Umberto Poncina et Daniele Lupidi, têtes pensantes d’Huronian

Jeune trio italien officiant dans un death metal assurément tourné vers le début des années 90 (le groupe revendique l’affiliation Dissection / At the Gates), Huronian vient de sortir son premier opus, As Cold As a Stranger Sunset. L’occasion pour nous de nous entretenir avec les deux têtes pensantes du combo, Umberto Poncina (guitare/basse, composition) et Daniele Lupidi (chant, textes) pour mieux nous plonger dans leur univers.

Bonjour Umberto, bonjour Daniele. Outre le nom de votre groupe, Huronian correspond également à une période géologique, au cours du Précambrien, durant laquelle la Terre a connu une glaciation à l’échelle globale. Les scientifiques parlent d’ailleurs de « Terre boule de neige ». C’est effectivement particulièrement inspirant pour un groupe de death metal…

Daniele : C’est sûr ! Au moins, ça l’est pour nous ! J’avais ce nom en tête depuis un bon bout de temps. Dès lors que nous avons décidé de monter ce groupe et que nous avons commencé à travailler sur nos nouvelles compositions, j’ai su que c’était particulièrement approprié.

Ce nom est par ailleurs bien représenté sur l’artwork de l’album, que tu as réalisé Daniele. On y retrouve une terre désolée, qui colle tout à fait avec les paroles que tu exprimes sur « A Tale of Frost and Stone ». Daniele, que souhaitais-tu exprimer à travers ces paroles et cette peinture ?

Daniele : Je voulais un artwork qui m’aide à créer une très belle atmosphère, plutôt qu’une pochette avec un message particulier. Nous voulons surtout nous évader du monde qui nous entoure, surtout que nous avons travaillé dessus durant la pandémie. Ce monde et ses frontières étaient en train de se fermer et la vision de planètes et d’époques différentes était quelque chose que je souhaitais explorer avec les paroles et l’artwork d’Huronian.

En dehors de toute considération géologique, j’ai également l’impression de retrouver une petite influence lovecraftienne, qui me rappelle Les Montagnes Hallucinées (At The Mountains of Madness en VO NDLR). De même, le titre « Awaken in a Nameless Time » fait écho à Dans l’Abime du Temps (The Shadow Out of Time en VO NDLR)…

Daniele : La plupart des paroles de As Cold as a Stranger Sunset puisent leur inspiration dans des oeuvres littéraires, c’est vrai. Le travail de Lovecraft est effectivement à la source de certains titres, comme « Portals to the Unspeakable ». Je pense que ces références collent parfaitement à la musique que nous composons, mais je ne souhaitais pas n’avoir qu’une seule source d’inspiration. Ainsi, le « Livre du Nouveau Soleil » (The Book of the New Sun, NDRL) par Gene Wolfe, ou encore les nouvelles d’Edgar Allan Poe ont été mes muses au moment de l’enregistrement de ces chansons.

Parlons un peu musique. Cet album possède un esprit qui est directement issu de la scène death metal des années 90. Mais on y trouve également des influences plus heavy metal classiques, telles que Mercyful Fate. Que représentent ces scènes musicales pour vous ?

Umberto: Nous sommes tous fans de heavy metal, tout comme de la scène et du son de Gothenburg. Je pense que ces derniers sont connectés l’un à l’autre car le death mélodique des années 90 et le black metal sont nés de cette union du heavy et du metal extrême en général. Toutefois, ces scènes représentent quelque chose qui s’est aujourd’hui perdu à notre goût dans la musique metal. Il n’y a finalement pas tant de groupes que cela qui jouent dans le style de Sacramentum, des premiers Dark Tranquillity ou d’Unanimated. Nous voulions donc tenter notre chance et voir où cela allait nous mener !

Vous avez choisi d’enregistrer un album finalement assez court, qui excède tout juste les trente minutes. On peut trouver sur Youtube certains titres qui étaient censés être enregistrés pour un EP, qui finalement s’est avéré être cet album. Pourquoi ce choix ?

Umberto : En effet, cet album est finalement aussi long que Reign in Blood de Slayer ou Slaughter of the Soul d’At The Gates. Nous pensons que ce sont des chefs d’oeuvres et que leur courte durée joue beaucoup dans l’appréciation que l’on en a. Nous avions donc en tête cette volonté d’enregistrer un album que tu peux écouter encore et encore, plutôt que de devoir interrompre l’écoute en plein milieu pour en mettre un autre. Nous avons fait tout ce que nous pouvions en ce sens.

Au sein de vos titres, vous parvenez à trouver le juste équilibre entre riffing brutal (« Ever-Burning ») et mélodies harmonieuses (comme sur le pont de « Ever-Burning »), ou les parties acoustiques sur le final de « Shadow Cast by Eternal Sails ». Comment avez-vous procédé pendant la phase de composition et dans quel état d’esprit étiez-vous ?

Umberto: Pour être honnête, il n’y a pas beaucoup de place pour la fantaisie quand nous composons et produisons un album. Le processus est en général assez classique. Nous savons ce que nous avons envie de réaliser musicalement et nous nous donnons tous les moyens pour y arriver, et nous savons qu’il faut beaucoup travailler et répéter. Nous ne nous disputons pas non plus entre nous pour avoir un meilleur résultat (rires). Dans l’ensemble, il faut juste assembler les meilleurs passages pour en faire de bonnes chansons et faire le boulot au meilleur de nos capacités.

Pensez-vous que la pandémie a eu un impact particulier sur votre façon de composer ? Comment voyez-vous les choses concernant les concerts à venir ?

Umberto: Je ne pense pas que la situation a réellement eu un impact sur la phase de conception de l’album. Nous avons juste eu plus de temps à y consacrer. Nous avons pratiquement fait cela durant la majeure partie de nos vies, donc il n’y a rien de nouveau dans notre façon de composer. Il en va de même pour les futurs concerts. Nous sommes d’ores et déjà en train d’en donner et nous continuerons à la faire à travers nos différents groupes, en respectant bien entendu les règles de sécurité tant que le virus sera parmi nous.

Afin de préparer la sortie de l’album, Dolorem Records, votre label a choisi de dévoiler « Portals to the Unspeakable » et « Ever-Burning » en avant-première. Ces titres correspondent-ils également à vos choix? Quel titre vous représente le mieux selon vous ?

Daniele : Ce n’était pas notre choix en particulier, mais je comprends et apprécie la décision d’Alex, le patron de Dolorem. Il a bien su comprendre quelle chanson mettre en avant et nous l’approuvons totalement. « Portals… » est l’un de nos titres préférés depuis le début, tandis qu’ « Ever-Burning » est plus complet, puisqu’il contient beaucoup d’éléments différents. Je pense que c’est très dur de choisir un titre en particulier qui nous représente. Ils sont tous différents et complémentaires. Mais si je devais en choisir un seul, je dirais « Awakened in a Nameless Time », même si je suis sûr qu’Umberto ne serait pas d’accord ! (rires)

Nous sortons tout juste d’une période difficile pour le monde de la culture en particulier. Comment voyez vous les prochains mois ? Quels sont vos projets en tant que musiciens ?

Umberto : Bien sûr, nous espérons que la situation va évoluer vers le meilleur. Et cela dépasse uniquement le milieu de la musique. Nous sommes tous investis dans différents groupes et projets musicaux mais ils sont un peu en pause en ce moment, tant que de plus gros groupes sont à l’arrêt depuis deux ans et commencent naturellement à reprendre la route après deux ans de hiatus. Nous avons quelques dates prévues pour 2022 mais nous allons sûrement en profiter pour écrire et enregistrer de nouveaux titres en attendant le bon moment pour les sortir.

Merci pour cet entretien. Nous vous laissons le mot de la fin !

Daniele : J’espère que vos lecteurs donneront sa chance à l’album. Je suis sûr que si vous êtes fans de musique brutale, rapide mais mélodique et créative, vous pourrez trouver votre compte sur As Cold as a Stranger Sunset. On espère également pouvoir venir visiter la France dès que possible !

Umberto : Merci pour votre temps et prenez tous soin de vous !

Interview réalisée par mail en novembre 2021
Photographie promotionnelle : DR

As Cold As a Stranger Sunset déjà disponible chez Dolorem Records



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