Cradle of Filth – Existence is Futile

Malgré une carrière en dents de scie, ponctuée de chefs-d’œuvre (Dusk and Her Embrace, Cruelty and the Beast, Midian) et d’opus mineurs, généralement honnis des fans (Thornography, The Manticore and Other Horrors), force est de constater que depuis Hammer of the Witches (2015), Cradle of Filth est sur une pente ascendante. Sans retrouver l’intensité des classiques susnommés (normal, le groupe n’est plus le même!), les Vampires du Suffolk ont su susciter à nouveau l’excitation depuis le départ de Paul Allender et l’arrivée des deux guitaristes Ashok et Richard Shaw. Ces derniers ont apporté un souffle nouveau au black metal symphonique de l’institution britannique et ce n’est pas sur Existence is Futile, quatorzième album studio du groupe, que cela va s’arrêter.

 

Alors certes, à l’écoute de ce nouvel album, le fan de Cradle est en terrain connu. Introduction symphonique (les arrangements orchestraux sont une fois de plus l’œuvre de Marthus, batteur de la formation), titres accrocheurs (« Existential Terror » et son pont sublime magnifié par le duo basse / batterie, « Necromantic Fantasies ») et chant à la fois écorché et grandiloquent du lutin Dani Filth, tous les éléments sont là. Tout comme Damnation and a Day, l’album est divisé en plusieurs parties, toutes introduites par un interlude instrumental (tel l’excellent « Here Comes a Candle » qui renoue avec l’ambiance gothico-horrifique chère au combo) suivi de trois titres plus classiques.

A ce sujet, le premier tiers de l’album est le plus direct, le plus accrocheur et le plus à même de séduire ceux qui avaient tourné le dos au groupe : la triplette « Existential Terror », « Necromantic Fantasies », « Crawling King Chaos » est tout bonnement excellente, ce dernier proposant par ailleurs un refrain qui n’aurait pas dépareillé sur les opus récents de Dimmu Borgir (« Apophis / Reach Dark Office / Apophis / Seize the Goddess »). C’est un fait, Cradle a profité de la pandémie pour soigner ses compositions et travailler sa tracklist. Les parties de claviers de la nouvelle venue, Anabelle (en remplacement d’une Lindsay Schoolcraft qui, résidant au Canada, ne pouvait plus assurer son rôle dans la formation anglaise) ne sont pas trop chargées et n’étouffent pas les compositions. De plus, la claviériste propose des lignes de chants sympathiques, ou les spoken words en introduction de « The Dying of the Embers », rappelant le travail de Sarah Jezebel Deva sur les classiques du groupe. On peut seulement regretter que ces interventions restent peu nombreuses, tant ses duos avec Dani fonctionnent bien (« Black Smoke Curling from the Lips of War »).

Si les influences NWOBHM ont toujours été présentes sur les albums de Cradle, depuis Hammer of the Witches, elles sont encore plus marquées, comme en témoignent les leads de guitares à 5:00 sur « Existential Terror » ou le riff de « Black Smoke Curling From the Lips of War ». De même, sur cet album, Cradle aime varier le propos, se refusant d’aller toujours pied au plancher, osant l’exercice de la ballade romantico-vampirique (« Discourse between a Man and his Soul »), ou encore en proposant un texte évoquant l’urgence climatique (« Suffer our Dominion ») :

« A grave infection killing its beautiful host
Destroying precious habitats
Acidifying seas, raising the ghost
Exhausting ressources
Retaking Eden Back »

Le lutin du Suffolk ne nous avait pas habitué à ce type d’engagement et à ce champ lexical, mais prouve ainsi son envie de ne pas se reposer sur ses acquis. A ce propos, son chant se fait toujours aussi varié, mais cette fois-ci, il semble s’éloigner de plus en plus des passages stridents qui pouvaient diviser et agacer une partie de ses détracteurs.

Alors certes, tout n’est pas parfait sur cet album (à commencer par son artwork qui flirte avec le kitsch, bien que ce ne soit pas nouveau chez Cradle). Certains titres sont un peu en dessous du reste (notamment « The Dying of the Embers » et « How Many Tears to Nurture a Rose »). Mais Existence is Futile se situe dans la lignée de Hammer of the Witches et Cryptoriana, deux très bons albums de la formation britannique. L’esprit de Dusk and Her Embrace ou Cruelty and the Beast n’est certes plus présent, mais la qualité est tout de même au rendez-vous. C’est finalement tout ce que l’on attendait de Dani Filth et de ses sbires depuis plusieurs années.

Tracklist :

The Fate of the World on Our Shoudlers
Existential Terror
Necromantic Fantasies
Crawling King Chaos Here Comes a Candle…(Infernal Lullaby)
Black Smoke Curling From the Lips of War
Discourse Between a Man and His Soul
The Dying of the Embers
Ashen MortalityHow Many Tears to Nurture a Rose?
Suffer our Dominion
Us, Dark, Invincible

Sisters of the Mist (Bonus track)
Unleash the Hellion (Bonus track)

Déjà disponible chez Nuclear Blast
Photographies promotionnelles : DR

NOTE DE L'AUTEUR : 8 / 10



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