Les Gros émergents du mois d’octobre 2021

Chaque mois, notre rédaction met à l’honneur quelques formations émergentes qui lui ont tapé dans l’œil (ou plutôt dans les oreilles). Nous espérons que cette mise en lumière permettra à des groupes passionnés et de qualité d’obtenir l’exposition qu’ils méritent, car ils sont la preuve de la richesse et la diversité de notre scène musicale. Bonnes découvertes !

 

Endless Chain – Forthcoming Past (metal gothique mélodique)

Des mélodies ultra accrocheuses avec un soupçon de pop, un zeste de death avec des pointes de growl, des ambiance souvent gothiques et cinématographiques (dès la très réussie introduction éponyme) un ensemble énergique et bien ficelé, c’est ce que propose Endless Chain avec son premier album album, Forthcoming Past. Le résultat est tout à fait convaincant et privilégie les morceaux mid tempo ou lents avec des influences gothiques se rapprochant presque du doom. Le morceau de clôture, « The Memories », très solennel, est ainsi une jolie surprise, tout comme « Nothing More », particulièrement prenant. La ballade « The Wild One » crée une cassure dans ce rythme mais fonctionne très bien avec ses violoncelles. L’album sait aussi gagner en énergie avec des morceaux rapides, qui empruntent un peu plus au melodeath, comme « Scars on Me » ou encore « All of the Above ».

Aucun défaut majeur à reprocher à cet album plutôt sombre et mélancolique, la voix de l’instigateur du projet Timo Mölsa, essentiellement sur un registre clair, fait preuve d’une certaine agilité, les guitares fonctionnent bien et offrent parfois quelques subtilités intéressantes, les claviers apportent un peu de densité sans être omniprésents. Sans être l’album le plus marquant du second semestre, Forthcoming Past est assurément une bonne surprise.

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Chronique d’Aude D

Oceanhoarse – Dead Reckoning

Une bouffée d’énergie brute et accrocheuse, voilà ce que propose le combo finlandais Oceanhoarse. Son premier album studio long format est sorti le 20 août, après une poignée de singles depuis 2018, un EP en 2019 et un album enregistré en live durant une tournée en première partie de Marko Hietala, ex Nightwish. Le groupe assure faire du heavy metal sans concession, et notamment sans synthés et sans chœurs enregistrés sur scène. Dead Reckoning sent effectivement le rentre-dedans, l’envie de faire parler la poudre sans fioriture, mais s’approche plus du metal contemporain infusé au metalcore, notamment dans le chant, que du heavy metal traditionnel, quelle que soit l’époque.

Le résultat est tout à fait efficace et sympathique, très énergique et entêtant, et donne envie de croire le groupe quand il vante ses performances sur scène. En dépit de la volonté affichée d’Oceanhoarse d’offrir une musique authentique, Dead Reckoning manque encore un peu d’identité et sent les défauts de jeunesse. C’est parfois un peu monolithique sur la batterie, le chant est un peu générique, aussi bien dans les parties claires que screamées, les structures sont souvent très classiques avec un couplet agressif et saturé et un refrain accrocheur et mélodieux.  Mais le groupe a ce qu’il faut pour progresser, les arrangements sont souvent puissants, et la formation possède un sens certain des mélodies : difficile de s’enlever « Betrayed » et « Reaching Skywards » de la tête par exemple. Reste à voir au prochain album à quel point le groupe peut se perfectionner.

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Chronique d’Aude D

Spiritbox – Eternal Blue (modern metal/metalcore)

Les attentes étaient grandes pour ce premier effort de la formation canadienne Spiritbox. Ses premiers singles, sortis en 2020, ont en effet connu un succès remarquable auprès d’un public international confiné particulièrement sensible à l’identité moderne, explosive et écorchée du trio mené par la vocaliste Courtney LaPlante. Une évidence s’impose dès la première écoute : les douze titres de ce premier opus, Eternal Blue, sont complètement à la hauteur des attentes, et révèlent même des trésors insoupçonnés qui font de cette sortie l’une des plus remarquables de l’année dans le genre.

L’intelligence des compositions se traduit par une variété de registres habilement démontrée d’un morceau à un autre ou au sein du même titre. Des moments de fragilité à fleur de peau, l’expression d’un mal-être dévorant, des éclairs de rage pure ou des breakdowns à couper le souffle viennent briller dans tout l’album, sans qu’aucune dissonance ne vienne s’imposer. L’entame de l’album est impressionnante d’énergie et de puissance brute, à coups de riffs lourds et de rythmique punitive, Courtney se distinguant par ses screams intenses (« Hurt You ») et par un chant clair au phrasé intense à la Amy Lee (« Sun Killer »). L’ardeur, pourtant au maximum après ces morceaux dévastateurs, se trouve encore magnifiée sur l’ultra efficace « Yellowjacket », aux guitares flirtant avec le djent, avec la participation du vocaliste d’Architects Sam Carter, en parfaite complémentarité avec les cris déchirants de la chanteuse.

Navigant entre ces moments d’explosivité et de lourdeur (« Circle With Me ») et des temps plus subtils ou aériens, la formation démontre une belle technicité et une maîtrise des nuances et de l’équilibre. C’est un vrai souffle progressif qui s’impose de titre en titre. Des paysages groovy, ou portés par des riffs dynamiques, servent d’écrin pour des envolées au chant clair de Courtney sur des refrains accrocheurs (« Secret Garden ») , pour des temps d’émotions où la guitare prend le lead (« Constance »), ou des moments de sensibilité (« We Live In A Strange World » dans un registre plus pop). Les thématiques développées dans les textes, comme le deuil ou le mal-être, sont justement celles qui ont attiré de nombreux fans vers l’univers du groupe dès ses premières sorties (comme le dynamique « Holy Roller », habilement placé au milieu de l’album).

Voici un groupe qui fait preuve d’audace autant que de technicité : en tutoyant librement des sonorités variées, et en faisant preuve d’un talent de composition indéniable, Spiritbox réussit une entrée remarquée sur la scène du metal moderne et impose son univers en prouvant à ceux qui en doutaient que rien dans sa rencontre avec le public n’était fortuit.

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Chronique de Julie L

Hippotraktor – Meridian (post prog)

Depuis ses premiers pas instrumentaux sur la scène prog belge en 2018 avec un premier EP P’eau, la formation post / prog metal Hippotraktor a consolidé son line-up, avec l’arrivée de deux musiciens et vocalistes, et a poursuivi sa quête d’une expression artistique progressive, recherchée mais organique à la fois. Le premier album du groupe, Meridian, se compose de sept titres célébrant les forces de la nature tout en jouant des contrastes. La technique impressionnante dont font preuve les musiciens est d’abord au service de la création d’un univers massif, mélodique, et dense. Des riffs sinueux, imparables, conjugués à une rythmique redoutable et complexe, s’élèvent pour des passages de pure puissance, sur le monumental « God is in the Slumber » par exemple. Basse en avant, groove irrésistible, mur de riffs, surpuissance vocale, sont autant d’ingrédients de la pépite « Manifest the Mountain ».

Hippotraktor manie le groove avec aisance, créant des moments complètement hypnotiques (« Final Animation »), des breakdowns énergiques surgissant du jeu subtil entre des attaques en force et des passages mélodiques, ambiants, doux ou jazzy (« Juncture »). Ce goût pour les contrastes se retrouve dans l’intensité et la complémentarité parfaite des lignes vocales de Sander Rom au chant clair ou aux cris, et de Stefan De Graef (« Psychonaut ») qui navigue entre solennité et hurlements déchirants. Les harmonies et ce dialogue des timbres s’inscrivent dans les compositions comme une évidence, accompagnant naturellement les murs de riffs, les énormes attaques ou les ponts enivrants et laissant l’auditeur prendre conscience de la dimension quasi cosmique des compositions d’Hippotraktor (« Movers of Skies », « Beacons »).

Avec son post / prog contemporain, solaire et tonitruant, capable de séduire tout autant les amateurs de Gojira, Mastodon, ou The Ocean, Hippotraktor fait une entrée fracassante dans la cour des grands, et c’est sans surprise que l’on retrouve d’ailleurs la jeune formation parmi les (excellents) artistes du label Pelagic Records.

Bandcamp 

Chronique de Julie L



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