Hangman’s Chair (+ Emptiness + Author & Punisher) – Paris, Trabendo – 08/04/22

Il semble que ce vendredi soir, même les éléments sont alignés sur la froideur (musicale) ambiante. La date du 8 avril a beau annoncer le printemps, la neige s’abat sur Paris ce soir, et les premiers occupants arrivant lentement au Trabendo semblent transis. Tête d’affiche de la soirée, Hangman’s Chair célèbre sur ses terres franciliennes la sortie du superbe A Loner, accompagné des Belges d’Emptiness et du one-man band Author & Punisher.

Emptiness 

 

Le début de soirée, avec des rangs encore clairsemés, se fait dans l’obscurité, mais cela ne semble pas être un oubli de la technique. Les quatre musiciens s’avancent dans la pénombre, tête baissée, et se lancent sans préambule dans un fracas (extrêmement) vrombissant à l’effet dérangeant. Emptiness, qui comme son nom l’indique, traite de thématiques existentielles aussi noires que l’éclairage ambiant, propose un cocktail obscur et mélancolique entre death, gothique et misery pop saupoudré de black metal sur quelques passages furtifs mais appuyés. Les compositions sont plutôt variées, passant du groove lent et lugubre à de plus grosses attaques, en passant par des moments plus enlevés lorgnant vers la pop. Dans ces pérégrinations, les ruptures de rythme et multiplication des sections au sein de certains morceaux rendent l’ensemble pesant voire déconcertant, accentuant la noirceur palpable se dégageant du combo.

Le fil conducteur est surtout le chant caverneux du vocaliste – bassiste Jérémie Bézier, souvent sur le même registre d’outre-tombe mais malheureusement peu audible, parlant parfois, et surprenant au chant plus clair pour servir la gravité dark lounge de l’ultime morceau « Le Mal Est Chez Lui ».

On retrouve clairement une belle réalisation technique pour le groupe, qui aurait pu être davantage perceptible et mise en avant ce soir si le groupe n’avait pas été malheureusement victime d’un gros problème de réglage du son. Les deux guitares se retrouvent à peine audibles sous l’impact exagéré de la basse et de la batterie, qui fait vibrer le sol de la fosse et contribue, il faut l’admettre, au côté malsain et sombre du set des Belges. Il faudra retrouver Emptiness dans des conditions techniques plus favorables afin de profiter pleinement de la richesse de ses compositions.

 

Setlist Emptiness :

Go and Hope
Nothing But the Whole
Behind the Curtain
It Might Be
Ever
Not Enough
Ce Beau Visage qui Brûle
Le Mal Est Chez Lui

Author & Punisher 

 

Covid oblige, le groupe Crown a dû annuler sa présence ce soir, remplacé au pied levé par Author & Punisher, le projet de l’Américain Tristan Shone. Également ingénieur mécanique, ce dernier a conçu lui-même, à partir de matières premières et de circuits électroniques open source, des machines singulières qui font sensation sur scène ce soir dès leur installation, par leur allure rappelant autant du matériel d’armement militaire, des tables de platines ou de lourds synthés au visuel aussi industriel que le son qu’elles produisent. Une chose est sûre, ces machines « tuent les fascistes », peut-on lire sur l’avant de l’engin.

Le côté futuriste va se confirmer dès le début du set, avec les lights et l’approche sonore du duo – Shone étant accompagné à la guitare de l’agile Douglas Sabolick (Ecstatic Vision). Le public est plus dense ce soir et semble apprécier dès la première seconde le set lourd et intense proposé par Author & Punisher. Le son metal indus et électro des engins maniés par le maître de cérémonie façon robocop est agrémenté de lignes mélodiques partagées entre le chant de Tristan Shone et le côté sludge apporté par la contribution du guitariste. Les tonalités ambiantes, lentes et intenses, sont déclinées dans des compositions vraiment intéressantes, le point d’orgue du set étant une superbe reprise de Portishead (« Glorybox »). Les impacts de batterie et les grosses basses indus, façon artillerie lourde, sont décuplées par l’impact porté physiquement par le musicien / ingénieur qui actionne les commandes de la main droite. À grands coups de reverb, de vrombissement motorisé, d’harmonies vocales et de voix samplées, le duo très expressif impose avec facilité une ambiance tout en lourdeur, dans les registres bas, emportant l’adhésion du public du Trabendo qui headbangue gravement en rythme et l’ovationne chaleureusement.

Setlist Author & Punisher :

Drone Carrying Dread
Incinerator
Glorybox (Portishead cover)
Pharmacide
Maiden Star
Centurion

Hangman’s Chair

 

Pas de scénographie particulière pour la tête d’affiche du soir, les instruments étant posés directement sur scène, devant les murs d’enceintes. L’arrivée de Hangman’s Chair se fait sobre également, le combo affichant de larges sourires et entrant directement dans le vif du sujet, comme à son habitude. Quelques secondes suffisent pour apprécier un son enfin bien réglé, ce qui lève immédiatement les inquiétudes qu’on avait pu avoir avec le début de soirée plutôt noyé dans un excès de basses. L’entame du set est composée d’un enchaînement de quatre morceaux issus du dernier opus A Loner. Réservant des moments de grâce et des temps tout en puissance réverbérée, les boucles de guitare caractéristiques de Julien Chanut s’imposent rapidement avec leur caractère entêtant.

Du metal teinté de lourdeur sourde (« Ode to Breakdown »), plus mélodique et groovy (« Cold and Distant »), jusqu’aux notes plus délicates (« Storm Resounds »), tous ces morceaux passent très bien et semblent déjà connus des fans. Le batteur et principal compositeur Mehdi Thépegnier chante, les musiciens vivent la musique, bougent et même s’ils ne communiquent pas verbalement avec la foule désormais compacte, transmettent une énergie contagieuse, s’agitant de concert et tendant les bras vers le public qui le leur rend bien.

S’ensuit un énorme enchaînement de trois titres issus de l’album Banlieue Triste placés en milieu de set, sorte d’apothéose et belle claque tellement ces morceaux cristallisent toute la force désormais posée du combo, au sommet de sa puissance et de sa maîtrise. Le superbe hymne groovy « Naïve », l’outro très metal de « Sleep Juice » et l’énorme conclusion en boucle hypnotique de la percussive 04/09/16 semblaient attendus par nombre de fans, qui d’ailleurs reprennent les paroles en chœur avec Cédric Toufouti mais aussi tous les musiciens qui donnent de la voix ce soir, le bassiste Clément Hanvic incitant d’ailleurs le public à les suivre.

Issu du même album iconique, « Dripping Low » et son outro exceptionnelle de lourdeur fera bouger encore plus les cervicales du public entraîné par les mouvements coordonnées des musiciens sur scène. L’unique incursion dans des sorties plus anciennes sera (ça ne s’invente pas) le titre « Flashback », issu de This Is Not Supposed to Be Positive (2015). La lenteur du début se mue en variations de rythmes pour une plongée dans des tréfonds de groove mélancolique.

Cédric Toufouti signe une belle performance vocale ce soir, sur les anciens titres comme sur les nouveaux : son chant poignant, clairement audible et bien mixé, s’envole de concert avec les guitares pour des moments comme suspendus dans la beauté existentielle, intense et bouillonnante des deux extraits de A Loner concluant le set, « Second Wind » et le morceau-fleuve « A Thousand Miles Away ».

Le Trabendo semble transporté, en pleine communion avec le quatuor qui signe une prestation impeccable ce soir. On comprend donc les murmures de déception mêlée d’incrédulité s’élevant de la fosse quand le groupe salue puis quitte la scène de façon assez abrupte, sans pouvoir donner de rappel en raison de l’heure tardive. Une belle soirée s’achève ici, avec un sentiment général dénotant avec les thématiques déclinées par Hangman’s Chair, à savoir la tentation de l’auto destruction, le deuil et l’isolement. Car finalement le public, conquis ce soir, a pu combattre cette solitude et s’abandonner complètement dans la musique, plus que jamais cathartique et source de moments de pure intensité.

Crédit photos : Arnaud Dionisio 2022. Toute reproduction interdite sans autorisation du photographe. 



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