Entretien avec Johan Längquist chanteur de Candlemass

Alors que Candlemass vient de sortir son nouvel album, le troisième avec Johan Längquist, nous avons profité de l’occasion pour nous entretenir avec ce dernier. De quoi faire le point sur son retour dans le groupe en 2019, la reprise des concerts ou encore les projets futurs de Candlemass, le tout agrémenté de la très bonne humeur de notre interlocuteur !

Bonjour Johan et merci de nous accorder un peu de temps pour cet entretien. Avant d’aborder votre nouvel album, j’aimerais revenir avec toi sur la période que nous avons vécue ces trois dernières années. Avant la pandémie, vous veniez tout juste de sortir The Door to Doom et tu donnais tes premiers concerts avec Candlemass suite à ton retour. Comment as-tu vécu ces moments ?

Je vais commencer par le début. J’ai enregistré The Door to Doom en trois semaines, ce qui est assez rapide, car nous avions déjà des dates prévues avec Candlemass dans la foulée. C’était un moment très stressant pour moi car nous devions à la fois finaliser l’album puis préparer ces concerts. Je me rappelle que pour mon premier concert, qui se passait en Norvège, j’étais particulièrement nerveux. Mais après quelques minutes, le public s’est révélé extraordinaire et m’a soutenu à fond. C’était un grand soulagement pour moi, comme si on m’enlevait un poids immense des épaules. Et là je me suis dit « Oh… Je l’ai fait ! » (rires). Car je savais qu’il y avait beaucoup de fans qui m’attendaient au tournant, qui voulaient savoir si j’étais encore capable de chanter après avoir été éloigné de la scène pendant si longtemps.

Au final, les choses se sont très bien passées. Je ne sais plus exactement à quel moment c’était, mais quelques temps après, nous nous sommes concentrés sur l’EP The Pendulum, qui comprenait des démos et chutes de studio de The Door to Doom. C’est à ce moment-là que la pandémie a démarré, alors que tout se passait bien pour nous jusqu’alors… Mais dans un sens, tout le monde a été dans cette situation. De notre côté, cela tombait plutôt bien car cela nous a permis de trouver le bon moment pour écrire de nouveaux titres. Nous avons tout de même donné quelques concerts en livestream, ce qui était assez amusant, mais cela n’est pas pareil que d’être sur la route !

C’était donc une période assez calme pour nous mais comme je l’ai dit, tout le monde était logé à la même enseigne. Nous avons tout de même apprécié notre retour sur scène et le fait d’avoir pu à nouveau donner des concerts. A titre personnel, j’ai l’impression que les choses ont repris exactement là où elles s’étaient arrêtées avant la pandémie. Les spectateurs sont ravis et nous réservent à nouveau un super accueil à chacune de nos dates…

Lorsque tu as repris les concerts avec Candlemass après cette interruption liée à la pandémie, t’es-tu à nouveau senti nerveux à l’idée de remonter sur scène ?

Non, pas du tout. J’attendais cela avec impatience car j’en avais vraiment envie. Tu sais, quand on donne pas mal de concerts, cela fait du bien de rentrer chez soi et de prendre du temps pour se reposer. Mais pour moi, quelques jours me suffisent amplement et j’ai rapidement envie de reprendre la route.

 

Juste avant la pandémie, en 2019, nous avons notamment pu voir Candlemass au Hellfest. Quel souvenir gardes-tu de ce concert, sachant que tu y jouais pour la première fois, même si c’était le quatrième passage du groupe ?

Oui, nous étions sous l’une des grandes tentes ! Je m’en rappelle bien car le Hellfest c’est un festival vraiment impressionnant. Quand nous avons débuté notre set, le parterre n’était pas non plus rempli, puis petit à petit les gens sont venus et la tente était pleine à craquer. Le public était même agglutiné dehors pour regarder notre show ! Je pense que les festivaliers ont aimé ce qu’ils ont vu et entendu. C’est effectivement l’un des festivals les plus impressionnants que j’ai pu faire et l’ambiance était vraiment chaleureuse.

Les autres membres du groupe avaient déjà joué là-bas à plusieurs reprises. Comment t’avaient-ils parlé de ce festival ? T’attendais-tu à quelque chose de spécial ?

Non, on ne parle pas de nos dates de concerts en évoquant un lieu spécial quand on est sur la route…Enfin, on ne peut pas vraiment dire que nous sommes sur la route car souvent nous nous déplaçons en avion ! (rires) La priorité numéro un, quel que soit l’endroit où l’on joue, c’est de donner de bons concerts, et d’être concentré à 100% sur le public, que nous jouions dans un immense festival comme le Hellfest ou dans une petite salle intimiste. C’est toujours un plaisir de découvrir une nouvelle ville, de manger des spécialités locales aussi. Mais nous sommes avant tout concentrés sur ce que nous faisons.

 

Parlons un peu de Sweet Evil Sun, votre nouvel album. Pour moi, on retrouve une ambiance assez similaire à The Door To Doom, probablement car vous n’avez pas changé l’équipe qui travaillait avec vous, et que vous avez de nouveau fait appel à Marcus Jidell comme producteur et à Erik Rovanperä pour l’artwork…

Oui, Erik parvient à mettre en image l’esprit de Candlemass avec ses artworks. Les titres que Leif (basse) écrit sont d’ailleurs eux aussi teintés de cet esprit Candlemass et image et musique se complètent totalement. Concernant Marcus, nous le connaissons depuis très longtemps, avant même que Candlemass ne commence à travailler avec lui. Il en connait un rayon sur les sonorités old school et ce type de production à l’ancienne. Leif est d’ailleurs un grand amateur de ce type de production et c’est donc très facile de travailler avec Marcus.

 

Etiez-vous également dans le même état d’esprit que pour les enregistrements de The Door To Doom ?

La grande différence, c’est que pour The Door to Doom nous n’avions que très peu de temps, même si nous avons passé un super moment pendant les sessions de cet album. Mais pour Sweet Evil Sun, nous avions plus de temps, moins de pression et cela nous a permis de tester de nouvelles choses. Bien sûr, nous le trouvons meilleur que le précédent, mais c’est aussi parce que nous n’avions pas cette pression de l’horloge.

Avec des titres comme “Sweet Evil Sun”, “Angel Battle”, “Scandinavian Gods”, “Goddess”, ou “Devil Voodoo”, ce nouvel album s’inscrit toujours dans des thématiques religieuses. Penses-tu que celles-ci sont étroitement liées à l’identité du groupe et « l’esprit Candlemass » dont tu parlais justement ?

Oui, je pense. Leif est le compositeur principal du groupe et il s’occupe aussi majoritairement des paroles. Je pense qu’il fait un super travail dans ces deux domaines. Si tu me demandes quel est mon sentiment particulier à ce sujet, je te dirais que l’on peut mettre n’importe quelle thématique dans une chanson. Tu peux parler de sujet de société, de fantasy, de religion… Quelqu’un comme Leif est capable d’habiller une chanson et de lui donner cette touche particulière, quel que soit le sujet abordé et d’en faire une chanson doom.

 

Et de ton côté, comment définirais-tu « l’identité Candlemass » ?

Avant toute chose, j’ai toujours été proche des autres membres du groupe et ce sont mes amis. Et je pense que c’est un point majeur. J’ai également beaucoup de liberté et musicalement, cette alchimie se ressent. Cette liberté me permet de proposer ce que je veux, d’apporter ma touche sur les parties de chant et d’alimenter cette identité Candlemass. Bien sûr, Leif a une idée précise de comment les choses doivent sonner. Parfois il me dit « j’adore cette façon de chanter ». Parfois, au contraire il me dit « non, ce n’est pas l’esprit ». Quand tu chantes des paroles, tu te dois de visualiser ce que tu chantes et je pense que c’est ce qui me permet d’être au plus proche de ce qu’est Candlemass.

 

Jerrie-Ann Smith d’Avatarium chante avec toi sur “When Death Sighs”. Comment cette idée a-t-elle germé ?

Pour être honnête, je ne savais pas du tout au départ que l’on ajouterait une deuxième voix. Quand l’enregistrement s’est terminé, nous nous sommes tous assis pour réécouter les compositions. C’est là que nous nous sommes demandé ce que nous pourrions apporter de plus. C’est à ce moment-là que l’idée d’inviter Jerrie-Ann a émergé de l’ensemble. Bien sûr, nous la connaissions très bien, premièrement car c’est l’épouse de Marcus Jidell notre producteur. Elle est donc venue ajouter ces parties de chant et nous avons tous trouvé que cela collait parfaitement à la chanson. Non seulement elle a une très belle voix, mais c’est également une personne adorable !

Il y a un titre assez particulier sur cet album, intitule “A Cup of Coffin”… [il éclate de rire NDLR] Il s’agit d’un riff de basse qui se termine avec des applaudissements comme après un concert. Qu’elle était l’idée derrière cette outro, hormis le jeu de mot ?

(rires) Euh…pour être honnête, ce n’était pas l’une de mes idées…(rires) donc je ne peux pas t’en dire plus !

 

Cela fait désormais 35 ans que Nightfall est sorti. Je sais que tu ne chantes pas dessus, mais cet album est l’un des préférés des fans. De ton côté, que représente-t-il ?

Tu sais, j’ai déjà rencontré tous les chanteurs qui ont fait partie de Candlemass… sauf Messiah Marcolin [chanteur historique de la formation et présent sur Nightfall NDLR]! (rires) Je devais le rencontrer la semaine dernière, mais cela n’a pas pu se faire ! Quoi qu’il en soit, Nightfall est pour moi un chef d’œuvre. Et j’adore chacune de ses chansons, peut-être même plus que les titres d’Epicus Doomicus Metallicus, sur lequel je chante ! (rires) C’est certains que les titres de Nightfall seront toujours associés à Candlemass ! J’aime beaucoup les interpréter sur scène. Même si je n’ai pas la même façon de chanter que Messiah. Il a un timbre bien plus aigu que le mien mais j’essaye toujours de faire de mon mieux et d’apprécier ces moments sur scène car ce sont avant tout de bons titres…

 

C’est aussi un moyen pour toi d’apporter ta propre patte vocale et ta propre interprétation…

Oui, bien sûr ! Je le fais systématiquement car il n’y a aucun intérêt à copier ce qu’il a déjà fait ! Cela serait embarrassant pour moi si je m’évertuais à copier Messiah ! (rires)

 

Tu viens justement d’évoquer le fait que Candlemass a compté une longue liste de musiciens et de chanteurs dans ses rangs depuis ses débuts. Pourtant, sur chaque album, on retrouve l’empreinte si particulière du groupe, probablement car Leif est le compositeur principal. Penses-tu que le groupe en tant qu’entité est plus importante que celle des membres qui le composent ?

Je peux te donner mon point de vue mais je ne suis pas tout à fait d’accord avec toi ! Pour moi, quand un groupe change de chanteur, il perd forcément quelque chose. Et c’est ce qu’il se passe pour mes artistes préférés. Cela n’a rien à voir avec le chanteur en lui-même, mais il y a des chansons qui te marquent tellement lorsqu’elles sont interprétées par un artiste, que lorsqu’un autre prend le relai, il manque quelque chose. C’est aussi simple que ça ! La plupart du temps, tu veux retrouver celui qui était là quand tu as découvert le groupe. Par exemple, je préfère Rainbow avec Dio ou Queensrÿche avec Geoff Tate. Leurs remplaçants sont très bons, ce sont des chanteurs fantastiques, mais ce n’est pas pareil…

 

Du coup, préfères-tu Iron Maiden avec Di’Anno ou avec Dickinson ?

(rires) Bruce est celui qui me fait le plus vibrer. Paul a fait des choses superbes sur le tout premier album, mais Bruce est un chanteur impressionnant. Puis il a réussi son arrivée en sortant un album exceptionnel avec The Number of the Beast !

Après avoir débuté il y a près de 35 ans dans la scène metal, comment as-tu vu son évolution, toi qui a passé pas mal de temps éloigné du groupe ? Imaginais-tu à l’époque qu’aujourd’hui des festivals entiers tels que le Hellfest, Copenhell, Wacken ou Sweden Rock se seraient autant développés ?

Je n’ai jamais joué au Wacken par exemple. Mais c’est vrai que j’aimerais être invité dans de tels festivals. Après, comme je te l’ai dit, pour moi ce qui me plait ce n’est pas spécialement ces gros festivals, mais tout simplement d’être sur scène. Quelle que soit la taille de la scène, j’aime être au contact du public. Après, il est vrai que de larges salles ou des scènes de gros festivals, ce sont toujours des moments à part pour un groupe ! (rires)

 

Depuis le début de l’interview, je te vois arborer un large sourire et tu me sembles être quelqu’un de très positif… Comment parviens-tu alors à changer d’état d’esprit pour chanter des textes parfois sombres comme c’est le cas dans le doom metal ?

(rires) Tu sais, quand il s’agit de donner un concert, je ne peux pas m’empêcher de sourire en regardant le public ! Quel que soit le sujet du titre, je n’arrive pas à faire la grimace et paraître méchant ou en colère car je me connecte directement aux spectateurs et que ces derniers sont souvent positifs. C’est sûr que j’essaye de me mettre dans l’esprit des titres que j’interprète, mais quoi qu’il en soit, oui je ne peux m’empêcher de sourire ! (il éclate de rires)

 

Durant une longue période de temps, Leif n’a pas pu tourner avec Candlemass pour des raisons de santé. Comment va-t-il désormais ?

Beaucoup mieux ! Il a été présent sur tous les concerts que nous avons donnés depuis 2019. Tous ! Bien sûr, nous devons prendre cela en considération mais nous lui avons toujours laissé la possibilité de nous dire s’il y avait des concerts qu’il ne pensait pas pouvoir assurer pour trouver des solutions. Il se sent d’ailleurs prêt à assurer plusieurs concerts pour l’an prochain. Nous sommes d’ailleurs en train de planifier beaucoup de dates, même si c’est un peu difficile car depuis la période covid, de nombreux artistes font la queue pour intégrer les programmations des festivals. Mais notre ambition c’est d’être présent sur autant de festivals que possible pour l’an prochain ! (rires) Nous aimerions bien de nouveau fouler les planches du Hellfest par exemple ! (rires)

 

Interview réalisée par Skype le 23 novembre 2022
Merci à Magali de Sounds Like Hell Productions
Photographie : DR

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