passion sur scène. Et sur « Spell Eater », Frédéric Leclercq de Dragonforce se joindra à la joyeuse bande, pour laisser un petit mot à Jill Janus, en français, qu’elle lira entre « Children » et « Night Rape », avec un accent un peu hasardeux, mais mignon. « Children », voilà une piste intéressante : une introduction à la basse, puis une montée en puissance qui aboutit par une Jill devenant littéralement folle, entre postures théâtrales et changements de voix rapides et incessants.

Huntress

Coucou, je suis là!

Terminant le set sur « Eight of Swords », Huntress n’aura pas laissé le public indifférent, mais ce dernier semble avoir globalement apprécié la prestation, les américains repartant, tout comme Kissin’ Dynamite, sous les applaudissements. Seconde baffe de cette soirée, les premières parties de ce soir voleront tout simplement la vedette à la tête d’affiche.

Setlist :

Senicide
Sleep and Death
The Tower
Spell Eater
Snow Witch
Children
Night Rape
Eight Of Swords

DRAGONFORCE

C’est au tour de la tête d’affiche, Dragonforce, de se présenter. Pour contextualiser, inutile de revenir réellement sur le set du Knockout Festival fin 2011, qui était à la limite du catastrophique. Autant dire que question enthousiasme, c’était pas trop ça. Mais donner une seconde chance, c’est bien aussi, surtout dans de meilleures conditions. Premier élément : les anglais disposent d’un son plus que correct, tout comme les deux précédentes formations. Malheureusement, les choses vont se gâter dès que le set va débuter …

Dragonforce

Tavu kom jsui tro 1 gue-din dla guitar !

Si le public est presque déchaîné au fur et à mesure que les titres passent, il faut rendre à César ce qui est à César : le combo sait mettre de l’ambiance. Ça commence déjà par un certain capital sympathie à leur égard de la part des personnes présentes, ce qui motive Dragonforce à livrer un set instrumentalement de haute tenue. Herman Li, guitariste, reste impressionnant dans sa rapidité et sa capacité à ne pas flancher pendant 1h30. Et, si on se penche sur la setlist, on peut constater une volonté de vouloir faire passer leur dernier brûlot The Power Within, tout en continuant à interpréter les grands classiques qui ont fait leur succès (citons « Valley of the Damned » en guise de rappel, « Through the Fire and Flames » ou « Heroes of Our Time ») . Fort de leur réputation, les musiciens prouvent leur expérience et leur dextérité. Ça joue très bien, chacun (ou presque) fait son boulot très correctement, et tout est fait pour marcher : du power qui a quand même une certaine gueule sur scène, des refrains hymnesques que beaucoup s’empressent de chanter, même si les structures sont, souvent, assez identiques et surtout sur ces refrains, justement : le coup de chanter tous ensemble peut donner un côté un peu pénible de temps en temps. Mais à côté de ça, les six membres sont heureux d’être présent ce soir, et nous balancent donc quelques morceaux épiques et enjoués. Et ça aurait pu être presque très bon si un élément perturbateur ne venait pas jouer les troubles fêtes : le chanteur Marc Hudson.

Dragonforce

Mwa jsui tro 1 ouf avc mon clavier !

Patatras. Quand la formation enchaîne les plans instrumentaux techniques et efficaces, ça passe. Quand le vocaliste commence à monter, ça casse. Le jeune homme n’a toujours pas complètement corrigé les nombreux problèmes de justesse dont il avait déjà fait preuve précédemment en Allemagne. Ainsi, si les graves et les médiums sont parfois hésitants mais loin de l’exécrable, c’est la Bérézina dans les aigus. C’est faux, criard, poussif, et le manque de souffle est évident. Pire, le chanteur semble à la peine lors des montées, et ça se voit rien que sur son visage qu’il a un mal fou à pouvoir atteindre les notes les plus hautes. Problème ? Il se verra contraint de chanter très souvent dans ce registre qui ne lui sied pas. Pourquoi ne pas tout bêtement adapter ses lignes de chant vers des tons plus graves, où il est bien plus dans son élément ? Le manque de travail évident des aigus est ainsi un obstacle de taille qui n’aide pas à rentrer dans le set de Dragonforce. Car si les musiciens sont ainsi en place, le chanteur a encore un sacré travail à accomplir. Il se rattrape sur sa communication, même s’il rentre souvent dans les coulisses lorsqu’il n’a rien à chanter …

Dragonforce

J’ai toujours voulu growler, mais ma maman n’était pas d’accord !

Difficile, ainsi, d’adhérer à l’ensemble. Le show est de bonne tenue mais manque encore d’une voix suffisamment en place pour obtenir une adéquation entre qualité musicale et vocale. Ceci dit, on ne peut qu’espérer que Marc travaille d’arrache-pied sur son chant aigu pour, une fois ce registre acquis, s’imposer comme un frontman de talent.

Setlist

Holding On
Heroes of Our Time
Seasons
Fury of the Storm
Die By the Sword
Operation Ground and Pound
Fields of Despair
Soldiers of the Wasteland
Through the Fire and Flames
Cry Thunder
Valley of the Damned

Un concert satisfaisant, finalement. Bien que Dragonforce doit encore accomplir des progrès sur le chant, Kissin’ Dynamite et Huntress ont été les réelles stars de la soirée. Deux premières parties qui doivent prendre encore toute leur ampleur en tant que tête d’affiche, et qui méritent une carrière longue et bien remplie ! Bravo à eux pour l’excellent moment.

Photos :

Kissin’ Dynamite et Huntress par © Lisa HOUADEF
Toute reproduction interdite sans autorisation écrite de la photographe.

Dragonforce (photos du show à Paris) par © Olivier Gestin / Into the Pit Photography
Toute reproduction interdite sans autorisation écrite du photographe

 



Partagez cet article sur vos réseaux sociaux :

Ces articles en relation peuvent aussi vous intéresser...

Ces artistes en relation peuvent aussi vous intéresser...

Advertisements