Entretien avec Maxime Guillemain, leader de Dawohl

Il y a huit ans, nous vous parlions du premier EP de Dawohl, formation prometteuse issue de la scène death metal de Mulhouse. Aujourd’hui, le combo est de retour avec un line-up remanié entièrement à l’exception de son frontman et vocaliste, Maxime Guillemain. Ce dernier nous a accordé un entretien pour revenir sur le concept développé sur Leviathan, le premier album de Dawohl, qui confirme tous les espoirs que nous pouvions placer en ce groupe.

Bonjour Max et merci de nous accorder cet entretien pour la Grosse Radio. Leviathan est sorti à la fin du mois d’avril. Il s’agit de votre premier album, votre précédent EP datant déjà de 2014. Pourtant le groupe est bien différent et la musique également. Après une telle attente, as-tu songé à sortir ces nouvelles compositions sous un autre nom que Dawohl ?

Ave, merci à toi de nous offrir cette tribune. Le groupe a énormément évolué dans son line-up mais les racines et la direction musicale sont dans la complète continuité de ce que l’on avait déjà produit. Certains morceaux de l’album datent d’ailleurs de cette époque. J’ai très rapidement écarté l’idée de changer de nom, pour la suite ce sera similaire : une évolution musicale mais qui est juste la suite logique de ce que Dawohl a déjà posé comme base.

 

Quel regard portes-tu aujourd’hui sur ce premier EP, Protestas Ratio Justitia ? Y a-t-il des choses que tu ferais différemment aujourd’hui ?

Comme l’album, l’EP a été le fruit d’énormément de travail et de réflexion et je suis très heureux que ces efforts aient abouti à un EP dont je suis encore très fier et dont je ne voudrais rien changer. Je crois que c’est l’une des rares fois où cela a pu m’arriver et c’est cela que j’ai voulu réitérer pour Leviathan.

Dans le livret de l’album, sous les crédits, tu es notifié comme étant le fondateur du groupe. En quoi est-ce important pour toi de revendiquer la paternité de Dawohl ?

Mon rôle dépasse celui de vocaliste. Dawohl c’est la concrétisation de toutes mes obsessions musicales et graphiques, j’ai un rapport très personnel avec Dawohl. Dès le début, j’ai donné le cap à partir duquel les différents musiciens ont pu s’exprimer. Je ne voulais pas d’un groupe avec le fameux “chacun ramène ses influences” qui ne donne rien de cohérent ni d’intéressant, c’est en sachant là où on veut aller que l’on arrive à quelque chose et c’est mon rôle dans la formation.

 

Parlons un peu de Leviathan. Le concept de l’album s’inspire de l’ouvrage du même nom écrit par Thomas Hobbes et publié en 1651. Peux-tu nous dire ce qui t’as séduit dans les écrits de Hobbes ?

Hobbes n’est que l’une des multiples sources d’inspiration que j’ai pu injecter ici, mais son concept du Leviathan combiné à une dystopie totalitaire a été extrêmement fondamental dans l’identité que je voulais apporter à cet univers. Une entité supérieure qui est la somme des individus la composant et qui auraient des droits et pouvoirs supérieurs à ceux-ci (le monopole de la violence légitime notamment). Je trouve ça extrêmement pertinent et vertigineux. Mon but a été de pousser cette idée dans ses retranchements en s’adossant à une idéologie reposant sur l’eugénisme et le transhumanisme (dont l’inspiration majeure est “Brave New World” d’Aldous Huxley) couplé avec une idolâtrie de cet être supérieur immatériel (qui n’est rien d’autre que l’Etat).

Quel est le lien selon toi entre cette oeuvre de l’époque moderne avec l’artwork que vous avez choisi pour l’album ? Il semble contenir de nombreux symboles et fourmille de détails.

L’oeuvre représente le Leviathan, symbolisé ici par un oeil surplombant toute la scène mais dont l’incarnation réelle n’est que les bâtiments oppressants et majestueux qui viennent écraser de par leur côté massif la scène en contrebas. Sur cette dernière, on voit une silhouette humaine difforme qui est en réalité une création de cet être, n’étant la que pour servir les desseins de celui-ci. Il s’agit d’un élément que je traite dans l’album en décrivant comment et pourquoi l’individu est conditionné mentalement et physiquement à une tâche qui lui est propre.

 

Alors que le premier EP s’inscrivait dans un héritage plutôt tiré de l’Antiquité romaine, pourquoi avoir choisi une telle oeuvre pour ce premier album ? Cet héritage lié à l’Antiquité romaine se retrouve néanmoins sur le premier titre instrumental de l’album, « Canticum Belli », ce qui signifie en latin le « Chant de la Guerre ». De même, on retrouve cette imagerie à travers les glaives visibles sur la galette. Le but était-il de faire une passerelle entre l’ancien et le nouveau Dawohl ?

En réalité l’EP parlait déjà de ce même univers, la filiation à l’Antiquité romaine est en réalité assez naturelle pour ce type d’univers. Historiquement, l’imagerie et le symbolisme de l’Empire romain ont été réutilisés par de nombreux régimes totalitaires. De nombreux principes politiques extrêmes ou de mécanismes d’oppression trouvent leurs racines dans cette période. L’EP traite justement de ces mécanismes qui trouvent encore parfaitement leur place dans un univers plus moderne. L’EP était donc plus sur l’aspect politique, l’album lui traite d’autres mécanismes d’oppressions notamment scientifiques, mais une s’agit donc bien d’une continuité.

Pour cet album, on retrouve Eloi Nicod (The Scalar Process) et Thomas Hennequin (Ritualization) au sein du line up. Il y a également Secthdamon (Emperor, Zyklon) en guest. Pour le précédent EP, tu avais fait jouer Mathieu Merklen (Mercyless), Kevin Foley (Benighted) et même Max Otero en guest (Mercyless). C’est l’une des signatures de Dawohl d’effectuer ces collaborations ou bien les choses se font-elles de manière naturelle, sans trop y réfléchir ?

Tout s’est fait de façon très naturelle pour chacun d’entre eux. Plus j’avance plus je me rends compte que l’on est dans un microcosme où l’on se connaît tous plus ou moins, avant de travailler avec Thomas j’ai par exemple fait un remplacement dans l’un de ses autres groupes (Grist), les Mercyless répétaient dans les mêmes studios que nous etc… Le seul que je suis allé démarcher de but en blanc, c’est Secthdamon à qui j’ai simplement proposé de venir chanter avec moi sur un titre car son travail m’avait beaucoup inspiré et que c’était un vrai fantasme de fan. Le résultat est fabuleux, et cela apporte musicalement quelque chose à l’album. J’avoue ne pas apprécier la multiplication des guests sur une œuvre si cela n’apporte rien artistiquement …

 

Eloi Nicod a un jeu de guitare très technique au sein de son projet, The Scalar Process, et l’on retrouve ici un style beaucoup plus chaotique et brut dans Dawohl. Quelles consignes lui as-tu données ? A-t-il également participé à la composition ?

Du côté de Dawohl, la technique est beaucoup moins explicitement visible c’est sûr. La difficulté va surtout se retrouver sur la vitesse, l’endurance et la précision du jeu. Sur ces points, il a pu donner le meilleur de lui-même et la puissance de la production a bénéficié de cela. Eloi n’a pas directement participé à la composition ça a été plus de petites touches, ajustement et suggestions pour servir le morceau qui était déjà bien avancé à la base.

L’album dure 28 minutes, ce qui est finalement assez court pour les années 2020, mais était plutôt courant dans les années 80/90. Je pense notamment à Abject Offering ou Reign In Blood qui sont probablement des albums de référence pour toi. N’as-tu pas peur de frustrer les personnes qui découvrent Dawohl en proposant un album aussi court ?

C’est clair que les albums courts sont de plus en plus rares ce qui me dérange pas mal, même en étant fan du genre, cela est souvent épuisant, redondant ou monolithique. Je préfère que l’on se concentre sur la qualité plutôt que la quantité, mais aussi que chacun des morceaux apporte quelque chose à la construction de l’album en général… pas de redite et pas de morceaux bouche trou.

 

On l’a dit précédemment, Mercyless est une référence pour toi, qui a notamment pu faire intervenir deux de ses membres sur l’EP précédent. Cette fois-ci, tu reprends leur titre « I Vomit This World » (tiré d’Unholy Black Splendor). Comment ton choix s’est porté sur ce titre en particulier ?

C’est un groupe qui m’a marqué en tant que Mulhousien, c’est exceptionnel de voir ce qu’ils ont pu accomplir et cela nous a donné l’envie de proposer une musique et une production qui s’autorise à être ambitieuse. Pour le choix du titre on a pas mal essayé de choses et au final c’était celle qui nous paraissait être la plus intéressante pour une transposition plus brutale et à la sauce Dawohl, avec son côté très frontal qui nous parlait bien. Lors de l’enregistrement ça a été un vrai plaisir du coup.

 

Merci à toi pour tes réponses. Avant de nous laisser, peux-tu nous dire quels sont les projets à venir pour Dawolh ? Tourner pour défendre l’album ? Commencer à composer la suite ?

Nous travaillons actuellement sur un vidéoclip qui nous demande pas mal de travail pour sortir des sentiers battus. Autrement nous bossons aussi un set live pour défendre l’album sur scène très très bientôt. Nous avons déjà des pistes pour la composition avec une volonté d’évolution du style d’ailleurs.

 

 

Interview réalisée par mail en avril 2022
Leviathan de Dawohl est d’ores et déjà disponible chez Dolorem Records



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