Angels of Babylon – Thundergod

« … And rock n’ rohouhôôooll ? « …

Quand d’anciens poilus de chez Manowar mettent sur pied un nouveau projet, on peut être sûr que ce ne sera pas pour faire du prog ou de la humpaa ! Après Ross the Boss et son groupe éponyme, et après leur effort commun Death Dealer, c’est au tour de Rhino – batteur emblématique sur The Triumph of Steel et ayant depuis fait un passage remarqué chez HolyHell – de remettre le couvert avec son propre ‘combo’ pompeusement appelé Angels of Babylon (dans les rangs duquel officia un temps le prolifique bassiste Dave Ellefson de Megadeth), trois ans après la sortie d’un Kingdom of Evil un brin anecdotique…

Autant briser le suspense tout de suite : ce quatuor de vieux briscards américains a beau se la jouer « cavaliers de l’Apocalypse« , il a certainement plus de chances par chez nous de s’attirer encore une fois les foudres des quelques fans potentiels alléchés par un tel casting – et par la couleur musicale annoncée – que de réellement faire gronder le tonnerre et déchaîner les éléments sur ce Thundergod sorti via le label Scarlet Records et qui résonne aux oreilles depuis le 18 juin dernier.

rhino ex-manowar, angels of babylon


Il s’agit donc de pur ‘heavy-metal’, on s’en serait douté, mais d’une formule tellement classique et éculée qu’elle ne devra de fait – on le sent bien – souffrir d’aucune baisse de régime. Si nos Anges l’ont bien compris et font démarrer ce Thundergod sur les chapeaux de roues par son morceau-titre (avec un roulement de batterie ‘Painkillerien‘ en intro…), ce n’est pas pour autant que ce dernier restera dans l’Histoire comme un hymne sans leurres et sans reproches. Refrain typé ‘power-metal‘ « speedé » déjà entendu cent fois dans des contrées germaines, et surtout ces arrangements patauds aux claviers, voulant donner une impression d’orchestration mais d’une pauvreté d’écriture à faire peur, s’interrompant parfois tout net et tout aussi vite qu’ils ont déboulé (au moins sont-ils parfois moins envahissants que sur le précédent opus, c’est déjà ça!), et pour enfoncer le clou un panel de sonorités choisies pas toujours des plus heureux (cf ces orgues dignes du ‘Castlevania’ des années 80 chez Nintendo…). On saluera toutefois comme il se doit l’hommage que Rhino a voulu rendre à son confrère Scott Columbus (RIP)  l’ancien batteur de Manowar (RIP bis?) à travers ce titre…

Les choses s’améliorent un peu sur le plus recueilli « Sondrio », avec cette fois un refrain épique digne du Grand Magus d’ « I Am The North » (ainsi que quelques relents de Rainbow!), et un nouveau chanteur (Diego Valdez venant remplacer un David Fefolt qui avait su marquer les esprits sur le précédent opus…) se révélant progressivement, dans un registre toutefois bien différent, un bon disciple d’Eric Adams dans Manowar : conviction et solennité sont vraisemblablement le mot d’ordre ! A l’image, d’ailleurs, du jeu de Rhino, au martellement toujours très caractéristique, le temps semblant toujours être suspendu l’espace d’une simple micro-seconde entre chaque frappe d’une tonne de notre bonhomme, comme afin de mieux marquer la lourdeur et la force de l’ensemble.
Mais c’est bien davantage à l’alchimie vocale qui se dégage des deux hommes qu’il convient de rendre hommage (en ‘live’, le batteur fait preuve d’une remarquable polyvalence en assurant vocaux et parties de batterie sans sourciller ni fatiguer…) : sur ce titre en effet c’est comme si l’on mélangeait un Tony Martin (Black Sabbath) au meilleur de sa forme et le Rob Halford dernière époque avec également quelques intonations à la Tim ‘Ripper’ Owens ou encore lorgnant du côté de chez l’Übermensch Johnny Gioeli (Axel Rudi Pell – prêtez notamment attention plus loin à la puissance vocale sur le très macabre et Sabbathien « Redemption »…). Ailleurs dans l’album, on notera aussi des réminiscences d’un King Diamond dans les graves, ou d’un Dio dans les envolées et certains phrasés !

On regrettera en revanche que de son côté le jeu de guitare du préposé à ce poste Ethan Brush ne soit guère des plus inspirés niveau ‘feeling’, se contentant souvent d’enchaîner les déluges de notes ‘shred’ criardes en guise de cache-misère (rendant également irritante l’écoute d’un « The Enemy » pourtant différent et prometteur – voire ‘inquiétant’ mais dans le bon sens cette fois! – et parvenant même à gâcher un « Turning to Stone » pourtant digne d’une bonne vieille ballade romantique de Rhapsody – si,si !…). On ne s’apesantira pas davantage, nous en tout cas, sur ces riffs cruellement redondants et passe-partout histoire de ne pas être trop désobligeant non plus, le tout ne décollant jamais à vrai dire d’un classicisme des plus convenus, de rythmiques plus que bâteaux et pas en phase avec la conviction des morceaux en tout cas.

Oui, c’est véritablement d’un point de vue purement musical que le propos pèche chez nos ‘Anges aux Figures Sales’, oscillant entre un heavy épique et atmosphérique tout en (a)pesanteurs dignes du Sabbath de l’ère Tony Martin donc (mais pas forcément les titres les plus inspirés de ces derniers…), et un ‘power-metal’ parfois inutilement pompeux et aux orchestrations décidément dignes d’un Virgin Steele du pauvre ! (entre un « Queen Warrior » poussif, la sirupeuse « What Have You Become » digne d’une infâme comédie musicale en version heavy/AOR, malgré son entame mélodique faussement Blackmorienne et  ces vaines tentatives ‘progueuses’ cette fois quand même, ou encore ce « White Star Line » dont les lignes vocales – qui cette fois déraillent occasionnellement – évoqueraient étrangement, plus dans l’écriture et les notes en elles-mêmes que dans le timbre ou les intonations, un Blaze Bayley en solo…).

Entre les deux, les (rares) titres aux tempi plus enlevés se révèlent finalement les moins aboutis du lot (ce « Bullet » auquel on aurait bien envie de rajouter un ‘o’ quelque part…), à l’exception notable d’un efficace « True Brothers » où cette fois la magie ‘power‘ opère (jusqu’au solo, ahem…), appuyée il est vrai par une solennité sur le refrain cette fois tout à fait convaincante, dans la droite lignée d’un Iced Earth. Sauvons également le correct « King of All Kings » (au nom faussement « Manowarien » mais comme on n’échappe jamais au déjà-entendu et que notre Rhino les rosse haut-la-main sur ce coup-là, les ‘Megalowarriors’, on ne peut trop rien dire)…
Angels of Babylon navigue finalement plus souvent qu’à son tour entre deux eaux : l’école heavy ‘in-your-face‘ et fougueuse américaine traditionnelle, et la rigueur métallique majestueuse ‘Deutsche-Qualität‘, sans parvenir hélas à convaincre pleinement dans aucun de ces deux registres.
 

Rhino ex-Manowar, Angels of Babylon 2013

Si les meilleurs titres de ce Thundergod permettent cette fois au groupe d’éviter le naufrage (principalement sur la dernière partie de l’album où les claviers sont enfin mieux à propos et évitent la surcharge), inutile de vous dire que l’on en attend bien davantage de la part de ces vétérans de la scène, et notamment une puissance du feu du ciel enfin digne de ce nom (même si on a gagné un bon cran d’excitation au-dessus de la platitude du précédent album, c’est déjà ça de pris…). Si la sincérité du projet (en tous cas de Rhino !) ne saurait être mise en doute (pas demain la veille que ces irréductibles nous sortiront du ‘core‘ ou du Korn!), et si merci Thor ces « warriors »-là n’en sont pas encore à patauger comme leurs aînés les autoproclamés ‘Kings of Metal‘ en pré-retraite, on ne saurait quand même trop aviser ces Anges de la très laide réalité, dont ils doivent toutefois être déjà conscients :  quand, aujourd’hui en 2013, on veut faire du cérémoniel et de l’épique, il faut désormais y mettre la forme (suivre le protocole ou au contraire sortir des sentiers battus…) pour daigner espérer en sortir victorieux et ne pas stagner dans des lourdeurs fadasses et malvenues ; et s’il s’agit d’un pur heavy de révérence, le plus salutaire serait quand même de se détourner maintenant de ses vieilles références et de faire preuve d’un peu plus d’audace. Car le fan, pas tombé de la dernière pluie non plus et impitoyable quand il s’agit de ne pas dilapider inutilement ses maigres deniers, n’attendra pas le déluge avant d’aller voir ailleurs. Car il sait pertinemment que la foudre ne tombe jamais deux fois au même endroit…

LeBoucherSlave

6,5/10

angels of babylon, rhino ex-manowar

NOTE DE L'AUTEUR : 6 / 10



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