Jacoby Shaddix (chanteur) et Jerry Horton (guitariste) de Papa Roach

Jadis jeune requin aux dents bien aiguisées, Papa Roach figurait dans le peloton de tête des groupes neo metal trendy made in USA. Une décennie après le déferlement de cette vague puis sa retombée successive, les Californiens sont toujours présents sur la scène rock / metal, et ont réussi l’exploit de non seulement éviter l’écueil des oubliettes ou du retournement de veste ostentatoire comme tant d’autres, mais également à gagner en pertinence et en maturité au fil de leurs sept productions discographiques. La dernière en date, The Connection, relève du coup de maître et parvient à assoir le groupe comme un acte classieux typiquement US. C’est avec le très sympathique guitariste Jerry Horton que nous nous sommes entretenus dans un premier temps, puis avons été rejoints par le lion Jacoby Shaddix. Un entretien sans masques, sans fards, avec deux hommes aux antipodes de la pose de rockstars, mais bien au contraire humbles et généreux humainement, et qui ne prennent résolument rien pour acquis. 

Aujourd’hui, nous avons la chance de nous entretenir avec Jerry ! Papa Roach est de retour du Hellfest, quelles en sont vos impressions ?

Jerry : C’était très cool ! C’est la deuxième fois que nous jouions là-bas. Nous y avions été conviés une première fois en 2009, et je me souviens que l’affiche était alors très metal. Au point que nous nous sommes demandé ce que nous faisions là, au tout début… Je crois me souvenir que nous étions le seul groupe de rock, et nous passions même juste après Cannibal Corpse, ça te donne un état des lieux… Mais une fois que nous avons commencé à jouer, tout doute a été levé : le public était génial, très réceptif, il y avait du slam, des gens déchaînés, bref un bonheur. Et là, cette année, nous avons trouvé à notre joie une affiche beaucoup plus rock, plus hétéroclite. Le public était génial également, et le contexte était parfait pour nous.

Il faut savoir que si aux Etats-Unis la musique que vous jouez est considérée comme rock, voire rock alternatif, en Europe en revanche, on la range facilement dans la catégorie hard rock et metal. Pour le fan moyen de rock en Europe, un groupe comme Papa Roach est beaucoup trop heavy…

Jerry : ça alors… Les sensibilités sont différentes alors.

Vous nous préparez une tournée en tête d’affiche pour la rentrée, quelles sont vos étapes en notre continent ?

Jerry : Nous faisons un tour complet du Royaume-Uni, puis nous passons par l’Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas, puis nous arrivons à Paris ! L’Italie aussi suivra, la Suisse… Ce ne sera pas une grosse tournée, car sur le bout que nous faisons là déjà en ce moment, nous avons quelques dates en tête d’affiche déjà. En tout et pour tout on en aura pour quatre semaines, c’est pas mal !

 

Tobin, Tony, Jacoby et Jerry

Votre dernier album en date est intitulé The Connection (2012) : tout d’abord, pourquoi ce titre ? Quels sont les thèmes que vous abordez ?

Jerry : Il nous a fallu énormément de temps déjà pour écrire les chansons de cet album. Nous avons enregistré en notre fief à Sacramento, ce qui nous a donné l’avantage d’avoir beaucoup de temps, un confort particulier, et le luxe de ne pas avoir à aligner des sommes pharaoniques pour pouvoir faire quelque chose de bien. Tobin (Esperance, basse) avait quelques idées de son côté, stockées sur son ordi ; moi aussi. Lorsque nous avons commencé à nous pencher sur tout cela, Jacoby a déclaré qu’il n’axerait pas ses paroles sur sa vie sentimentale cette fois-ci, car il le fait déjà trop. Ironiquement, à cette même époque, sa femme et lui se sont séparés. Il était totalement perdu, déprimé. Nous étions très proches de lui, avons pourtant tenté de le consoler et lui apporter de bonnes énergies, mais rien n’y a fait… A la fin, on a fini par lui dire « Vas-y, écris sur ce que tu ressens. Tu dois le faire ».

Ca pourrait bien te tuer si tu ne le fais pas, car c’est une bonne catharsis finalement. Et puis c’est la raison pour laquelle vous faites de la musique non ?

Jerry : En effet. Et puis c’était très émotionnel pour nous tous car Jacoby écrivait en même temps qu’il vivait l’expérience. Par le passé, c’était différent car il écrivait avec le recul du temps. Là, c’était simultané. En même temps qu’il écrivait, je pouvais voir la douleur sur son visage. Et puis, lorsque nous en sommes arrivés à la septième chanson environ, il a commencé à se sentir visiblement mieux, plus en confiance, et nous a donné l’impression que quelque soit le dénouement, il allait être Ok. Certaines chansons sont dark d’autres plus optimistes, mais c’est intéressant car au final tu peux retracer la timeline des émotions de Jacoby et leur progression.

C’est une catharsis pour tout le monde. Car beaucoup de gens vont écouter l’album et te dire « j’ai ressenti ça aussi, merci ça m’a fait du bien ».

Jerry : C’est inconscient pour nous, nous le faisons sans y penser plus que cela, vraiment. Mais c’est un super sentiment que de savoir que l’on a pu aider des gens avec nos chansons.

Comment s’est déroulée l’écriture des morceaux pour cet album ? Vous avez composé chacun de votre côté ou tous ensemble ?

Jerry : Un peu des deux. « Before I Die » est une chanson que Tobin avait écrit de son côté, sur son ordi, avec de la batterie électronique. Elle ne nous était pas destinée au départ, mais nous avons mis la main dessus et l’avons convaincu de nous la filer. Des fois, ça arrive : on lui dit « hey oh, viens là toi, il y a quoi dans ta boîte ? » Et puis on pioche ! Souvent, le style est très différent, mais nous arrivons à bosser dessus et le remanier. C’est important car une bonne chanson est une bonne chanson, et ce genre d’inspiration n’arrive pas tout le temps. Ca fait assez longtemps qu’on bosse ensemble à présent, et donc on sait quand on a besoin de travailler quelque chose ensemble. En définitive : quand l’appel au voyage musical se fait sentir. Alors nous suivons.

 

Jerry en live

Il y a des chansons que toi tu as écrit sur ce disque ? Des titres qui viennent de ta boîte de Pandore perso ?

Jerry : Oui : la chanson « Breathe You In » par exemple ! Je l’avais bossée avec Tony (Palermo, batterie). Il n’y avait pas de batterie au départ, c’était juste une chanson très énergique avec un feeling émotionnel. Et puis il y a aussi la chanson qui clôt notre disque, « As Far As I Remember» : je la bossais depuis un moment de mon côté, et avais l’intention initiale de lui donner une tournure très Nine Inch Nails. Un peu dark, un peu…

Mélancolique ?

Jerry : C’est le mot parfait ! Une chanson mélancolique, dans laquelle on puisse se concentrer sur le chant et les paroles. Je savais que Jacoby recélait beaucoup de choses en lui, et avait ainsi largement matière à faire. Au début, je n’étais pas très sûr, puis Tobin a rajouté quelques trucs à mon idée initiale et ça a conféré à ma compo un côté épique qu’on a trouvé très intéressant. Dans sa version finale, la chanson semblait ouvrir une porte optimiste, or c’était un dénouement totalement inattendu, mais qui s’est imposé comme opportun pour clore un album. Et puis on a senti que Jacoby relâchait enfin la pression, et laissait aller les choses dans sa vie. Ce qui était bien.

Le titre de cet album est très intéressant aussi, car ce concept de « connexion » est très en vogue ces dernières années. Vous avez voulu mettre en avant la connexion qui existe avec votre public, mais aussi entre les membres de votre groupe, et puis entre les êtres humains finalement ?

Jerry : En fait, c’est Jacoby qui avait eu l’idée du titre il y a fort longtemps, alors que nous tournions encore. Nous n’avions aucune chanson à ce moment-là, mais il nous avait suggéré ce titre pour notre production ultérieure, et nous l’avions gardé en tête car nous le trouvions tous très cool. Puis, l’heure de l’enregistrement est arrivée et plusieurs noms ont été mis sur la table pour l’album à venir. Pour ma part, je n’arrêtais pas de repenser à ce titre. Il était en étrange corrélation avec tous les titres que nous avions. Car même si les thèmes étaient dark, il y avait en filigrane cette idée de connexion – même de manière latente, sans arrêt. Il s’est finalement avéré que cette notion englobait bien notre nouveau disque, bien mieux que tout autre chose à laquelle nous avions pu penser. Ce disque était différent au niveau sonore également, et ça correspondait parfaitement.

Quels musiciens ou groupes t’inspirent personnellement ?

Jerry : Je suis un grand fan de James Hetfield de Metallica, et de Billy Gibbons de ZZ Top. Je crois que c’est le guitariste le plus sous-estimé de la terre… Jimi Hendrix disait de lui qu’il était le meilleur justement ! Je suis de cet avis aussi. Et puis ZZ Top est mon groupe préféré. Mais peu de confrères de ma génération sont autant à fond sur ce groupe que je le suis, étrangement. En tout cas, les deux personnalités que je viens de te citer sont de grands amateurs de voiture, tout comme moi !

Justement, je voulais te demander quelles sont tes autres activités en dehors de Papa Roach ?

Jerry : Je suis versé dans la photographie. Et j’aime les voitures. Mon père est un dingue de voitures, et j’ai ainsi grandi dans le contexte de la mécanique, des courses auto, des expos de voitures vintage, etc… Sinon, musicalement je n’ai aucun autre projet ou groupe en dehors de Papa Roach. Je suis dévoué à 100% à mon groupe ! Il m’apporte toute la satisfaction dont j’ai besoin, je ne suis pas bridé et peut m’y exprimer librement, et je m’entends extraordinairement bien avec mes comparses. Je n’ai donc aucun besoin d’aller voir ailleurs.

 

Que peuvent attendre les fans de Papa Roach pour 2013 ? Un petit DVD peut-être ?

Jerry : C’est drôle que tu mentionnes ça… (ndlr : Jacoby passe à ce moment-là, et reprend « funny you’ve mentionned that » en imitant la voix de Jerry pour se moquer ! A quoi Jerry reste totalement impassible) Le type que tu as vu passer il y a deux minutes et à qui j’ai dit ‘bye bye’ va justement réaliser notre prochain DVD. Nous allons le filmer au Brixton Academy à Londres. La capacité de cette salle est de 4000 personnes, c’est juste assez intime mais pas trop. Et puis beaucoup de groupes prestigieux sont passés par là-bas. Sinon, nous venons à Paris bientôt ! Quand nous nous sommes fait lâcher par Universal, nous avons senti de pair l’intérêt envers notre groupe retomber. Ca a été dur de trouver de la demande pour jouer ici. Les salles devenaient de plus en plus petites. Mais notre nouveau label nous a énormément soutenu et a avant tout manifesté beaucoup d’enthousiasme pour notre groupe. Ca nous a redonné de la force. A l’avenir, j’aimerais que nous investiguions d’autres villes françaises, car je sais parfaitement qu’il y a tellement de villes différentes ici, de mentalités différentes, et toucher un panel plus large me plairait beaucoup. Nous avons fait un show à OUI FM il y a trois ans, et nous avons senti que nous regagnions de nouveau du public. C’était une super sensation. Nous ne vivons vraiment pas sur nos acquis, nous sommes conscients que nous avons tout à prouver encore, et nous travaillons à consolider notre relation avec notre public.

La route doit être exténuante non ? On n’en parle pas souvent de ça. Tant de kilomètres parcourus, ça doit déboussoler, et vos familles doivent vous manquer…

Jerry : C’est contraignant des fois. Cette année par exemple, nous avons tourné aux USA pendant cinq semaines, puis avons fait un break de deux semaines, puis sommes à présent ici pour six semaines ; bientôt deux semaines de repos à nouveau, puis ce sera au tour de l’Amérique du Sud, et dans la foulée ce sera une tournée US, deux semaines de repos encore, et nous serons de retour ici en novembre pour quatre semaines, avant de nous retirer pour nos vacances de Noël. Tu sais, là c’est le rush, mais ça n’était pas le cas depuis un bon moment, car Jacoby avant subi une opération (ndlr : Jacoby s’est fait opéré des cordes vocales). C’est un constant balancement, et nous essayons ainsi de profiter au maximum de notre famille quand nous la voyons. Il n’y a pas de place pour la routine, et nous ne sommes pas blasés car le temps nous est compté. C’est une situation extrême en fait. Mais nous appelons notre famille tous les jours, et maintenant avec internet et la web cam ça rend les choses bien plus simples. Au bout du compte, je pense que ce sont les enfants qui importent le plus.

 

Jacoby dans le clip de « Leader Of The Broken Hearts »

Jacoby, bienvenu ! Nous parlions avec Jerry de ce que tu as traversé récemment, et des paroles très personnelles que tu as écrites à nouveau. Il semblerait que tu aies exorcisé tes démons à travers tes chansons. Comment s’est passée la création de ce dernier album pour toi ?

Jacoby : Je traversais une période très bizarre de ma vie. J’ai dû faire face à une perte traumatisante pour moi : ma femme de quatorze années et moi nous sommes séparés… J’étais au fond du trou, vraiment. Ca m’a forcé à me chercher en tant qu’individu, à tenter de comprendre qui j’étais vraiment, et à me débarrasser de mes vilaines lubies : alcool, cigarettes, cachetons, quelque drogue que ce soit en fait. Je me suis penché sur la spiritualité, et me suis nettoyé de l’intérieur. Ca a été une période très dure, mais un bon disque en est sorti et c’est l’essentiel. C’est étrange quand même la vie d’un artiste, car jusqu’aux prémices de cet album, tout allait bien dans ma vie et je n’avais rien à dire. Et puis, par un coup du destin, et en un claquement de doigts, j’avais un milliard de choses à raconter… Mais bon, à présent, tout est revenu dans l’ordre. Ma famille est restaurée, et je me sens bien mieux. En revanche je bois maintenant une tonne de café et rocke sur scène comme un fou !

Tu as des paroles très ambivalentes. Je me rappelle t’avoir découvert sur l’émission Scarred de MTV qui était aussi aux extrêmes (ndlr : une émission qui montrait des vidéos amateurs de jeunes gens en train de s’accidenter lors de la pratique de sports extrêmes, puis leur processus de reconstruction). Le titre de l’émission était d’ailleurs basé sur ta chanson « Scars » : « My scars remind me that the past is real ».

Jacoby : Ce show était cool. C’était basé en effet sur ma chanson « Scars », et j’ai même négocié qu’ils utilisent une de nos chansons pour leur bande annonce : la chanson « Alive », qui était parfaite pour ça ! Ca marchait pas mal cette émission, tant et si bien que je me rappelle m’être retrouvé parfois à traîner ma bosse dans le fin fond du Canada par exemple, et là un gars sortait de nulle part en me disant : « Hey mais tu es le mec de Scarred ! ». Et moi de rétorquer : « Ouais enfin, je suis le gars de Papa Roach plutôt, mais j’apparais dans cette émission quoi ! ». Mais c’était très cool, et un bon moyen de promouvoir notre musique aussi, mine de rien.

D’autant que le thème était positif. Les gens avaient les pires blessures qui soient, mais s’en sortaient toujours très bien.

Jacoby : C’est comme cette phrase de Nietzsche : « ce qui ne me tue pas me rend plus fort ». Ca revient sans arrêt dans toutes nos chansons je crois. Quoique, j’ai entendu une variante très intéressante récemment : « Ce qui ne me tue pas ferait mieux de courir très vite ! » (rires). En fait, ce qui transparaît dans ce que j’écris est ce mouvement perpétuel de quelque chose qui va de l’obscurité vers la lumière. L’album Metamorphosis (2009) parlait de cela également : comme quoi je me retrouve sans cesse dans des coins sombres de ma psyché, puis réalise que ce n’est pas ma place. Alors j’opère un mouvement vers la sortie. Il y a constamment cet élan chez moi. Je fais des erreurs, comme tous les êtres humains, et me retrouve dans des situations minables. Mais je réalise toujours, fort heureusement, que ce n’est pas ma place !
 


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