Andi Deris, chanteur de Helloween, nous parle du nouvel album

Le 18 janvier prochain arrive enfin la nouvelle fournée d’Helloween ! Quatorzième album studio du légendaire groupe Allemand, Straight Out Of Hell promet d’être un compte-rendu post-apocalyptique pertinent (à défaut de la charge fantaisiste qui aura auréolé ces derniers mois de l’an 2012) avec son lot de constats amers, mais porteur tout de même d’un certain message positif pour l’humanité.

Pour aborder comme il se doit ce meeting important avec ni plus ni moins que le charismatique frontman du groupe, moi Drôle de Dame, ai choisi de me parer de mes meilleurs atours : mon collègue Alex de Troy et Nils Courbaron, le guitariste de nos compatriotes du groupe T.A.N.K., tous deux fans incollables de la Citrouille des Enfers, et avons ainsi patiemment mijoté dans notre chaudron quelques questions bien pensées ! Rencontre avec le lion Andi Deris, véritable dandy francophile au grand coeur.

Carmyn : Helloween est de retour avec un nouvel album intitulé Straight Out Of Hell ! On peut remarquer une approche un peu plus dark, au niveau des paroles et du contexte, mais aussi l’usage d’un accordage des instruments un peu plus bas (en dropped-D par exemple, pour les initiés). De quoi cela résulte t’il ?

Andi : Nous avons entamé une approche un peu plus sombre ces dernières années, certes, mais je pense que cet album a tout de même une approche un peu plus ‘lumineuse’ dans ses thèmes que Seven Sinners, qui était vraiment sombre. Nous avons beaucoup composé ces dernières années. En tournée, il faut savoir que nous passons beaucoup de temps sur la route. Ce sont de longues heures d’ennui que nous comblons en écoutant de la musique et en composant. Presque tous les membres de notre groupe ont une guitare à la main, fort heureusement, et nous enregistrons ainsi beaucoup d’idées qui viennent à nous, sur dictaphone ou téléphone. Quand la tournée prend fin, nous nous retrouvons souvent avec une cinquantaine voire une soixante de ‘petites idées’ !

 

Carmyn : Vous avez fait des choix assez intéressants de par le passé, comme par exemple sortir un album de réadaptation en électro-acoustique de certains de vos titres : l’album Unarmed était une manière intelligente de ponctuer vos 25 ans de carrière, en même temps qu’une façon très propice de sensibiliser les profanes en metal à votre musique. Comptez-vous réitérer l’expérience ?

Andi : Non ! Au départ, nous étions tous persuadés que nos fans allaient adopter cet album instantanément. Ca n’a pas été le cas, et j’ai fini par comprendre, pour ma part, que les fans de metal et de rock étaient aussi conservateurs et entêtés que je le suis en réalité moi-même. Je l’avoue, j’ai détesté par exemple Kiss lorsqu’ils ont sorti l’album Unmasked, puis l’album Dynasty. Tout simplement parce qu’ils s’étaient aventurés à faire quelque chose de différent. Je désirais ardemment le retour à mon bon vieux Kiss, destroy et bien rock’n’roll. Aussi, je n’en veux pas à nos fans. Nous sommes tous des trous du cul conservateurs !


Carmyn : Justement, sur votre nouvel album il y a une chanson intitulée Asshole. A qui faites-vous référence exactement ?

Andi : Et bien il s’agit en réalité du concept de l’album entier, cette notion de trous du cul ! Vous découvrirez sur notre nouvel album les chansons « Nabataea », « Church Breaks Down », « World Of War », « Asshole », « Wanna Be God » entre autres ; elles traitent toutes du manque de morale, d’éthique et de responsabilité en notre monde, et puis aussi de la nouvelle ‘religion en ville’ : les banquiers, les managers. La chanson « Nabataea » fait référence à une cité qui aurait existé il y a quelque 2500-3000 ans. Tout comme Atlantis, nous avons longtemps cru qu’il s’agissait d’un mythe, d’une cité fictive. Seulement voilà, au tout début de notre XXIème siècle, sa métropole, Petra, a été découverte en plein milieu du désert Jordanien. En plein milieu de cette surface aride voilà que l’on découvre cette cité, entourée de remparts, et d’une dimension d’une trentaine de km2, complètement cachée du reste du monde, et à laquelle on ne peut accéder qu’accidentellement. Mais je vous invite à visionner Indiana Jones & La Dernière Croisade, vous verrez à quoi je fais référence ! J’ai commencé à m’y intéresser à partir de là ! Pour moi, Nabataea est une illustration parfaite de l’arrogance de notre civilisation : nous vivons une époque où nous pensons être super-intelligents, très avancés technologiquement, et surtout très civilisés. Nous sommes en réalité des idiots. Parce que nous avons en main des I-phones, nous sommes persuadés de régner en êtres suprêmes. Or, une cité comme Nabataea était déjà si avancée comparée à nous… Il y régnait apparemment la démocratie, la paix, ils n’avaient même pas l’utilité d’une armée, ni d’esclaves. Ils vivaient dans la richesse et la prospérité, à tel point que ça sonne à présent trop beau pour être vrai. Mais l’homme est une bête envieuse, et quand on y réfléchi bien, il n’y a toujours eu besoin que d’un mouton noir, un asshole, pour tout ruiner. Il n’y a qu’à voir Mussolini, Hitler… Un gars qui sache bien parler et manipuler. C’est triste…

 

Alex : Sur votre nouvel album donc, vous avez une chanson qui serait apparemment dédiée à Freddie Mercury (« Wanna Be God ») et une autre à John Lord (« Burning Sun ») : que représentent ces grands de la musique pour Helloween ?

Andi : La chanson « Burning Sun », au niveau de ses paroles, n’a rien à voir avec John Lord. C’est juste que Michael Weikath (guitare) est un grand fan de Deep Purple, et tout particulièrement de Richie Blackmore. Lorsque nous étions en tournée, Michael détestait le poulet que John Lord réclamait au catering des groupes, et ils se chamaillaient souvent à ce sujet. John Lord rouspétait toujours en disant « oh cet Allemand pénible me tanne encore avec mon poulet ». Il le trouvait fou, mais il adorait en réalité les artistes fous. Et Michael le lui rendait bien, lui qui était par ailleurs tellement heureux que John Lord se soucie de lui. Pour lui, c’était un honneur en fait. Inutile de vous dire qu’il était réellement chamboulé à l’annonce de son décès. Le lendemain, il a appelé Charlie  (Bauerfeind, le producteur de l’album) au studio d’enregistrement et celui-ci en était au mixage de ce second titre, ce qui lui laissait le temps encore de changer quelques bouts dessus. Michael a donc insisté pour que la deuxième guitare soit remplacée par l’orgue Hammond de John Lord. Nous avons tous trouvé ça super. Il est fort possible que John Lord lui-même n’ait pas apprécié le titre, mais que peut-il faire à présent, puisqu’il est six-pieds-sous-Terre ?! En ce qui concerne Freddie Mercury, j’ai toujours voulu lui dédier une chanson. J’ai abordé le titre « Wanna Be God » de manière très similaire à la chanson « Long Live The King » qui était dédiée à Ronnie James Dio sur notre album précédent. Mais bon, c’est quand même plus compliqué de réaliser une chanson d’Helloween dans le style de Queen. Un jour j’étais au studio et j’ai accidentellement réduit en silence toutes les parties de guitare, il ne restait alors plus que la paire basse / batterie ainsi que le chant sur cette chanson, et j’ai tout de suite aimé le résultat de cette expérience ! Ca m’a beaucoup rappelé « We Will Rock You de Queen », aussi j’ai décidé de laisser comme ça ! Je me suis dit « si les autres musiciens approuvent, alors ce sera enfin ma chanson-hommage à Freddie ». Et ils ont validé, à ma joie.

Alex et Nils : Pourquoi le choix de sortir votre album en janvier ? Est-ce stratégique ?

Andi : Avec un groupe qui s’appelle ‘Helloween’, les gens s’attendent à ce que tu sortes inéluctablement ton nouvel album pour Halloween ! Or c’est tellement cliché à présent… La plupart des groupes majeurs de metal le font, aussi toute l’attention est concentrée sur eux à ce moment-là. Nous voulions aller à contre-courant cette fois-ci et sortir Straight Out Of Hell en janvier, au moment où personne ne l’attend ! Et puis je ne pense pas que beaucoup d’autres groupes aient des sorties à ce moment-là, aussi ce sera parfait pour veiller à ce que l’attention du public soit présente. Oh et puis Markus Grosskopf (basse) voulait que l’on attende la fin du monde d’abord, que l’on passe le cap du 21 décembre, car si la prédiction des Mayas s’avérait vraie, alors nous n’aurions plus besoin de répéter pour notre tournée mondiale !

 

Nils : Vous allez bientôt démarrer votre tournée avec Gamma Ray, penses-tu qu’un jour il soit envisageable que nous ayons la chance de voir Helloween partager l’affiche avec Unisonic ?

Andi : Ca me semble être la prochaine étape, ma foi. Cela fait au moins cinq ans que je tente de faire monter Michael Kiske sur scène pour interpréter au moins une chanson avec nous, mais je pense qu’il n’est pas encore prêt. Honnêtement, son problème me semble auto-généré : il a clamé sur tous les toits qu’il détestait le heavy metal, et doit maintenant assumer les conséquences de ses paroles. Au fond, il sait pertinemment qu’il a fait une bêtise, mais il s’est certainement mis en tête de rester arqué sur ses positions. Et bien qu’il ait participé à Avantasia, qui est pourtant foncièrement metal, je suis sûre qu’il trouverait une formule rhétorique pour arguer que c’est en réalité rock. Mais j’ai cependant la conviction profonde qu’un jour nous y arriverons : les quatre garçons seront sur scène, Michael avec nous pour au moins 3-4 titres, et moi enfin dans le fond à jouer un peu de guitare tranquille !

 

Nils Courbaron, Andi Deris, Carmyn & Alex de Troy

Alex : Tu as récemment écrit puis produit une chanson intitulée « EnAmoria », et dont les fonds auraient été entièrement destinés à la lutte contre le cancer chez les enfants. Peux-tu nous en parler un peu ?

Andi : J’ai été très touché par le fait que beaucoup de parents d’enfants atteints du cancer en Allemagne ne puissent pas rendre visite à leur enfant convalescent faute de moyens. J’ai trouvé ça tellement incroyable, que j’ai décidé de mettre la main à la pâte et aider à ma manière à collecter des fonds pour que ces familles puissent simplement être en mesure de rendre visite à leur enfant. L’hôpital est à Freiburg, qui est maintenant en Europe, ça ne concerne plus seulement l’Allemagne, et il reçoit des enfants Allemands, mais aussi Italiens, Français, etc… J’ai été très heureux de faire ça, même si en tant que compositeur je n’ai pas autant de mérite que les gens avec qui j’ai bossé sur cette chanson. Il m’a fallut quelques jours pour écrire « EnAmoria », mais il aura fallu à l’équipe qui m’a entouré en studio, ainsi qu’à l’équipe qui a réalisé le clip vidéo, des mois de leur vie pour porter tout cela à bien, et faire de ma composition ce que c’en est devenu. Ils ont fait un travail formidable, vraiment. Je vous invite chaudement à l’écouter et à partager le lien !
 


 

A ne pas manquer : Helloween en concert avec Gamma Ray à l’Olympia le 8 avril 2013 !

Site officiel de Helloween
 
 



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