New Assholes – Récits d’Ivres

On ne saluera jamais assez les vertus hautement inspiratrices d'une bonne vieille soirée un chouilla alcoolisée entre potes! Si on connaît un peu les légendes qui circulent sur les circonstances plutôt 'folklo'' de la création d'un Finntroll, on n'ose même pas imaginer en ce qui concerne les Tankard, Onkel Tom ou ... aujourd'hui ce New Assholes, qui après plus de quatre années d'existence a sorti début février son second opus - judicieusement appelé Récits d'Ivres - sur ce label d'exception bien de chez nous qu'est la Klonosphere.

Le power-trio français, accueillant notamment en ses rangs le batteur Vinvin et le bassiste Ludo de Trepalium (ce dernier nous dévoilant également ici son beau grain de voix, dont il eût été il est vrai dommage de se priver plus longtemps...), n'a en effet pas dû réfléchir pendant trois heures à la direction artistique et musicale à prendre : le propos distillé serait davantage centré sur les spiritueux que sur le spirituel (même si nos gaillards peuvent l'être eux-mêmes à leurs heures perdues, mais peut-être pas au sens où vous pourriez l'entendre!), et la musique n'irait pas non plus chercher midi l'heure de l'apéro à 14h (je retarde...), invoquant sans retenue les dieux du bourbon et des décibels graisseux Motörhead, le punk miteux qui ne tiendrait plus sur ses pattes et le hard-rock 'blueseux' de bistrot. Le tout se verrait intronisé "bombard' n' roll" (qui était d'ailleurs le nom de leur précédent opus de 2009) et régurgité par un chant en français digne d'un Bernie Bonvoisin, mais avec la glotte chargée au whisky et à la clope de Lemmy! En gros, imaginez donc un Daniel Puzio de Vulcain avec trois grammes dans chaque bras et la voix vrillée à force de trop s'égosiller, et vous aurez une idée toute relative de la chose !!

new assholes, live 2013


Alors, vous l'aurez compris, ce n'est pas ici que vous aurez droit à vos instants de bravoure musicaux et autres moments de recueillement ou de grâce sonore, et là n'est d'ailleurs pas l'intérêt de ce disque. Le plus convaincant étant plutôt la débauche d'énergie déployée, à travers une batterie débridée et une basse des plus « roulantes » (dépourvue de la disto grondante de Kilmister, il faut le signaler), et par-delà même le mimétisme déroutant - au niveau des guitares (cf "Monte le Son") - avec la bande à Lemmy, certains passages solo et interventions en 'leads' sonnant carrément comme s'ils avaient été directement extraits d'un Overkill ou d'un Ace of Spades ! Le sens du 'riffing' n'est pas en reste ("Bombard n' Roll" et ses faux airs à "Iron Fist"...), même s'il demeure somme toute prévisible et bascule hélas trop vite en «roues libres». Et en outre, même certains refrains détonnent par leur ressemblance avec le traitement qu'en aurait fait un Motörhead, à tel point que même en français on aurait l'impression d'entendre l'anglais 'charabiesque' de l'Homme aux verrues ! (le plus bel exemple étant "Délit de Fuite"...)

Pourtant, la 'French' rigolade se fait d'autant plus convaincante lorsqu'elle s'émancipe un peu de ces modèles d'écriture et d'exécution, et notamment quand elle laisse s'exprimer son esprit 'live' (au sens tout à la fois de « spontané », en direct, mais également de « vivant ») au travers de parties de 'jams' instrumentales où la basse et la guitare dialoguent à merveille (pont de la géniale "Debout qu'on pisse"), cette dernière laissant même alors transpirer plus que jamais ses penchants pour le blues...

Mais le souci est qu'on en aurait quand même attendu un peu plus de la part d'un concept aussi alléchant (assoiffant plutôt, pardon!)... Il est en effet bien loin le temps du bon vieux punk/rock alternatif franchouillard, où les lascars avaient au moins le bon goût de charger les CDs comme eux-mêmes, au ras de la gueule (ou alors c'était quand ils étaient réédités qu'on en avait sacrément pour nos sous) ! Ici, passé 8 morceaux on n'atteint même pas la demi-heure, et le pire c'est que ce n'est pas là la seule chose qui garantira une durée de vie des plus limitées à ce skeud'...
Niveau textes en effet, là où on s'attendait à passer un bon moment de poilade, à tituber sur un jeu de mots bien foireux ou se vautrer carrément au détours d'une anecdote démentielle mais complètement improbable, on se rend compte au final que ce disque plus que creux tourne assez vite en rond passé le contexte éthylique - marrant juste cinq minutes et pourtant on n'est pas du genre « pisse-froid » justement (surtout avec ce qu'on boit...) - , et qu'il ne vient jamais nous raconter d'histoires franchement mémorables telles que l'on irait en faire écouter à un pote pour rigoler un coup entre dix canettes, encore moins qu'on se repasserait soi-même une énième fois pour y découvrir une nouvelle connerie qu'on n'aurait pas captée de prime abord, etc.

L'humour finit ainsi vite par devenir des plus lourds (on n'en arriverait même pas à la cheville des inénarrables Amis d'Ta Femme, c'est pas peu dire!), s'imprégnant d'un univers plutôt 'beauf' par moments et qui ne parlera donc pas forcément à la majorité du public métalleux ("Monte le son", ça ne vous évoquerait pas plutôt d'autres types de lascars, cette expression?), lequel ne verra de fait pas forcément l'utilité de la toute dernière plage ("dédicace", comme ils le disent...) intitulée "La Bombarbe" : hé non, raté, ce n'est pas là une reprise de la musique de 'La Bamba' version vieux soûlards, sinon mon jugement aurait éventuellement été plus indulgent peut-être ! Au lieu de ça, bien moins inventif hélas, on a droit à 3 longues minutes d'un pastiche d'hymne bien connu des supporters de foot, auquel ne manquerait plus ici que la version remixée façon club 'tuning' pour se sentir réellement dans son élément ! Ahem... « Next !! »  Ah bah non, c'est fini ...
 

New assholes band


Je sauve toutefois "Debout qu'on Pisse", excellent titre accrocheur et des plus efficaces musicalement - et petite leçon d'anti-féminisme au 134ème degré (encore que?!...^^) niveau texte. J'épargne aussi ce "Récits d'Ivres" éponyme (même si je ne parviens jamais à l'écouter jusqu'au bout...), pour son petit côté 'blues' bien sympa quand même qui en ferait le pendant «rigolo» de titres de la même lignée musicale chez Trust (tels "Saumur" - ça va, ça devrait leur plaire, ça reste dans le concept, hips! ^^, même si on ne précise pas le cru et l'année... - ou encore "Ton Dernier Acte"). Allez, également la moitié de ce "Les Vieux Dictons" introducteur, pour ses bons riffs rock n' roll et son refrain assez marquant («Blanc sur rouge, plus rien ne bouge ; rouge sur blanc, tout fout le camp!»), même s'il faut également se farcir des jeux de mots franchement plus moyens («Faut pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir picolé»... mouais, en hommage à la fameuse bière au miel peut-être?...) .
Il faut d'ailleurs aussi se coltiner à la longue la prestation d'un Ludo certes dans le rôle où on l'attendait, mais quitte à finir par «singer» (sans parler de ses vibratos et fins de phrase un poil irritants à la longue...), et par beaucoup trop surjouer pour que cela paraisse vraiment crédible et authentique. A titre de comparaison, je renvoie le lecteur/auditeur, s'il ne les connaît pas encore, aux Troyens de Zebarges - certes instrumentistes plus anarchiques et limités, et ne bénéficiant pas non plus du même type de prod' (notons qu'ici celle-ci ne souffre d'aucun reproche, gommant les aspérités trop présentes sur le premier essai) - mais dont la démarche davantage aventureuse et personnelle sonne à mon sens tout de même bien plus sincère et incarnée, n'hésitant d'ailleurs pas à sortir un peu du simple 'trip' alcoolisé pour venir asséner quelques piques bien aiguisées, ce que nos «nouveaux trous du cul» (je ne fais là que traduire leur patronyme, pas d'embrouilles!) se gardent bien de faire, restant alors cruellement lisses comme le postérieur sans poils d'un pré-pubère ou comme, justement, les fesses talquées d'un nouveau-né tout frais et bien trop rose encore.

Et c'est un peu ce qui pèche, si les New Assholes n'en sont pas pour autant tombés dans du pur "pipi-caca-prout" d'école primaire (même si sur "Claquer Tôt", on n'est quand même pas loin des textes humoristiques du petit cousin au collège!), on aurait bien aimé qu'ils s'élèvent à un autre 'stade' que celui de juste nous ressortir des noms d'alcools pour qu'on se bidonne... Parce que même quand ils s'y essaient un tant soit peu, n'osant point-trop-n'en-faut égratigner la maréchaussée sur le de fait trop banal "Délit de Fuite" (qu'on aurait d'ailleurs préféré remodelé en "Délit de Cuite", concept oblige, non mais!), ou pousser plus fort encore Mémé dans les orties et donc plus loin la question des vieux sur ce "Claquer Tôt" qui aurait pu avoir du potentiel, non, cent fois non, les textes restent invariablement d'un vide et d'une platitude affligeante. Même dans le registre «alcoolo», on reste donc loin, très loin de la décadence d'un René Fallet ou d'un Bukowski pour ne citer que les meilleurs...
Et de fait, comme les blagues les plus courtes sont décidément les meilleures (et qu'une fois décuités, l'on se rend quand même compte que pour le prix -oui, parce que quand bien même ils vous parleront de «tournées», celui-là ils le vendent, hein!- on pourra s'offrir tout un pack de binouzes et plus à se descendre entre potes ... autant rester fidèles au mot d'ordre du groupe pour le coup !), je passe donc mon tour, ne prendrai pas davantage part à ces jeux alcoolisés - préférant en rester encore et toujours à de la simple délectation du précieux breuvage à consommer sans modération, aux vieux mentors de la déconnade 'made-in-France', aux plus intègres et novateurs de leurs descendants (dont je vous parlais plus haut... 😉 , ou à défaut au "Quand J'Etais Petit" d'Ultra Vomit s'il s'agit de se passer un brin de folie Motörheadienne francisée histoire de rigoler un peu. Mais pour l'art de la cuite internationale, il suffira de se remettre plutôt l'hymne des keupons/coreux Suédois de Loudpipes, "Evil Juice", ou n'importe quelle torchée des thrasheurs teutons de  Tankard et autres du même tonneau, pour des effets autrement décuplés. Hic!...

Par contre, on ne saurait trop vous recommander d'aller quand même voir ces zigotos-là en concert de toute urgence pour vous faire une idée, car nul doute qu'ainsi immergés complètement dans leur élément (qui n'est pas 'H2O', hein, je n'ai pas besoin de répéter!) ils doivent pour le coup ... trouer bien des culs!!! Alors : "santé!!" Et ... "GLOU", comme ils le disent si bien !! Mais la prochaine fois, les copains, pensez un peu à ceux qui tiennent un peu mieux le canon que les autres, et remettez-leur voir la petite soeur sinon on risque fort de s'assécher!!


LeBoucherSlave

5,5/10


New Assholes, Trepalium members, Récits d'Ivres 2013

 

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NOTE DE L'AUTEUR : 5 / 10



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