Aephanemer – A Dream of Wilderness

Le death metal mélodique est un genre qui a pris une place importante au sein de l’audience metalleuse depuis maintenant presque 30 ans. A tel point que l’on pourrait s’y perdre parmi tous les groupes émergents chaque année. Aephanemer a su jouer des coudes pour se faire une place parmi les groupes les plus prometteurs de ces dernières années. Leur deuxième album, Prokopton, a rencontré un succès très flatteur en 2019 puis lors de sa réédition après la signature chez Napalm Records. Le temps est venu pour le quatuor toulousain de planter à nouveau son drapeau occitan sur les terres mélodiques de Scandinavie : A Dream of Wilderness arrive dans les bacs.

A Dream of Wilderness, “un rêve de nature sauvage”, aborde la philosophie morale, cette branche de la philosophie qui consiste à se questionner sur comment agir au quotidien pour garder un impact positif sur les autres, que ce soient les humains, les animaux, les végétaux… Cette idée est appuyée par le titre de l’album mais également l’artwork, signé encore une fois Niklas Sundin, ex-guitariste de Dark Tranquillity, qui travaille sur beaucoup de pochettes d’albums dont toutes celles d’Aephanemer.

aephanemer dream of wilderness cover

Si Prokopton avait un côté symphonique assez présent et bien orchestré, A Dream of Wilderness suit les traces de son prédécesseur en insistant encore plus sur cet élément. L’introduction “Land of Hope” aborde ce côté symphonique et épique, voire cinématographique, avec brio. Le côté crescendo entame cet album avec une douceur qui explose à l’arrivée du morceau suivant, le deuxième single “Antigone”. Force est de constater que cet opus a été composé de manière afin que nous, pauvres brebis metalleuses, soyions happées par cette atmosphère prenante et ces riffs accrocheurs, que ce soit le riff principal de ce deuxième morceau, ou encore le riff rapide introductif du premier single “Panta Rhei” et celui plus hymnique de “Roots and Leaves”.

Aephanemer - Martin, Marion, Lucie, Mickaël
De gauche à droite : Martin Hamiche, Marion Bascoul, Lucie Woaye-Hune, Mickaël Bonnevialle

Les orchestrations composées par Martin Hamiche, le leader guitariste, sont somptueuses. Les nappes utilisées ont été choisies judicieusement. Le morceau le plus long, “Roots and Leaves”, est épique de par la majestuosité des mélodies et des chœurs mais le pont musical atmosphérique mené par la basse de Lucie Woaye-Hune apporte un côté mystérieux au titre. L’outro au piano est délectable et confirme la réussite de la chanson. Le morceau éponyme de l’album montre lui aussi que la composition ne laisse rien au hasard. La fluidité des transitions internes au morceau transportent l’auditeur du début à la fin sans qu’il ne touche jamais terre. Les arrangements sont agrémentés de soli rapides et techniques dignes d’un très bon death mélodique scandinave. La technique guitaristique du leader est telle qu’il se fait plaisir sur des parties instrumentales comme l’interlude passionné et mélancolique “Vague à l’âme” ou la reprise du morceau classique “French Old Song” de Piotr Ilitch Tchaïkovsky.

La rythmique menée par la bassiste et son acolyte Mickaël Bonnevialle aux fûts est bien mise en évidence grâce notamment à une production très professionnelle. Nous noterons les blast beats réalisés sur des morceaux comme “Antigone” ou “le Radeau de la Méduse” ou encore sa rapidité technique sur le passage introductif et le refrain de “Strider” qui contrastent bien le morceau au tempo plus lent dans l’ensemble. Rythmes décélérés que l’auditeur retrouvera à plusieurs reprises, comme “Antigone” et son pont musical palm muté (technique permettant d’étouffer les cordes pour un son plus martelé), ou l’introduction du morceau “Of Volition”, aux effets de xylophones fantasmagoriques.

Mention spéciale pour Marion Bascoul ; elle semble avoir beaucoup gagné en maturité et nous fait découvrir plusieurs facettes de sa voix. Son chant extrême, parfois à la limite de l’éraillement faisant penser au chant de feu Alexi Laiho, est d’une clarté limpide qui permet à l’auditeur moins averti d’être en mesure de l’apprécier. La nouveauté dans cet album est l’ajout de chant symphonique et opératique (“Antigone”, “le Radeau de la Méduse”) qui se marient harmonieusement avec les différentes orchestrations. Le chant français (vraiment intelligible) dans le morceau bonus “le Radeau de la Méduse (French Version)” marque l’identité du groupe et apporte grâce à la langue de Molière un charme certain à la galette. La présence de chœurs et de chant clair aigu qu’elle opère elle-même dans “Panta Rhei“ finissent de convaincre nos oreilles quant aux capacités des vocalises de l’interprète.

Il n’y avait quasiment rien à dire sur Prokopton, et malgré le jeune âge d’Aephanemer la barre était haute et les fans attendaient cet album avec impatience. Mais les toulousains ont su prouver qu’il est encore possible de jouer du death mélodique qui sort des sentiers battus. A Dream of Wilderness surpasse son grand frère grâce à l’utilisation de mélodies et symphonies plus présentes, une composition mêlant passages rapides et techniques et passages plus lents apportant du souffle à l’album, et surtout un chant parfaitement maîtrisé. Le groupe confirme son ascendance et devrait voir sa notoriété encore grandir.

Tracklist :

  1. Land of Hope
  2. Antigone
  3. Of Volition
  4. Le Radeau de la Méduse
  5. Roots and Leaves
  6. Vague à l’âme
  7. Strider
  8. Panta Rhei
  9. A Dream of Wilderness
  10. Old French Song (Bonus track)
  11. Le Radeau de la Méduse (French version – Bonus track)

Sortie le 19/11/2021 chez Napalm Records.

NOTE DE L'AUTEUR : 9 / 10



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