Rammstein – Zeit

Un nouvel album de Rammstein, c’est comme du bon vin, on prend le temps de le déguster, de l’analyser et de l’apprécier. Ce fut donc le parti pris à La Grosse Radio de vous offrir une chronique plus détaillée, qui prend le temps. Ce temps qui est au centre de cet album intitulé Zeit sorti depuis le 29 avril. Après un opus éponyme très attendu mais pas forcément révolutionnaire et fort d’une discographie fournie et de qualité, le groupe se devait donc de frapper fort, une caractéristique qui se retrouve souvent dans les compositions.

On peut utiliser une métaphore viticole pour parler de Rammstein mais depuis quelques années, le groupe semble imiter les itérations de Windows puisque un album sur deux est de qualité. En effet, après le superbe Reise, Reise, sortait le plus convenu Rosenrot (certes composés de morceaux rejetés) pour ensuite mettre une belle claque avec Liebe ist für alle da et faire retomber un peu le soufflé avec Rammstein. Aucune exception à la règle aujourd’hui, Zeit est d’excellente facture, et ce pour deux raisons notamment : les références au passé et au futur. Ce qui est logique, puisque « Zeit » veut dire « temps ».

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Photo : Bryan Adams. Droits réservés.

A la première écoute, on pourrait penser que Rammstein s’est contenté de faire du Rammstein en reprenant notamment pas mal de gimmicks de Mutter. Les couplets et les refrains de « Zeit », les paroles et le rythme de « Meine Tränen » et la reprise du thème de « Armee der Tristen » font penser au morceau éponyme de l’un des meilleurs albums du groupe, « Schwarz » sonne assez « Sonne » et le titre « Giftig » est scandé un peu à la manière de « Zwitter ». « OK » quant à lui évoque assez « Links 2 3 4 » voire « Sehnsucht ». Alors bien sûr, en presque trente ans d’existence, les Allemands ne vont pas révolutionner leur art, mais ils se servent finalement ici de leurs caractéristiques comme des traceurs et des bases pour développer d’autres idées.

On avait peur que Rammstein se répète et perde sa créativité. Zeit montre aux détracteurs du groupe qu’il est toujours là et fait même preuve de fraîcheur. Dès le premier morceau, « Armee der Tristen », qui reste la plus grande réussite de l’album, on est dans une atmosphère assez synth pop proche de Depeche Mode avec un énorme travail de Flake aux claviers avec des arpégiateurs et des pads très présents. Autre grosse surprise, le morceau « Dicke Titten » qui démarre avec un orchestre folklorique. Un peu dommage que le thème développé ne soit pas repris dans le riff principal. Les innovations sont au service de l’atmosphère et de l’implicite. Comment ne pas rire lorsque « OK » démarre avec ces chœurs féminins qui nous expliquent ce que veulent dire les initiales OK pour le groupe. Il est assez cocasse d’entendre une mélodie proche d’un chant de messe parler d’amour sans capote (« Ohne Kondom« ).

Même Till succombe à la modernité avec l’usage de l’autotune. Discret sur « Giftig » et plus présent sur « Lügen », il est utilisé à bon escient. En effet, quoi de mieux qu’utiliser l’effet mensonger le plus présent dans la musique actuelle, pour parler de mensonges (« Lügen« ). Rammstein a clairement travaillé l’intrication entre musique et paroles. On pourrait presque parler de concept album tant le temps est présent dans l’opus.

Les textes nous montrent que le groupe a vieilli. Et comme le bon vin, c’est tant mieux. Till semble usé par le temps, empreint de nostalgie (« Sehnsucht« ) sur Zeit, et montre même une facette touchante et profondément humaine. Cet aspect déjà développé sur « Puppe », se retrouve dans le très profond « Meine Tränen ». Le groupe n’a pas son pareil pour nous raconter l’histoire de personnages qui vivent sous nos yeux, ou plutôt à nos oreilles, à mesure que la chanson se déroule. Ces hommes, contés par Till Lindemann, attirent la sympathie, même lorsque le personnage de « Dicke Titten », qui n’a pas connu l’amour et reste seul depuis longtemps, ne veut qu’une femme aux gros seins. Portrait d’un homme résigné, que l’on retrouve sur « Meine Tränen » avec un complexe d’Œdipe et une mère aussi possessive que celle de Norman Bates. Le temps passe et marque les hommes et la société. L’humain décrépit et fuit la situation dans la chirurgie esthétique dans le morceau très parodique « Zick Zack ». Le groupe retrouve son côté ironique déjà développé dans le passé sur « Ausländer » ou « Pussy ». Toujours aussi incisif qu’un scalpel, Rammstein nous met face à nos défauts. Face à nos peurs également : en utilisant la métaphore d’un jeu d’enfant, « Angst » dénonce notre méfiance de l’autre nourrie par les médias et la société.

Le groupe continue de fédérer autour d’une communauté en s’adressant directement à ses fans pour constituer une famille. Le morceau d’ouverture « Armee der Tristen » est une injonction à se rassembler pour partager nos peines, comme une sorte de guide pour écouter l’album. Et pour clôturer cette introspection, « Adieu » semble sonner comme la fin du groupe mais on remarquera que dans le refrain, Till nous dit « good-bye, auf Wiedersehen ». Le groupe ne ferme donc pas la porte.

Ces textes puissants devaient être portés par un interprète d’exception : Till Lindemann. Le temps qui passe se ressent dans son chant, mais il donne pleinement vie aux personnages qu’il incarne, chuchotant à l’oreille de l’auditeur dans « Lügen », hurlant sa rage dans « Angst ». Il est clairement le véhicule des émotions des paroles.

Mais tout cela ne serait rien sans la formation instrumentale qui l’accompagne. Chaque membre a son rôle : de Christophe Schneider avec son jeu de batterie hyper carré et martial qui martèle sa caisse claire comme un tambour de guerre, à la section rythmique d’Oliver RiedelPaul Landers et Richard Z Kruspe, permettant de créer un tissu sonore puissant lors des riffs. Le grand gagnant et maître d’orchestre des atmosphères est bien sûr Christian Lorenz. Le « docteur » souvent ridiculisé en live est nécessaire pour accompagner de façon précise les paroles. Beaucoup plus en avant que dans certaines compositions du groupe, son piano hanté, sonnant comme celui de Steven Wilson, a un rôle important dans « Adieu » ou « Zeit ». Le groupe a clairement trouvé un équilibre entre la batterie, qui assure les fondations de la maison, les guitares qui structurent le son, et les claviers qui décorent.

Rammstein, Zeit, Till Lindemann, Richard Z Kruspe, Oliver Riedel, Flake, Paul Lander, Christoph Schneider

Il aura fallu attendre seulement trois ans pour écouter ce nouvel opus de Rammstein et l’œuvre est indéniablement réussie. En mêlant ses racines et une volonté d’aller de l’avant, l’album porte bien son nom. Il est inscrit dans le temps passé du groupe, le présent et l’avenir. Espérons que le dernier titre « Adieu » ne soit qu’une énième plaisanterie et que les Allemands continuent sur leur lancée, en cassant cette malédiction d’un album sur deux médiocre commencée après Reise, Reise.

Et puisque Rammstein est un groupe profondément visuel, il faut absolument découvrir les nouveaux morceaux en live et les concerts du 8 et 9 juillet à Lyon seront l’occasion de vivre une nouvelle expérience.

L’album Zeit est sorti le 29 avril dernier sur le label Universal Music.

Crédit photo : Lionel / Born 666, toute reproduction sans autorisation du photographe est interdite.

Tracklist

01. Armee Der Tristen
02. Zeit
03. Schwarz
04. Giftig
05. Zick Zack
06. Ok
07. Meine Tränen
08. Angst
09. Dicke Titten
10. Lügen
11. Adieu

Rammstein, Zeit, Till Lindemann, Richard Z Kruspe, Oliver Riedel, Flake, Paul Lander, Christoph Schneider

NOTE DE L'AUTEUR : 9 / 10



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