King ov Hell, co-fondateur de God Seed, au Hellfest 2013

On vous en avait promis encore une, d’interview improvisée ! Alors après Morbid Angel, Rotting Christ et Seth, restons dans la mouvance extrême avec une légende du black metal norvégien : le célèbre King ov Hell, bassiste et co-fondateur de God Seed, pour ne pas dire maître à penser, ancien de Gorgoroth et Sahg. Après avoir conversé quelques instants avec le charismatique chanteur Gaahl, c’est donc son comparse que nous interviewons l’espace de quinze minutes, quelques heures avant la prestation du groupe en tête d’affiche sur la Temple. Un moment assez inoubliable.

Interview réalisée par Lionel Born 666 et Ju de Melon

Ju de Melon : Nous sommes avec King ov Hell de God Seed… mais également d’autres groupes tels que Ov Hell, et j’en oublie sûrement !

King ov Hell : Je ne compte même plus depuis le temps et tous les projets que j’ai eu. God Seed avec Gaahl, Ov Hell avec Shagrath, sinon j’ai un nouveau groupe qui s’appelle Temple of the Black Moon avec Rob Caggiano (ex-Anthrax, Volbeat), Dani Filth (Cradle of Filth) et John Tempesta (The Cult). Mes seuls projets actifs en ce moment.

Tu joues ce soir avec God Seed (NDLR : voir le Live Report déjà en ligne) à minuit, peut-on s’attendre à quelque chose de spécial ce soir en 1h de show ?

Tu sais, God Seed est un groupe encore jeune, Gaahl et moi n’allons jouer que des chansons que nous avons écrites, soit pour le groupe soit des récents Gorgoroth, 1h de show c’est déjà suffisant pour faire une bonne sélection. Bien évidemment, nous voulons mettre le projecteur sur ce que nous faisons maintenant, avec déjà un album et donc quelques temps forts d’un passé encore récent.

Lionel / Born 666 : On ressent sur le dernier album de God Seed une influence très années 70…

C’est logique, j’ai grandi en écoutant le son des années 70 et ça m’a forcément beaucoup influencé pour la musique que j’écris. Ces groupes comme Led Zeppelin, Pentagram, Deep Purple et même Kate Bush ont fait ce que je suis. On avait un peu commencé à intégrer ce genre de son sur le dernier Gorgoroth mais avec God Seed je pense que nous sommes allés plus loin en créant quelque chose qui n’avait jamais été fait avant. Je n’ai jamais entendu un autre album qui sonne comme le I Begin de God Seed.

King Ov Hell (God Seed), interview Hellfest 2013, La Grosse Radio

Lionel : Et tu as aussi eu l’idée d’intégrer de l’orgue hammond ?

Non ça c’est l’oeuvre de Geir Bratland, le claviériste live de Dimmu Borgir, membre à part entière du groupe. Car God Seed en est un vrai, pas seulement notre projet à Gaahl et moi. Evidemment au niveau de la création musicale j’ai apporté tous les sons en démo sur le nouvel album, j’ai donc trouvé les idées de claviers mais ensuite Geir a retravaillé dessus. Sur le prochain album, je pense que chaque membre composera, je serai peut-être encore le compositeur principal mais je veux que God Seed devienne une unité où chacun y met du sien.

Lionel : Pas de leader donc mais un vrai groupe !

Hmmm on verra, le temps dira comment ça évoluera (rires) ! Cependant ce ne sera jamais à 100% démocratique, car si je n’aime pas une idée jamais elle ne sera acceptée sur une chanson de God Seed, autant dire la vérité.

Ju : Justement, parlons-en de ce son du dernier God Seed… on sent que c’était très important pour toi qu’il sonne ainsi et pas autrement !

Oui, exactement. Nous voulions nous différencier des autres groupes de black metal, nous ne voulions pas être un second Dimmu Borgir par exemple. La principale différence peut s’entendre sur la batterie, il se passe pas mal de choses à ce niveau avec pas mal de richesse au niveau de jeu, plus de finesse et de changements de rythme, c’est la raison pour laquelle elle est mixée un peu en avant. Après bien sûr nous avons également voulu un album énergique notamment au niveau des guitares.

Lionel : Hell, Il me semble que tu as presque 40 ans…

38 pour être exact !

Quand tu étais jeune et que tu as débuté ta carrière, tu ne voulais pas forcément mettre en avant ce côté 70s. Ce n’est qu’en devenant plus âgé que tu as eu cette envie, est-ce lié à une certaine maturité selon toi ?

Disons que oui et non, en fait avant je séparais les deux aspects. Je faisais du « true black » avec Gorgoroth et j’avais un groupe appelé Sahg qui était très axé 70s. Je jouais aussi pas mal de jazz. Aujourd’hui je ne veux plus me fixer de limite et m’exprimer avec God Seed sans mettre de frontière de styles, d’ailleurs peu importe la musique que tu joues : tant que t’y mets ton coeur, ton âme, que tu y exprimes tes idées politiques ou religieuses ! Même un boys band qui fait de la dance peut être acceptable s’il le message passé est clair. Avec le temps tu peux être de plus en plus ouvert sur certaines musiques, mais au fond et en vérité tu as ça dans les gènes je pense ! Tout est une question d’époque aussi, tu ne ressentirais pas les mêmes choses il y a 2000 ans dans un monde sans science… Aujourd’hui tout doit être régit dans le domaine scientifique et analysé en conséquence, tu ne regardes plus un arc-en-ciel en te disant simplement « wow c’est magnifique », tu te dois aussi de te poser des questions et savoir pourquoi un tel phénomène se crée. Tel est mon point de vue en tout cas.

Ju : En ce qui concerne le live, considères-tu la place de God Seed sur scène aussi importante que celle d’un Gorgoroth dans le temps ?

Avec Gorgoroth nous faisions pas mal de grosses productions visuelles, ce que nous ne faisons plus avec God seed. Pour l’instant nous repartons un peu volontairement de zéro, et peu à peu nous allons reconstruire quelque chose pour les live mais ce n’est pas encore l’heure. Nous sommes un groupe en pleine évolution et qui repart de rien. Nous avons trouvé notre expression musicale sur album, mais nous cherchons encore pour la scène. Nous ne savons pas encore où nous allons mais nous avons besoin de ressentir les choses avant d’entreprendre quelque chose de très visuel et spécifique.

Et ce soir ce sera l’occasion d’expérimenter tout ça…

Oui c’est vrai, après on ne sait jamais à quoi s’attendre lors d’un festival, l’important pour nous sera de tout donner sur scène comme ça l’est à chaque fois. Et ce que ce soit devant 70 ou 70.000 personnes, peu importe !

Lionel : Tu es considéré comme une légende du black metal, comment vis-tu au quotidien avec cela ?

Tu sais, je suis quelqu’un de très narcissique et de très centré sur moi-même, je ne porte pas beaucoup d’attention à ce qui se passe autour de moi et je préfère me concentrer sur mon art. Pour moi, être entouré de nombreuses personnes, même si elles admirent ce que je fais, ça me dépasse et franchement ce n’est pas ce qui me plait. Ca peut même me rendre fou, à vrai dire.

King ov Hell (God Seed) et Ju de Melon (La Grosse Radio), Hellfest 2013

Ju : Et quand tu ne joues pas avec God Seed ou autre, que fais-tu ?

Je suis professeur, dans l’équivalent de votre école primaire je crois. Parfois je peux arriver à vivre de ma musique, mais la plupart du temps j’ai besoin de ce travail.

Lionel : Tu as dû avoir quelques soucis avec certaines personnes qui ont appris ton implication dans le black metal…

Oui bien sûr, j’ai même déjà été traîné devant les tribunaux accusé de blasphème. Tu sais, c’est le cas depuis que je suis enfant où les traces du christianisme étaient encore intact, déjà à l’époque je m’opposais vivement en critiquant ces conneries, en disant tout haut que ce n’était que des mensonges. Dans une telle société soit disant basée sur la tolérance, je me faisais attaquer à cause de ces propos, alors que tout n’est que folie… Vouer un culte à un soit disant fils de dieu qui aurait fait des miracles que des dieux romains, égyptiens ou grecs auraient fait avant, comme Horus ou Dionysos pour ne citer qu’eux. En plus d’être mensonges, ces écrits ont été copiés sur d’anciennes croyances ! Et aujourd’hui des gens croient encore en ces trucs… qui est le taré au final? Certainement pas moi.

En ce monde de crise économique, quel est ton point de vue sur la société humaine en général ?

Avant de te répondre, je vais te dire en quoi je « crois » : il faut savoir que nous sommes tous poussières, issus des étoiles, d’un seul et même big bang. Nous avons tous été plus ou moins créés il y a 13.6 milliards d’années. Et tout s’est passé par hasard, il n’y a aucune explication à cela et à la création de l’univers, tout n’est que coïncidence.

En ce qui concerne l’être humain… Il y a à peine 200 ans, il n’y avait que très peu de villes à plus d’un million d’habitants, c’était vivable. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas, nous sommes des milliards et la race humaine agit comme un véritable virus qui ne cesse de se répandre. Et toutes ces guerres, la pollution, la crise économique… tout ceci est dû au fait que nous nous reproduisons trop ! Du coup des gens se tuent entre eux, mais au final c’est par instinct de survie, et ça ne fera qu’empirer avec le temps. La Nature a déjà lâché prise et se retournera peu à peu contre nous, tu peux en être certain. Nous allons finir comme des rats, et les gens s’en foutent, ils préfèrent blablater politique… alors que le vrai problème se situe ailleurs.

As-tu eu cette année des soucis avec quelques organisations chrétiennes qui s’opposent au Hellfest et à certains groupes qui y jouent ?

Pas cette année mais c’est déjà arrivé, au Hellfest ou ailleurs. A Belfast en Irlande du Nord par exemple, il y a eu des manifestations contre nous.

Erik Danielsson de Watain nous avait dit qu’il les attendait de pied ferme s’ils n’étaient pas content !

Oui, mais lui et moi avons une approche différente des choses je pense.

Merci à Gunnar Sauermann de Season of Mist pour l’organisation de cette interview

 



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