Jamey Jasta, chanteur de Hatebreed

"Nous avons toujours la flamme !"

Alors que la date parisienne du Persistence Tour approche à grands pas, La Grosse Radio vous offre une interview du frontman d'Hatebreed, Jamey Jasta, qui vient parler du prochain album du groupe, The Divinity Of Purpose, de concerts et des mauvaises intentions qui ont été attribuées au groupe ces derniers temps. 

Bonsoir Jamey. Nous sommes ici pour parler du prochain album d'Hatebreed, The Divinity of Purpose, prévu pour le 25 janvier. D’où vient le titre ?

Ce titre vient de ma volonté d’avoir un aperçu de l’année passée, voir les 18 mois passés. Je voulais que ce soit comme une capsule temporelle, dans laquelle je pourrais revenir dans peut-être 10 ans et voir tout ce qui s’est passé durant cette période. L’une des choses les plus importantes qui est arrivée est que quelqu’un qu’on connaissait s’est retrouvé condamné à huit ans de prison après une grave erreur qu’il a faite. Je pense que cela pourrait arriver à n’importe-qui, où que ce soit. Je me suis dit qu’on avait énormément de chance d’avoir la musique comme but à atteindre (purpose). Plusieurs fois au cours de ma vie, j’aurais pu mal tourner, mais la musique était toujours l’intervention divine qui m’a remis sur le droit chemin. Ce n’est donc pas par hasard qu’on a mis la chanson "Put The Torch" au début de l’album. Une torche te sert à te guider dans le noir. "Honor Never Dies" parle du fait que les services que tu rends au gens restent, même une fois que tu es parti. Ainsi, j’ai construit des thèmes positifs pour faire en sorte que cette capsule temporelle soit une bonne chose à se rappeler. Ce n’est pas le cas de tous les albums… Je me souviens de toutes les merdes qui ont pu me tomber dessus avant ! Il n’y a pas non plus que de bons souvenirs dans The Divinity Of Purpose, il faut aussi savoir équilibrer cela, pour que les bonnes choses soient mises en valeur.

Musicalement, cet album semble plus direct et brutal que Hatebreed (2009). Est-ce là un but recherché ?

Oui, nous voulions aller plus loin sur le plan agressif, mais aussi avoir un album dont on garde plus de souvenirs qu'Hatebreed. J’aime beaucoup cet album, mais on ne joue que deux chansons de celui-ci en live, alors qu’on en joue sept de Supremacy, huit de Satisfaction Is The Death Of Desire, quatre de Perseverence, cinq de Rise of Brutality… Donc on s’est dit que cet album devait être plus fort pour qu’on ait envie d’en jouer plus sur scène. C’est à nous, musiciens, de s’imposer des défis et de faire de meilleures chansons.

Jamey Jasta Hatebreed

Comment faites-vous pour être de plus en plus brutaux en 18 ans de carrière ?

Nous avons toujours la flamme ! Les gens me demandent souvent pourquoi je suis si énervé… Regarde le monde dans lequel on vit ! Plus on vieillit, plus c’est la merde, de mon point de vue en tout cas. La musique est mon moyen de m’exprimer, donc je ne vois pas pourquoi je devrais me calmer. Si j’ai quelque chose de différent à exprimer, je peux le faire sur mes albums solos ou sur Kingdom Of Sorrow. De ce fait, je n’ai pas à m’adoucir avec Hatebreed. Nous n’avons honte d’aucun de nos albums, et je me sens de jouer n’importe quelle chanson qu’on a écrite. On n’a pas beaucoup de groupes qui peuvent dire ça ! Peut-être Bolt Thrower, Slayer et Madball, à mon avis. Sinon, quel groupe ne pourrait pas dire « Ah celle-là est un peu bizarre » sur au moins une chanson ? (rires) Même Napalm Death, je pense qu’il y en a quelques unes de Fear, Emptiness and Despair qu’ils ne joueraient pas.

Est-ce pour cela que vous laissez un long moment s’écouler entre les sorties d’albums ?

Oui, en plus, ça nous laisse le temps de nous recharger les batteries, de revenir sur la matière qu’on a… Notre bassiste, Chris Beattie, m’envoie souvent des pistes. Je me souviens, quand il m’a envoyé la ligne de basse de "The Divinity Of Purpose", j’avais des occupations plus personnelles, je n’étais pas très motivé, et quand j’ai entendu, j’ai bondi et j’ai dit "Wow, c’est excellent, c’est old school, il faut qu’on l’utilise !", et ça m’a donné de l’entrain. On travaille comme ça, on choisit le bon moment et on utilise les idées qui marquent le plus. Si je veux  écouter une chanson qu’on a faite en rentrant chez moi, on la garde ! Si j’en ai marre, on laisse tomber. On a aussi certaines chansons qui sonnent de manière plus fraiche, parce qu’on a écrit la musique avant les paroles, ce qui nous arrive rarement. Par exemple, "Dead Man Breathing" ne me plaisait pas beaucoup au début, parce que ce je ne travaillais pas sur la bonne ligne vocale. Tout le monde l’aimait sauf moi, et Zeuss, notre producteur, nous disait que ça sonnait comme Slayer. J’ai pris un phrasé un peu parlé, à la Tom Araya, et ça a marché ! Cela m’a plu d’explorer de nouvelles choses comme ça. Je pense que cette chanson va toucher les gens, comme "Beholder Of Justice" sur Rise Of Brutality. Je ne l’aimais pas trop au début, je voulais la mettre en dernier sur l’album, mais Zeuss m’a dit de la mettre plus haut (plage 8). Quand on l’a jouée, tout le monde était à fond, et là j’ai saisi la portée qu’elle pouvait avoir.

Combien de chansons comptez-vous jouer de cet album aux prochains concerts ?

J’aimerais dire qu’on en jouera trois, mais ce sera probablement deux, "Put It To The Torch" et "Honor Never Dies". On est pris entre le temps pour répéter, à la mi-janvier, et le fait qu’on doive probablement tourner le clip de "Put It To The Torch". En plus de ça, Frank Novinec (guitariste) vit en Floride, il doit donc prendre l’avion jusqu’au Connecticut pour répéter avec nous, ça complique les choses.

Cela me fait penser qu’aucune chanson de Hatebreed a été jouée lors de votre passage au Hellfest en 2012. Y a-t-il là un rapport avec ce qui tu viens de dire ?

En fait, il y a une tout autre raison derrière ça. Pile au moment où on allait commencer l’intro, notre guitare s’est cassée. Nous avons donc dû laisser tomber les chansons accordées en Si, qui sont les chansons de Hatebreed. En plus, notre manager nous pressait parce qu’on était en retard. Les roadies de Mötley Crüe nous ont bien aidés et nous ont passé une autre guitare, pour qu’on puisse jouer celles en Do. On était un peu dans le feu de l’action, en plus on jouait sur la scène de Blue Öyster Cult, Zakk Wylde, Slash… on n’avait pas envie de se foirer ! Donc non, on n’a pas intentionnellement retiré ces chansons. En plus on comptait en jouer quatre : “Mercyless Tide”, “Hands Of A Dying Man”, “In Ashes They Shall Reap” et “Everyone Bleeds Now”.

Hatebreed sera bientôt à l’affiche du Perseverence Tour, pour la troisième fois, avec un passage à Paris le 13 janvier à la clé. J’imagine que vous êtes satisfaits de ce festival.

Oui, je pense que c’est un bon mélange entre les groupes anciens et les groupes plus jeunes. Nous sommes un peu entre les deux, on a commencé à peu près en même temps qu’H2O, mais ils ont sorti leur premier album plus tard (1996) et Agnostic Front est un groupe légendaire sans lequel nous n’existerions pas. On a aussi les groupes plus jeunes comme Stick To Your Guns, Neaera, avec qui on a fait le festival Devilside (Allemagne), et The Acacia Strain, avec qui j’ai chanté sur la chanson "Beast". Ils ont influencé une nouvelle génération de groupes, comme Emmure ou Whitechapel, avec leur nouveau metalcore, accordé plus bas, qui peut être apparenté au deathcore ou je ne sais quoi.

Jamey Jasta Hatebreed

Cette année, CNN vous a listé avec d’autres groupes pronant l’idéologie white power. Avez-vous eu d’autres problèmes similaires avant ?

L’arrivée de Limewire (logiciel de partage en peer-to-peer qui a fermé en 2011) nous a donné un coup dur, car les gens peuvent télécharger illégalement ce qu’ils veulent et tout renommer à leur guise. Un gars peut mettre un film pédophile et l’appeler "Pirates des Caraïbes". Ainsi, notre chanson "Smash Your Enemies" (Perseverence – 2002) s’est retrouvé dessus avec un titre raciste. Des gens se sont plaints à nous alors que nous sommes un groupe anti-raciste : "Hollow Ground" parle de "désapprendre les préjugés", ou encore "Burn The Lies" est une chanson anti-jugement. Notre musique vise à rassembler les gens, nous jouons dans tous les pays du monde, devant des gens d’origines et de religions différentes, comment pourrions-nous être antisémites ? Nous avons joué en Israël, notre manager est juif ! Nous devrions peut-être nous exprimer plus sur le fait que le mot "Hate" (haine) n’est pas nécessairement apparenté au racisme. Je pensais que c’était réglé depuis l’époque de Supremacy, j’ai fait des interviews où je disais que la déconstruction, c’était prendre un mot et lui redonner son sens d’origine. Ce qui est arrivé avec CNN, c’était du mauvais journalisme. S’ils avaient un peu cherché sur Google, ils auraient vu qu’on a une nomination aux Grammy Awards, des albums sortis sous une major, que certaines de nos chansons sont utilisées dans des films, alors que les autres groupes listés n’ont pas sortis de disques et jouent juste dans des caves… Sur The Divinity Of Purpose, nous avons une chanson qui s’appelle "The Language", qui parle de discours de haine. Je me suis inspiré de cette histoire. J’y chante "la langue que tu parles est morte, déshonorée et insultée". Je ne veux pas sympathiser avec des racistes, des antisémites, des antimusulmans… je juge les gens sur leur caractère. J’ai obtenu des excuses de la part de CNN, leur avocat nous a appelés, ils se sont sentis coupables à ce propos. Tout ce que je demande maintenant, c’est que les gens lisent nos paroles.

Tu as sorti ton premier album solo l’année dernière. Qu’en penses-tu ?

J’en suis très content ! J’aurais aimé que la tournée de cet album nous amène en France, j’aurais dû faire plus de concerts, mais vu que ces chansons prenaient de l’âge, j’étais pressé d’enregistrer avec Hatebreed. Je pense que la raison pour laquelle j’ai sorti cet album vaut pour tout artiste : si vous avez une chanson, une peinture ou quoi que ce soit à l’esprit, sortez-le et n’ayez pas peur ! Que ce soient les fans, les critiques ou l’entourage. J’avais ces chansons en tête depuis longtemps, et j’avais peur que les gens critiquent le fait que je m’adoucisse ou que je devienne mélodique. Je me suis lancé !

Un  dernier mot pour tes fans français ?

Merci beaucoup pour le soutien et pour être un super public en concert, j’espère vous voir au Persistence Tour à Paris ! 

Un grand merci à Asrastengah pour les photos.
 

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