Jeff Waters, leader du groupe Annihilator

Feast contient pas mal de chansons de type "fuck you"

De passage à Paris pour promouvoir le prochain album d'Annihilator, Jeff Waters, tête pensante et artiste multi-casquette du groupe, a disséqué le disque lors d'une interview accordée à La Grosse Radio, avec une bonne humeur et un sens de l'humour caractéristique. Un artiste talentueux et ouvert.

Feast est ton 14e album, 24 ans après Alice in Hell. Comment fais-tu pour trouver sans cesse de nouvelles idées ?

On ne trouve pas vraiment de nouvelles idées, on suit des groupes comme Iron Maiden, AC/DC, Judas Priest, Slayer… On joue dans le même style qu’eux et je pense même que, quelque fois, sans le vouloir, on joue des riffs qui sont similaires à ce qui a été fait dans le passé. Quelques fois, on a de la chance, et selon le fait que tu es inspiré en composant, que tu es dans un certain moment dans ta vie ou que tu as plus d’énergie que d’habitude, et tu ramènes des influences que tu ignorais. Par exemple, dans "No Surrender", l’intro est dans le même style que Red Hot Chili Peppers. Pourtant, je n’ai jamais acheté d’album d’eux ! Je me souviens les avoir vus en concert et, au moment où j’ai écrit cette intro, un de mes neurones m’a donné une intro funky façon Flea. Il y a aussi la 3e chanson, "Smear Campaign", Dave Padden, mon chanteur, m’a dit : "Est-ce que tu as écouté St. Anger de Metallica dernièrement ?". Je n’ai même pas ce disque ! Je n’ai que …And Justice For All! et ceux d’avant. Apparemment, l’intro et le riff principal ressemblent à une chanson. Cela m’a fait penser que, même si je n’ai pas l’album, j’ai regardé et bien aimé le DVD Some Kind Of Monster et j’aimais bien voir les membres jammer entre eux. Du coup je pense qu’un de mes neurones a ressorti ça. Cela me fait deux riffs assez inhabituels chez Annihilator, mais ils collent bien à la musique !

C’est vrai que ces éléments sont assez nouveaux dans ta musique.

Oui, je ne fais pas ça habituellement, mais, évidemment, on a toujours le thrash metal typique, mais cette fois, comme certains anciens albums d’Annihilator, on a une ballade, "Perfect Angel Eyes", la chanson juste avant, "Wrapped", fait un peu hard rock agressif, elle me rappelle le style de Rose Tattoo ou de Guns N’Roses. Dave Padden m’a proposé de chanter sur cette chanson, pensant que ma voix collerait bien, je lui ai dit que je ne préférais pas et, après réflexion, je me suis dit que ce serait parfait pour Danko Jones, du coup je l’ai appelé pour qu’il écrive les paroles et qu’il la chante. C’est la deuxième fois qu’il chante pour moi, la première était dans l’album Metal (2007), avec la chanson "Couple Suicide", en duo avec Angela Gossow (Arch Enemy), une chanson cool, mais je préfère "Wrapped", qui est plus rock. Donc, au milieu de l’album, on a quelques chansons différentes mais qui sont quelque part typiques d’Annihilator, avec une chanson d’amour et une chanson plus punk/hard rock.

Jeff Waters

Est-ce que cette variété d’influence sur l’album est voulue ?

Non. A seule fois où j’avais prévu ce que je voulais faire musicalement, c’était avec Set The World On Fire (1993), c’était après que ma maison de disque, constatant le succès de Never, Neverland (1990), m’a demandé de composer des chansons plus mélodiques et commerciales, tout en restant metal. L’idée m’a plu, je ne suis pas cantonné à Slayer, Motörhead, les vieux Metallica, Exodus, Kreator, Destruction, Razor, Anvil, les premiers Exciter. J’aime aussi le heavy metal, avec Iron Maiden, Ozzy Osbourne et Judas Priest. Ils font tous des ballades, Randy Rhoads jouait de la guitare classique… Donc j’ai essayé d’aller dans cette direction avec Set The World On Fire. Autrement, on fonctionne chanson par chanson. Je commence avec un riff, j’en fais  une chanson, sans paroles ni ligne vocale. Ensuite, je passe à la suivante. Une fois que j’en ai une dizaine, on appose le chant et les paroles. Il y a quelques exceptions, par exemple avec le concept de la pochette d’Alice In Hell, la chanson va avec l’ambiance, sinon c’est toujours une chanson à la fois, sans penser à ce que ça donnera sur le CD. Du coup, je prends les choses comme elles viennent. Parfois, c’est du hard rock un peu punk, genre AC/DC, d’autres fois ça ressemble plus à Slayer, Pantera, ou encore plus progressif et mélodique d’autres fois.

D’où vient le titre Feast ?

La pochette était déjà finie quand je me suis mis à chercher un titre, et je voulais qu’il soit en un mot. Du coup, j’ai ouvert le dictionnaire, j’ai vu le mot "food" (nourriture)… Pas un bon titre pour un album ! [rires] Et au-dessus ça disait "Feast". Et là, j’avais trouvé ! C’est le festin d’un zombie qui mange un cœur, mais ça va aussi avec le metal. Du coup, j’ai mis 30 secondes à trouver un titre. Ça, c’est du concept ! Ensuite, je me suis dit que le titre était déjà pris par un autre groupe. Du coup, j’ai regardé sur Google, mais je n’ai rien trouvé, à part un groupe anglais d’il y a 20 ans [il s’agit de l’album de 1981 de The Creatures].

Qu’en est-il des thèmes des paroles ?

Il n’y a pas de concept non plus, c’est toujours chanson par chanson. Certaines chansons sont pas mal énervées. Dave Padden a écrit la première de l’album, "Deadlock". Elle parle de détruire l’environnement et d’être idiot sur pas mal d’aspects, des idées comme le racisme ou le crime y rentrent aussi, c’est assez général.

Ensuite, "No Way Out" parle d’une émission télévision aux Etats-Unis qui passe aussi au Canada, qui montrait le procès d’une femme qui avait tranché la gorge de son ex-copain, tiré dans la tête et donné 29 coups de couteau. Elle a été inculpée d’homicide volontaire. Le procès n’est pas encore fini, mais l’émission le suivait pendant 4 mois, ce qui correspond au temps que ça m’a pris pour écrire ce disque. J’écrivais des riffs dans mon studio, ensuite je remontais pour regarder cette émission et je redescendais. J’étais accroc à ce procès. La chanson parle de cette femme, Jody Arias. C’est intéressant de voir les rouages de la justice américaine, dans ses bons et ses mauvais côtés et de suivre chaque jour quelqu’un qui est vraiment malade et qui essaie de manipuler le système et de le mettre à son avantage pour éviter la peine de mort ou la condamnation à perpétuité. On la voit essayer de manipuler tout le monde, le jury, le juge et les avocats. Cette chanson est ma préférée grâce aux paroles.

"Smear Campaign" est encore une chanson colérique, quand tu réussis, des gens essaient de raconter n’importe quoi sur toi pour te descendre. Maintenant, avec internet, ça peut apporter beaucoup de problèmes assez facilement. Cela peut influer sur une carrière, apporter des problèmes financiers, ne pas pouvoir nourrir ta famille, compromettre l’avenir de ton groupe. Ça ne parle pas que de musiciens, ça peut arriver à tout le monde. Du coup je suis remonté contre ce type de comportement. Récemment, j’ai lu quelque chose comme ça sur Scott Ian d’Anthrax, un truc faux et haineux.

Il y a pas mal de chansons de type "fuck you", qui ne le disent pas explicitement mais qui l’induisent. Il y a aussi une chanson complètement différente, "Perfect Angel Eyes" qui est une chanson d’amour sombre. Danko Jones a aussi écrit un truc assez sombre avec "Wrapped".

Jeff Waters Annihilator

Cet  album est le premier avec Mike Harsh à la batterie. Que peux-tu dire sur lui ?

Il est assez jeune, il a l’âge que j’avais quand Alice In Hell est sorti. Les trois autres gars dans Annihilator étaient fans du groupe quand ils étaient adolescents. C’est cool pour eux et c’est cool pour moi ! En tournée, je n’agis pas comme si j’avais 47 ans, plus comme si j’en avais cinq. Donc on s’entend bien ensemble. J’ai travaillé avec plein d’excellents batteurs, Randy Black (Primal Fear), Mike Mangini (Dream Theater, Steve Vai…), Ray Hartmann… et Mike est fan de tous ces mecs, avec aussi Nick Menza et Dave Lombardo. Il va parfaitement au groupe, c’est comme un mini-Mike Mangini en plus metal.

En bonus de Feast, un a un disque, Re-Kill, qui contient 15 chansons réenregistrées. Qu’est-ce qui vous a fait choisir ces chansons ?

J’ai acheté les CD des réenregistrements d’Exodus, Testament, Scorpions… Ces disques m’intéressent, mais je ne veux pas réenregistrer mes vieux morceaux avec un autre chanteur, d’autres musiciens, à une autre époque, à un autre studio, avec une autre énergie… Ces réenregistrements n’atteindront jamais la qualité des chansons originales. Les réenregistrements sont sympas à écouter, c’est cool de voir ce que Dave Padden en fait, mais je ne ferai jamais payer d’argent pour cela et je ne vendrai pas un avec seulement des réenregistrements. Je ne pense pas que ce soit une bonne idée. Depuis 2007, les ventes de disques ont augmenté, ce qui est assez étonnant ! La plupart des fans d’Annihilator qui viennent à nos concerts ont moins de 25 ans, mais ils n’arrivent pas à trouver les anciens albums. Du coup, Dave m’a dit : "Pourquoi on ne leur passerait pas un CD bonus avec les chansons qu’on jouera à la prochaine tournée ?". En tant que bonus, j’ai trouvé l’idée cool et on s’est bien amusés à le faire. Mais elles ne sont pas aussi bien que les originales, c’est sûr ! Ce n’est pas un greatest hits et c’est Dave qui a choisi les chansons.

Ces morceaux appartiennent à leur époque.

Oui. Je repense à mes albums légendaires, comme Reign In Blood (Slayer), …And Justice For All! (Metallica), Appetite For Destruction (Guns N’Roses), Pleasure To Kill (Kreator), Infernal Overkill (Destruction) et Fabulous Disaster (Exodus). Si les groups décidaient de refaire ces albums, je ne me plaindrais pas, mais je n’irai pas courir acheter le CD. Mais si tu le fais bien et que tu y mets de l’énergie et une bonne production, ça peut le faire. J’ai essayé avec celui de Scorpions et tu peux vraiment l’écouter fort, c’est cool ! Il n’y a pas que des mauvais côtés.

Jeff Waters

Es-tu content de revenir en France après trois ans d’absence ?

Oui. D’habitude, quand on sort un nouvel album, on joue à Paris et c’est fini, on ne voit rien d’autre de la France. En 2010, on a pu faire le Hellfest. C'était une belle affiche, il y avait Airbourne, Slash, Twisted Sister et Alice Cooper. Cela m'a rappelé le Sweden Rock, le genre de festival à programmer Aerosmith un jour et Slayer le lendemain. Les fans étaient dingues. Je m'en suis rendu compte au moment où on a joué "King Of The Kill". On était nerveux sur notre manière de jouer, c'était l'un de nos premiers concerts [de cette tournée]. J'ai levé la tête au milieu de la chanson et je me suis dit "Bordel, regarde tous ces gens en train de crier, même au fond !" Tu ne vois pas ça à tous les festivals. Cette année, nous faisons le Motocultor en tête d’affiche, ensuite je vais peut-être faire un Gibson guitar clinic en août en septembre, puis nous ferons deux concerts en France [Savigny-Le-Temple et Lyon] et ensuite nous reviendront au Hellfest l'été prochain, en 2014. Du coup, je suis en France cinq fois en un an !

Sur tous les CD d’Annihilator, tu es producteur, compositeur principal, guitariste et bassiste. Arrives-tu quand même à avoir une vue d’ensemble de ta musique ?

Pour moi, ce n’est pas bien compliqué, c’est un hobby pour moi de visiter les studios. Parfois, j’appelle un ami pour entrer dans un studio et regarder la session. Je faisais surtout ça quand je vivais à Vancouver. Maintenant je vis à Ottawa et il n’y a pas tant de studios. Je me souviens en 1993, Aerosmith était dans un studio à Vancouver, Little Mountain. C’était une époque où le heavy metal avait pas mal de succès, Never, Neverland avait eu pas mal de succès et j’étais plutôt connu dans Vancouver. J’avais appelé mon pote du studio pour voir Aerosmith en session, et j’ai dû me faire passer pour un roadie qui leur achetait des boissons et de la nourriture. Je l’ai fait, malgré le succès, j’allais leur acheter leur nourriture, chercher leur linge. Du coup, ça m’a permis de passer quelques semaines dans le studio et de les voir pendant que je ne bossais pas. Je me souviens avoir été voir les sessions de Queensrÿche pour Empire, ils enregistraient dans le studio juste à côté du notre à l’époque où on faisait Never, Neverland. Je faisais mes sessions pour Never, Neverland, et après je trainais avec Scott Rockenfield (batteur), Chris DeGarmo (guitare), jouer au billard avec eux. J’ai même pu écouter les prises de Geoff Tate (chant). Donc être en studio est vraiment un plaisir pour moi. Quand j’ai commencé à gagner pas mal d’argent, notamment avec King Of The Kill, qui a eu beaucoup de succès au Japon et en Europe, j’ai fait construire mon propre studio. Du coup, je pourrais avoir un producteur, mais c’est vraiment un plaisir pour moi de faire ça !

Un dernier mot pour les fans français ?

J’espère que vous allez aimer Feast, en plus avec iTunes et d’autres site vous pourrez savoir s’il vous plait avant de l’acheter. On vit dans une belle époque pour un fan de metal, on n’a plus besoin de dépenser son argent dans un CD qu’on n’aime pas. Donc écoutez-le au moins, et si vous aimez, achetez-le !

Un grand merci à Robin Lambert pour les photos et la vidéo.



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