Les Gros Emergents du mois de mars 2022

Chaque mois, notre rédaction met à l’honneur quelques formations émergentes qui lui ont tapé dans l’œil (ou plutôt dans les oreilles). Nous espérons que cette mise en lumière permettra à des groupes passionnés et de qualité d’obtenir l’exposition qu’ils méritent, car ils sont la preuve de la richesse et la diversité de notre scène musicale. Bonnes découvertes !

Matrass – Inner Wars (fusion / post)

Les cinq titres de l’EP Inner Wars (dévoilé en avant-première dans nos colonnes) scellent une sorte de nouveau départ pour la formation Matrass, issue de la scène bordelaise, correspondant à l’arrivée d’une nouvelle vocaliste, Clémentine Browne. Le groupe propose, sous l’appellation fusion, un son qui pique la curiosité, amalgamant une variété d’influences et de couleurs. La signature Matrass est une approche menée par les riffs acérés et le groove, entre stoner et grunge, qui entraîne et convainc, agrémenté de moments très divers, du jazzy à l’atmosphérique en passant par du post hardcore bien énervé. Avant tout, il faut souligner le goût du risque du combo qui signe des compositions vraiment intéressantes, souvent complexes mais accrocheuses, nuancées mais aussi furieuses.

Très à l’aise dans des crescendos fluides faisant naviguer l’auditeur entre des passages légers et doux et des moments lourds, saturés, hurlés (« The Tide », « Parasites (Clean All) »), les Bordelais offrent des compositions accrocheuses, groovy à souhait, pleines d’accélérations et de surprises (« Berserker »). Le timbre et les qualités de la vocaliste dévoilent une charge émotionnelle impressionnante, et sa maîtrise de nombreux registres illumine l’EP. Au chant clair tout en délicatesse, aux hurlements redoutables, au flow parlé se muant en écorchure post punk (comme dans l’inspiré « Y »), Clémentine donne un élan et une singularité aux titres. À tel point qu’on aurait presque aimé entendre plus de cassure par moments, car les moments les plus noise, les plus brisés, ont de quoi séduire le plus grand nombre. De quoi attendre avec impatience les prochaines sorties de cette formation qui a pris soin de bâtir un style qui lui est propre.

Par Julie L

Cobra the Impaler – Colossal Gods (groove / heavy metal)

Cobra The Impaler, combo venu de Belgique, sort certes son premier opus, mais n’a rien d’un groupe de débutants : fondé par le guitariste Tace DC (ex-Aborted), qui s’est entouré de plusieurs de ses compatriotes expérimentés, avec la participation pour cet album du batteur Dirk Verbeuren (Megadeth), le projet respire l’expérience et la détermination. À l’écoute, toutes ces qualités éclatent au grand jour, tellement le son proposé par le quintette est lourd, intense et admirablement mixé, emportant immédiatement l’adhésion.

De l’accroche, de la profondeur et de la robustesse, voilà les atouts de cet album, qui se démarque par sa variété et sa surpuissance. Variété, car le combo manie avec habileté les transitions et alterne des passages de heavy metal d’école avec des élans plus groove, d’autres sludge (« Demigods »), des passages franchement prog ou une identité plus thrash (« Spawn of the Forgotten »), sans jamais perdre un certain grain grungy. Les déclinaisons se font sans aucun accroc, avec une fluidité et une virtuosité impressionnante, versant dans les atmosphères sonores lorgnant du côté du groove de Gojira, du riffing imparable de Mastodon, ou de la folie créatrice de Voivod.

Pierre angulaire de toutes ces variations, le chant s’impose par sa puissance et son intensité. Les harmonies portées par Manuel Remmerie (Majestic Sun, Von Detta) et le bassiste Michélé De Feudis (The Almighty Mighty) sont bien mises en avant dans des couplets tantôt accrocheurs ou plus sombres (« Scorched Earth »), et des refrains mélodiques à la force fédératrice irrésistible (« Tempest Rising »). Les compositions riches sont bâties avant tout autour des guitares, avec une profusion de soli, riffing et de lignes lead accrocheuses imparables (« Blood Eyes »). La rythmique n’est évidemment pas en reste, tout en variations et nuances.

De ces structures heavy, très groovy, éminemment dynamiques et maîtrisées, se dégage une dimension monumentale – voire colossale (« Moutains »). Enfin, pour couronner le tout, l’album s’accompagne de superbes visuels qui collent parfaitement à l’univers heavy / prog de Cobra the Impaler. Les Belges signent donc ici un excellent premier effort, complexe et varié mais efficace, superbement produit, à coup sûr l’une des très belles surprises de ce début d’année.

Par Julie L

Beneath The Silence – Black Lights (metal mélodique)

 

La Scandinavie, pays de metal s’il en est, nous envoie une nouvelle formation en la personne de Beneath The Silence. Après deux EP en autoproduction, le quintette propose son premier album long, Black Lights. Le groupe se décrit comme du metal mélodique mêlé de metalcore, ce qui caractérise assez bien l’album. C’est en effet très mélodique, avec une utilisation discrète de claviers, un chant assez puissant et harmonieux de Mette Hessellund, dont le timbre est très agréable, et des lignes mélodiques très entrainantes qui restent en tête – « All I See », le premier morceau, en est un très bon exemple, tout comme le dernier, « Nowhere to Go », mais il y en a beaucoup d’autres. Les guitares de Rene Larsen et Daniel Rasmussen apportent un riffing souvent typé metalcore (cela s’entend notamment sur « Break You », « Take over Me » et « Open Wounds »), donnant un peu d’agressivité à l’ensemble. Certains morceaux posent même une ambiance assez gothique, à l’instar de « In the Shadow of Your Eyes » avec un couplet lent et sombre mettant en avant la voix de Hessellund, qui prend parfois de vagues accents d’Amy Lee ou de Cristina Scabbia.

C’est diantrement efficace, ça joue bien, c’est bien produit, et pour un premier album, Black Lights est tout à fait agréable. Mais il manque d’une identité sonore vraiment marquée, car le jeu sonne souvent assez générique, et si sur quarante minutes l’auditoire ne s’ennuie pas, une certaine répétition point parfois. Beneath The Silence a cependant toutes les bases nécessaires pour vraiment s’affirmer dans les années qui viennent.

Par Aude D



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