Sepultura au Hellfest : la fúria do Brasil

Sepultura - Week-end 1 - Altar - Samedi 18 juin - 21h35

Nul étonnement à ce que l'Altar soit blindée ce samedi soir au Hellfest : les patrons du metal brésilien sont à Clisson pour défendre leur metal thrash, groove et bien plus encore. Et inutile de le dire, ça va être la guerre dans la fosse.

L'excitation est palpable sous la tente dédiée aux musiques les plus extrêmes du Hellfest. Alors que le set d'Ensiferum s'achève sous la Temple, la scène voisine, l'Altar est déjà quasiment pleine – d'ailleurs, en milieu de concert, même la Temple sera en bonne partie remplie par les nombreux aficionados de Sepultura, et certains témoignages affirment que le public s’étendra jusqu’à plusieurs dizaines de mètres en dehors des tentes.

Une bande-son fait patienter l'auditoire en lui faisant découvrir d'autres groupes de metal du cru. "On dirait du Trust, en bon et en brésilien", glisse l’un de nos camarades de La Grosse Radio. Puis l'ambiance change, des percussions enregistrées se font entendre pour accompagner une musique tribale tandis que le quatuor monte sur scène. Avant même de commencer, le chanteur Derrick Green exhorte la foule à manifester violemment son enthousiasme. Ladite foule n'attendait que ça, et un pogo monstre daigne à peine attendre les premiers accords pour éclater et s'étendre immédiatement jusqu'aux retours sur les côtés de la scène, d’habitude des zones moins chahutées. Manifestement, le groupe est là pour en découdre, mais le public aussi.

Le début du set est une explosion d'agressivité ouverte par « Arise », issu de l’album éponyme des premières années du groupe. La batterie d’Eloy Casagrande est punitive tandis que Derrick Green, seul membre américain du combo, vocifère sa rage d'un ton sans vraiment de nuance mais avec une rage qui ne laisse pas de marbre.

Dès le deuxième morceau, les stage divings attaquent. Des moshpits secondaires éclatent, rompant parfois la fine ligne de spectateurs moins enragés qui les séparent du pit principal.

Sepultura au Hellfest
Sepultura au Hellfest. Photo : Tetralens

Malgré le déferlement de violence, le son reste tout de même correct techniquement après les habituels aléas de début de set, et il est on ne peut plus massif. Les musiciens assurent leurs parties sans faiblir. Le chanteur pousse des cris surhumains, et si initialement il est issu du hardcore, il a parfaitement su apporter sa patte à la musique des Sud-américains. Le guitariste Andreas Kisser assure les riffs tranchants tout en multipliant les soli avec style. Si le bassiste Paulo Jr assure des rythmiques implacables, c’est probablement le jeune batteur Eloy Casagrande qui impressionne le plus. A à peine trente ans, soit une vingtaine d’années de moins que ses camarades, son jeu est monstrueux, au point de parfois presque écraser la guitare même sur un solo, et il ne laisse aucun répit à qui que ce soit.

Avant le troisième titre, le chanteur explique « Hellfest, on va jouer beaucoup de chansons ce soir et ça va être l’occasion d’explorer l’histoire de Sepultura. Maintenant, c’est un morceau de Quadra, "Means to an End" ». De nouveau, la monstruosité de la batterie se fait entendre, pas spécialement rapide mais écrasant tout sur son passage, et ce titre, comme les trois autres issus du dernier album, passe très bien l’épreuve du live.

Après un trio introductif destructeur, le groupe commence à sortir des morceaux qui, s'ils restent massifs et enragés, comportent un peu plus de nuances. Le chanteur n’a pas menti, l’histoire du groupe est bien revisitée, même si en réalité l’accent est mis sur les décennies 1990 et 2010, les trois premiers opus et le milieu de carrière passant allègrement à la trappe. Cela donne l’occasion de monter que si Sepultura s’est imposé comme un groupe incontournable du thrash et du groove metal, il incorpore bien d’autres influences.

Ainsi, « Capital Enslavement » est assez groovy et donne un côté assez dansant. Il comporte des parties de claviers et de percussions pré enregistrées, ce qu'on peut regretter - mais pour voir du berimbau en live chez Sepultura, il faut avoir connu l'ère fondatrice des frères Cavalera.

Sepultura au Hellfest
Sepultura au Hellfest. Photo : Tetralens

D’autres morceaux restent imposants tout en ralentissant le rythme, donnant encore plus d’ampleur au jeu du quatuor, se faisant parfois presque contemplatifs (« Machine Messiah »). « Guardians of Earth » vient apporter une introduction à la guitare acoustique, charriant une émotion qui, étrangement, ne dépareille pas dans ce set à l’efficacité implacable.

Au milieu de ce déchaînement, on note des jeux de lumières intéressants, avec de grandes plages de vert - assez logique pour des Brésiliens, qui plus est qui portent depuis longtemps la défense de la forêt amazonienne parmi leurs revendications. C’est d’ailleurs l’objet de « Guardians of Earth », et la chanson prend un tour encore plus politique quand le guitariste la dédie à l’anthropologue brésilien Bruno Araujo Pereira et au journaliste britannique Dom Phillips, tous deux assassinés en début de printemps alors qu’ils travaillaient auprès des peuples indigènes d’Amazonie.

Le concert se poursuit ainsi sans faiblir, que ce soit du côté des musiciens ou du public, que le chanteur harangue d’ailleurs régulièrement. La fin du concert approche, et c’est un véritable feu d’artifice qui voit encore la température augmenter de quelques degrés, avec un triplé (et une belle allitération en « R ») « Refuse / Resist », « Ratamahatta » et le culte « Roots Bloody Roots », sur lesquels le public explose littéralement.

Si « Sepultura Do Brasil » est incontestablement le groupe phare de la scène brésilienne, le quatuor est tout simplement l’une des formations majeures du metal contemporain, tous continents confondus, et vient de le prouver avec fracas ce soir.

Setlist

Introduction enregistrée
Polícia  (chanson de Titãs)
Intro t
ribale

Arise
Territory
Means to an End
Capital Enslavement
Kairos
Guardians of Earth
Machine Messiah
Propaganda
Agony of Defeat
Refuse/Resist
Ratamahatta
Roots Bloody Roots

Photo : Tetralens. Reproduction interdite sans autorisation de la photographe.

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