Les Gros émergents du mois de décembre 2021

Chaque mois, notre rédaction met à l’honneur quelques formations émergentes qui lui ont tapé dans l’œil (ou plutôt dans les oreilles). Nous espérons que cette mise en lumière permettra à des groupes passionnés et de qualité d’obtenir l’exposition qu’ils méritent, car ils sont la preuve de la richesse et la diversité de notre scène musicale. Bonnes découvertes !

Tiny Tree – XI (post metal / shoegaze)

 

Le groupe Tiny Tree arrive tout droit des Etats-Unis pour proposer un shoegaze atmosphérique, lorgnant parfois vers le doom dans ses ambiances lourdes et pesantes, mais en l’alliant à quelque chose de beaucoup plus planant et éthéré. XI est lent, presque contemplatif, à l’image de la première piste « Return », représentative de la musique du combo.

La guitare d’Addison Eilers ressort souvent de l’ensemble à travers des arpèges clairs et graves, conférant une atmosphère presque funèbre contrebalancée par sa voix beaucoup plus haute, sur laquelle des effets renforcent une sonorité presque éthérée. Mais elle sait tout autant nous plonger dans un déluge de riffs saturés et orageux débordant de fuzz.

Le groupe joue aussi sur une dimension progressive, qui s’entend très bien sur « Idle Eyes », ses changements de ton et sa montée vers une explosion qui n’est alors pas sans rappeler Tool, avec un travail de la batterie de Paul L Jensen alors très marqué.

En moins de quarante minutes, les huit pistes embarquent l’auditoire dans des ambiances tantôt sereines et contemplatives (« Paper Boat », « Soo-Locks » ), tantôt lourdes et torturées. Le duo américain frappe fort avec ce deuxième album, et avec une musique de cette qualité, mériterait de se faire une place sur la scène internationale.

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Chronique de Aude_D

Moon Unit – Differences In Languages And Lifestyles (metal fusion)

 

Attention, ovni en approche. Les Croates de Moon Unit ont sorti en fin d’été leur premier album, et cela devrait ravir les amateurs de curiosité. Tendance neo-metal s’il fallait tenter de ranger Differences In Languages And Lifestyles quelque part, mais le terme est plus que réducteur. La formule des Yougoslaves : des breaks vénères, des riffs rentre-dedans, beaucoup de sonorités electro et des influences hip-hop omniprésentes.

Cela ressemble à beaucoup de choses connues et pourtant, cela n’est vraiment identique à rien qui existe déjà. Les musiciens ne cherchent pas à être des virtuoses mais à faire le morceau le plus efficace possible, et ça marche, à l’instar du très punchy « Velocirapture » d’ouverture. Les guitares sont là pour rappeler les racines metal du combo, même si on reste sur du metal plutôt « soft », et si elles sont parfois noyées sous la production très electro, elles arrivent la plupart du temps à tirer leur épingle du jeu.

C’est assez déroutant, le groupe semble parfois empiler les effets, et l’impression de trop plein n’est jamais loin, mais Moon Unit évite avec habileté de trop sombrer dans la surenchère (quoique, tout est question de curseur personnel), même si au milieu de cet electro – hip hop – metal, la formation ajoute aussi une sensibilité pop sur « Ensign for Life » ou le refrain de « Eel Shepherd », des arrangements de clavier qui s’inspireraient presque de la musique symphonique en arrière-plan de « Tiny Hands » et verse carrément dans le reggae avec « Grob Marley », assurément une curiosité. La voix du frontman est à l’avenant, et sa mobilité force le respect : chant clair presque pop, rap, chant saturé d’une façon assez inimitable (même si sur « Motorized Frog », on peut entendre des similitudes avec Marilyn Manson), il pousse sa voix dans des recoins sonores assez inattendus.

Déroutant, Differences In Languages And Lifestyles l’est certainement, mais il montre que Moon Unit a déjà, dès son premier album, une identité bien affirmée, même si celle-ci est au final composée d’un véritable patchwork. Une curiosité à surveiller de près.

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Chronique de Aude_D

Jointhugger - Surrounded by Vultures (doom psyché / stoner)

 

Jointhugger, prolifique formation tout droit venue des fjords de Norvège, dévoile l'album Surrounded by Vultures, qui s’inscrit en seconde position dans une trilogie d’opus connectés par des titres en lien les uns avec les autres, sorte de chronique du parcours du groupe sur des tonalités aussi heavy que cosmiques.

Fuzz, réverbération et sur-vibration, accordage très bas, difficile de s’y tromper : les bien nommés Jointhugger envoient un stoner psychédélique aux (pas si) légers relents de psychotropes ... mais doté de twists et de teintes plus nuancées qu’il n’y paraît. Le stoner vrombissant, lent et assez sombre, tantôt instrumental (« In Dire Need of Fire – chapter 2 »), tantôt porté par le chant inspiré et expressif du guitariste Nico Munkvold, se fait dansant, chaloupé même, assumant pleinement son côté blues (« Midnight », « Delysid Rex »).

Mais le trio propose également une sérieuse touche de modernité en s’autorisant des incursions prog et en démontrant un réel talent pour les transitions. Des passages complexes, délirants, rapides et hachés, s’immiscent dans le groove lent des riffs pachydermiques (« The Calm »), ou comme un sursaut entre un vibrant pont cosmique et un retour au stoner quasi doom de l’excellent single « Midnight ».

Les lignes de basse se distinguent, prenant parfois le lead (« Delysid Rex ») en colorant le son de Jointhugger de vintage, et d'un sentiment de nostalgie présent sur tous les morceaux, bien équilibré par de nombreux refrains accrocheurs et des arrangements dynamiques et ingénieux. Se dévoile une intensité particulièrement palpable, le trio ayant en effet enregistré l’album en live. Par sa force et sa subtilité, Surrounded by Vultures peut fasciner et embarquer le plus grand nombre, renouvelant un genre sans le dévoyer, et offrant de quoi séduire les amateurs de sonorités à la Sleep ou encore Electric Wizard.

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Chronique de JulieL

Etxegiña – Herederos Del Silencio (black metal mélodique)

 

Quand on pense aux dérives politiques et aux régimes autoritaires que le vieux continent a connu dans les années 30, on pense souvent à l’Allemagne et à l’Italie. On oublie vite le régime de Franco en Espagne, qui a pourtant imposé d’une main de fer sa junte militaire à la jeune Seconde République. C’est autour de ce sujet que s’exprime Extegiña, un jeune combo de black metal français qui a sorti le 28 septembre son tout premier EP, Herederos Del Silencio, aux textes intégralement en espagnol. Waldo Losada (basse/chant) nous y raconte l’oppression subie par le peuple basque pendant la guerre civile à travers quatre titres et un black mélodique, qui s’accorderait volontiers avec le sous-genre RABM (pour Red Anarchist Black Metal). Les riffs, signés Titouan Le Gal (comparse de Waldo au sein d’Acedia Mundi), retranscrivent particulièrement bien l’atmosphère de désolation du camp de concentration du régime (« Los Cadaveres Insepultos De Albatera») ou la détresse des victimes du bombardement de Guernica (« El Roble que Brota Indemne »).

La variété dans les compositions est bien présente, avec certains passages mettant l’emphase sur les rythmiques, quand d’autres sont nettement plus portés vers les mélodies. C’est tout particulièrement vrai pour le tout premier titre, « Nosotros Los Etxegiña », son riff qui revient à la charge inlassablement et son retour qui se fait désirer après un break et un pont superbement exécutés. Du black au petits oignons ! L’hommage (Etxegiña étant le surnom d’un ancêtre de Waldo, opposant au régime de Franco et déporté) se ressent jusque dans l’intensité de ce titre. C’est beau, et on en veut encore à la fin de l’EP. Quatre titres pour un peu plus de 20 minutes, et Etxegiña vient de se faire une place dans les groupes à suivre de la scène. On a hâte de voir ce que le combo nous réserve pour la suite.

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Chronique de Félix Darricau



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