Roland Grapow, guitariste de Masterplan

C’est le mercredi 29 mai 2013 que nous avions rendez-vous dans un hôtel parisien pour un entretien avec le guitariste allemand Roland Grapow, ex-Helloween et surtout maître à penser de Masterplan. Dix ans après un premier album qui laissait présager des meilleures auspices, le combo germanique nous revient gonglé à bloc avec un Novum Initium qui devrait en surprendre positivement plus d’un. Exit le chanteur Jorn Lande, c’est d’ailleurs autour de se principal changement que l’interview s’est axée, avec les confidences sincères d’un musicien toujours autant motivé par son projet.

Entretien préparé par Ben l’ancien et Ju de Melon

Ju de Melon : Bonjour Roland et bienvenue à Paris. Trois années se sont écoulées entre la sortie de Time to Be King et ce nouvel opus Novum Initium, comment as-tu vécu cette période ?

Roland Grapow : On s’attendait à un peu plus de succès pour ce précédent album, je te l’avoue. D’autant plus qu’à l’époque il a été très dur de convaincre Jorn Lande de revenir en tant que chanteur, nous avons dû faire énormément de compromis pour cela. Du coup nous nous sommes limités sur Time to Be King afin de le satisfaire, notamment au niveau d’un son batterie moins puissant ainsi que des guitares plus en retrait. Nous l’avons laissé choisir les chansons qui lui plaisaient et mettre donc de côte du matériel plus « metal ». A cette époque, je trouvais quand même Time to Be King réussi, plus soft certes mais je pensais que c’était pas un mal avec l’âge (rires) !

Cependant, avec le recul je ne pense pas que nous ayons pris les bonnes décisions, d’autant plus que le succès n’a pas vraiment été au rendez-vous. Mais au-delà de ça, j’ai été deçu par Jorn qui a montré bien peu d’intérêt une fois l’album terminé… Pour être honnête, je n’ai plus eu de ses nouvelles depuis que nous avons terminé le clip illustrant cet album. Pourtant nous voulions faire une tournée ensuite, nous avions même booké des dates… mais Jorn a tout fichu en l’air en s’engageant notamment sur la tournée Avantasia sans nous prévenir. Inutile de préciser que notre tour manager était énervé… d’ailleurs nous avons dû en changer suite à cet épisode.

Et forcément tu as décidé de faire un nouvel album sans Jorn…

Tu sais à l’époque j’ai essayé de ne pas trop montrer ma frustration, j’ai continué à bosser avec de jeunes groupes dans mon studio et j’ai repris le travail de composition avec Alex (NDLR : Axel Mackenrott, claviériste). Dans nos têtes, jusqu’à preuve du contraire, Jorn était toujours notre chanteur, je ne l’avais pas viré malgré son silence. Nous l’avons donc recontacté pour savoir s’il voulait ou non retravailler avec nous sur le prochain album, s’il voulait qu’on lui envoie des chansons… mais je n’ai eu aucune réponse de sa part. Rien. Comme je t’ai dit, plus aucune nouvelle. Du coup en août 2012 je lui ai envoyé un dernier mail en lui disant qu’on ne pouvait plus continuer comme ça, tout simplement, en lui souhaitant une bonne continuation. Mail auquel il n’a jamais répondu non plus ! (éclat de rires)

Roland Grapow, Masterplan, interview Paris 2013, La Grosse Radio

Donc Masterplan a un nouveau chanteur en la personne de Rick Altzi. Assez occupé car il chante déjà dans At Vance et Thunderstone…

Pas si occupé que ça, d’autant plus que Thunderstone c’est terminé désormais. Là récemment c’est vrai qu’il a chanté sur le dernier album solo de Herman Frank et qu’il a interprété une chanson sur le projet de Magnus Karlsson, mais il avait fini tout ça bien avant de devenir le nouveau chanteur de Masterplan. Donc il est à fond dans le groupe désormais, tout en restant dans At Vance mais il peut concilier les deux. D’ailleurs, il a même refusé de chanter sur le nouveau Avantasia, il préférait se concentrer sur l’enregistrement de notre nouvel album.

Il y a deux autres nouveaux membres sur cet album : le bassiste Jari Kainulainen (ex-Stratovarius) et le batteur Martin « Marthus » Skaroupka de Cradle of Filth. Comment se sont-ils joints à l’aventure ?

Martin a été le premier ! L’an passé des musiciens tchèques sont passés par mon studio et me l’ont conseillé, j’ai de suite été conquis par son jeu et je l’ai contacté « juste au cas où ». Une semaine après il était avec moi, nous avons discuté et écouté quelques unes de ses compos pour Cradle of Filth. Du coup, je lui ai demandé s’il pourrait à l’avenir composer dans la « direction musicale Masterplan » et il était d’accord. D’ailleurs, sur cet album, « No Escape » a été composée par Martin, déjà ! En fait, si je le voulais comme membre, au-delà de son talent, c’est que je savais que Mike Terrana n’aurait plus le temps pour Masterplan, il est pris par pas mal de projets dont sa collaboration avec Tarja Turunen. On est resté bons amis en tout cas.

Ensuite, j’ai choisi Rick très facilement, j’avais quelques chanteurs en tête mais en regardant la dernière vidéo de At Vance mon choix s’est porté sur lui. Il a très vite accepté, en plus il adorait déjà Masterplan avant ! Il faut préciser que ça ne fait que 10 ans qu’il chante en tant que frontman, et il s’améliore d’année en année.

Puis est venu le tour de Jari Kainulainen… Notre ancien bassite Jan S. Eckert n’avait plus trop de temps à consacrer au groupe. Il a très bon travail en dehors de la musique qui lui rapporte pas mal d’argent, il est constamment sur la route, ça lui plait, du coup il est moins concentré sur son instrument. Nous restons tout de même en bons termes, c’est ça le plus important ! Et du coup Jari nous a rejoint… et ça tombait bien car deux ans auparavant il m’avait fait part de son envie de rejoindre le groupe si jamais un jour on avait besoin d’un nouveau bassiste. Je n’ai jamais oublié cette proposition, c’est donc tout naturellement que je me suis tourné vers lui pour prendre la succession de Jan. Comme Martin et Rick, c’est un grand fan de Masterplan, donc ça tombe super bien !

Ce qui promet une excellente entente pour l’avenir !

Oui, ça va changer, notamment au niveau du chanteur (rires) ! Bon, j’en rajoute un peu mais au fond je n’ai rien contre Jorn, il choisit de vivre sa carrière comme il l’entend, c’est son choix. Mais au final oui nous nous sentons très bien dans cette nouvelle mouture, tous les trois adorent les deux premiers albums et c’est dans ce sens que nous avons enregistré Novum Initium. Ils savent ce que les fans veulent car ils en sont eux-même ! Quel bonheur de voir que chacun voulait travailler dans la même direction… en gros la mienne ! (rires)

Au niveau de l’écriture, est-ce que cet album a bénéficié d’une certaine spontanéité ou une véritable direction artistique a été définie auparavant ?

Non, comme par le passé nous avons écrit sans trop réfléchir, sans nous prendre la tête ! Axel et moi avons composé la plupart des chansons, d’ailleurs Axel a pris une part encore plus importante dans la création. Je me souviens, sur Aeronautics (2005) il avait écrit sa première chanson pour le groupe : « Back for My Life »… peut-être la meilleure de cet album ! Sur Novum Initium, il a plus ou moins écrit la moitié des chansons, quant à moi disons 40-50%, une est donc l’oeuvre de Martin tandis que « Fear the Silence » (un bonus), une vieille compo qui date d’il y a dix ans, a été écrite à la base par un ami de Uli Küsch notre ancien batteur.

Rick et moi avons ensuite travaillé sur les mélodies vocales ensemble, ce n’était pas facile de passer après Jorn mais il s’est bien débrouillé en incorporant son style et en apportant surtout sa touche personnelle. Il a écrit pas mal de paroles aussi. Sur les chansons de ce nouvel album on sentira toujours ce feeling Jorn Lande, mais c’est normal, j’ai tellement travaillé avec lui que j’ai ça dans mon sang et je ne renie pas ce qu’il a apporté.

J’ai déjà hâte du prochain album car celui-ci bénéficiera d’un vrai travail d’équipe renforcé. Sur Novum Initium, nous avons dû surtout remoduler certaines chansons qui étaient vraiment écrites pour Jorn, il y a des passages encore où Rick n’est peut-être pas aussi à l’aise qu’on aimerait. On a déjà quelques idées pour la suite, ça sonnera encore mieux je pense !

Revenons-en à l’apport de Martin derrière les fûts, on sent qu’il a imposé son style et sa puissance aux morceaux…

Totalement, on en est pleinement satisfaits d’ailleurs ! Il nous a bluffé. Je lui ai laissé une totale liberté sur certaines parties et il nous sorti de magnifiques moments bien rentre-dedans. Parfois il me rappelle Uli même si ce dernier avait plus de groove je pense, il pourrait être son fils… enfin spirituel je veux dire ! (rires)

Ton jeu de guitare semble aussi avoir évolué, moins technique et avec plus de feeling.

Tout à fait, il est désormais plus au service du groupe disons. Je pense que j’ai évolué, parfois je me dis que je pourrais encore impressionner avec des moments plus techniques mais bon je ne pense pas en avoir encore envie. J’ai opéré ce changement vers 2000 avec The Dark Ride (NDLR : album de Helloween), j’ai compris à cette époque que ça ne servait pas à grand chose d’écrire de la musique pour guitaristes chevronés.

Sur le nouvel album, la plupart des chansons sont en fait nées sur un clavier, je suis très inspiré par cet instrument et je compose presque toujours de cette façon. Du coup, j’aime bien quand ça sonne simple au niveau des riffs, comme un « train qui passe », un peu comme sur les albums solo de Ozzy Osbourne par exemple. Mon guitariste de groupe préféré est probablement Brian May de Queen, quelqu’un qui joue au service des autres instruments et des mélodies sans trop en rajouter. Après il reste les solos où on peut s’exprimer plus librement mais même là je suis aujourd’hui moins axé « branlette » (rires) ! Désolé pour le mot ! (rires)

Du coup, tu ne te vois plus faire d’album solos j’imagine ?

Ah je sais pas, on me pose pas mal la question en ce moment, peut-être que je devrais m’y remettre mais d’une façon différente. Je m’imagine plus faire un album axé old school, 60s/70s dans le son, un peu à la manière de Hendrix, Van Halen ou de Scorpions. Album solo ou side project avec les membres de Masterplan, pourquoi pas… j’appelerais ça peut-être MP… MP4… (rires)

Et pas de metal opera comme Timo Tolkki, Magnus Karlsson ou d’autres musiciens qui semblent succomber à une certaine mode en ce moment ?

Oh non, pas ça, je déteste ce genre de trucs ! D’ailleurs sur Novum Initium j’aurais pu demander un guest de Michael Kiske mais franchement non, on l’entend partout et ça devient lassant tous ces projets… ça sent le copier-coller ! D’ailleurs je chante un peu sur le nouvel album, je préfère ça plutôt que de demander à quelqu’un d’autre, et Rick se suffit à lui-même de toute façon.

Revenons sur le passé de Masterplan. Il y a dix ans, le premier album éponyme a été un franc succès, le deuxième a bien suivi… et tout semble s’être grippé par la suite. Comment expliques-tu cela ? Quelques regrets ou un peu de nostalgie parfois ?

Oui, je sais… Disons que nous avons toujours eu quelqu’un dans le groupe qui nous mettait des bâtons dans les roues, évidemment on sait de qui il s’agit mais on ne va pas polémiquer. C’était tellement bien parti, je prenais en quelque sorte une belle revanche sur les années Helloween ! On faisait de belles tournées, on était haut dans les affiches de festival, on gagnait même suffisamment d’argent. Puis des gens se sont plaints… et voilà !

Sans parler de l’évolution de l’industrie musicale avec des ventes en chute libre…

Oui, ça a joué aussi, aujourd’hui d’ailleurs on ne peut clairement plus raisonner en terme d’albums vendus, c’est devenu dérisoire. Le téléchargement n’a pas arrangé les choses non plus. Impossible de vivre de ça maintenant, même si je ne fais pas ça pour l’argent… De nos jours, je pense que les albums ou les productions deviennent de moins en moins soignés car chaque groupe doit sortir de plus en plus de matériel afin de partir en tournée et subsister. Plus personne n’a vraiment le temps d’écrire ou de se relaxer, le temps passé en studio se réduit comme une peau de chagrin et les enregistrements doivent être complétés au plus vite sous peine d’une explosion du budget.

Du coup jouer en live est devenu primordial !

Je ne sais pas si c’est devenu primordoal pour nous mais nous allons faire des concerts, c’est une certitude. Nous avons déjà joué dans trois festivals, dont un en Suisse la semaine dernière. Cet été nous ferons le Masters of Rock en République Tchèque. Bien sûr nous prévoyons entre 18 et 20 dates en tête d’affiche cet automne ! Et en 2014, nous espérons pouvoir faire une tournée avec Gamma Ray, du moins c’est le souhait qu’on a avec Kai Hansen.

Roland Grapow, Masterplan, interview Paris, 2013, La Grosse Radio

En tant que fan de musique, as-tu quelques groupes qui t’ont marqué ces dernières années ?

Un groupe dont je suis fan depuis le départ : Rammstein. C’est mon groupe préféré. J’adore leur son de guitare, leur production, et bien sûr leurs concerts. Je les ai vus trois en live, j’ai adoré à chaque fois ! Ma petite-amie aime aussi Rammstein, nous nous sommes rencontrés à l’un de leurs shows ! (rires)

Une petite question moins agréable pour finir peut-être… Es-tu toujours en contact avec les gars de Helloween ?

J’ai essayé de les recontacter plusieurs fois mais je n’ai reçu aucune réponse, comme pour Jorn. J’ai essayé le managment, Andi Deris, mais aucun résultat… Je ne sais pas pourquoi ! En fait j’ai essayer de les contacter afin de voir si Masterplan pouvait faire partie de la tournée Helloween/Gamma Ray, mais au fond je me demande si Michael Weikath et Andi Deris auraient aimé… Enfin bon, je ne désespère pas, peut-être la prochaine fois.

Un dernier mot pour nos lecteurs et auditeurs ?

J’espère que vous aimerez Novum Initium, nous sommes en tout cas fiers d’être de retour avec cet album. J’espère que ce nouveau line-up gagnera le respect et qu’on ne comparera pas trop Rick à Jorn. A bientôt sur la tournée !
 



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