Eternal Tears of Sorrow – Saivon Lapsi

Eternal Tears of Sorrow est un peu un groupe à part sur la scène mélodique finlandaise. Après des débuts thrash et une première partie de carrière très teintée death mélodique, le combo se sépare une première fois. Avant de revenir à la surprise générale en 2006, sous une forme plus dépouillée, plus gothique, plus symphonique surtout.

Ainsi est (re)né le death metal dark symphonique à la nordique, reprenant plusieurs canons de ces genres mélangés et offrant une personnalité propre au groupe sans pour autant le marginaliser – loin de là. C’est même avant tout par son côté plutôt easy listening que EtoS a su séduire sur les deux derniers opus de cette nouvelle ère, c’est donc sans surprise que ce Saivon Lapsi paru fin février chez Massacre Records était attendu par beaucoup comme le messie. D’autant plus que, l’effet de surprise passé, le précédent avait quelque peu déçus les plus avertis.

Peu de surprises sur cet album une nouvelle fois, autant vous le dire de suite. Eternal Tears of Sorrow garde ses influences sans chercher à trop les sublimer. Le dyptique chant clair (Jarmo Kylmänen) et chant growl (du bassiste Altti Veteläinen) étant toujours relevé de quelques choeurs aériens (l’histoire nous dira plus tard si cette fois-ci Marco Hietala et Tony Kakko ont, oui ou non, apporté leur contribution à la chorale…) et d’un chant féminin passager (toujours la même guest, chanteuse du groupe norvégien Ram-Zet de son état), les habitués ne seront pas déboussolés et les mauvaises langues passeront vite leur chemin. Il est vrai qu’un tel mélange de styles aussi « simplement effectué » peut faire râler, mais quand c’est bien fait et structuré avec professionnalisme comme cela l’est ici, on ne peut que s’incliner.

Jusqu’à quel point la courbette sera effectuée cette fois-ci ? Disons que cet opus se place subtilement entre l’excellent Before the Bleeding Sun paru en 2006 et le quelque peu décevant (sans plus) Children of the Dark Waters sorti en 2009. Loin du chef d’oeuvre donc, mais remplissant parfaitement le cahier des charges avec son lot de morceaux différents, suffisant pour parcourir l’album sans trop de monotonie même si à aucun moment nous ne seront véritablement ébahi par un éclair de génie improbable.

Eternal Tears of Sorrow enchaine donc le fort bon et le correct, sans sombrer dans la lassitude. Au rayon déception, on peut d’ores et déjà citer « Sound of Silence », ballade un peu trop miève que l’on croirait tirée du dernier Nightwish, sympatoche certes et avec de l’émotion mais on est loin du splendide « Sea of Whispers » de l’album précédent. Et ce sera globalement tout. On pourrait chipoter sur quelques morceaux moins prenants tels que « Legion of Beast » peut-être trop calquée sur un death mélodique à la Dark Tranquillity/In Flames ou le single video clip « Swan Saivo » très axé Sonata Arctica période album The Days of Grays sans en sublimer l’accroche, mais ceci se laissant bien écouter on ne sera pas trop sévère en essayant de couper les cheveux en quatre.

Il y a aussi du clin d’oeil sur cet album, ainsi le titre « Beneath the Frozen Leaves » et son intro totalement typique du combo nous rappellera les belles heures de l’opus de 2006 et son superbe combo « Red Dawn Rising »/ »Sinister Realm ». Sans forcément copier ni égaler la grandeur de ces bijoux, mais titillant ainsi nos souvenirs avec perspicacité et faisant de cette piste l’une des meilleures de la présente galette (superbe refrain au passage…). Quant à « The Day », peut-être le titre le plus accrocheur du disque en compagnie d’un « Dark Alliance » assez power metal lançant fort bien les débats, une intro à la Nightwish ainsi que quelques riffs mélodiques à la Arch Enemy sauront rallier les amateurs de metal à chant féminin à la cause du sextette de Pudasjärvi (quel nom ravissant pour une bourgade !). Et comment ne pas mentionner que cette offrande se conclut une nouvelle fois sur un « Angelheart, Ravenheart » comme c’était le cas sur les deux prédecesseurs ? La trilogie est ainsi refermée (ou pas ?) avec un Act III sous-titré de façon éponyme à l’album, probablement le plus sombre jusque là et pas foncièrement la moins intéressante même si le côté dramatique sur-renforcé à la Tim Burton (ou Danny Elfman plutôt) nuit à une certaine fluidité. Une bonne façon d’achever cet opus cependant.

Les seules petites surprises parsemant l’album pourront être résumées en trois pistes, enfin deux et demi pour être exact. Cette moitié étant l’interlude « Kuura », fort jolie et aux faux airs d’un Saturnus ou plutôt Blazing Eternity de la scène doom atmosphérique danoise. Le morceau qui enchaîne, « Dance of December », débute d’ailleurs de façon quasi doom avant de s’accélérer très vite et ainsi se torturer en harmonies guitares/clavier n’étant pas sans rappeler, là encore, Dark Tranquillity, jusque dans un refrain où l’on croirait entendre un guest de Mikael Stanne. Une belle combinaison qui aurait peut-être pu aller plus loin… jusque dans ce « Blood Stained Sea », quasi final, qui lance des ambiances indus plutôt tonitruantes suivies de riffs saccadés virulants, avec ces mélodies soignées tel un The Old Dead Tree de la bonne époque et une structure un peu plus alamniquées loin d’être inintéressante. Pas assez d’exploitation à ce niveau maus suffisamment pour empêcher une certaine mononotonie à la longue, c’est déjà ça.

Eternal Tears of Sorow

Au final, ce Saivon Lapsi constitue une réussite presque inachevée. L’omniprésence de Miriam Renvåg dans les choeurs ou en voix doublées (quand ce n’est pas en lead) renforce le côté beauty and the beast très Tristania/Sirenia d’un album aux éclairs majestueux, à l’atmosphère gothique aérienne, mais qui manque de moments forts ou de variations spontanées pour autant marquer qu’un Before the Bleeding Sun. Une belle reprise en main après un Children of the Dark Waters correct mais dont on attendait plus, et en cela Eternal Tears of Sorrow réussit déjà son pari pour un CD qui saura certainement durer et s’affiner avec le temps si on prend la peine d’y revenir.

Note finale : 7.5/10
 

NOTE DE L'AUTEUR : 7 / 10



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