Fractal Gates – Beyond the Self

La porte des étoiles…

Allez, les Maths spé, prenez vos manuels, ouvrez vos cahiers et fermez vos g****** : aujourd’hui, leçon sur les «fractales» !… Bon, non, on ne va peut-être pas se lancer là-dedans, on y comprendrait que t’chi et je ne pourrai davantage vous en donner une définition que je ne saurais vous expliquer la tectonique des plaques … ni même la tecktonic des « ploucs » il n’y a pas si longtemps encore, mais je m’égare… Bref !

En revanche, parler de death mélodique, ça c’est déjà plus simple. D’ailleurs, on pourrait même un jour créer un nouveau bouquet « La Grosse Radio Death Mélo » (on ne le fera pas, je vous rassure 😉 tant il est vrai que l’on reçoit sans cesse chaque jour de nouvelles sorties dans ce genre (difficile, dès lors, de tout chroniquer!). Un registre qui hélas tend à ne pas beaucoup se renouveler et à très vite lasser si les groupes qui s’y adonnent n’insufflent pas la moindre once de personnalité à leur musique. Ce n’est fort heureusement pas le cas des Français de Fractal Gates, donc, compagnons de label de nos chouchoux d’Idensity (dont on attend le Chronicles pour le deuxième trimestre 2013…) chez Great Dane Records, et qui ont eux aussi mis les petits plats dans les grands en confiant le mixage de leur dernier album sorti à la mi-février, Beyond the Self, à l’expert Suédois Dan Swanö en direct de ses Unisound Studios. Peine perdue, cache-misère de luxe, vous vous dites ?? Hé bien non, cent fois NON !

 

fractal gates band pic 2013, beyond the self album

On aurait pourtant pu penser que la formule choisie par la formation parisienne était des plus « classiques », et même bien trop pour être franchement mémorable. Une écoute approfondie de ce disque viendra démentir une telle accusation. Si l’on avait déjà décelé le potentiel caché derrière leur Altered State of Consciousness de 2009, notamment en termes de qualité de recherche mélodique et un rendu vocal alors des plus convaincants, cette production un poil creuse et faiblarde alliée à une musique certes personnelle mais pas encore assez aboutie avaient eu raison de nos vélléités à creuser davantage le propos du groupe. Pourtant, tous les ingrédients étaient déjà là et la démarche artistique ne demandait finalement (c’est aujourd’hui chose faite…) qu’à être menée à son terme : Fractal Gates tournait d’emblée autour d’un concept spatial pas dépourvu non plus (comme l’indiquait le nom de l’album) d’allégories universelles lorsqu’elles étaient appliquées au genre humain (comme toutes les grandes épopées de S.F. , du reste, d’Herbert à Asimov et consorts…), concept fouillé qui venait donc édulcorer un melodeath à la croisée des chemins entre les aînés Suédois d’In Flames (pre-Reroute to Remain) et la nouvelle clique Finlandaise dont Insomnium serait le chef de file.

Pour autant, ne vous y trompez pas, les Français possèdent depuis toujours une écriture qui leur est propre: ne péchant pas par excès de brutalité facile, un style avant tout ultra-mélodique où les atmosphères règnent en maîtres. En somme, la pesanteur gravitationnelle de leur musique (qui nous renvoie à la bonne vieille attraction terrestre, au ‘headbanging‘ et au plancher des vaches, quoi!) n’a d’égale que l’apesanteur cosmique des ambiances qui l’habitent. Plus clairement, c’est majoritairement un registre mid-tempo assez familier qui prédomine, fait de rythmiques lourdes qui viennent nous contaminer (d’où une certaine facette ‘doom’ de leur musique, toutes proportions gardées bien sûr, disons que «dark» leur conviendrait peut-être mieux!), mais leur musique est portée bien plus encore par les vertus contemplatives d’une guitare lead gémissante de mélancolie et d’introspection (on salue bien bas le talent de Stéphane Peudupin – le gratteux/compositeur en faction – pour nous pondre de telles mélodies, à la fois «aériennes» et accrocheuses, un peu comme savait nous en concoter en d’autres temps un Anders Nyström de Katatonia (et son jumeau musical Fred Norrman chez October Tide), et comme a toujours su en faire un Greg Mackintosh dans Paradise Lost…).

Sur ce bien-nommé Beyond the Self, on aurait toutefois tendance à penser que Fractal Gates se serait effectivement encore surpassé, aurait repoussé les limites encore « au-delà de soi », et ce dans tous les domaines. On note par exemple que la musique, si elle n’a pas perdu son côté ‘haché’, a gagné en impact (des petites pointes qui nous évoqueraient Amon Amarth…), avec un mordant et une agressivité ‘death‘ accrus (conséquence de l’intégration – nos Parisiens sont coutumiers du fait – d’un nouveau batteur en la personne de l’exSoul Betrayed Jérémy Briquet ?!…). Les ‘singles‘ qui feraient mouche apparaissent alors évidents, de « Timeless » avec son accroche évoquant le « The Last Time » de Paradise Lost et une intervention « soloïque » de haute volée du ‘guest’ de luxe Sotiris (Septic Flesh, puisqu’on vous disait que les gaillards n’avaient pas fait les choses à moitié!…), jusqu’à ce « We Are All Leaders » (avec sa diction ‘catchy‘ impeccable), même si ce registre bien précis – plus « moderne » et abordable – révèle vite ses limites dans le cadre du répertoire des Fractal… Ces derniers ont fort heureusement le bon goût de ne pas en abuser et d’aérer comme à leur habitude l’ensemble avec des plages atmosphériques de toute beauté, comme sur l’introducteur « Dissonance », rentre-dedans à souhait mais toujours très contrasté (cf ces magnifiques incartades en voix murmurée…). Citons aussi cet « Everblaze » qui devrait faire un malheur en ‘live’ avec cette fois un passage avec la superbe voix claire de Dan Swanö (Edge of Sanity -ça s’entend!- et homme derrière les manettes, qui d’ailleurs nous a ici mitonné une prod’ de derrière les fagots IRREPROCHABLE, on soulignera notamment un son de guitare d’une chaleur incroyable…).

 

Si un « On Your Own » rappelle brièvement des mélodies chéries par un In Flames d’aussi loin que Whoracle nous fut conté, c’est pour atteindre bien plus encore en réalité la grâce passionnée et un niveau d’exaltation que l’on prête d’ordinaire à des Amorphis pour ne citer qu’eux (le côté « folklorique » en moins, évidemment…), ainsi qu’une dimension quelque peu ‘progueuse’ qui une fois de plus n’est pas sans nous évoquer également le Edge of Sanity du père Swanö… En tout cas, jamais le groupe ne vient à tomber (a contrario de 95% de ses collègues, soyons honnêtes!)  dans le mimétisme de ses illustres prédécesseurs, dans du repompage des sempiternelles tierces, quartes et quintes Suédoises (non, non, suivez, on ne parle ni poker ni PMU là…), sauf peut-être éventuellement le temps d’un titre éponyme qui laisserait à soupçonner quelques appels du pied aux vieux Dark Tranquillity.

Le groupe a dorénavant développé aussi des claviers qui prennent une dimension quasi-cinématographique, entre sonorités désincarnées évoquant comme le vide intersidéral au détours des désormais traditionnelles interludes instrumentales « Visions », simplement numérotées (on constatera – en prenant en compte les deux opus de la formation – que manque à l’appel la numéro « VI », qui sera donc appelée à être exploitée plus tard peut-être…), et jusqu’à des nappes « cosmiques » de toute beauté (« Everblaze ») exploitant entre autres des sons ‘Sci-Fi‘ bien connus des possesseurs de synthétiseurs (« The Experiment »).
Si l’on devait suggérer au groupe une évolution supplémentaire à l’avenir dans leur démarche artistique (même s’ils savent assurément très bien mener leur barque tout seuls!), ce serait d’ailleurs peut-être de développer un concept « space opera » encore plus en phase avec ce genre d’aspirations …. à moins qu’ils ne préférent rester dans une approche métaphorique moins restrictive (plus « humaine » et terre-à-terre) et dans des domaines plus ouverts : cf cette surprenante et quasi-méconnaissable reprise du « Mighty Wings » de … Cheap Trick, morceau tiré de la B.O. de ‘Top Gun’ (non, ne confondez pas avec « Take my Breath Away »!!!!!!!…), un peu hors-contexte pour le coup, mais dans laquelle on réentend avec plaisir le chant de Swanö, et qui nous prouve que F.G. sait tirer son épingle du jeu quel qu’en soit le terrain – on se rappelle dans une sensibilité similaire la cover décalée du « Everything Counts » de Depeche Mode par In Flames! -, même si certaines sonorités un peu ‘kitsch‘ ne seraient pas ici par contre sans nous remémorer un mauvais HIM

Pour les constantes que les Fractal Gates ont su faire perdurer d’un album à l’autre, on retrouve (principalement en fin d’album, d’où mon petit reproche : dommage que la tracklist n’ait pas su faire preuve de plus d’alternances et d’inventivité sur ce coup-là!) des morceaux plus « posés » et visuels tels que les sublime « Glooms of Cyan » et « The Experiment », morceau des plus aboutis dont une première mouture plus ‘rock’ et dépouillée avait déjà dès 2009 été jouée ‘live‘… Dans l’intervalle, les Parisiens ont  su y développer des lignes de claviers inquiétantes, qui tendrait à nous suggérer que « l’expérience » en question pourrait être une mutation génétique qui aurait mal tourné. Effet garanti!!…

En bref, un bien bel album dont on pourrait presque dire qu’il intègre en substance les particules d »un peu tous les autres que l’on aime, quand dans le même temps il désintègre et éparpille façon ‘puzzle’ la concurrence, imposant sans peine son empreinte – indélébile dans les mémoires et inimitable dans la signature… Alors s’il ne devait en rester qu’un, ce serait probablement celui-là! Un album de chevet incontournable pour les amateurs du genre, mais pas que, et c’est là un fait suffisamment rare pour être signalé, j’en suis moi-même d’ailleurs le premier surpris ! Un des disques français majeurs de ce premier trimestre, rien de moins…

 

LeBoucherSlave

8,5/10
 

Fractal Gates band promo pic 2013

NOTE DE L'AUTEUR : 8 / 10



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