Melted Space – Between (EP)


Habemus Operam !!…

C’est avec une impatience non dissimulée que nous attendions la suite des hostilités pour Melted Space, après la magistrale leçon qu’avait constitué l’année dernière From the Past, la première oeuvre d’opéra-métal ‘made in France’, avec sa liste d’invités à rallonge et ses moments de pure grâce.

Ce n’est pas encore son véritable successeur – patience!… – que l’on pourra se mettre sous la dent le 24 mai prochain (sortie Totentanz/Season of Mist), mais pour autant sur cet EP ou plutôt mini-album faisant office de transition (et introduisant certains concepts qui seront développés dans le prochain album…) , el signor  Pierre Le Pape – le Papa du projet, également claviériste de Wormfood et Embryonic Cells – n’a pas non plus fait les choses à moitié puisque ce sont là pas moins de 10 titres (!) qui nous sont livrés, certains tout nouveaux, d’autres inédits issus des sessions précédentes, d’autres encore remaniés à une nouvelle sauce, comme nous allons le voir …

Mais revenons un instant sur la singularité de cette ambitieuse entreprise : elle consistait, pour son géniteur – rappelez-vous – à mettre à profit les acquis en matière d’écriture de musique classique et de films pour lesquelles ce pianiste de formation avait suivi un cursus d’apprentissage des plus poussés.

Il s’agissait également de faire appel à un castingde rêve, piochant dans tous les registres vocaux imaginables (masculin, féminin ou hybride, voix claire, lyrique, death comme black) afin d’enregistrer de véritables dialogues chantés (dans le pur esprit de l’opéra…), sur une musique explorant elle aussi divers horizons, tels le métal progressif, le sympho, le dark/gothique et dérivés, le métal ‘moderne’ et le death, pour enfin déboucher – en fin d’album la fois précédente… – sur une véritable partition d’opéra proprement dite, au cours de laquelle les guitares métal laissaient cette fois la place à des éléments bien plus orchestraux.

Enfin, l’occasion était en outre trop belle de donner à l’ensemble un concept général tournant autour de la mythologie, en faisant cohabiter au sein d’un même espace clos et isolé (le ‘melted space‘ donc) plusieurs divinités de différentes cultures à travers les âges… Prétexte donc à tout un tas d’histoires autour de leurs interactions, voire à réécrire l’Histoire! L’imagination de Pierre Le Pape réussit-elle donc cette fois encore à nous embarquer sous d’autre cieux, à nous immerger dans une autre dimension de son cru ??
 

Pierre Le Pape, Melted Space, Wormfood, Embryonic Cells, promo 2013 Between


Lorsque retentit le premier morceau de ce Between, l’instrumental « Return to the Land of the Forgotten », le constat est clair et sans appel, comme sur les deux autre pistes non chantées qui nous attendent plus loin, du reste : Le Pape a en effet encore étoffé la dimension cinématographique de sa musique, et ce qui nous évoquait alors plutôt des ambiances heroïc fantasy de jeux vidéos sur le précédent opus s’apparente aujourd’hui à de la véritable BO de film fantastique, à grands renforts de percussions guerrières haletantes et d’envolées de nappes de violons à nous en faire vibrer l’échine ! Une mention particulière d’ailleurs à la très sombre interlude « The Man With Two Faces », ambiance chaotique et bruitages discordants dignes d’un bon film d’horreur psycho actuel se sont donné rendez-vous : nul doute désormais que les Hans Zimmer, Danny Elfman et autres Basil Poledouris ne sont plus juste des références au niveau de la seule inspiration, mais qu’avec encore un peu plus de moyens pour le rendu général, on ose à peine imaginer ce que donnerait tout un album de Melted Space avec orchestre symphonique complet en renforts! Nous, en tout cas, on y croit fort… Faites que ce soit donc pour une prochaine fois!

Mais venons-en maintenant aux titre chantés, au premier rang duquel figure ce « Dying Legend », qui voit l’intervention du premier invité de marque, la délicate Liv Kristine (exTheater of Tragedy, Leave’s Eyes). Cette dernière, en grande professionnelle qu’elle est, assure plus que correctement le boulot … Trop, peut-être, car il manque de fait à son interprétation le petit grain de passion qui peut faire toute la différence, là où des intervenantes moins renommées avaient su l’année dernière se donner corps et âmes et incarner plus authentiquement leurs personnages sur le From the Past fondateur. Rien de « dramatique » donc, juste un titre pas tout à fait représentatif à 100% de la « spécificité » Melted Space, et qui du reste aurait d’ailleurs pu apparaître sur n’importe quel album de Leave’s Eyes (avec son refrain qui s’imprimera directement dans votre crâne…), malgré ses voix doublées qui évoqueraient plutôt Therion ou Epica vers la fin du morceau. Seuls les arrangements en amont nous font reconnaître un peu de la ‘patte’ caractéristique du projet et pas seulement un énième groupe de métal sympho à chanteuse. Efficace mais un brin décevant malgré tout pour une collaboration aussi « historique » !…

En revanche, impossible de ne pas avoir la banane à l’écoute du son de l’ensemble : comme pour les instrus, le rendu global plus clair et étincelant encore des titres complets bénéficie en outre de davantage d’ampleur et de puissance que sur le précédent opus, avec enfin une batterie à l’impact digne de ce nom (rendant pleinement honneur cette fois au jeu du nouveau ‘cogneur’ Michael Saccoman, exKronos) et des guitares – toujours signées Adrien Grousset de chez Hacride – plus policées et effacées qu’à l’accoutumée mais ne manquant pas de chaleur pour autant. Saluons donc le professionnalisme, cette fois utilisé à bon escient d’Alexander Krull (Leave’s Eyes, Atrocity), aux manettes de son propre studio le Mastersound pour la finalisation de l’ensemble.

Pour autant, ce n’est vraiment qu’à partir de « Si vis pacem… » que l’on retrouve la magie de tous les éléments qui avaient su nous enchanter la dernière fois, notamment cette dimension de « spectacle vivant » semblant se dérouler littéralement sous nos yeux … Les voix reprennent alors leur fonction performative de dialogues ou de grandes tirades chantées (pas toujours parfaites au sens littéral du terme mais cette fois des plus ‘authentiques’, aucunement surfaites…), et ce sont cette fois les vocalistes masculins qui se taillent la part du lion : Black Messiah de Seth et le Sieur Emmanuel ‘Worm‘ Levy de Wormfood. D’où une facette plus costaude et ‘virile’ du Melted Space, et une complémentarité voix ‘black’ / voix claire des plus remarquables! Plus loin, le titre « Welcome to this World » (avec ses relents de vieux Therion ou de Septic Flesh quand on l’écrivait encore en deux mots…) mettra la barre encore un peu plus haute, avec cette fois la présence d’Ashmedi (Melechesh) dans le rôle de Janus la divinité romaine au double visage, pour des voix fort logiquement doublées et tout bonnement saisissantes, qui semblent vraiment comme ne pas être réellement de ce monde ! Liv Kristine y refait également une apparition plus furtive – mais aussi plus vivante et personnifiée – sous les traits de la Louve nourricière…

Oui, car comme on ne peut réellement séparer le fond de la forme chez Melted Space, il convient de mentionner que la trame de Between a en effet pour cadre la légende de Romulus et Rémus, les deux frères ennemis à l’origine de la fondation de Rome se retrouvant donc dans le ‘melted space‘, l’occasion de prendre un peu recul sur leurs querelles intestines et fratricides, quitte à avoir une chance de réécrire l’Histoire dans cette nouvelle dimension ! Restent toutefois et pour notre plus grand plaisir les réminiscences de leur conflit, avec ce « Para bellum » fort bien nommé (littéralement « Prepare for War » !!…), LE ‘tube’ de Melted Space (et dont on attend beaucoup en ‘live‘, quand ‘live‘ il  y aura…) que bon nombre d’entre vous ont déjà dû découvrir à l’époque de la sortie de From the Past via le ‘sampler’ de Metallian (je vous laisse fouiller vos cartons pour ceux qui n’ont pas eu la sagesse de vivre à la bonne vieille nouvelle heure du MP3…), sous un nouveau mix savamment étudié pour correspondre au son général de cette nouvelle offrande… Un brin moins ‘mordant’ certes au niveau des guitares mais tout aussi accrocheur (entre rythmiques saccadées « modernes » et saveur ‘old school‘ encore une fois un peu dans l’esprit des vieux Therion et autres Inner Shrine par endroits!), cette version met davantage à l’honneur les arrangements aux claviers et autres éléments orchestraux (de bien mauvaise augure sur la fin, miam !), la basse subtile et bien présente d’un Brice Guillon récidiviste et la voix claire de WormBlack Messiah se livrant, lui, pour le coup à une sorte d’imitation convaincante (mais sûrement non voulue !) d’Abbath d’Immortal… Pour un résultat des plus probants, illustrant bien la dualité qui semble être le maître-mot dans l’écriture de Pierre Le Pape, l’esprit général du projet et – de son propre aveu – la teneur globale de cet opus (cf les points de symétrie sur la pochette, déjà…).
 

Liv Kristine, Leave's Eyes, Melted Space, new EP 2013, Between

Et puis il y a ces trois derniers titres revisités… Cette fois, il n’est pas question d’un mixage différent ou que sais-je encore, c’est une relecture complète qui nous est offerte sur trois titres en provenance du From the Past: « When I Was A God », « Dante’s Memory » et « War for the World ».

Pour les deux premiers, Le Pape a voulu prendre tout le monde à contre-pied en offrant une facette autrement plus pure et dépouillée de ses titres… Le coeur de chacun balancera davantage pour l’une ou l’autre des versions en fonction de ses propres goûts, tant il est vrai qu’il s’agit de deux morceaux qui possédaient déjà à la base une identité très forte sur le premier album. Alors, on retrouve avec bonheur un ensorcelant Manuel Munoz (The Old Dead Tree, et qu’est-ce que ça fait du bien de ne plus avoir à mettre « ex-« !!…), toujours aussi «habité» et convaincant, ainsi que la guitare ‘unplugged‘ du plus bel effet de Charley Corbiaux (exHeavenly) qui part même dans des contrées ‘hispanisantes’ sur « Dante’s Memory » … Mais manque tout de même cruellement à l’appel sur ce même titre la partie initialement pensée pour Arno Strobl (dont les envolées mélodiques inspirées avaient transcendé la version originale en conclusion du From the Past…), lequel après avoir enfanté avec Axel Wursthorn (producteur avec Le Pape de ce disque) l’hybride insubmersible Français qu’est (qu’était…) Carnival in Coal fait aujourd’hui les belles heures du combo déjanté 6:33, pour ceux qui auraient raté un épisode. Maudite incompatibilité d’agendas qui – on l’espère – sera rattrapée en concert, où l’on pourra alors faire bloc comme un seul homme pour reprendre la fameuse ligne vocale « melteeeeeed spaaaaaaaace!!!! » éponyme et purement jouissive… Il faut dire qu’avec Munoz et son grain de voix rappelant comme jamais le Vinny d’Anathema, il y aurait de quoi faire !

Sur « When I Was A God » en revanche, la fine voix de Lucie Blatrier (A Quiet Day for Mellow Dreams) – qu’on retrouvait également sur le premier opus – ne peut hélas faire oublier les lignes lumineuses de Liesbeth Cordia (des Hollandais de Eve’s Fall, exAnnatar) qui nous avaient tant ‘transportés’ sur la version originale du titre… Ce qui tend à confirmer l’impression générale que cette fois les filles, sans toutefois démériter, se font ici voler la vedette en beauté par leurs confrères masculins.

Enfin, « War for the World », l’un des titres les plus chaotiques de From the Past – puisque c’est là où le plus grand nombre de divinités intervenaient – se voit offrir une version remaniée « operatic mix » un peu plus ‘lisible’, sans aucune guitare saturée mais mettant bien de fait en valeur les instruments ethniques, pour une autre facette encore du Melted Space telle qu’on la retrouvait sur la dernière moitié du précédent opus, faisant cette fois plus que jamais planer sur l’oeuvre l’ombre d’un Chaostar… L’occasion aussi de remettre pour de bon la gent féminine à l’honneur, notamment en retrouvant la sublime Anaé d’Adrana que l’on voudrait entendre encore et toujours et à satiété dans ce registre, et qui se promène avec aisance dans des hauteurs où elle ne doit pas côtoyer grand monde, à part peut-être les Anges !…

« Bref », c’est bien là le mot qui blesse… Car autant le précédent devait se ‘mériter’ et demandait donc du temps pour se mettre pleinement dedans, autant là le concept met déjà un temps avant de réellement se dévoiler et nous laisse du coup un peu sur notre faim lorsque l’on s’aperçoit que l’histoire est déjà terminée (ou ne fait que commencer … mais la suite sera pour le prochain épisode !). Le format EP + quelques titres greffés (se terminant pour les deux premiers de manière un peu abrupte qui plus est, et faisant perdre un peu de cohésion et de cohérence à l’ensemble) ne sied finalement guère à un projet comme Melted Space (dont on aurait tendance à chérir plutôt le côté jusqu’au-boutiste, complet et abouti…), ce qui ne nous empêchera pas d’apprécier ici l’évolution sonore indéniable du projet, ce côté tout à la fois plus accrocheur, plus extrême (même si on notera cette fois l’absence de toute trace de gros ‘death‘ qui tache), plus cinématographique, plus orchestral (surtout sur les instrus…), bref PLUS de TOUT !!

Alors, Monsieur Le Pape, une sacrément bonne mise en bouche que voilà, mais que le temps va être long en attendant la suite ! A moins que vous ne sachiez nous faire patienter entretemps d’une manière qui risque de nous enchanter, comme on a cru ouï dire

Rideau ? Non… Entracte !!

 

(chronique réalisée avant la news d’hier et l’exclu de ce matin…)

LeBoucherSlave

7,5/10

NB : Et vous n’avez pas fini, croyez-moi, d’étudier sous toutes ses coutures l’artwork magnifique concocté par Hicham Haddaji du Strychneen Studio … On peut certes dire qu’il en jette, n’est-ce pas?!…

 

NOTE DE L'AUTEUR : 7 / 10



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