Blind Guardian – Nightfall in Middle-Earth (1998)

« We are following the will of the one! »

Voici certainement l’un de mes albums metal favoris. Tout simplement. Si ce n’est pas « the one ». Et pourtant, ce n’était pas gagné d’avance… loin de là !

Ce n’est qu’en 2002 que je découvre Blind Guardian via cet opus, période où pour moi le power metal et Rhapsody régnaient en maître. Après des inscursions tout d’abord très mélodique sur les Sonata Arctica, Freedom Call, Nightwish ou autres Stratovarius, un soir je fis connaissance avec le combo allemand. Pas fou, sur les conseils d’un forum avisé, je tentai la chanson en vogue du moment : le très représentatif (croyais-je encore à l’époque) « Nightfall ». Incrédule et désarçonné, ma première écoute du morceau s’avère être un échec retentissant. Cuisant même, une deuxième écoute semblant confirmer que je ne pige en fait que dalle à leur musique… moi qui ai goûté à du Queen très jeune, je me sens bête de n’aimer que les choeurs et quelques harmonies de guitare très typée Brian May, mais je reste plutôt imperméable face à ce titre. « Mirror Mirror », essayé quelques jours plus tard, n’arrangera pas grand chose à l’affaire, c’est donc un peu las que je décide d’abandonner et de me re-concentrer sur mes découvertes power metal plus « lambda ».

C’était sans compter sans la semi-ballade épique « Thorn ». Oui, vous n’hallucinez pas, je parle bien de cette chanson souvent considérée comme secondaire sur cet opus qui, un soir de mélancolie, et une seule écoute (faite alors sans grande prétention), me fera chavirer d’émotion. Inutile de préciser qu’elle fut l’objet de plusieurs passages en boucle une bonne partie de la nuit… permettant au passage à « Nightfall » et « Mirror Mirror » d’être enfin appréciées à leur juste valeur.

Une fois l’album récupéré « morceau par morceau » à une époque où je téléchargeais comme un sagouin (honte sur moi) sur un vieux logiciel qui ne permettait que la récupération de MP3, écoutés dans un désordre bordélique certain cela va sans dire, il était temps quelques semaines après la découverte initiale de m’enfiler ce disque dans l’ordre chronologique avant d’en effectuer l’achat. Et c’est là que ma passion sans faille pour Nightfall in Middle-Earth naquit, non sans mal au départ avec ces interludes nombreux (nous y reviendront), mais donnant un boost nouveau à chaque morceau déjà pré-adoré hors contexte global.

Blind Guardian 1998

André, Thomen, Hansi et Markus (de gauche à droite)

Alors avant d’en causer en détail, un peu d’histoire, la vraie cette fois-ci car celle du groupe. Evidemment chaque fan de heavy power mélodique connait Blind Guardian, groupe culte du genre démarré au milieu des années 80. Nightfall in Middle-Earth saurait être représentatif de l’époque disons récente du combo, mais il faut tout de même préciser que les légendaires teutons ont débuté dans un speed metal des familles inspiré par les poids lourd d’antan que furent Metallica, Accept, Running Wild, ou le heavy britannique plus obscur tel que Satan, Angel Witch et consort. Après des premiers albums convaincants, c’est avec Somewhere Far Beyond en 1992 que Blind Guardian explose et affirme son talent. L’album de la maturité, précédant une galette d’exception intitulée Imaginations from the Other Side qui reste à ce jour encore considérée par beaucoup comme le sommet de leur carrière. Car ensuite, les choses bougent, et c’est donc en 1998 que le quatuor se lance dans l’exercice difficile du concept album, alliant musique heavy et grandiloquente à une passion non masquée pour l’univers fantastique de J.R.R. Tolkien.

Nightfall in Middle-Earth est ainsi basé sur l’oeuvre Le Silmarillion qui définit l’historique de la Terre du Milieu, cadre des romans Le Hobbit et Le Seigneur des Anneaux bien connu des cinéphiles. Il s’agit donc d’un préquel grandeur nature dans lequel les temps sont troublés, comme l’indique d’ailleurs l’introduction de l’opus en mode bataille narrative sur laquelle un « The field is lost, everything is lost… » est lancé. Rien n’est joyeux donc, et ce tout au long de l’histoire racontée par l’opus. C’est d’ailleurs directement « Into the Storm » que nous sommes plongés pour un premier tube imparable qui contribue à la légende. Puis l’histoire continue… mêlant poésie dramatique, théâtralité et émotion à la puissance apportée par un Blind Guardian plus en forme que jamais.

Qui dit concept dit fidélité extrême au récit, poussée ici au paroxysme par des interludes que beaucoup jugeront souvent « en trop » mais qui parfont totalement l’oeuvre musicale jusqu’à la rendre encore plus crédible et prenante. Je vous mentirais si je vous disais que jamais cette envie de les zapper ne m’a prise, bien sûr, mais lorsqu’on se plonge dans ce grand bain bien plus filmique qu’il n’y parait, on ne peut décemment s’en passer. Et c’est là que la magie opère, c’est peut-être ce qui fait de NIME un album d’exception au lieu de le cantonner simplement au rang des excellentes productions. Tout y est, tout y passe, d’autant plus que le groupe, au sommet de son inspiration, sait varier les plaisirs et nous proposer une progression de choix enrobée de titres les plus marquants les uns que les autres.

Blind Guardian lineup classic

La force tranquille…

Aucun ne semble de trop, même si on peut reprocher par exemple les quelques longueurs d’un « Noldor (Dead Winter Reigns) » pourtant pertinant de lourdeur ou la simplicité d’un « When Sorrow Sang » qui de prime abord semble dérisoire mais qui finit au fil des écoutes par prendre toute sa place et son poids. Idem pour « Blood Tears » mésestimée par certains, mais qui apporte bel et bien la même majestée que ce « Thorn » déjà mentionné plus haut et dont je vous épargnerais une liste d’éloges qui prendrait la moitié de cette chronique. Quand à « The Eldar », ballade au piano (jouée et arrangée par un élément extérieur au groupe en la personne de Michael Schüren) totalement improbable et peu évidente d’accès, elle enfonce le clou et se laisse totalement déguster avec profonde nostalgie. Le reste relève du génie. Tout simplement. Evidemment les tubes « Mirror Mirror » et « Nightfall », largement écumés depuis en live, sont incontournables… mais que dire des perles que sont « The Curse of Feanor » et ses mélodies diaboliques ou « Time Stands Still (At the Iron Will) » à l’accroche parfaite ? C’est aussi ce côté folk/médiéval ajouté aux sonorités de ce heavy power speed théâtral qui fait mouche, disséminé ci et là de manière non abusive mais parfaitement indissociable du reste. Pas spécialement une nouveauté pour Blind Guardian qui a toujours apprécié ces éléments plus traditionnel dans sa musique (« Somewhere Far Beyond » et sa cornemuse ou les ballades « Lord of the Rings » et « The Bard’s Song », pour ne citer que ces exemples), mais on touche ici à la perfection.

Au passage, notons que Nightfall in Middle-Earth passe le test de la production (chapeautée par un duo magique : Flemming Rasmussen et Charlie Bauerfeind) avec brio, même si dans ce domaine le groupe n’a jamais non plus excellé il ne faut pas le nier. Sans être extravagante et avec une basse profondément discrète (souvent quasi inutile d’ailleurs, sauf sur « Into the Storm » si on tend bien l’oreille) jouée par le guest et pote de toujours Oliver Holzwarth (frère de l’autre et aujourd’hui dans Rhapsody of Fire), les parties metal sont parfaitement agencées à ces nappes de claviers menées par Mathias Weisner ou ces passages de flûte ajoutant de la couleur à l’ensemble. Les guitaristes André Olbrich et Marcus Siepen s’en donnent d’ailleurs à coeur joie, le premier de ses leads et solo doublés avec une précision chirurgicale – le son Blind Guardian par excellence – et le second par ses rythmiques explosives, pas forcément aussi acérées que sur les précédentes offrandes mais totalement irreprochables. Tout est donc en place pour que le maître de cérémonie s’en donne à coeur joie, car après tout même si aucun ne démérite le grand maître de cet album n’est nul autre que Hansi Kürsch.

Le chanteur y donne ici sa meilleure performance, de A à Z, probablement encore inégalée à ce jour même s’il excellera également sur le suivant. Outre la versatilité, la puissance et même l’émotion qu’on lui connaissait déjà, le frontman décide d’habiller chaque chanson ou presque de choeurs majestueux rendant sa prestation certes plus « chargée » mais également des plus majestueuses. Le travail sur les back vocals s’avère d’ailleurs absolument remarquable de précision, à la manière d’un Freddie Mercury qui évidemment fait partie des influences majeures du bonhomme. Comme quoi, le fantôme de Queen est présent au-delà des sonorités de guitare sur ce Nightfall

Document live « d’époque »…

Ainsi se clot ce moment rétro, avec une pointe de mélancolie, comme se conclut le disque avec un « A Dark Passage » des plus noirs et une dernière narration où triomphe le mal mais où une pointe d’espoir semble naître. Comme cette possibilité un jour de retrouver un Blind Guardian au sommet de son art ? Il faut dire que depuis le départ de Thomen Stauch, batteur d’exception et qui offre sur cette sortie – comme les précédentes et la suivante – un jeu à la fois explosif et précis à l’extrême, on se demande si la formation allemande retrouvera de sa superbe. Pour beaucoup, A Night at the Opera paru en 2002 sera le dernier grand moment proposé par la légende, même si A Twist in the Myth et surtout un At the Edge of Time des plus fins ne sont pas à jeter aux oubliettes loin de là. Mélancolie… ou nostalgie d’un temps révolu ? Cependant, si on croit encore en eux et que l’on persiste à aller de l’avant grâce aux promesses entrevues sur la dernière livraison, on peut tout aussi bien attendre l’album orchestral prévu pour 2014 avec grande impatience. Se pourrait-il d’ailleurs qu’il soit également accompagné d’un album plus metal qui sortirait plus ou moins en même temps… ? Les infos restent floues à ce sujet mais Hansi nous avait lui-même promis qu’on réentendrait parler du groupe l’an prochain… alors on attend cela de pied ferme !

« And a new day shall come… again! »
 

NOTE DE L'AUTEUR : 10 / 10



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