Guns N Roses au Hellfest 2022 : À l’heure, mais pas assez en voix

Guns N Roses - Week-end 2 - Main Stage 1 - Samedi 25 juin - 21h55

Tête d'affiche de l'avant-dernier jour du festival, c'est un euphémisme de dire que les Guns sont attendus à Clisson. Même si forcément, avec Metallica le lendemain et Nine Inch Nails la veille il y a de la concurrence ! Dix ans depuis le dernier passage d'Axl et sa bande, avec  cette fois un line-up plus respectueux de ce qu'a été le groupe à la grande époque. Par rapport à 2012, on retrouve au sein de la formation Duff McKagan et Slash, pour un set de 2h30.

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Après une après-midi qui a vu le retour du soleil et de nombreux guitar heroes fouler les planches de la Main Stage 1, il fait encore largement jour lorsque le groupe s'apprête à entamer son set. Avec un temps de jeu aussi massif que celui réservé aux Guns N Roses, le début de concert est forcément super tôt. Lla scène est simple mais pas sobre. Le public a été pas mal habitué à des avancées de scène tout au long du festival, il n'y en a pas ce soir. Exit la grandiloquence mise en place pour Scorpions ou Ghost, ici on se contente d'un escalier central. La batterie est dessus à l'étage, avec les claviers à gauche et à droite. Naturellement, Axl et les guitaristes investissent surtout le bas de la scène, mobiles comme ils sont.

Le set commence sur "It's So Easy", Duff Mc Kagan est en double chant avec Axl sur les couplets et les premiers refrains. Il y a de l'énergie et c'est efficace, cela dit on sait très bien ce qui nous attend et tous les regards sont tournés vers Axl. Comment va-t-il s'en sortir sur les premières lignes aiguës qu'il doit assurer en solo ? C'est un ascenseur émotionnel qu'il nous réserve, avec une attaque poussive où il semble peu en voix quoique juste sur la note, pour finir beaucoup plus en forme sur les cris de fin du morceau. Voilà qui nous rassure, espérons que ce n'était qu'un tour de chauffe. En l’occurrence, l'enchaînement avec "Mr. Brownstone" se passe plutôt bien... mais "Welcome To The Jungle" nettement moins. La ligne aigüe est sans pitié avec la voix d'Axl, et même si on l'a connu nettement moins en forme que ce soir, le poids des ans se sent fortement. Le vocaliste se révèle néanmoins plus juste que ce que l'on pouvait craindre et si certaines notes sont douloureuses, elles sont bien là.

Ces trois premiers titres sont déjà l'occasion d'exploiter les écrans présents en fond de scène. On peut le dire, l'habillage est bariolé, associant couleurs vives avec spots lumineux, néons et parfois, paroles des refrains. Particulièrement sur "Welcome To The Jungle", où on retrouve le côté frénétique dépeint dans le titre. À l'image du fond de scène de Scorpions deux jours plus tôt, c'est assez kitsch, et après la claque scénique que Nine Inch Nails nous a réservé la veille, cette configuration paraît bien cheap.

Mais après tout, le rock passe avant tout par la musique, l'essentiel du spectacle est assuré par les musiciens. Enfin, au moins par ceux qui sont mobiles. En bas de l'estrade, Duff (quand une ligne de chant ne le force pas à rester statique devant son micro) et Richard Fortus autant qu'Axl et Slash bougent, se déplacent, prennent la pose ou répètent des mimiques ensemble. Rapidement, on ne prête plus attention aux écrans et on se focalise sur eux. En arrière plan, Mike Ferrer au fûts et Dizzy Reed sont assez peu communicatifs, c'est surtout Melissa Reese que l'on remarque. Elle joue l'essentiel des partitions de claviers, reléguant Dizzy à une position assez inutile, comme avec les anciens claviéristes. Selon les morceaux, on le voit sortir un tambourin ou d'autres percussions basiques, ou appuyer le jeu de Melissa.

Quelques accords étouffés reconnaissables entre mille, c'est "Back In Black" bien sûr. Car oui, même en festival, où les conditions ne permettent pas à Guns N' Roses de jouer un set complet, il ne saurait ne pas y avoir de reprises. Depuis le passage d'Axl dans AC/DC, le titre éponyme de l'album de rock le plus vendu de l'histoire est incontournable. Le groupe a aussi intégré "Slither" de Velvet Revolver (dans lequel s'étaient retrouvés Duff et Slash). Mais aussi "I Wanna Be Your Dog" des Stooges, chanté en solo par Duff le punk, exercice dans lequel il est particulièrement à l'aise, et qui donne à Axl une occasion d'aller reposer sa voix. Enfin, les incontournables et déjà repris en studio "Live And Let Die" des Wings et "Knocking On Heaven's Door" de Bob Dylan sont de la partie. Ce dernier est d'ailleurs introduit par l'air de "Only Women Bleed" du compatriote Alice Cooper, présent à l'affiche la veille. En plein rappel, c'est "Blackbird" des Beatles qui termine cette sélection de reprises, en introduction avant "Patience".

Si ces reprises sont disséminées tout au long du set, la majorité forment une pause, associées à quatre titres moins attendus du répertoire du groupe : les vieux "Reckless Life" et "Shadow Of Your Love" et les beaucoup plus récents "Absurd" et "Hard Skool". Le retour aux affaires sérieuses avec "Rocket Queen" n'en est que plus jouissif. Certes, Axl est toujours limite, techniquement juste dans les aigus mais semblant constamment à bout de souffle. En revanche, côté musique on tient là un des titres les plus réussis de cette soirée. Le groove déjà entêtant qu'apporte la basse donne naturellement naissance à un passage très funk, à la faveur d'un détournement à la Talkbox du solo par Slash. Sur ce titre en particulier d'ailleurs, Slash et Richard enchainent les échanges de soli et on peut bien prendre la mesure de la différence de style entre eux. Le second a un jeu rapide, plutôt technique et use régulièrement du shred, quand Slash y va plus au feeling et avec des artifices. En sus de la Talkbox mentionnée, un bottleneck est évidemment de la partie. On se régale de cette longue partie instrumentale, dont le point noir reste le son de batterie, lourd et sans subtilités. L'enchaînement avec "You Could Be Mine", finisher mémorable de Use Your Illusion II, prolonge le plaisir. Le refrain trouve un certain écho dans le public.

L'intro de "Civil War" est réactualisée, Axl se permettant un "Some men.. like Putin... who just can't see". Il rappelle au passage la volonté politique affichée par le groupe, ou au moins dont il se revendique. La fin du set est assez classique avec "Better" en unique représentant de Chinese Democracy, on ne s'en plaindra pas. Slash se lâche dans des soli prolifiques qui semblent sans limites, s'adonne à des duels de guitares avec Richard et termine son solo jam dans l'intro de "Sweet Child O'Mine". On est clairement dans la journée des guitar heroes ! Axl est lui de plus en plus en difficulté vocalement, et "November Rain" comme "Night Train" ne seront pas épargnées.

Fin de set, les Guns N' Roses ont déjà effectué un long show, de presque deux heures. Le groupe quitte la scène et revient peu avant minuit pour attaquer le rappel. Surprise, c'est "Coma" qui le démarre ! Épique et intense, ce long titre refait bien monter la pression, les guitares hurlent. Le choix de ce titre peut être vu comme une nouvelle occasion de laisser reposer (un peu) la voix d'Axl. En tout cas, c'est la preuve qu'on a ce soir une setlist de particulièrement bonne qualité. Même réduite par rapport au reste de la tournée. "You're Crazy" est intercalé une dernière fois pour envoyer la purée entre "Patience" et l'hymne "Paradise City". Le sifflet utilisé au début du titre comme le micro finiront dans la foule. Le concert s'achève, et malgré tous ses défauts, quel show !

On relativisait avant le concert en se disant qu'avec plus de deux heures de show prévu, le groupe était large. Il pouvait, comme il y a dix ans à Bercy, se pointer avec 1h 30 de retard et quand-même jouer. Heureusement, Axl et ses acolytes ont été nettement plus ponctuels cette fois, et la setlist a été nettoyée de l'essentiel des titres de Chinese Democracy entre temps. Certains regrettent ce choix, mais sur un temps de jeu réduit (même si plus long que celui des autres têtes d'affiche), on préfère retrouver le plus possible de classiques d'Appetite et des Use Your Illusion. Richard qui semblait trop juste avant s'en sort aujourd'hui beaucoup mieux, et retrouver Slash et Duff reste un plaisir. Axl est presque redevenu le showman qu'il fut il y a longtemps, mais sa voix reste toujours le point noir. Il y a des moments, voire des titres entiers où elle est correcte, fatiguée et essoufflée mais néanmoins juste. Axl nous fait alors oublier le souvenir douloureux de Bercy 2012. Mais trop souvent sa voix n'atteint pas (ou plus) ce minimum-là, et c'est bien dommage.

Setlist

It's So Easy
Mr Brownstone
Welcome To The Jungle
Back In Black
Slither
Hard Skool
Reckless Life
Live And Let Die
Shadow Of Your Love
Rocket Queen
You Could Be Mine

I Wanna Be Your Dog
Absurd
Civil War
Better
Slash guitar solo/jam
Sweet Child O Mine
November Rain
Knocking On Heaven's Door
Night Train

Rappel

Coma
Blackbird
Patience
You're Crazy
Paradise City

 

Photos : Child In Time. Reproduction interdite sans l'autorisation de la photographe



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