Cult Of Luna à la croisée des chemins avec The Long Road North

Traçant toujours sa route singulière depuis 1998, Cult Of Luna a été actif ces trois dernières années, puisque le groupe a sorti un album en 2019, un EP de quarante minutes en 2021, et présente son nouveau long format, The Long Road North. Si le groupe reste dans la continuité de ce qu’il a pu faire précédemment, sa musique est tout autant inventive et hypnotisante.

Partir sur la longue route du nord avec Cult Of Luna, c’est se plonger dans la noirceur si caractéristique du groupe, mais c’est en même temps ressentir une pulsion de vie impérieuse qui sourd de l’agressivité même du combo suédois.

Peu de temps avant la sortie de l’album, le chanteur et guitariste Johannes Persson expliquait d’ailleurs que « la longue route vers le nord est une longue route vers la maison. Une direction dictée par un appel qui pénètre la roche et résonne dans la forêt. Quand il vous atteint, vous savez que c’est le moment. Le moment d’aller de l’avant. Sans savoir où il va vous mener, vous lui faites confiance. Les yeux levés vers le soleil de minuit, il vous attire à lui. La route est longue et la fin est incertaine ».

L’album est donc long comme la route, et de la même manière, nous pousse à aller de l’avant. L’incertitude se fait aussi sentir, non parce que les musiciens n’auraient su quelle direction musicale donner à leur œuvre, mais bien parce que celle-ci explore plusieurs directions, multiplie les surprises, les changements de ton, sans se départir d’une identité très affirmée, qui prolonge l’œuvre de Cult Of Luna, sans changement brutal de direction mais en continuant de l’enrichir.

Cult Of Luna

L’ambition de l’album semble être de tracer des chemins de traverse entre des voies a priori opposées, et cela peut sembler logique pour un groupe relativement malaisé à classer, empruntant aussi bien au sludge qu’au metal progressif, au post-hardcore qu’au doom, pour se forger une identité inimitable. L’agressivité se fond donc dans la mélancolie, le caractère organique nait de parties électroniques, le sentiment d’être face à des musiciens à vif et des émotions primaires n’occulte pas tout le travail et les expérimentations.

Ruptures de rythme et variations

L’attaque est directe, avec « Cold Burn », également premier single dévoilé. Après une sonnerie métallique menaçante, la batterie (Thomas Hedlund), très marquante, part sur un rythme rapide dans des sonorités froides et métalliques, avant d’être rejointe par des guitares (Persson, Fredrik Kihlberg également au chant et Magnus Líndberg, aussi aux percussions) plus chargées en émotion

Contrairement à d’autres pistes de The Long Road North, le chant attaque très tôt après les instruments. Entièrement crié, il est aussi très froid, mais en même temps désespérément écorché et charriant un flot d’émotions indescriptibles. Dès ce premier titre, Cult Of Luna attaque les ruptures de rythme, quand en plein milieu d’un imposant mur du son, tous les instruments ralentissent brusquement, laissant la voix seule sur son rythme nous emporter.

C’est le morceau le plus rapide du disque, les autres jouant plutôt sur du mid-tempo, et aussi l’un des rares à attaquer de façon directe. Les autres prennent leur temps et tendent à commencer de façon plus calme pour monter progressivement en puissance et soudainement exploser. Si la formule pourrait paraître un poil redondante, il ne s’agit que de la structure des morceaux, et les musiciens apportent une telle richesse de détails qu’à aucun moment la monotonie ne point. Et ce d’autant que le groupe sait parfaitement amener des variations à ces structures.

Prodigieux maelstrom

Ainsi, sur « An Offering to the Wild », le clavier (Kristian Karlsson, aussi aux samples et au chant) déploie longuement sa note, avant de céder la place à des arpèges de guitare, qui seront rejoints par la batterie avant que le chant s’invite pour une montée en tension progressive. Et quand le morceau semble toucher à sa fin, avec les arpèges de guitare du début, la voix repart de plus belle, la batterie renchérit, les gros riffs de guitare suivent, et du saxophone vient s’ajouter au prodigieux maelstrom.

De son côté, « Into the Night » évoquerait presque de la cold wave, mais en plus déchirante, toute en retenue, avant de basculer sur le dernier tiers dans une démonstration de puissance. « The Long Road North », qui donne son titre à l’album, est lui aussi un morceau de bravoure, avec quelque chose de poignant et de contemplatif, et pourtant d’une agressivité sans fard.

La violence est omniprésente, portée notamment par une batterie qui peut être très saccadée ou exploser dans un déluge de blasts. Les gros riffs et les murs du son érigés par les guitares et la basse d’Andreas Johansson ajoutent au maelstrom, et le chant de Johannes Persson est évidemment l’un des piliers de ce déchainement de fureur, mais il est loin d’être le seul, tant les plages instrumentales abondent, donnant toute leur place méritée aux instruments.

Ambivalent et déchirant

Tous d’ailleurs cultivent leur ambivalence. Le chant crié, même s’il finit par sembler un peu monotone techniquement, regorge d’émotions, et son timbre écorché allie à merveille agressivité et interprétation à fleur de peau. Même quand il passe sur des chuchotements, comme sur le début d’ « Into the Night », il a toujours quelque chose d’éraillé et de déchirant.

Une voix féminine vient le remplacer sur « Beyond I », et même si elle reste sur du chant clair, elle est tout aussi chargée d’émotions et d’ambivalence. Les guitares elles aussi charrient énormément de mélancolie et de nostalgie, en contrepoint, ou plutôt en parfaite alliance, avec les déflagrations sonores qui les entourent.

Une autre alliance des contraires extrêmement percutante est la façon dont la musique de Cult Of Luna est intensément organique, alors même qu’elle recourt grandement aux claviers et aux éléments électroniques. Certes, les bruits de feuille et de vent ajoutent à la touche naturelle, mais bien souvent ce sont les claviers eux-mêmes qui possèdent ces sonorités organiques, qui se mêlent dans un harmonieux chaos à des effluves industrielles. C’est particulièrement notable sur « An Offering to the Wild » et « The Long Road North », probablement les deux pièces maîtresses du disque.

Cult Of Luna est donc plus que jamais au sommet de son art. le groupe arrive à tenir un équilibre ténu entre son identité très forte et suffisamment de variation pour ne pas lasser à l’écoute, et délivre une œuvre qui ne révèle pas tous ses secrets même après plusieurs écoutes. The Long Road North plonge dans la noirceur et dans un chaos d’émotions qu’il sublime. C’est sombre, c’est violent, c’est écorché, c’est mélancolique. C’est beau.

Tracklist

1. Cold Burn
2. The Silver Arc
3. Beyond I (feat. Mariam Wallentin)
4. An Offering to the Wild
5. Into the Night
6. Full Moon
7. The Long Road North
8. Blood Upon Stone
9. Beyond II (feat. Colin Stetson)

Cult Of Luna - The LOng Road North

Sortie le 11 février 2022 chez Metal Blade Records. L’album sera disponible en avant-première sur Youtube ce jeudi à 21h.

NOTE DE L'AUTEUR : 9 / 10



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