Entretien avec Jabo de Numen au Hellfest 2022

A l'occasion du Hellfest 2022, nous devions rencontrer Numen après le set matinal du premier jour de festival. Une contrainte d'emploi du temps nous a finalement conduit à effectuer cet entretien à posteriori, par voie écrite. Nous y discutons avec le guitariste Jabo du dernier album, Iluntasune Besarkatu Nuen Betiko, et de l'expérience vécue au Hellfest.

Bonjour Jabo, pour les festivaliers qui ne vous connaissaient pas et qui vous ont peut-être découvert au Hellfest, comment présenteriez-vous votre musique ?

Numen est un groupe originaire du Pays Basque qui joue du black metal traditionnel chanté en euskera  ["basque" en basque, ndlr], une des plus vieilles langues d'Europe. La musique de Numen a ce côté brut et "dans ta face" du black, mais elle est aussi épique et ses influences multiples issues du folklore du pays Basque renvoient aux temps anciens et au sombre passé. Nous les invitons à découvrir notre musique, disponible sur bandcamp.

 

Comment c'était de vous retrouver sur scène au Hellfest?

Jabo: Jouer au Hellfest a été une expérience brutale que l'on n'oubliera jamais. C'est très difficile de décrire avec des mots ce que nous avons vécu sur scène, c'était un truc incroyable. Voir, sentir la tente de la Temple pleine de monde, la chaleur des gens... ça va être difficile de revivre quelque chose comme ça.

 

Le set d'une demi-heure a démarré sur les chapeaux de roue par l'intro de Basoaren, avant de finir sur une note beaucoup plus épique avec "Belearen" de Numen. Quels autres titres des anciens albums joueriez-vous sur de plus longs sets ?

Dès que l'on peut jouer plus longtemps, on y ajoute "Eskualdunak" de Basoaren semeak et "Isiltasunaren hots hutsa" de Numen. Avec quelques autres du dernier album (Iluntasuna Besarkatu Nuen Betiko), on arrive à une setlist d'une heure. Dès fois, on sort aussi "Negu" de Basoaren. Avant de sortir le dernier album nous en jouions plus de Numen, donc peut-être qu'à l'avenir on ajoutera de nouveaux titres.

 

Parlons justement de votre dernier album. Iluntasuna besarkatu nuen betiko est sorti plus d'une décennie après le précédent. Comment le process de composition s'est déroulé après une si longue pause?

En effet, il nous avait fallu du temps pour revenir avec ce dernier album. Disons que les circonstances dont nous avions besoin pour être en mesure de produire des nouvelles compositions de Numen ont mis du temps à être atteintes. Et tant que nous n'y étions pas, Numen était un peu dans un autre plan, en attente pendant que nous étions occupés avec d'autres projets musicaux ou nos vies personnelles.

Lorsque ce moment est arrivé, tout a été très naturel, c'était facile. C'est vrai qu'on a voulu réfléchir à tous les détails jusqu'à ce que tout soit prêt, et ça prend du temps. Je crois qu'on est un peu des maniaques, qu'on a tendance à trop réfléchir aux détails, même si on apprend de nos erreurs (enfin je crois, haha). Mais le process en lui-même était identique à celui des enregistrements les plus récents. On a surtout plus d'expérience, et ça se ressent dans les dernières compositions.

Photo : Hasna Ben Brahim. Reproduction interdite sans l'autorisation de la photographe

Numen fête ses 25 ans cette année, où pensez-vous en être après tout ce temps ?

Je me sens très heureux qu'après tant d'années Numen soit toujours actif et joue le style qui lui plaît. On crée la musique qui vient de nos plus profondes entrailles, et très sincèrement, c'est largement suffisant. Il y eut des moments où Numen ne pouvait pas être notre projet principal, où il a dû coexister avec d'autres projets, mais il a toujours été là, attendant son moment. Numen est quelque chose de très spécial pour moi, car c'était mon tout premier projet musical. Aritz (chant), Lander (basse) et moi sommes présents depuis le tout premier line-up, on est donc vraiment fiers d'avoir atteint ce point. Pour notre vingt-cinquième anniversaire, on a eu la récompense de jouer au Hellfest, mais aussi au Resurrection, au Ladlo Fest.... On n'avait jamais imaginé aller aussi loin ! Comme un de nos EP le dit, que la légende continue…

 

Il y a beaucoup de variété dans votre black metal, où riffs addictifs et énergiques côtoient des mélodies fortes. Puisez-vous vos inspirations de lieux spécifiques du Pays Basque, ou plutôt de la région dans son ensemble ?

Les forêts et les montagnes de notre pays sont probablement une grande source d'inspiration et d'influence pour notre musique. Bien sûr, la tranquillité que les forêts me transmettent quand je les traverse attise quelque chose en moi, qui se transforme ensuite probablement en idées ou en riffs. Je ne peux pas vraiment te dire. Mais tout est présent au plus profond de notre âme, attendant qu'on vienne le chercher. Même si le quotidien ne nous permet parfois pas de le faire, et c'est pour ça qu'il y a des tonnes de riffs et d'idées qui resteront là, dans l'oubli. Seuls certains d'entre eux se matérialiseront dans un album. C'est la pitié qu'il me reste.

Quelles sont les inspirations de vos textes ?

Les paroles sont principalement inspirées des environnements sombres. La mort, le respect de l'inconnu, l'au-delà, les habitants de la nuit, les forêts lugubres... tous faisant référence à la nature et à la mythologie basque.

 

Avant de jouer au Hellfest, vous aviez déjà eu l'opportunité de jouer dans plusieurs salles en France, notamment à Nantes. En avez-vous une préférée, et si oui laquelle et pourquoi ?

Oui c'est vrai, nous avons déjà joué plusieurs fois à Nantes et aussi à Paris, récemment. Il y a plusieurs années, nous avions également joué à Blâmont [en Meurthe-et-Moselle, dans le Grand Est, ndlr]. À cette occasion nous aurions dû avoir plusieurs dates mais au final on n'en avait fait qu'une seule. Je soulignerais toutes celles organisées par l'équipe Les Acteurs de L'Ombre (LADLO), elle mérite un 10/10. Des préférées ? Je ne sais pas, chacun a la sienne je pense. Je me souviens particulièrement de la Black Metal Night V au Ferrailleur à Nantes et de son repas. Ou de l'atmosphère et la magie du LADLO In Paris à Petit Bain. Il y avait aussi cet évènement spécial LADLO FEST à la Maison de quartier de Doulon, que notre équipe son considère encore comme le meilleur dont elle se rappelle du groupe. La vérité c'est qu'à chaque fois que nous avons joué en France on a été très bien accueillis et on s'est sentis comme chez nous. C'est toujours un plaisir.

 

Avez-vous des plans futurs de tournée ?

Nous n'avons aucune tournée majeure pour le reste de l'année, juste quelques dates confirmées en Espagne, bien que certaines puissent s'y ajouter. On verra. De toute façon, on reste un groupe qui ne joue pas beaucoup en live en raison de nos différents engagements. À l'avenir, ce serait intéressant d'ouvrir un peu les frontières et de jouer en Europe centrale ou du Nord. Mais tant que rien de spécial ne sortira, on se concentrera sur l'écriture de nouvelles compositions.

Parlons en d'ailleurs. Iluntasuna besarkatu nuen betiko est encore frais, mais est-ce que vous êtes déjà dans l'écriture de nouvelle musique ?

Pendant la pandémie on a continué le travail sur de nouveaux titres. Certains sont prêts, d'autres en cours. Je ne peux pas dire à l'heure actuelle quand nous serons prêts à entrer en studio et si ce sera un EP ou un album. Nous verrons ! Pour le moment, le focus est sur les concerts, pour Numen comme pour nos autres projets. Comme beaucoup, une fois les restrictions levées ce que nous voulions le plus c'était de jouer en live. Mais ensuite on reprendra le travail sur de nouvelles idées, et à priori à partir de novembre, on pourra commencer à planifier la prochaine sortie.

 

Quels sont les groupes programmés cette édition du Hellfest que vous vouliez voir ?

Malheureusement, je n'ai pas pu voir autant de groupes que ce que j'avais prévu. Le jour de notre set (vendredi), il a fait extrêmement chaud et j'étais crevé. Je crois que le seul concert que j'ai pu voir en entier, c'est Mayhem. J'ai vu un peu de Opeth, Abbath, Death To All (c'était brutal !), et quelques autres qui ne m'ont pas marqué. Je voulais également voir Suicidal Tendencies, mais je suis finalement resté à la Temple voir Mayhem. De Mysteriis Dom Sathanas est un classique qui nous a tous marqués. J'ai apprécié pouvoir les saluer en backstage ! Samedi je voulais voir Helheim et Kampfar mais nous sommes arrivés trop tard de l'hôtel. Heureusement à temps pour Taake, que je ne voulais pas rater. Je m'attendais à plus de classiques de leur part, mais c'était très bien. Ce jour là, même si ce n'était pas dans mes plans, j'ai aussi vu Megadeth et Sepultura. Je ne suis pas un grand fan de Megadeth, et ce n'est pas mon style mais j'ai adoré leur spectacle de scène.

 

Et ceux avec qui vous seriez ravis de partager la scène ?

J'aimerais beaucoup partager la scène avec 1349. Frost est un des batteurs que j'admire le plus dans la scène black ! Mais finalement leur set a été annulé. Je les ai déjà vus plusieurs fois mais je n'en aurai jamais assez.

 

Un mot de la fin pour les lecteurs de La Grosse Radio?

Salutations à tous les lecteurs de La Grosse Radio. Si vous voulez en savoir plus concernant Numen, vous pouvez nous contacter à numenblackmetal@gmail.com. Enfin, merci pour l'intérêt que vous portez à notre travail et pour soutenir la scène ! Merci du Pays Basque !

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