Tothem – Beyond the Sea

Pour commencer cette chronique, je vais lancer un débat. Pourquoi ? Car le combo du jour est italien. Aucun rapport ? Je sais. Débat : peut-on avoir un succès international si on nomme son groupe Jean-Dominique ? Vous avez une heure. Voilà, c’était une petite astuce bidon mais bien efficace pour torcher quelques lignes d’introduction. D’ailleurs on peut continuer longtemps comme ça, vous savez, en écrivant des choses qui n’ont absolument aucun intérêt, mais c’est drôle et puis vous continuez à lire car au fond de vous, vous souhaitez connaître la suite peu importe ce que je vais écrire. On peut appeler ça du remplissage, tentative de combler les vides quand on a pas trop d’inspiration … quoi, comment ça en musique ça existe aussi ? Mais non voyons, ceci n’arrive jamais ! … Bon en fait si. Surtout que, quand des brûlots d’un tel calibre ont le malheur de passer sous ma plume, c’est pas toujours réjouissant. Et si parfois on a le droit à un semblant de potentiel (genre Darktribe, qui peuvent faire mieux), de temps en temps c’est carrément le néant absolu (qui a dit Lullacry ?). Espoir n°1 : espérer pour les trans-alpins de Tothem, qui débarquent fraîchement de la capitale Rome, qu’ils n’appartiendront ni à l’une, ni à l’autre catégorie.

La première inquiétude provient des douze morceaux qui peuplent ce vaste océan qu’est leur premier vrai brûlot, Beyond the Sea. Ouais, car on connaît bien le syndrome des morceaux qui passent immédiatement à la trappe. Coïncidence : on a droit au même nombre de pistes sur les derniers étrons de Lullacry ou The Murder of My Sweet. Mais là où Tothem est meilleur, c’est que le disque est en général beaucoup plus solide et inspiré que les deux noms pré-cités, en évitant de balancer des titres qui versent tout de suite vers la facilité, le racoleur ou la pseudo-rebellion adolescente. Plutôt que de chercher à plaire au grand public par des attraits pop qui deviennent monnaie courante dans le metal symphonique / mélodique actuel, le quintet a la décence d’aller puiser son inspiration vers divers éléments et, merci à eux, de ne pas noyer la guitare sous des notes de synthé ou d’inutiles éléments electro qui n’ont, aujourd’hui, plus rien d’original. Pour autant, difficile de se passer de la présence du clavier de Marco, musicien suffisamment ingénieux pour savoir où se placer quand nécessaire. Rôle de soutien de temps en temps, il est capable d’assurer à la première place de temps en temps. Sur « Smile Again », celui-ci trouve parfaitement sa place au milieu des autres instruments, contribuant à apporter une ambiance que ses compagnons de jeu se font plaisir à construire pour réussir à aboutir à une piste qui se veut sans prétention, mais assez accrocheuse pour se faire remarquer dès le départ.

On peut dire que c’est une recette qui n’est pas foncièrement inintéressante. Et ça, bien sûr, Tothem l’a compris et manque parfois de varier la tonalité des morceaux mais, surtout, les structures de ces derniers, qui se basent très régulièrement sur un squelette identique. Si ce point-là est un poil linéaire, l’intention de vouloir y apposer diverses atmosphères et influences est louable, dans le but de ne pas répéter les mêmes tics. Ce qui, au fond, n’est pas une mauvaise idée : si « This is the Time » et « Rescue » bénéficient toutes deux des mêmes artifices, ces pistes-là se distinguent nettement l’une de l’autre. La seconde nommée est beaucoup plus rock, plus tubesque et typée single que la première, où le refrain verse dans la mélancolie grâce au chant qui se fait lyrique d’une Roslen plutôt à l’aise dans un tel registre, et à la capacité d’adaptation assez adroite. Voilà donc un élément qui démontre très bien la maturité de la formation, capable d’aligner des morceaux qui se veulent efficaces et avec un refrain facilement mémorisable, mais ne tombant nullement dans les répétitivités qui sont monnaie courante. Le groupe se tente aussi, pour cela, à l’exercice de la ballade avec « Light of Soul ». Sauf qu’avec son côté banal bien trop prononcé et en tentant le pari de jouer uniquement sur l’émotion de la voix de leur chanteuse, Tothem tombe à côté de la plaque et perd des points. Là où ils partent admirablement bien sur les trois premiers titres en démontrant une réelle volonté de se démarquer de la masse, ce quatrième morceau obtient la mention dispensable. Dommage, surtout quand on sait ce dont ils peuvent être capables. Seules les guitares finales parviennent à éviter la mention plagiat de l’insipide « My Immortal » des américains d’Evanescence.

Tothem

Elles sont où, les plumes ?

Bien que Tothem soit en mesure d’accoucher de quelques très bonnes compositions, certains travers apparaissent rapidement, comme un léger automatisme à vouloir placer les guitares en retrait sur quelques refrains, afin de laisser de l’espace à Roslen. Ce qui est un choix discutable, vu la (très) bonne production dont bénéficie Beyond the Sea. Et à ce propos, la voix de la demoiselle est assez particulière, ne suscitant pas toujours l’unanimité. Aucune remise en cause de ses capacités, cependant : la belle, bien qu’un peu borderline dans son registre rock quand elle évolue vers les sphères des aigus, chante relativement juste et se paye même le luxe de moduler sa prestation. Qui plus est, les incursions lyriques de la frontwoman sont des réussites : la fin de « This is the Time » en témoigne. Mais le timbre de la jeune femme sera la cause principale de cette possible non-appréciation, la faute à une voix assez nasale, qui n’est pas sans évoquer Monika Pedersen (ex-Sirenia). En bien plus supportable, toutefois, la danoise tapant vite sur les nerfs, là où l’italienne est largement écoutable d’un bout à l’autre du brûlot. L’autre problème du disque vient d’un mixage étrange, ou des choix opérés par Tothem. Tantôt, les dames à six cordes sont sur le devant de la scène, laissant place à une énergie appréciable, et parfois, elles disparaissent sous le poids de la voix. Ce qui n’aide pas à faire décoller un autre morceau peu intéressant : « Beyond the Sea », bien trop plat.

Tothem joue littéralement avec nos nerfs et notre patience à faire le yo-yo entre des morceaux heavy qui envoient et qui se révèlent nettement meilleurs et plus inspirés (et qui, en plus, évitent de tous se ressembler !), et d’autres plus atmosphériques où la voix est l’élément clé. Et c’est justement dans cette case qu’ils ont du mal à nous proposer des pistes qui tiennent la route. Ce qui est dommage, car quand ils s’essayent à un mélange, la mayonnaise prend : « Fight With You » est bâti par des couplets musclés, soutenus par des claviers cyber, pour accoucher à un total changement d’ambiance au niveau du refrain, beaucoup plus lancinant et sur lequel le chant de Roslen est, par ailleurs, très en forme. Pour autant, en dépit des quelques ratés (« Light of Soul », « Beyond the Sea » et « So Close So Far Away » en tête), difficile d’en vouloir à ces italiens. Après tout, c’est leur premier opus, ils tentent de bien faire les choses et souhaitent proposer à boire et à manger, histoire de ne pas sauter les pieds joints dans le piège Ô combien facile de décliner cinq cent fois le même titre. Alors pas de carton rouge pour cette fois. Mais si ce n’est pas corrigé au prochain essai, ce sera le blâme. Toujours est-il qu’on ne peut que constater que les réussites compensent largement les mauvais points : « Smile Again » et « This is the Time » sont des tubes en puissance qui se réécoutent toujours avec plaisir, « Fight With You » et « The Witch » sont prenantes, et « Still » surprend par son rythme qui tend carrément vers le doom metal et où les riffs ne sont pas si éloignés d’un Theatre of Tragedy bonne époque sur les couplets.

En définitive, Beyond the Sea est un album qui vaut l’écoute ne serait-ce qu’une fois, histoire de combler les amateurs du genre. Tothem commet quelques erreurs qui sont loin d’être impardonnables, et nul doute que le quintet italien aura les capacités pour corriger ces défauts dans leur prochain disque. Toujours est-il que le combo affiche une maturité assez étonnante pour un premier opus, donnant de bons espoirs pour la suite. A voir ce que ça donnera, car il est clair que le groupe peut faire encore mieux, bien que pour le moment, leur direction soit un tantinet confuse.
 

NOTE DE L'AUTEUR : 7 / 10



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