Entretien avec The Old Dead Tree au Hellfest 2013

Nous avions appris cette année que The Old Dead Tree allait se reformer pour célébrer les 10 ans de leur premier album « The Nameless Disease ». La Grosse Radio est donc allée à la rencontre du groupe pour parler des circonstances de ce retour sur scène, et de ses suites.


Au sommaire de cette interview, vous trouverez notamment :

– les raisons de la séparation de The Old Dead Tree
– retour sur la reformation (tournée, nouvel album …)
– leur avis retrospectif sur la carrière du groupe
– les changements de l’industrie musicale depuis leur séparation

Vous avez joué cet après-midi sous l’Altar au Hellfest : quelles sont vos impressions, et était-ce vraiment la première fois que vous remontiez sur scène depuis la séparation du groupe ? Il n’y pas eu des concerts avec vos autres groupes ?


Manuel [guitare et chant] : Pour ma part, ça faisait effectivement cinq ans que je n’étais pas remonté sur scène !

Raphaël [batterie] : Moi j’ai fait le mariage d’un copain ! [rires] Non, j’ai fait d’autres concerts, mais dans des contextes totalement différents ! [sourire]

Gilles [guitare/choeurs] : Pour ce qui est de nos impressions, c’est assez simple : lorsqu’on est monté sur scène, on ne savait vraiment pas comment ça allait se passer et quel accueil serait donné au groupe. Et en fait, à partir du moment où on est monté sur scène, ça n’a été que du bonheur. On a vu que le public réagissait super bien, on a pris beaucoup de plaisir à jouer et on a tout donné !

Est-ce vous pouvez nous parler des circonstances de votre séparation ?


Manuel : C’est tout bête en fait, c’est l’usure. Le groupe avait douze ans d’existence, avait déjà connu quelques changements de line-up, parfois douloureux, et c’est vrai qu’après trois albums, qui ont été très bien accueillis à peu près partout, on n’arrivait pas à passer un certain pallier de professionnalisme musical qui nous aurait permis de vivre de notre musique. On devait avoir un travail à côté, on a tous des familles, des enfants… Et on perdait beaucoup d’argent avec le groupe. L’argent n’est pas un but en soi, c’est pas très grave, on n’a jamais voulu être riche. Si jamais on le devient un jour, on prendra quand même, mais c’est vrai que se donner à fond tout le temps, passer ses week-end en répétition, en concert, en tournée, ça pèse. Tous les soirs après le travail, reprendre la guitare, reprendre l’ordinateur pour faire des choses… C’est le semi-professionnalisme qui nous tué, en fait. L’usure est arrivée, et avec, les désaccords, les frictions. Quand les choses ne vont pas forcément bien, quand il y a un désaccord, c’est plus difficile à gérer !

Qu’avez-vous fait pendant ces cinq années de séparation ? Avez-vous continué la musique ?

Manuel : Personnellement, j’ai mis un an avant de me remettre à la guitare. La séparation, ça a vraiment été une déchirure pour moi… Quand on a formé le groupe, j’avais 19 ans, c’était toute ma vie, donc ça a été très difficile de reprendre la guitare. J’ai repris la guitare sèche et j’ai composé des choses. Peut être qu’un jour, j’arriverais à en faire quelque chose. J’ai aussi été invité à participer à quelques albums, par Dustbowl ou Melted Space. Gilles a lui un projet vraiment pas mal qui s’appelle Lux Incerta.

Nicolas : Alors moi c’est un peu particulier, parce que j’avais quitté le groupe avant qu’il se sépare, en 2006, pour me consacrer à ma vie de famille. C’est du boulot. Mais en fait, assez rapidement, le manque de musique m’a pesé, donc j’ai remonté un projet qui s’appelle Ommatidia, et on vient de finir d’enregistrer notre deuxième album, et qui va être mixé/masterisé dans les prochaines semaines pour une sortie en 2014. C’est un projet auquel je tiens beaucoup !

Raphaël : Et moi, j’ai trouvé une copine ! [rires]

Alors, la suite du programme pour le groupe, c’est cette tournée anniversaire, mais est-ce qu’il va y avoir un nouvel album ?

Manuel : C’est la question que tout le monde nous pose. [sourire] Il faut savoir qu’après le split, on s’est tous éparpillés dans la France, donc déjà rien que répéter ensemble sur des morceaux qui existent déjà, pour monter cette tournée, ça a été très compliqué. Même si on prend énormément de plaisir à nous retrouver pour rejouer cette musique, je pense que ça serait pas très réaliste d’imaginer qu’on puisse faire un quatrième album de la trempe des précédents en se voyant aussi peu. The Old Dead Tree, c’est une musique avec plein de petits détails, qui sont travaillés au millimètre, et ça ne s’improvise pas. Soit on fait un mauvais album soit on en fait pas, donc pour l’instant on va rester serein, et se concentrer sur la tournée.

Effectivement, c’est vrai que la musique de The Old Dead Tree est assez riche et variée, d’où viennent vos influences musicales ?

Nicolas : Elles sont vraiment très diverses, on écoute de tout et on est influencé par tout ce qu’on écoute. Personnellement, j’ai commencé à écouter de la musique avec les Beatles, donc je suis toujours un grand fan. J’écoute beaucoup de la musique des années 60, 70 et finalement peu de choses des années 80. Je me suis mis au métal avec les groupes qui ont commencé dans les années 90. Donc mes influences viennent de ce mélange, toujours en essayant d’apporter quelque chose de personnel à la musique qu’on joue.

Est-ce que vous pensez que vous étiez allé au bout de votre démarche avec The Water Fields ?

Manuel : Oui, je pense qu’artistiquement parlant, par rapport à ce que représente The Old Dead Tree, on était arrivé au bout de quelque chose, et si on avait continué, il aurait fallu renouveler, partir dans une autre direction je pense, pour éviter de se répéter. On change en tant que personne, nos goûts changent, et on a plus forcément envie de jouer la même musique. Il  ne faut pas oublier qu’un artiste écrit avant tout pour lui, jamais pour les fans. Je pense que la plus grosse erreur que puisse faire un artiste, c’est de travailler pour les autres.

Est-ce qu’avec le recul, vous changeriez des choses sur vos albums, si vous le pouviez ?

Manuel : Tout à l’heure, on évoquait le caractère assez riche et travaillé de notre musique. C’est vrai que quand tout est travaillé très en détail, l’avantage est qu’on sait avoir fait notre maximum. Donc avec du recul, évidemment, il y a des petites choses qu’on pourrait changer, c’est vrai qu’on est peut être de meilleurs musiciens depuis, mais finalement, on est assez content de ce qu’on a fait.
 

Entre le moment où vous vous êtes séparés et la reformation, pas mal de choses ont changé dans l’industrie de la musique, Internet notamment a complètement changé la donne. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Nicolas : C’est vrai que tout a changé entre le moment où on a commencé et maintenant. La scène a changé, le marché de la musique a changé… C’est, à mon sens, plus compliqué de faire de la musique maintenant qu’il y une quinzaine d’années.

Manuel : Mais en même temps c’est plus simple, aussi ! Maintenant tu peux t’enregistrer chez toi très facilement.

Nicolas : Oui, faire de la musique chez toi. Mais pour la faire sortir de ton salon, je pense que c’est plus compliqué.

Manuel : Je vois pas les choses de la même façon, parce que tu peux facilement mettre ta musique en ligne, et il y a plein de groupes qui ont émergé de nulle part grâce à Facebook. Après, c’est vrai que ça multiplié l’offre. Avant, il y avait un barrage : la sélection des maisons de disque, qui faisait un tri dans les groupes qu’elles estimaient banquables. On pouvait trouver ça bien ou pas bien mais du coup, il y avait moins de groupes. Avant, il fallait faire des choix, la musique était payante et très chère… Un album, c’était l’équivalent de 23 euros. Donc 23 euros, quand t’es lycéen, que t’as pas beaucoup de sous, t’achetais un ou deux albums par mois et c’était déjà pas mal, et chaque album avait une valeur particulière. Aujourd’hui, ton pote passe à la maison avec le disque dur : « tiens, qu’est-ce que tu veux ? ». Tu récupères cinquante albums en dix minutes, et la concentration à la musique que je vais écouter sera bien moindre… Et la musique finalement, perd de sa valeur. Et l’autre chose, tu en parlais tout à l’heure, c’est le format album. Il a été mis en place à cause du vinyle et de la limite de temps de musique disponible sur ce format. C’était 45 minutes à l’époque, et ça un peu augmenté avec le cd. Aujourd’hui, c’est plus pareil, tu peux faire un album de trois heures, t’as plus de limites. Et finalement, ce genre de limite aussi, ça apporte une grande liberté artistique, tu peux faire ce que tu veux, sortir un titre par-ci, par là, ou un petit 5 titres, mais ça éparpille le format et la valeur qu’on lui attache. Donc il y a vraiment beaucoup de pour et beaucoup de contre.

La scène métal française a pris un gros coup de boost ces dernières années, notamment avec Gojira, mais pas seulement. Quels sont vos groupes français favoris ?

Nicolas : J’adore Hacride. Je les ai vu en concert il y a peu de temps, et c’était vraiment super ! Gojira aussi, évidemment.

Manuel : Pour ma part, Gojira, c’est un groupe que je connais depuis très longtemps. On les a vu en 1999, à l’époque ils s’appelaient encore Godzilla, et on a pris une claque à l’époque, on s’en souvient encore ! Et c’est vrai que Gojira est un groupe qui reste extrêmement impressionnant, et c’était déjà comme ça au tout début ! Mais il y a autre chose, il y a Dagoba qui est une machine de guerre sur scène, il y a T.A.N.K , qui est super aussi ! Il y a aussi des groupes comme Dustbowl et Melted Space qui sont excellents, et qui seront avec nous pour cette tournée d’adieu.

Pour cette tournée, vous allez jouer The Nameless Disease en entier. C’est de plus en plus la mode pour les groupes de faire des tournées en rejouant des albums entièrement, pourquoi selon-vous ?

Manuel : Je pense qu’il y a un côté financier indéniable à ça. Comme les rentrées d’argent sont moindres à cause du marché du disque qui s’effondre, les groupes sont obligés de tourner beaucoup plus. Et pour rameuter les fans, les groupes font appel à leurs anciens succès, et jouent ce que les fans ont envie d’entendre. Nous,  on va encore perdre de l’argent dans cette tournée, le financier n’a rien à voir avec ça. Quand le groupe s’est séparé, on n’a pas pu faire de tournée d’adieu pour dire au revoir à tout le monde, et c’était aussi surtout pour se retrouver. C’est vrai que ça nous manquait à tous, et nous sommes restés amis. On se retrouvait ensemble souvent avec l’équipe technique et d’anciens membres. Puis un jour, on s’est dit « samedi resto, et demain, pourquoi pas une répète ? » Puis il y a eu d’autres répètes, et un jour, je me suis dit « l’année prochaine, ce sont les 10 ans de Nameless », on pourrait faire un concert ? Et j’en ai parlé à notre ancien tourneur et il m’a dit qu’il allait voir. [sourire] Et on est là aujourd’hui !

Cet album a été très bien accueilli à l’époque, et a doucement acquis le statut d’album culte. Quels sont ses points forts et ses points faibles selon toi ? Quel bilan fais-tu de cette période ?

Manuel : Cet album est l’aboutissement d’un processus de deuil. Notre batteur Frédéric est mort en 1999, mais l’album arrive tout de même en 2003, assez longtemps après. Donc il est issu de beaucoup de tristesse, mais aussi de la vie du groupe. Même si les paroles sont entièrement focalisées sur le deuil, et la manière dont j’ai vécu son suicide, l’album n’est pas non plus totalement empreint de ça. Pour son point fort et son défaut, ce sont les mêmes : la naïveté. C’est un album très simple, où il y a aucune démonstration, où l’anglais n’est pas du grand Shakespeare, et ça a touché beaucoup de gens.

On arrive déjà à la fin, avez-vous un mot pour vos fans français et nos lecteurs ?

Manuel : Merci. Parce que nous, on s’éclate entre nous, on se fait plaisir, mais participer à des évènements aussi énormes que le Hellfest, c’est très gratifiant.  Et si on est là, c’est grâce à nos fans, ou à des gens comme toi. Pour nous, c’est une récompense énorme.  Ca a été un crève-cœur d’arrêter le groupe, et c’est vraiment génial pour nous d’être ici, alors merci !



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