Dream Theater – A View from the Top of the World

Deux ans et demi après Distance over Time, les maîtres du metal progressif remettent le couvert avec un nouvel album intitulé A View from the Top of the World, sorti sur le label Inside Out. Le groupe était très attendu après un opus plébiscité par certains et décrié par d’autres. Alors, après un succès honorable dans les charts, allons-nous avoir un Distance over Time bis ?

Le précédent album n’avait pas eu les faveurs de notre rédaction notamment à cause d’une production qui desservait des morceaux peu captivants. Il semblerait que le groupe se soit remis en question car A View from the Top of the World comporte le meilleur mix depuis bien longtemps. Cette basse de John Myung qui souvent se faisait discrète, comme son interprète, est clairement en avant et participe à la solidité des morceaux avec la batterie de Mike Mangini qui n’a jamais aussi bien sonnée. Le batteur est vraiment le grand gagnant de cet album puisque la production permet d’entendre facilement les subtilités de son jeu. Trop longtemps relégué au rang de batteur technique sans âme et toujours comparé à Mike Portnoy, le nouveau Mike, qui est quand même membre du groupe depuis onze ans, montre à quel point il est un batteur aux multiples facettes.

Dream Theater Top of New York

Il convient donc de louer le travail de Jimmy T, l’ingé son ainsi qu’Andy Sneap, au mastering, pour avoir enfin trouvé LE son de Dream Theater. On a vraiment l’impression que le groupe s’est enfin trouvé après des années d’errances suite à la perte de son leader Mike Portnoy. Chaque membre est à sa place, Jordan Rudess, le claviériste n’en fait pas des tonnes malgré quelques expérimentations pas vraiment exceptionnelles, James LaBrie a enfin des lignes de chant à sa portée et John Petrucci, délivre des riffs et des soli de qualité. Il va même jusqu’à expérimenter la guitare 8 cordes sur la chanson « Awaken the Master », chose que les fans attendaient depuis longtemps. Et preuve que le groupe ne veut pas verser dans le classique, Petrucci ne fait pas du djent mais utilise ce nouvel instrument pour en faire un des morceaux les plus progs de l’album et tentera même d’ajouter une pédale wha wha.

On le sait : depuis l’album OctavariumDream Theater a trouvé son style, au grand dam de certains fans qui aimaient cette fraîcheur renouvelée que le groupe proposait sur ses sept premiers albums. Quinze ans donc que le groupe fait ce qu’il appelle du « classic DT », si l’on met de côté le prodigieux The Astonishing qui avait énormément divisé la communauté. Ainsi, il ne faut pas s’attendre à de grands bouleversements sur A View from the Top of the World : la formule est la même. Des morceaux étirés qui certes sonnent parfois comme un patchwork de riffs et de thèmes sans cohésion. Le morceau éponyme est un excellent exemple puisque pendant une vingtaine de minutes, le groupe nous propose cinq parties, juxtaposées avec des transitions hasardeuses. On est loin de la cohérence d’Octavarium, le tour de force par excellence. A View from the Top of the World n’est pas mauvais, loin de là, mais n’apporte pas grand chose dans la discographie.

Néanmoins, l’opus repose sur d’autres compositions bien plus solides. Notamment la rafraîchissante « Transcending Time » qui est sûrement le morceau le plus réjouissant du groupe depuis quelques albums. Il y a ce côté Rush que le groupe n’a jamais renié depuis le début, mais cette chanson assez joyeuse, exercice difficile dans le monde du metal, est extrêmement bien construite, avec des thèmes qui s’enchaînent sans sentiment d’ennui. Elle permet à Jordan Rudess d’exprimer tout son potentiel mélodique. Cet aspect du claviériste brillait déjà sur l’album The Astonishing mais était souvent mis de côté sur les autres albums pour faire place à des soli improvisés et peu intéressants.

Ces improvisations sont toujours présentes mais il est vrai que Jordan retrouve ce côté lyrique comme sur le morceau « Sleeping Giant », autre composition solide et très prog. L’homogénéité du morceau vient notamment du combo basse/batterie qui semble cimenter des thèmes peu cohérents mais réunis par la section rythmique.

« Solide », voilà le mot qui résume cet album, et même sur les deux premiers singles plus faibles comme « Invisible Monster » et « The Alien », le groupe ne tombe jamais à côté et nous délivre des morceaux qui trouvent leur place dans la discographie et qui ne font pas tomber l’auditeur dans un ennui profond.

Par le passé, le groupe avait tendance à rallonger les compositions de passages instrumentaux sans cohérence. Sur A View from the Top of the World c’est encore un peu le cas, mais on a l’impression que le groupe a voulu contrôler cette folie musicale et dès que l’auditeur commence un peu à se lasser de cette débauche de technique, Dream Theater revient à la structure principale du morceau.

Sans pour autant révolutionner la discographie du groupe, ce nouvel album est de bonne facture. Malgré un morceau éponyme un peu faible et prenant un quart du temps d’écoute, Dream Theater montre que, même après 32 ans, ils peuvent toujours faire des albums de qualité. Alors bien sûr, on aurait aimé plus de surprises, mais quel groupe, après autant d’années, peut encore étonner ses auditeurs ? Les maîtres du metal progressif se contentent déjà de proposer des compositions solides, avec quelques expérimentation et une production de haute volée.

Tracklist

  1. The Alien – 09:32
  2. Answering the Call – 07:35
  3. Invisible Monster – 06:02
  4. Sleeping Giant – 10:05
  5. Transcending Time – 06:25
  6. Awaken the Master – 09:47
  7. A View from the Top of the World – 20:24

Album sorti depuis le 22 octobre 2021, sur le label Inside Out

Dream Theater A View From the Top of the World album

NOTE DE L'AUTEUR : 8 / 10



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