Elferya – The Straight and Narrow

Il était une fois, dans une lointaine contrée éloignée du nom de Suisse (qui n’existe, bien sûr, que dans quelques imaginations fertiles, c’est un conte après tout), une jeune et jolie demoiselle. Ses longs cheveux rouges provoquaient l’admiration des uns, la jalousie des autres. Mais la belle a un autre atout dans sa manche : elle sait également chanter. Après tout, savoir disposer de sa voix est une qualité qui peut être assez utile lorsqu’on souhaite être frontwoman. Mais la dame n’est pas seule dans son aventure, bien au contraire. Accompagnée de quatre troubadours, la petite troupe décida de partir conquérir les terres montagneuses de la contrée helvète. Elferya, donc, c’est leur petit nom. Et comme tout bon combo qui se respecte, la jeune formation nous offre une trace de leur passage avec, Ô surprise, un tout premier album, qui vient de sortir du four. Autant dire que c’est encore tout neuf et tout frais. Mais se plaçant dans un style aussi peuplé que celui du metal symphonique, réussir à émerger aujourd’hui constitue un véritable défi. Et même s’ils se font connaître dans leurs terres, réussiront-ils à l’étranger ? Moult questions dont les réponses ne seront dévoilées que dans l’avenir. Trêve de parlotte concernant le futur de notre sympathique quintet, et abordons le présent avec The Straight and Narrow.

Vous qui rêvez de sang neuf, d’un truc jamais entendu et qui vient carrément chambouler l’ordre établi dans un genre quelconque de metal, passez votre chemin. Pour faire simple, Elferya nous propose une musique qui ne sort pas des sentiers battus et pourrait même parfois faire preuve d’un léger manque d’audace dans la composition générale de ce premier disque. Un choix qu’il est, cependant, difficile de juger particulièrement sévèrement pour l’œuvre de départ d’un combo, tant le choix est compréhensible : si avancer dans des chemins balisés n’est pas la garantie d’un succès flagrant, elle permet, pour les débuts du moins, de poser des bases et d’attirer un public. Ainsi, la formation suisse préfère jouer la carte de la sécurité plutôt que celle de l’originalité. Un pari risqué, qui a des chances de terminer à l’eau. Combien se sont vautrés et rangés dans la catégorie des inintéressants ? Une pelleté. Tout ce qu’on peut ainsi souhaiter au quintet, c’est de ne pas terminer entre les Coronatus et autres Magica. Mais rassurez-vous, amis lecteurs, point de tout cela ici. Si, effectivement, le groupe ne bénéficie pas de la personnalité la plus affirmée que vous rencontrerez, l’exécution et la technique des musiciens est suffisamment convaincante pour accoucher de pièces assez diverses, solidement ficelées, qui tiennent largement la durée d’un opus complet.

Elferya

Capillairement, c’est au poil !

On ne peut cependant que regretter un mixage qui ne place pas assez sur le devant de la scène une batterie qui apporterait davantage de dynamisme, et donc ferait gagner à l’ensemble une vélocité bienvenue. Sans être gentillet, le propos d’Elferya n’ose pas encore user complètement de la puissance des dames à cordes, préférant laisser ce travail aux chants. Que ce soit les growls (qui apparaissent avec une certaine parcimonie) ou le chant féminin tenu par Claire-Lyse Von Dach, l’élément vocal est souvent le faiseur d’atmosphères. Et de ce côté là, ça fonctionne. Les suisses savent créer des univers relativement différents, moduler leur propos pour éviter la redondance, défaut conduisant souvent à l’ennui. Et bien qu’on puisse regretter que les refrains ne soient pas toujours assez appuyés, cet effort mérite bien d’être souligné. Qui plus est, quand flûte et violon se mêlent à la danse, la tournure des événements prend un nouveau départ, dans des tons plus féeriques, ou des consonances carrément folk. Et c’est excellent. L’instrumentale « Mystic Land » est très bien ficelée, cohérente et captivante, réussissant à faire face à l’absence de voix. Ces deux instruments se retrouvent de temps en temps dans d’autres pistes (« Deep Water Traveler » et « Master of Death », par exemple), ce qui soulève une question : pourquoi ne pas exploiter davantage ces sonorités qui s’éloignent des rivages du sympho traditionnel, sans toutefois trahir leurs influences et inspirations ?

Car la musique d’Elferya prendrait là un autre tournant. La formation a carrément une clé pour se démarquer de la masse. Peut-être pas entièrement, mais en partie. Un bon complément, qui plus est, pour la douce voix de Claire-Lyse, sans conteste un grand point fort dans le brûlot. Juste et précise, assez variée tout en ne faisant pas des caisses dans les registres lyriques, la belle se taille la part du lion dans la répartition des rôles. Et tant mieux, car au niveau des growls, on ne peut que regretter leur manque de puissance et de conviction. Sur « Luna », par exemple, ceux-ci ne sont vraiment pas là pour aider un titre manquant déjà lui-même d’accroche. Voilà un défaut qui peut coûter des points à Elferya : ses longueurs. Le manque de refrains prenants ayant déjà été souligné, cet autre point noir enlève encore quelques bons moments à The Straight and Narrow. L’introduction de « Butterfly » met bien trop de temps à se développer, cassant légèrement le rythme et peinant à tenir en haleine, et ce en dépit d’une tentative assez surprenante de chant hurlé de la part de Claire-Lyse. « Luna » peine à mettre en valeur les ambiances que le morceau tente de construire, ce qui est regrettable car les bonnes idées sont là. Simplement, elles ne sont pas encore exploitées à leur maximum. Il en va de même avec « Burning Desire » qui traîne en longueur sans réellement réussir à passer le stade de titre bancal, où l’on sent que les suisses cherchent à nous amener quelque part, sans y arriver. Frustrant quand on voit qu’ils peuvent faire bien mieux.

En épargnant ainsi les titres moins folichons (« Luna », « Burning Desire » et « Butterfly »), on se rend compte qu’en Suisse, on sait jouer du metal. Samael, Lacrimosa ou Shakra en sont déjà des preuves, mais qu’importe. Dans le symphonique, Elferya possède quelques jolis arguments. Si les guitares mériteraient d’être plus mises en lumière, le côté heavy du groupe est une réussite. La tubesque « Afterlife » compense le manque de refrains entraînants par un point d’orgue carrément accrocheur. Voilà une preuve que ces cinq compères savent allier simplicité, efficacité et s’en tirer à bon compte. Et ce n’est pas avec « The Silence of the Night » qu’on pourra prouver le contraire. Ce morceau est une autre jolie réussite, notamment grâce à la performance vocale d’une Claire-Lyse à l’aise avec ses lignes. Dans le rayon des titres qui méritent une petite mention, « Fairytale » se place comme un opener classique mais de très bonne tenue, ne manquant encore que d’un refrain un peu plus affiné pour marquer. « Deep Water Traveler » répond au même cahier des charges que la pré-citée « Afterlife », et « Master of Death » démontre qu’Elferya a les capacités de composer des pistes longues sans être à court d’idées en chemin, ni sonner fouillis et désorganisé grâce à un fil conducteur qui maintient le titre à un bon niveau. Quant à « Mystic Land », vous savez déjà tout.

Comment conclure sur The Straight and Narrow ? Il s’agit indéniablement d’un bon opus. Pas le genre renversant, mais déjà assez intéressant pour mériter qu’on se penche sur Elferya. Qui plus est, la formation helvète n’est pas à court d’idées, loin de là. Il y a les ingrédients pour un cocktail beaucoup plus relevé que celui-ci. Et lorsque le combo commencera à montrer les crocs, creuser sa propre identité et mieux organiser certaines idées encore confuses, alors nous aurons-là un acteur tout à fait crédible, peut-être même majeur de la scène symphonique. Cet essai augure de bonnes choses, et un potentiel qui ne demande qu’à être concrétisé. Et quel gâchis ce serait de passer à côté ! La balle est à présent dans le camp d’Elferya. A eux de frapper un grand coup au prochain album.
 

NOTE DE L'AUTEUR : 7 / 10



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