Nine Inch Nails au Hellfest 2022 : L’expérience musicale du festival

Nine Inch Nails - Week-end 2 – Vendredi 24 juin – Mainstage 1 – 23h15

Aux alentours de 23h, c’est enfin l’heure du passage de la tête d’affiche de la journée. Un groupe peut-être moins attendu par les purs fans de metal, mais un groupe qui n’en reste pas moins mythique. Car oui, Nine Inch Nails, le groupe légendaire américain de rock industriel débarque enfin sur les terres de Clisson ce vendredi. Live-report d’un des concerts qui aura définitivement marqué l’édition de son empreinte.

Le groupe de Trent Reznor était d’ailleurs particulièrement attendu à Clisson, et souvent approché par l’équipe de Ben Barbaud. Il semblait en effet que Trent avait décidé de bouder les festivals typés metal. Ce n’est donc plus le cas et on ne peut que se ravir d’avoir la chance d’assister à ce show ce vendredi soir. C’est d’ailleurs une date en exclusivité sur le continent européen pour les festivals d’été (le groupe ayant fait deux dates quelques jours avant dans des stades en Angleterre).

D’ailleurs comme par magie, la pluie se dissipe alors que le groupe fait son entrée sur scène avec le morceau… Tout de suite, on voit que le groupe mise beaucoup sur les effets de lumières et le lightshow. Une énorme production semble avoir été installée sur la scène de la Mainstage. Sans aucun doute la production la plus ambitieuse en termes de son et lumière. La production du Hellfest prendra d’ailleurs un certain temps à tout enlever après le set des Américains.

Sur la première chanson, « Mr. Self Destruct », les jeux de lumières sont à la limite de l’épileptique à certains moments. Notons d’ailleurs que Nine Inch Nails jouera pour notre plus grand plaisir sept morceaux issus de son album The Downward Spiral (1994). Sûrement l'un de ses meilleurs selon les critiques, même si tout cela reste forcément subjectif.

Ambiance HF 2022

On ressent tout de suite une harmonie entre la lumière, le rythme et les sonorités parfois dissonantes de la chanson. On ne peut distinguer le groupe qu’à certains moments bien précis. On aperçoit dans le plus grand mystère la figure de Trent Reznor. Avec des effets de fumées tout aussi remarquables, le frontman semble être entouré d’une aura bien particulière.

Le groupe ne tergiverse d’ailleurs pas en enchainant avec peut-être son plus grand classique. « Wish », une chanson très rock avec son riff emblématique et sa rythmique tranchante à la batterie. Ce qui permet de mettre en avant les qualités des musiciens présents sur scène. Ces derniers sont tout comme Trent, pleinement concentrés dans leur jeu et l’exécution de leur performance. Le tout est sublimé par des effets stroboscopiques (des clignotements lumineux frénétiques). Sur la chanson suivante « Last », on sent même Trent transcendé par les paroles de sa chanson. Ce qui permet de transporter pleinement le public dans l’univers de NIN.

On note aussi que le groupe ne fait pas qu’une simple copie de ses enregistrements studios. C’est le cas notamment de la cultissime chanson « March of the Pigs ». Les riffs bien tranchants laissent place à des sonorités électro prenantes et tourbillonnantes. Puis quelques secondes plus aériennes et des notes de piano et des paroles très mélodiques apportent de la douceur à la chanson. Notamment avec ces paroles chantées par Trent : « Now doesn’t that make you feel better ? ». Comme si la violence entrainait en quelque sorte une sorte d’apaisement et de paix intérieure.

Nine Inch Nails drums

Tout au long du set, Nine Inch Nails joue sur les couleurs de la lumière. Chaque chanson a donc une ambiance scénique bien particulière. Sur le classique « Piggy », par exemple, la scène prend une couleur bleu violette qui s’inscrit parfaitement avec la chanson. Le riff de la basse nous prend littéralement aux tripes, alors que Trent en profite pour nous délivrer un solo de clavier assez délirant.

Certaines chansons se veulent cependant plus mélodiques, c’est le cas notamment de « Less Than », morceau plus récent tiré de l’EP Add Violence (2017). Le refrain joué en live est d’ailleurs beaucoup plus dansant que sur album. En effet le thème électronique est plus présent, ce qui permet à Trent et à la foule de se défouler et de sauter dans tous les sens. Alors qu’on est en même temps captivé par l’explosion de lumières multicolores sur la scène.

C’est maintenant l’heure d’un autre grand classique de Nine Inch Nails. Et pas des moindres car le groupe nous propose une véritable réadaptation live de « Sanctified ». L’intro emblématique à la basse est en effet remplacée par une intro électro très dansante avec des sonorités surprenantes, à la limite de l’exotique. Le tout dans une ambiance bleu foncé et rosée. On n’est pas loin de ressentir une véritable ambiance de club, alors qu’on est quand même dans une configuration de festival en plein air !

Parlons d’ailleurs des écrans de la Mainstage. Ces derniers sont pleinement intégrés dans le show de Nine Inch Nails. Ils permettent de jouer sur l’ambiguïté, pleinement retranscrite dans la musique. Les écrans ne montrent en effet que certains plans de la scène et des musiciens, dans des couleurs en noir en blanc. Ce qui fait limite penser que ces derniers sont pris d’une sorte de transe.

L’ambiance change d’ailleurs littéralement par la suite avec la lugubre « The Wretched » et ses notes de piano dissonantes. Le jeu de lumière est à ce propos de toute beauté. On fait face à des rideaux bleus lumineux sur lesquels des rayons verts viennent interférer de manière très rapide, voire frénétique. La chanson se termine d’ailleurs sur des parties de guitare particulièrement épiques.

Changement de couleur encore, avec cette fois-ci des couleurs plus jaune orange pour « Heresy », et une scène qui s’illumine lorsque le morceau monte en puissance aux rythmes des guitares et des envolées de Trent Reznor.

Mais le titre qui nous marquera le plus après le live est définitivement le cultissime « Closer ». Un morceau à la fois très malsain dans les paroles, mais terriblement addictif et prenant. Avec une ambiance rouge, voire carrément sexualisée, Trent se réapproprie une nouvelle fois sa chanson. Il met d’autant plus en valeur les parties électro de la chanson. Sans compter que le mélange de lumière violette avec de la fumée est tout à fait saisissant. Ce qui renforce une nouvelle fois l’immersion dans le show.

Dans sa négociation avec le HellfestTrent a imposé la programmation de la mainstage 1 pour la journée. Ce qui explique pourquoi cette dernière était très orientée rock industriel. D’où la présence des pionniers du rock industriel Killing Joke, une des inspirations principales de Trent Reznor. Sans oublier Ministry ou encore certains des protégés de Trent Reznor, à savoir Youth Code, Nitzer Ebb et Health. D’ailleurs, comme à son habitude, Trent fait souvent appel à des guests de manière ponctuelle sur un ou deux morceaux pendant ses shows.

C’est donc logiquement avec Health que Nine Inch Nails va jouer sur scène sur le morceau « ISN’T EVERYONE ». Un morceau réalisé en featuring avec ce groupe de rock électronique indus californien qu’on a pu observer sur la même scène un peu plus tôt dans la journée. Ce morceau est d’ailleurs très ambiant et planant. Le refrain est particulièrement rempli d’émotions. Cerise sur le gateau, le morceau est joué pour la première fois en live. Ce qui procure un plaisir supplémentaire à son écoute.

Trent Reznor n’est d’ailleurs que très discret avec le public. Il n’interagit que deux fois pendant tout le show. Une fois pour faire part de sa joie d’être là, et de reconnaitre que le public est assez fou (« You guys are crazy motherfu***** »), et une autre fois pour rendre hommage aux autres musiciens présent. En particulier aux autres artistes de rock metal industriel qu’il a programmés sur la mainstage 1. Mais aussi à Alice Cooper, qui jouait juste avant lui.

Rappelons aussi que Trent, en plus d’être un musicien qui a révolutionné un genre musical, est aussi un producteur compositeur de grande envergure (Marilyn Manson, A Perfect Circle, Jane’s Addiction, Saul Williams…).Sans compter également ses Oscars remportés pour la meilleure bande son musicale aux côtés d'Atticus Ross (pour les films Social Network (2010) et Soul (2021)). Ce qui explique sans aucun doute cette performance scénique très cinématographique et surtout ambiante.

La fin du concert approche et Nine Inch Nails nous a gardé le meilleur pour la fin avec trois morceaux emblématiques de son répertoire. « The Hand That Feeds » nous interpelle avec une reinterpretation très éléctro. Surtout lors du refrain principal, particulièrement envoutant.

C’est aussi le cas de l’avant dernier-morceau « Head Like A Hole », très  captivant et  dynamique. Trent retrouve d’ailleurs sa nature primitive sur ce morceau. Sûrement le moment du set où il est le plus transcendé sur scène. Alors que le morceau prend fin, Trent jette sa guitare très haut au-dessus de lui, la laissant retomber sur le sol, comme si de rien était. Peut-être le moment le plus mémorable de tout le festival.

Il faut savoir que l’artiste américain a souvent eu des relations très éphémères avec ses instruments. Et pour cause, au début des années 2000, le prix des clavier Yamaha DX7s avait grimpé, car l’artiste avait pour habitude de casser ses claviers sur scène. Ce qui a rendu ce type de clavier extrêmement rare. Trent avait même dû poster une annonce pour en racheter d’occasion, car il n’en avait plus !

Pour finir, la dernière chanson “Hurt”, apporte cependant un retour au calme très mélodique. Une chanson qu’on sent chargée d’émotion. Alors que la chanson prend fin, la scène semble s’éteindre d’elle-même en harmonie avec la musique. Le groupe s’éclipse alors en toute discrétion. Sans artifice. Fidèle à son image.

S’il fallait conclure ce report, on pourrait tout simplement dire que Nine Inch Nails fait partie de ces groupes à voir au moins une fois dans sa vie. L’expérience de ce soir était vraiment singulière. Aussi visuelle que sonore, la performance du groupe répertoire était remarquable à tout point de vue. Et cela d’autant plus pour les festivaliers qui n’avaient jamais pu assister à la performance de Trent Reznor. Un groupe à voir (et revoir) sans hésitation et cela, même si vous n’êtes pas forcément friand du genre musical au premier abord. Quelle claque visuelle et musicale !

Setlist

Mr. Self Destruct
Wish
Last
March of the Pigs
Piggy
The Lovers
Reptile
Less Than
Letting You
Sanctified
The Frail
The Wretched
Heresy
Closer
Burn
ISN'T EVERYONE (live debut)
Gave Up
The Hand That Feeds
Head Like A Hole
Hurt

Crédits Photos :
Photo du groupe - Tetralens @Tetralens
Photo d'ambiance - Florentine Pautet

Reproduction interdite sans l'autorisation des photographes. 



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