Steve Lukather au Bataclan de Paris (28.03.2013)

On attendait avec impatience la venue de notre bien-aimé Steve Lukather au Bataclan en ce jeudi 28 mars dernier ! Et très nombreux sont les pèlerins à avoir afflué au rendez-vous fixé par le Californien légendaire & sa bande, à tel point que l’on se demande dans un premier temps où va bien pouvoir rentrer toute la procession des files d’attente…

Pas de première partie au programme de ce soir ; mais en même temps, comme nous vous le disions il y a quelques jours avec Paul Gilbert également : qui donc aurait le courage d’ouvrir pour l’un de ces bons messieurs, sérieusement ?

 

Steve Lukather

Luke & sa bande ouvrent le bal avec « Judgement Day », extrait du tout nouveau Transition, et bien que le constat d’un groupe au top soit immédiat, l’on ne peut s’empêcher de sourciller du fait que les ingés-son aient l’air de fanfaronner quelque peu. « Creep Motel » et son groove de folie (toujours extrait de Transition) entraîne l’adhésion immédiate, et surprend Renee Jones (la géniale bassiste, épouse du claviériste de ce soir, Steve Weingart) à s’essayer aux envolées lyriques de Jenny Douglas (choriste de Toto, et de Luke sur ce titre). Entreprise plutôt réussie – elle assure Renee ! La magie des mesures asymétriques qui caractérisent le titre est quelque peu embrumée par des problèmes techniques de batterie persistants. Luke, très fair play, ne manque pas de s’en excuser auprès du public. Sur « Brody’s » (All’s Well That Ends Well, 2010), Renee et Eric (Valentine, batterie) s’amusent bien pendant le solo épique de guitare, tandis que la ligne harmonique est assurée par les claviers omniprésents de Weingart, qui fait preuve de beaucoup d’ingéniosité dans sa recherche de sons. Luke change de guitare pour la quatrième fois (une pour chaque chanson jusque là) afin d’entamer « Freedom », la superbe reprise de Jimi Hendrix présente sur le culte Candyman (1994). Grand moment de groove rock, sur lequel Luke se permet quelques fantaisies et greffe de nouveaux éléments très bien sentis au solo de fin notamment.

 

Steve Weingart, synthétiseurs. Un look qui rappelle Jordan Ruddess !

Depuis 1991, pas un show de Steve Lukather ou de Toto ne se fait sans un hommage à Jeff Porcaro, le batteur aux sources de Toto (qui établit jadis la passerelle avec Michael Jackson et un respect sans borne de leurs pairs dans le music business). Cet hommage au batteur défunt, mais également à son petit frère malade actuellement, le non-moins emblématique bassiste de Toto, Mike Porcaro, est ponctué par une magnanime version du « Song For Jeff » (Candyman) qui émeut l’audience de ce soir par la beauté et la conviction de son interprétation. « Transition » vient précisément opérer la transition, et l’asymétrie est à nouveau à l’honneur, pour un moment très prog aux couleurs Toto-esques. Renee s’illustre encore avec une très bonne prestation sur « Jammin’ With Jesus » (Ever Changing Times, 2008), titre groovy à souhait, puis le groupe se permet une glissade vers « Darkness In My World » (All’s Well That Ends Well). La recherche d’une palette de couleurs intéressantes aux synthés continue sur « Broken Machine » (Luke, 1997) qui impose la conclusion que la musique de Luke, c’est tout de même la grande classe. Avec « The Pump » (la reprise de Jeff Beck sur No Substitutions, le live avec Larry Carlton, 2001), on se demande comment un groove aussi imparable peut trouver un public aussi stoïque devant lui ? Ce n’est peut-être pas dans la culture Parisienne que de danser comme Renee le fait par exemple ?

 

Renee Jones, basse & choeurs

Luke, éternel ‘livre ouvert’, évoque sa famille avant de lancer « Right The Wrong », écrite avec son fils Trevor, guitariste également, et qu’il n’hésite jamais à citer. L’on imagine qu’il ne doit pas être facile de vivre dans l’ombre d’un tel père, seulement Steve ne semble pas être de ces hommes qui entretiennent la distance et se complaisent dans un mysticisme dévot afin de cultiver leur mégalomanie. « Hero With A Thousand Eyes » (Candyman) est accueilli avec un entrain accru de la part du public, qui est amené à participer activement aux refrains. Le groupe s’offre un nouvel encart ‘jam’, avec notamment une virée en salsa ( !). Mais cela manque tout de même un peu de chœurs : bizarrement, pas de tierces sur les refrains, quand bien même Renee aurait pu les produire. Le public, tel un ampli à lampe, aura certes mis un peu de temps à se chauffer, mais atteindra son climax sur « Never Enough », un des tubes de l’album Kingdom Of Desire (Toto, 1992). Un moment grandiose, bien que l’on regrette un peu le jeu de batterie un poil trop bourrin de la part d’Eric, et pas assez en nuances dignes de l’illustre Jeff Porcaro.

 

Eric « Mr Chocolate » Valentine, batterie

Lorsque le quatuor quitte la scène, c’est sous une acclamation énorme de la part du public qu’il revient opérer un rappel sur « Flash In The Pan » (All’s Well That Ends Well). Et Luke de nous confier que « ce rappel-là, je ne n’oublierai pas ! ». Son jeu très Hendrixien préfigure un solo de grande envergure, et Eric « Mr Chocolate » laisse libre cours à quelques jongleries non moins impressionnantes à la batterie. « Smile », la reprise de Charlie Chaplin sur Transition, sera le dernier chapitre du programme de la soirée, en hommage à sa défunte mère (et dédié à toutes les mamans) qui aimait les belles mélodies, et de laquelle Luke a pris son amour de la musique, mais aussi son esprit rebelle et marginal, comme il nous le confiait en janvier dernier (cf. notre interview avec Steve). Un instant de grâce et de pure beauté musicale offert à un public au cœur conquis.

Prélude merveilleux et de haut-vol, le show de Steve Lukather de ce soir met en bouche d’ici la venue de Toto en juin prochain dans nos contrées. C’est un fait inédit que de réussir à draguer autant de monde sur une date en solo (1500 personnes quand même) pour un artiste qui a fait autant fait ses preuves sur les ondes FM avec son groupe de légende, que dans les studios de grand standing, en renfort d’artistes au statut iconique tels que Michael Jackson, Ringo Starr, Cher ou Elton John par exemple, et encore asseoir une notoriété aussi importante dans le monde de la guitare en tant qu’artiste solo par-dessus-le-marché. Et même si quelques gourmands se prendront à rêver (« Rosanna ! » crie quelqu’un dans l’assistance, juste après la mise-en-appétit de « Never Enough »), Luke rechignera (et à raison) que : « Come on, man… Not that I don’t love these guys, but it’s another vibe right here » (« Vas-y, mec. Ce n’est pas que je n’aime pas ces types, mais c’est une autre vibe là, ce soir »). Et en effet, le répertoire de Luke à lui-seul est tellement fort, qu’il n’est pas non plus exempt de titres à dimensions tubesques. L’on surprendra même quelques Toulousains en proie à une crise de démence musicale (à laquelle votre fidèle serviteur prendra bien évidemment part) sur les hits de Candyman.

 

Des moments forts et riches en émotion sur « Song For Jeff » et « Smile »

Rien à redire sur la performance de ce soir, résolument impeccable. On regrettera peut-être le caractère un peu plus chaleureux, et propice à l’esprit de clan, d’un Elysée MontmartreSteve Lukather s’était produit en 2005, ici quelque peu altéré par un Bataclan impersonnel. Certes plus imposant et aux proportions plus en adéquation avec la grandeur de l’artiste, mais au détriment du côté cosy et fraternel de sa musique et de son propos. Certains bouderont un peu l’orientation plus prog du show de ce soir, et ses élans jazz rock voire fusion, qui, s’ils privilégient un feeling un peu plus ‘cérébral’, font perdre le côté plus rock et massif. Mais les cœurs seront tout de même conquis de manière unanime par l’humanisme, et le feeling incomparable de l’artiste qui résonnera longtemps dans les oreilles et hantera à coup-sûr les songes de beaucoup cette nuit là !

Setlist :

Judgement Day
Creep Motel
Brodies
Freedom
Song For Jeff / Transition
Jammin’ With Jesus / Darkness In My World
Broken Machine
The Pump
Right The Wrong
Hero With A Thousand Eyes
Never Enough

Rappel :
Flash In The Pan
Smile

 

 

Photos : © 2013 Olivier GESTIN / INTO The PiT Photographe
Toute reproduction interdite sans autorisation écrite du photographe.
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