Ghost – Impera

Ghost est devenu, au fil des années, un groupe incontournable dont chaque album est attendu comme le Graal satanique. Pour Impera, qui sort ce vendredi 11 mars, l'attente était d'autant plus grande puisque le nouveau pape, censé insuffler une nouvelle force créatrice, n'était autre que le Cardinal Copia intronisé après la mort de Papa Nihil. Après la claque plus pop de Prequelle, cette continuité dans le leadership du groupe de Tobias Forge suscitait donc des interrogations : réel renouveau par rapport à un album qui a pu créer une certaine scission, ou suite logique ? 

Ghost a pu choquer par le passé avec un parti pris très tranché et une volonté de ne pas se répéter. C'est encore le cas sur Impera puisque certaines compositions sonnent comme un doigt d'honneur de Tobias à ses détracteurs : vous avez critiqué le style pop de Prequelle, alors allons encore plus loin ! Pour créer cette atmosphère, il a de nouveau fait appel à Klas Åhlund, producteur de Britney Spears, Madonna ou Katy Perry. Les connaisseurs savent bien que le combo Tobias, Klas et Andy Wallace (de nouveau aux commandes sur cet album) avait fait des merveilles sur Meliora mais ici, ce sont les connaissances pop de Klas qui semblent exploitées.

En effet, Impera comporte quelques références assez marquées à une musique plus accessible. Les fans les moins patients se sont jetés sur le dernier single "Twenties" et ont sûrement été surpris de voir ce Swedish reggaeton à la sauce Ghost. Il est vrai que le choc passé, on se surprend à bouger son popotin plutôt que ses cervicales. On est loin de la messe noire officiée par la voix caverneuse de Papa Emeritus I à grands renforts d'orgue liturgique mais il faut quand même reconnaître que Tobias souhaite se renouveler et pousser son art au-delà des clichés que l'on connaît déjà.

Même constat pour "Darkness at the Heart of My Love", sorte de ballade puissante tirée d'un album d'Imagine Dragons. Le morceau contraste un peu avec le reste d'Impera par son côté plus doux, mais finalement s'intègre facilement dans la discographie de Ghost au côté de ces morceaux qui mêlent avec ambiguïté déclaration d'amour et côté sombre de l'humain comme "He Is" ou "Life Eternal". Moins puissante que ses grandes sœurs, cette chanson reste toutefois dans la ligne de conduite du groupe.

Ce qui nous fait dire que Ghost reste quand même Ghost et n'a finalement pas vendu son âme à la pop. "Twenties" mentionnée plus haut invoque néanmoins les gros riffs puissants soutenus par une batterie tellement martelée qu'on se demande si, sous le costume d'une Nameless Ghoul, Tobias n'aurait pas ressuscité John Bonham.

Les traceurs du groupe sont bien présents et notamment ceux bien développés dans Prequelle. N'en déplaise aux détracteurs du Cardinal, on sent clairement une continuité entre Impera et l'avant-dernier album. Après tout, métaphoriquement, c'est la même personne aux commandes. Mais Copia a pris du galon. Il en ressort une musique influencée par les années 80, et ce de façon encore plus affirmée. Les compositions empruntent beaucoup à KISSDef Leppard ou Twisted Sisters. Dès le début de l'album, une fois passée "Imperium" la sublime introduction aux airs martiaux, "Kaisarion" semble sortie tout droit d'un générique joyeux d'une série des années 80. Tobias étonne avec ce cri hallucinant et ce tempo entraînant pour délivrer un titre qui va devenir un classique en live. Le groupe semble avoir déjà décelé son potentiel puisque ce fut le seul nouveau morceau dévoilé lors de la tournée américaine (les deux autres étant déjà sortis en single). Histoire de varier les plaisirs, le groupe se permet dans ce titre une petite instru très prog pas du tout désagréable. Autre morceau tiré des années 80 : "Watcher in the Sky" qui répond clairement à la checklist du morceau hair metal par excellence. Des riffs imparables qui parfois lorgnent du côté de Rammstein, un refrain facile à scander, une instru qui fera taper des mains. On imagine bien Papa Emeritus IV inviter la foule à participer à sa messe noire. Ce n'est plus du hair metal mais du hell metal. "Griftwood" se positionne également dans ce créneau sans pour autant être très originale. Elle n'en reste pas moins jouissive et agréable à l'écoute.

Après tout, la force de Ghost réside dans le live et dès la première écoute de l'album, il semble que tous les morceaux soient taillés pour la scène. On imagine, dès l'intro "Imperium", les Nameless Ghouls entrer une à une au son de de cette caisse claire martiale pour ensuite délivrer des hits évidents et terminer le concert sous forme d'au revoir avec "Respite on the Spitalfields", qui d'ailleurs, pour boucler la boucle, reprend le riff d' "Imperium" ou serait-ce l'inverse ?

Autre morceau clairement taillé pour la scène : le deuxième single dévoilé intitulé "Call Me Little Sunshine". Cette chanson faisant référence au maître de l'occulte Aleister Crowley, tout comme la pochette par ailleurs, deviendra un classique et permet de réunir anciens fans et nouveaux avec son côté très Black Album/"Sad But True" qui rappelle le groove de Meliora.

Ce groove, que l'on connaît bien chez Ghost vient notamment du son de basse qui a toujours été en avant dans le mix. Impera ne déroge pas à la règle et nous régale avec cet instrument toujours aussi puissant et qui bien souvent manque dans les compositions metal. Là où le mix pèche un peu, c'est sur la batterie un poil compressée, notamment sur les cymbales un peu trop mises en avant. Sur Prequelle c'était le tambourin qui faisait office de robinet qui fuit (entendez par là "dès qu'on le remarque, on ne peut que se focaliser dessus") et sur ce nouvel album, l'attention se porte parfois un peu trop sur la splash. Mais on peut se permettre de pinailler sur quelques détails sachant que le reste du mix tient bien la route et donne de la cohésion à l'ensemble.

Autre élément de cohésion entre les morceaux de l'album et ceux du précédent : les textes de Tobias, toujours aussi incisifs et de plus en plus critiques envers les travers de la société. Il est clair qu'on s'éloigne de plus en plus du gothique pur et du diable, et sous couvert de métaphores, on sent que Papa Emeritus IV est un poil énervé contre l'évolution du monde qui l'entoure. Pourrait-on voir des allusions, dans "Twenties", à notre décennie qui, il faut bien l'avouer, ressemble de plus en plus au début du 20ème siècle avec ses relents de grippe espagnole et de guerre mondiale. Et que dire de "Respite of the Spitalfields" censé parler de Jack l'Éventreur, mais tellement actuel avec ses références aux politiques ou faux prophètes. Après un Prequelle acerbe envers les ennemis du groupe lors du fameux procès des royalties en 2017, Impera tourne la page et s'attaque à la chute des empires, de notre empire, et à la noirceur de l'être humain.

Impera représente clairement une continuité dans la discographie de Ghost. Continuité dans la prise de risque pop mais aussi dans la volonté d'être plus réel et moins diabolique, mais toujours aussi efficace. L'album est un ajout nécessaire à l'ensemble de la carrière du groupe qui commence à devenir incontournable, notamment en live où les nouveaux morceaux risquent de faire mouche et dont certains feront partie du répertoire de base de Ghost. Il nous tarde de voir l'évolution dans le leadership papal : est-ce que Tobias a trouvé son style et gardera Copia le quatrième pape ou alors aura-t-il la volonté de s'aventurer vers d'autres terrains et sacrifiera un personnage dont les fans ont suivi l'évolution ? Seul le diable le sait et ses voix sont sûrement, elles aussi, impénétrables.

Tracklist

1. Imperium
2. Kaisarion
3. Spillways
4. Call Me Little Sunshine
5. Hunter's Moon
6. Watcher in the Sky
7. Dominion
8. Twenties
9. Darkness at the Heart of My Love
10. Griftwood
11. Bite of Passage
12. Respite on the Spitalfields

Sortie le 11 mars 2022 via Loma Vista.

Ghost, Papa Emeritus, Impera, Imperatour 2022

NOTE DE L'AUTEUR : 8 / 10



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